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frivole opinioii > qui leur impoçait cette expatriation comme un devoir d'honneur. Plus tard/ on avait pu croire que le roi fuyait pour aller rejoindre cette armée de mécontents, qui commençait à s'assembler sur la fixmtîère/ Monsieur, le frère aîné du roi, après s'être miontré d'abord favorable ou docile à l'esprit de réforme et de liberté, était parti pour se réunir ailx émigrés.
Les gouvernements européens avaient accueilli assez froidement les plaintes et les instances des réfugiés ; la cause des princes français était sans doute sympathique aut familles régnantes; l'aristpcratie française trouvait une opinion favorable parmi les aristocraties étrangères ; c^étaient les mehibres d'une même corporation, les soldats d'un même drapeaiu. Toutefois le péril que fuyaient les émigrés était encore bien loia demenacer les autres monarchies , elles ne de-; valent qu^e longtemps après se réunir dans un intérêt commun de conservation. Â cette époque, elles gar* daient leurs jfalpusies, leurs rédproques méfiances, leur ambition d'agrandissement ou d'influence, It'aire la guerre à la France était une grande et difficile détermination. Cette victoire , que les émigrés annonçaient comme infailliblo et promjpté, à qui profiterait^ elle? et si le sort des armes était contraire aux princes qui s'engageaient dans cette lutte, par quelle indemnité seraient-ils dédommagés?
A part des émigrés. Je roi avait entretenu les cours étrangères, et surtout f Autriche, de la gêne et des périls de sa situatioli* Il avait cherché et consulté pour savoir par quel mode d'intervention son autorité souvë- Vàihe pourrait être préservée d'une ruine complète. Le
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mauvais, succfès de la fuite de Yarennes, l-énergié et la vivacité qu'il avait reconnues dans ropinion française^ lui avaient appris qu^ibné devait pas compter sur les menaces des puissances européennes pour intimider et arrêter la Révolution ; il voyait bien que la France ne reculerait pas, qu'ainsi ce serait la guerre avec ses chances et ses dangers.
Maintenant il se livrait aux hésitations de son esprit timide, indécis et scrupuleux ; il balançait les probabilités et les moyens dç préservation : il se voyait détenu comme otage entre les mains de^ révolutionnaires ; il sojpgeait aussi à la situation que lui ferait le retour armé et triomphant de ses frères^ à Tin-* fluence dominatrice qu'ils exerceraient sur son gouvernement, et sa cour : tantôt sa fierté de roi et de Français repoussait l'idée, de devoir le rétablissement de soii autorité à des souverains étrangers; tantôt il mettait son espérance dans quelque changement, foïrtuit.ou préparé, de la situation intérieure» Souvent il regardait Texcès du désordre comme une chance favo<rable ; les outrages qu'il endurait, les périls qui le menaçaient, étaient à se^ yeux les symptômes d;'un état de choses si extraordinaire qu'il ne pouvait se prolonger. Il n'ignorait pas à quelles extrémités de malheur pourrait l'entraîner le cour^ terrible de la Révolution; mais il s^ refusait à écouter sa propre prévoyance, tant il lui paraissait invraisemblable que le caractère royal ne fût pas une sauvegarde, et cessât complètement d'imposer un respect religieux.
L'inquiétude que cette situation du roi inspirait aux amis de la monarchie constitutionnelle » était devenue aussi vive et aussi sincère que dans les diverses fractions du parti royaliste; le désir de le sauver et d'é-
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pargnerà la France les calamités et les âéchirements qu'amènerait la éhute du trône , préoccupait en même temps, et les hommes importants de toutes les nuances monarchiques, et la foule empressée dés in*trigants. Le roi n'accueillait aucun des projets de salut qui lui étaient présentés, ou ne les adoptait qu'incomplètement/ sous condition et avec délai ; il ne prenait nulle confiance en leur succès. D'ailleurs il songeait d'avance au chagrin, commun chez tous les princes^ d'avoir à qui que ce soit reconnaissance et obligation.
Avec un tel caractère, le roi ne pouvait certes point mettre en péril les libertés que la France venait de conquérir; toutefois la méfiance qu'il ressentait, il l'inspirait à tous. Ses opinions, ses désirs, ses espérances, laissaient facilement supposer i^ne continuelle conspiration contre l'ordre constitutionnel auquel il s'était soumis; sa complicité avec les émigrés, ses intelligences avec les cours étrangères prenaient dans les esprits un caractère plus positif et plus complet que dans la réalité.
De là résultait une opinion malveillante jusqu'à^ l'hostilité. En même temps , le prestige du pouvoir avait disparu ; le respect pour la majesté royale avait cessé; elle était sans défense contre l'insulte et contre l'attaque. La fuite de Varennes, ce triste retour d'un roi ramené, comme un prisonnier échappé, a travers les populations irritées; la suspension du pouvoir royal; le sort du monarque et le principe monarchique mis en délibération, avaient aniené une phase nouvelle de la Révolution.
