‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 63 sur 88 · G6 SUITB DES MASSACRES A L ABBATE · texte numérisé non relu

G6 SUITB DES MASSACRES A L ABBATE

on le rendit à sa fille. Dix }Qurs après^ il f\it traduit devant lé tribunal extraordinaire. Les juges, plus impî^ toyàbles que leurs collègues du guichet^ Teûvoyèrent à Téchafaud.

Une autre jeune fille, M^*" de Sofnbreuil, obtint aussi la vie de son père. ,

Le témoin qui a écrit le récit le plus détaillé et le plus dramatique des massacres de TAbbaye, Saint* Méard, dut son salut à un Marseillais^ dont il touoba le cœur en lui parlant le patois pi^ovençal, et qui

lui servit de conseiller et de protecteur auprès de Maillard.

Ainsi que Tallien Tâvait dit à rAssembléeV Manuel était venu à l'Abbaye. 11 avait désapprouvé le massa* cre, sans tenter nul effort pour Fempècher*. « Peuple français, avait-il dit, au milieu des vengeances légitimes que voua exercez, votre haché ne doit pas frapper indistinctement toute;» les' tètes. Les criminels que renferment les cachots ne sont pas tous également coupables. »

Billaud'-Varennes avait fait une seconde visite à ses employés. On était venu dire à la mairie que plu* âieurs des assassins avaient pris la montre ou Taisent de leurs victimes, v Mes bons âmisf, leur dit-il, h commune m'envoie pour vous représenter que vous ne devez pas déshonorer cette belle journée. On lui a rapporté que vous voliez ces coquins d'âristocràted après en avoir fait justice. Ne touchez pas à ce. qu'ils ont sur eux> On aura soin de vous payer, ccmime on en est convenu avec vous. Soyez nobles, généreux et grands, comme le devoir dont vous vous acquittez.

* Relation de M"* de Fosse-Landry.

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Que ce grand jour soit digne du peuple ^ dont la souveraineté vous est commise ! ;>

Quelques heures après^ ces hommes se présentèrent au comité de la section des Quatre-Nations, pour de* mander. le salaire promis. Le comité n'avait pas de fonds pour. cette destination. Ils allèrent s^en plaindre à BiUaud-Varenbes , qui vint presser le comité de payei? a aux ouvriers qui â.y aient travaillé pendant c^tte journée le salaire,, de vingt-quatre francs^ qu'il leur ay ait promis» ^ Le comité envoya demander un crédit au niinistre de l'intériçur, qui le refusa. Alors il fallut s'expliquer avec Tautorité municipale. Le président de la se!Çtion parla d'abord à Tallien. (c^Cela ne m.e regarde pas, répondit-il; adress,ez-vous au comité d'eiéeution. » 11 s'aperçut qp^ ce mot faisait tressaillir le seçtionnaire, r< Ce n^est pas ce que vous pensez, ajouta-t-il; c'est un comité chargé de payer lesdé^ penses ordonnées par la commune ^ n

Dans cette même matinée du 3 septembre , Billaud-^Vàrennes entra au conseil général > tenant par la main un massacreur couvert de sang, et le présenta comme un hi'^ve hommç qui avait bien travaillé*.

L'Abbaye, les alarmes et Saint-Firmin «étaient les seules prisons qui, le premierjour, avaient été livrées aux égorgeurs. Au commencement de la nuit^t pet^dant la journée du lendemain, le massacre s'étendit à toutes les autres prisons*

La Conciergerie renfermait dix prisonniers destinés

* DécisratioMe Jojurdan, présideut, de la section de$ Quatre-Nations.

* La Vérité tout entière sur les vrais auteurs de la journée du 2 septeflobre.

268 MASSACRE A t.A eONCIÈIMÎJËRIÈ/

atix jugemeiits du tribunal exttttordinaire^ 11 siégeait ce jour-là, et devait prononcer sur l'accusation portée conti*e le major Bachmann, qui avait commandé les Suisses au i^ août. La procédure était déjà commencée; le- tribunal était en séance. Plusièùi*s- soldats suisses, appelés comme témoins , se trouvaient à raudîence. Alors parurent des hommes ^ ensanglantés , qui entrèrent en criant : « Votez là vengeance du peuple !» Les Suisses pensèrent qu'ils allaient être égorgés j ils se. réfugièrent derrière les juges, Bachmaûn, s'avança et s*offrit comme victime. Le président du tribunal barangua les massacreurs , et réclama ' ïe respect pour la loi. Ils permirent cette fois ïa justice lé^gale; maïs les jurés étaient terrifiés; en dix mi* nutesj leur prononcé fut rapporté à l'audience. . Bachmann fut. eondainnéy et tout aussitôt conduit à réchafisiûd> c'était son seul refuge contre les assassins. En traversant la, cour, il put voir égorger quelques-uns dé ses soldats, que ne protégea point k qualité de témoins.

