PRISONNIERS 'ÉPARGNÉS VAW LES ORDONNATEURS
n'osa pi*oférer un mot ; chacun se retira épouvanté.
Pendant ce temps, la police souveraine de là multicipalité continuait à remplir les prisons. Danton se faisait remettre la liste des arrestations pour savoir d'avance quelles seraient les vietimes ; il communiquait même les notes de proscription à' ses collègues terrifiés. « Les assassinats s'organisaient 4ans le conseil , » disait Roland quelque temps après K Les parents, les amis des prisonniers , lé$ prisonniers eutmèmes savaient quel /sort les attendait. Un d'eux, M. de €hantereiiîe, colonel dans. la garde constitutionnelle du roi, préféra le suicide. « Mon Dieu, dit-il, je vais à vous, m Et il se perça de trois coups de couteau.
Les déinacches tentées auprès des ordonnateurs du massacre ne furent pas toutes inutiles. Ainsi qu'il en arrive couvent dans les proscriptions, les. hommes obscurs et ignorés , ceux qui n'ont jamais approché du pouvoir, qui n'ont pas été mêlés a la vie publique, qui ne connaissent personne dans Içs régions domi'nantes, manquèrent de protectisurs et de moyens de salut.
. Danton , si féf océ dans sa politique révolutionnaire, fut accessible à toutes les sollicitations. Beaucoup de détenu^ lui durent la vie. Adrien Duport et Charles- de Lameth avaient eu des rapports avec lui pendant l'Assemblée constituante; il s'en souvint et lea fit sortir des prisons. où ils avaient été enfermés, l'un à Melun, l'autre à Rouen. Plusieurs prêtres
* M^oires du général La.f ayètte,*tôine IV, page 35.
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qu'il avait cpnnus, Lhomond, un ancien professeur ^ sous qui il avait étudiéi d'autres encore^ trouvèrent un sentiment de- facile pitié dans le cœur de cet homme qui allait faire verser tant de sang, il promit à Barère la liberté d'un détenu^ Tabbé Bousquet; puis il n'^y pensa plus , et cette distraction coûta la vie au prisonnier. . V
Manuel s'efforça de réparer la lâcheté de sa coopération, en sauvant des victimes. MM. de Jaucourt, Beaumarchais, Duveyrier, lui durent leur salut; il protégea M"^ de Staël, qui, sans égard pour lé caractère diplomatique de son mari, avait été conduite à la commune parmi une foulefurieuse et menaçante; il Contribua, ainsi que Condorcet, à sauver M. de Lally.
Tallien protégea M°*' de Tourzel : elle avait été détenue dans la prison de la Force avec la princesse de Lamballe , dépuis que les damés de la maison de la reine^ qui s'étaient enfermées au Temple , avaient été arrachées d'un près d'elle.
Robespierre n'oublia point la reconnaissance qu'il devait à l'abbé Bérardier, principal du collège de Louis le Grand,- où il avait fait sçs études.
On rapporte même. que Marat sauva ^lus d'un prisonnier.
Le conseil général de la commune avait chargé Pahis de se. choisir trois collègues pour former avec lui un comité de surveillance et de police* C'était là que se faisaient tous les préparatifs : on enrôlait les égorgeurs ; on réglait, leur salaire; on désignait les hommes qui les mettraient à l'œuvre ; on faisait d'avance creuser les fosses pour enterrer les cadavres. Lés occupations de ce comité étaient si multipliées et
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si urgentes^ quç Pauis, Sei^ent, Jourdh^uU et Du* plain y au moment où allait oommenjcer Texécutiou ^ s'associèrent cinq, autres membres d« la comiuune, Marat, qui gouvernait toute cette affaire , voulut, être en nom sur cette listes Elle existe encore, et Ton voit écrit par addition et à la marge : « Marat^ Tami du peuple. » Dès lors ce comité prit un titre plus pompeux; ses adtes sont signés : «Les administrateurs du comité da salut public constitués à la mairie. »
Les égorgementsy qui devaient être attribués au peuplé irrité, étaient ainsi conçus et prépares avec fô froideur et la régularité d'un acte d'administration. Les geôliers des prisons étaient prévenus; ils avaient avancé l'heure du repas des prisonniers; ils leur avaient retiré les couteaux doiit ils se servaient à table. Leur physionomie troublée , leurs regards in^ certains annonçaient qu'un, terrible moment approchait.
En sortant de l'Assemblée, Danton ô'étàit rendu au conseil général , où sa présence avait été demandée \ Puis il monta^ chez Pétion, tenu à l'écart des actes de sa mairie, ainsi que cela se pratiquait dans les journées révolutionnaire^. Il lui raconta que c( cet enragé de coinité, ainsi qu'il appelait la commission du salut public, avait lancé un mandat d'arrêt contre Roland, contre le ministre de l'intérieur. Mais nous ne pouvons pas les laisser aller ainsi , dit-il ; diable! contré un membre :du conseil I Je vais les mettre à la raison. » . '
A deux heures le.canoiï d'alarme, le tocsin, le tambour battalit la générale , se font entendre. Les
* Plrocès-verbaux de la oomimine. -^ MémoîFes de M""* Roland.