Celle-là n'était plus destinée à obtenir la liberté , ni des garanties pour la conserver. L'acte consti-
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tutionnel et le cortège des lois qui raccompagnaient y avaient largement pourvu ; Tesprit de précaution et de jalousie contre le pouvoir s'était donné carrière, et avait outre-passé le .but. Il ne s'agissait point de donner satisfaction à des vœux de réforme; l'opinion publique qui avait dicté les cahiers de 1789 et qui avait élu les membres de l'Assemblée constituante était satisfaite.
Ainsi les intérêts généraux du pays ne donnaient pas même un prétexte de mécontentement. Sous ce rapport, Tesprit public était calme; il n'en était pas de même pour les passions qu'avait excitées le mouvement révolutionnaire. La liberté était acquise ; l'égalité des droits était devenue le principe de nos lois^ lùais l'égalité de fait, celle qui ne consent à aucune supériorité^ qui ne sait se soumettre ni au respect, ni à l'obéissance d'un pouvoir qu'elle n'exerce pas; cette égalité, qui poursuit son but jusqu'à la destruction de la société, s'était mise à l'œuvre.: elle allait entrer en scène.
* Déjà les derniers mois de TAssemblée constituante avaient manifesté ce commencement d'une guerre imr placable contre tous les souvenirs du passé, contre l'état social qu'il nous avait légué, et que les événements et les nouvelles lois avaient déjà profondément modifié. Après la fuite du roi, les discussions avaient pris un autre accent. Les partis n'étaient plus divisés de la même sorte; les rôles étaient changés. Les hommes qui avaient marché le plus avant dans la voie révolutionnaire , qui s'étaient faits adversaires des opinions modérées et moùarchiques, qu'on avait accusés justement d'un esprit de faction, Barnave, Duport; les La-
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meth y étaient devenus les défenseurs de ce pouroîr royal qu'eux-mêmes avaient réduit à Timpuissanee ; il leur fallait combattre pour cette constitution attaquée comme nionarchiquè , tandis que , revenant en arrière^ ils auraient voulu la reviser et la corriger dans un autre sens. Ils comprenaient enfin le péril de Tordre social, et renonçaient à leur popularité démocratique. La pensée de la république se produisait déjà ; le roi avait été mis en cause y la responsabilité avait pesé sur soii caractère inviolable.
En même temps ^ lès sociétés populaires venaient d'échapper à l'influence des libéraux monarchiques. Les journaux et les pamphlets envenimaient les opinions, excitaient les esprits ardents^ pervertissaient les imaginations. À cette époque d'illusions, lorsque Texpériénce n'avait pas encore enseigné où étaient la raison^ la possibilité, la vraisemblance, les âmes honnêtes étaient plus faciles à égarer; les dangers n'étaient point connus. On s'inquiétait pour la liberté, sans voir que Fordre public était en péril.
Cétait dans de telles circonstanceâ que TAssemblée constituante avait voulu que ses membres fussent inéligibles, et qu'aucun d'eux ne pût prendre place dans le gouvernement. Toute une génération d'hommes politiques, d'orateurs, de magistrats, était exclue. Leurs travaux, leurs études, leur expérience étaient perdus pour le pays; il leur était interdit de niettre en pratique les lois qu'ils avaient faites, de les défendre et de les expliquer du haut de la tribune. Ce n'étaient pas eux qui conseilleraient le roi , dont ils avaient réglé le pouvoir, avec qui ils avaient eu des rapports habituels ,^ dont ils cotinaissaient les défauts et les vertus. Ils avaient eux-mêmes accepté la mé-
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fiance do la nation et par là décrié Tautorité de leur œuvre.
La place était laissée à des hommes nouveaux. Les électeurs n'avaient pu être guidés par la renommée des candidats; ceux-ci n'avaient pas eu à présenter pour titres des services rendus > une capacité éprouvée. Les suffrages furent détermi];iés par les passions du moment y l'ambition , le désir de gloire, l'ardeur à courir à sou tour une carrière de révolution. La méfiance, la haine et l'envie exercèrent aussi des influences funestes. L'ancienne aristocratie , la grande propriété, le service militpLtre, la magistrature, étaient en suspicion. L'émigration avait éloigné une portion considérable de cette classe supérieure, et. avait suscité contre elle la malveillance populaire. Nulle communauté d'efforts ne pouvait être établie entre les hommes d'opinion modérée et les partisans de l'aùr cien régime qui n'espéraient plus la contre^révolution que par les progrès de l'anarchie. Animés d'une aversion passionnée contre les premiers aniis de la liberté, ils auraient volontiers aidé de leurs suffrages lés hommes qui voulaient empêcher la Révolution de s'ar^ rêter et.de se constituer.
Les nouveaux représentants arrivèrent dans TAssemblée inconnus les uns aux aptres^ A peine um petit nombre d'hommes éclairés et sages ^e ralliaieat-ils à l'esprit de l'Assemblée constituante et en formaient, pour ainsi dire, la descendance directe. Leurs noms sont restés connus par la défense, d'abord courageuse, mais toujours impuissante qu'ils tentèrent pour sau*ver l'ordre public, en faisant prévaloir la raison et la
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justice. DumaSy Jaueourt^ Théodore de Lametb, Ramon, Beugnot; Girardin, Beequey, Vau^lanp soutinrent eètte triste lutte, sans être encouragés par le roi, qui plaçait ailleurs ses espérances 6t compromettait la bonne cause ; sans être soutenus par Topinion populaire incertaine et troublée; sans obtenir les succès de la parole^ impossibles à espérer dans une assemblée où lès tribunes publiques étaient livrées à une foule tumultueuse. C'est ainsi que les patriotes de 1789 étaient deirenus une minorité aristocratique.
Leurs adversaires ne présentèrent pas d'abord Taspect d'un parti lié j^ar des opinions unanimes^ par des projets communs. Nul n'avait encore à ce moment un but déterminé, des principes certains, une conviction véritable. Les uns arrivaient de leur province, pleins d'une confiance que leur avaient donnée les succès du barreau ou les applaudissements du club; aveuglés d'illusions , nourris d'abstractions sophistiques et d'exaltation d^éclamatoire, ils enviaient les gloires de l'Â'Ssemblée constituante et cette supériorité due à rhabitude du monde, à la convenance du langage, à la distinction des manières ^ Ils aspiraient à conquérir la même renommée et là même importance que leurs devanciers; ils s'en croyaient dignes par leur éloquence. Ambitieux des succès du talent, plus que de l'accomplissement dé leurs idées, ils étaient sans eipérîenèe des grandes affaires.
A eux se réunirent des hommes déjà connus pour avoir écrit des journaux et des pamphlets, ou pour avoir occupé la . tribune aux Jacobins. Brissot et Condorcet étaient les plus considérables; ils avaient
* Méiaiûires de M"* Roland.
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i'^creté et rexagération que jdoniient la polémique et ramour^propre littéraire combinés avec les opinions politiques. Ils aidaient voulu la déchéance du roi après la fuite de Varennes^ et marchaient vers la république, niant ou proclamant alternativement leurs désirs et leurs espérances^ selon la circonstance et la v^^riatian des probabilités.
Entre les deux partis siégeait unef matoe d'hommes, honnêtes, amis de Tordre^ n'apportant ni prétentiôuy ni ambition. Le gouvernement n'avait à cette époque aucun moyen d'en composer une majorité, et ne son* geait pas même à exercer sur eux de l'influence. Les révolutionnaires ne pouvaient pas non plus les associer à leur ardeur. Dans aucune de nos assemblées^ cette fraction centrale n'a été aussi nombreuse et aitssi inerte; jamais le défaut de courage et de discernement n'a été si funeste. Sur de tek hommes il eût fallu l'action d'un pouvoir décidé et ferme, et il n'y en avait point. La méfiance entre facilement dans les caractère^ faibles ; elle leur sert d'excuse quand ils trahisseiit la cause qu'ils devraient défendre ; d'ailleurs ils étaient, ainsi que l'opinion publique, disposés* à' s'inquiéter pour tes conquêtes de la Révolution, à craindrete retour de l'ancien i^gime^ qu'ils détestaient: D'un^^ côté, on ne faisait rien pour les rassurer; de l'auti^ on ne négligeait aucun moyen de les épouvanter. Amis dés transactions et des moyens termes, crédules ai^x Conciliations, aveugles aux véritables daogers, ne cherchant la sécurité que pour la journée sans penser au lendemain, ilsse donhaientle nom d'indépendants, parce qu'ils n'avaient ni convictions arrêtées^ ni dé^ vouement à aucun drapeau.
L'absence d'énergie dans le pouvoir exécutif et dans
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la majorité de T Assemblée y ne laissa point espérer un seul instant la stabilité du fragile gouvernement qu'avait institué la oônstitution de 1 791 • Pour rétablir Tordre public, tpii depuis deux ans avait cessé d*avoir une garantie, il eût fallu que la représentation nationale, devenue Tunique et souverain pouvoir, au lieu de s*acharaer sur les derniers débris de Tautorité royale impuissante et menacée , prît la défense de la société attaquée jusque dans ses fondements.
En effet, on en était venu à ce point qu*il n'existait plus de force pour Texécution des lois; la justice était désarmée^ il n'y avait plus de répression contre la vio« lence. L'Assemblée constituante avait eu des torts graves. Pour hâter de quelques jours des conquêtes que sa propre énergie et l'action infaillible de l'esprit public rendaient certaines, elle avait accepté Tinsur* rection pour origine de la liberté ; elle avait fermé les yeux sur des crimes; elle avait permis que des assas* sinats restassent impunis et presque glorifiés; les opinions généreuses et patriotiques avaient été souiU lées par le contact des passions brutales et des enivrements féroces.
Dès lors, la sédition était devenue Tarme journalière des mécontents, des ambitieux et dçs hommes qui se plaignent de n'être point libres, quand ils n'accomplissent pas leurs volontés et leurs projets. Le 5 octobre avait été une nouvelle victoire du désordre et du massacre.
C'est ainsi que s'était formée, sans obstacle, une sorte d'armée aux ordres des artisans du trouble. Une fausse nouvelle, une calomnie, une excitation frivole, quelque argent jeté dans la fange des faubourgs^ suffi-