MASSACRSS DU 2 SEPTEMBRE. 251
rués prés^ptieQt tiB aspect de -trouble et d'el&oi.; on court,, on s'agite,, on s'informe; les boutiques se fer» ment; chacuii rentre chez soi. Quelques-uns YOat cher* cher un . asile contre le sort qu'ils. peuvent craindre. Des municipaux À cheval, revêtus de leur écharpe, portant un drapeau noir, s'en vont criant: « Verdun est pris;^ l'ennemi approche ; vous êtes tous perdus ; la ville sera prise et brûlée. Prenez les armes ; courez joindre nos soldats et l'infâme étranger ^era repoussé. Vous n'aurez rien à craindra des traîtres et des conspirateurs.^que vous laisserez derrière vous. Ils sont spus la main des patriotes, et la justice nationale, avant votre départ, va les frapper de. sa foudre. »
Entendant cette terrible proclamation, lès jeunes hommes, les ouvriers sans travail vont se faire in^ scrire à la, secjlion 6u à des bureaux qui venaient d'être établis dans les places publiques, sur des platesformes que supportaient des tréteaux- Là étaient reçus avec grand appareil les enrôlements pour l'armée. Les habitants paisibles' apportent les armes qu'ils peuvent avoir et rentrent au plus tôt chez eux pour se elore et se cacher.
Au troisième coup de canon, signal annoncé d'a-^ vance, les Marsc^illais, qui remplissaient la cour de la mairie, se précipit^^nt dans la gr^ande salle où étaient enfermés le^ détenus. conduits au ntomentde leur arrestation devant les Commissaires municipaux^ 0t non encore distribués dans les différeçit(9s prisons. Six voitures avaient été amenées pour triansportejf les prison-^ niers à TAbbaye* Ne sachant pais encore ce que signifiait cette ^destination funeste, ils montèrent daqs les voitures. L'ordre fut donné avec recommandation aux cochers d'aller très-lentement;, sous peine
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d'être massacrés. Le convoi se tnii en marche ; les soMats de Tescorte, en adressant mille injures auic prisonniers^ leur annoncèrent qu'ils n'iraient pas jusqu'à l'Abbaye/ quie le peuple allait se faire justice dé ses ennemis et les égorger. Puis, s'adressant à la foule, qui Commençait à s'amasser : « Oui, criaient-ilsV ce son i vos ennemis, les complices de ceux qui ont livré Verdun î ils n'attendent que votre départ pour égorger vos femmes et vos enfants. Voilà nos sabres et nos piques. Tuez ces monstres !»
'Malgré ces provocations, les Voitures arrivèrent en Suivant le quai des Orfèvres, le Pont-Neuf et la rue Dauphine jusqu'au carrefour dé Bussy. En cet endroit la foule était pressée autour d'une de ces plates-formes où se faisaient des enrôlements pour l'armée ; les voitures furent arrêtées par cet encombrement. En cet instant un homme monta sur le marchepied qui, selon l'ancienne mode, tenait au brancard en dehors du carrosse ; il ouvrit la portière et plongea son sabre à plusieurs reprises dans le cœur d'un vietix prêtre. Le sang jaillit; un cri d'horreur se fit entendre 0t la multitude se dispersa avec effroi. « Cela vous fait peur, dit l'assassin, vous en verrez l>ien d'autres, » et il continua à pointer son sabre dans la voiture jusqu'à ce qu'il eût égorgé les quatre prisonniers. Puis il passa à une autre voiture. Encouragés par son exemple, lès autres gens de l'escorte se mirent aussi à massacrer. Le convoi avait répris sa marche et les brigands n'en continuaient pas moins le massacre dans les voitures. Elles arrivèrent ainsi à l'Abbaye. La cour était occupée par des hommes qui étaient là, attendant leurs victimes; ils avaient été devancés dans l'accomplissement de leur tache. Toutefois il restait encore des Vi-
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yants dans les voitures. Ceux qui en descendaient étaient aussitôt massacrés; plusteurs se réfugièrent dans un bureaa de la section où siégeait un comité occupé d'attributions administratives. Les assassins poursuivirent leurs victimes dans cette salle. Les employés de la section parvinrent difficilement à en préserver quatre; Tun d'eux était Tabbé Sicard^ Tinstituteur des sourds-muets.
Tel fut le premier sang du *2 septembre. La plupart des prisonniers anienés de la mairie étaient des ecclésiastiques; c'était contre eux surtout que ce portait une sorte de rage sanguinaire.
Pour obéir au décret rendu quelques jours auparavaut, pour échapper à une persécution cruelle, le plus grand nombre des prêtres qui se trouvaient à Paris avaient demandé leurs passe^^ports; ils voulaient partir et aller s'embarquer; les barrières furent fermées; un les retint à Paris; ils furent emprisonnés. Beaucoup d'autres furent arrêtés dans }es visites domiciliaires ou par Les -expéditions qui avaient parcouru la banlieue.
Plusieurs voitures, qui n'avaient pas été escortées par des assassins, en avaient déjà amené à l'Abbaye; ils étaient provisoirement déposés dans le . cloître. Maillard, <un des massacreurs du 5 octobre et du 10 août, commenta le carnage par ces malheureux prêtres. Vers cinq heures du soir, il venait de les achever, lorsqu'arriva Billaud-Var^nnés,. revêtu. de l'écharpe municipale. Il monta sur une chàis^ et harangua les . assassins, : » Peuple, disait-il, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir; >y puis il descendit et .se promena quelque temps parmi Içs: ca-
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davresy les pieds dans le sang^ fraternisant avec les exécuteurs de ses projets, avec les adeptes de ses 6pinioqs. or Braves gens, la patrie voua tiendra coinpte de vos sacrifices; » Encouragé par cette approbation, Maillard s'écria t « M n'y a plus rien à faire ici; allons aux, Carmes 1 »
Bientôt commença une d^ plus déchirantes scènes qui aient souillé nos annales révolutionnaires : cent quatre-vingts prêtres avaient été entassés dans le couvent et dans l'église; ils attendaient leur sort avec une pieuse résignation ; aucun .doute ne leur avait été laissé; outre les paroles significatives prononcées à l'Assemblée par Tallien, ils avaient pu comprendre le sens de la promesse que Manuel ' leur fit deux jotirs auparavant : « Dans quarante-huit heures, leur dit-il,, vous serez tous libres. Disposez-vous à aller dans une terre étrangère jouir du repo^ que vous ne -pouvez jplus trouver ici. » Un gendarme disait la veille au vénérable archevêque d'Arles > en lui soufflant la fumée de sa pipe : « C'est doiic demain qu'on tuera Votre Grandeur. « •
Le 2 septembre, on répéta jusqu'à trois fois l'appel nominal dés prisonniers, tant on crp^ignait qu4l n'en manquât un seul. Dn peu avant l'heure fatale, on lés fit tous sortir de l'église et passer dans le jardin.Une heure après, les assassins entrèrent par l'église, en refermèrent les portes et descendirent au jardin sans éprouver nul empêchement des gendarmes qui gardaient le. passage. Au fond du jardin était une orangerie, qui depuis est (devenue une chapelle; l'archevêque d'Arles et les évêques de BeaùVais et de Saintes, totis les deux du nom de La Rochefou-
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canld 9 et la plupart de leurs conipagnons de martyre y faisaient leur dernière prière. L'un d'entre eux , entendant le bruit de ces hommes, parut à la porte; il fut abattu d'un coup de fusil. Entrés dans l'orangerie y ils demandèrent à grands cris l'at^chevèque d'Arles; aucun ne le désignait; lui-même , après avoir demandé l'absolution à un de ses compagnons, s'avança vers la porte. C'était un vieillard de plus de quatre-vingts ans, dont la vie avait été exem* plaire et sainte. Les mains croisées sur la poitrine et levant les yeux au ciel : u Je suis celui que vous jcherchez, dit-il; mon sacrifice est fait, mais épargnez ces dignes prêtres; ils prieront pour vous sur la terre, et moi dans le ciel. » La dignité et le courage du vieillard les émurent; ils n'osaient point le frapper; un honime du midi , sans doute il avait fait partie des bandea qui avaient envahi la ville d^Ârles, l'accusa d'y avoir fait assassiner des patriotes. (( Je n'ai jamais fait de mal à personne, >) répondit-il. Dn coup de sabre à travers le visage fut la réplique du brigand. En un instant l'archevêque fut haché par ces misérables, et lorsqu'il fut tombé , ils lui enfoncèrent une pique dans la poitrine.
Ils avaient tiré prèsqu'à bout portant sur lés prêtres et en avaient tué. plusieurs; les autres s'étaient disperses dans le jardin. Pour lors , commença une effroyable chasse; les assassins poursuivaient d'allée en allée, de charmille en charmille, ces malheureux prêtres, leur tirant des coups de fusil, riant lorsque les coups avaient porté, chantant une de leurs chansons de cannibales : « Dansez la Carmagnole. »
Quelques-uns n'étaient point commissiônnés ou soldés pour les massacres, c'étaient de jeunes hommes