' Le niarqûis de Montmorin, gouverneur de Fontainebleau, acquitté par \è tribunal, avait été retenu à la Conciergerie par ordre du ministre de Jajuôticé, Traduit devant les juges du guicbet, jl nia leur eon^péténce, disant qu'il était du ressort d'un auti^o tribunal. « ^Puisqu'ii prétend que spn affaire ne nous re* gaffde pa^, répondît un des juges^ il doit étire envoyé à la Force. >> Montmorin ignorait la signification de cettéparôle; il demanda une voiturfe pour se rendre à sa nouvelle prison. Un instant après^ un hoïnme vint lui dire : « La voiture est avancée. >> Dès qu'il eut passé la porte, il fut égorgé. Huit autres prisonniers,

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déteaus pour êti*e juges pâp le IribuDal ei^traordinaire , eurent le même sort. ..

La Conciergerie renfermait un très-grand nombre de condamnés et d'accusés pour crimes privés^ Leur détention n'avait nul rapport aux discordes politiques. Mais les hommes, à qui avaient été livrées les prisons ^ étaient arrivés de meurtre en meurtre, à un état de démence furieuse : il l^ur fallait du sapg; ils il'étaient ni fatigués ni assouvis. Les uns ^ à qui une solde avait été promise > disaient': n S'il n'y a plus de l^esogne., il faudra- bien nous en faire encore. » Les autres eiaW tés par des opinion^ excessives, par une imagination pervertie ou des penchants féroees ,' assuraient, ^selon une doctrine soutenue par leur patron ,. Billaud- Varennes, qu6 la justice du peuple ^taitla meilleure, et devait être appliquée *à tous les délits ••

Cent trente ' prisonniers furent ainsi massacres ^ h Conciergerie. On assure quç la Théroigne assista à cette exéciittion. Deux jours auparavant , une réunion de fédérés lui avait solennellement décerné une couronne civique, ainsi qu'à deux autres femmes du même métier et du. même^ mérite.

Tous les prisonniers de cette catégorie ne furent pas égoi'gés.^ Beaiucoup furent mis en liberté; il y en eut qui> dé^^ couTerts de crimes, se joignirent à la bandé qui lés délivrait et furent associés àjâcontinùation. des massacres.

Soixante et treize condamnés aux travaux forcée étaient, en attendant le départ de la chaîne, déppsés au cloître des Beruardins ; ils furent massacré^. .

' Séance de la vCoiiventîon;:2ô septembre. • ' Réponse de. Roland à 4a Convention, séance du 3 janvier 4793.

270 MAàSAGR&S AUX ÀtTBES PRiBONi^*

Aux prisons da gtand et â)i petit Chàtelet, dû se trouvaient presque excluaivemeiltdes conâamnés Jh)Ut crimed privés;,. et surtout des fahricafMrs: de faux a^sigaats, il fut prôeédé cQUime à la' Gôneier'gerie ; les uns périreut; les autres grossirent le nombre des massacreurs^ Un Jeui^e faomme , condamné pour vol , consentit d'abord à racheter sa vie par cet" enrôlement. Après avoir frapj^é un dé ses camarades de prison/il eut horreur de ki-m^e et préféra la mort. -

La Sàlpêtrière était. une maison de femmes enfermées pour délits correctionneki ou ramassées dans les rues par voie de police. Un- rassemblement d'hommes armés s'y présentaj-lB garde se trouva assfe^ nombreuse ou asser fermer pour les repousser. Ils revinrent le lendemain ; les portes furent moins bien défendues; ils entrèrent, se' livrèrent à d'infâïneà défeordres et tuèrent plus de Irente prisTm- 'nièi*es; •••■'' " : ■• --^ ; .; ;, .^., ■-;• ...- - •;• - • ...•

C'est à Bicêtre que CQuia le plus de sang; le carnage y dura jusqu'au 6 septembre: Pendant cinq jours, nul sbiu ne fut pris pour faire cesser les seènes sanglantes qui ne finissaient pointi.Pétipn y arriva , le cinquième jour et fit entendre dé tardives exhortations au respect de rhunaanilé-l ' i

Bénriot, qui succéda plus tard âSantei^re dans le coihmândeniéBt de la gardé nationale de. Paris , présida au massacre des prêtres enfèrniés au séminaire de Saint^Firmiû. €e fut une expédition prompte et sàîris nulle apparence de formalité. On monta dan» les salles où étaient lès prisonniers et à coups de sabre et de baïonnette , on les . força à se jeter par les fenêtres; ils étaient reçus sur lapoiiite des piques. Là périt un respectable curé de Saint-Nieolas du Ghar^

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douuçt^ que sa charité avait -«ntouré de râffeetiQn et de la reconnaissance de toute sa paroisse.

Dans un autre quartier de Paris^ la prison de la Force fut le théâtre d'atrocités dont le souvenir est resté ineffaçable^ Les hommes de la commune^ .qui ordonnaient les massacres ou qui y consentaient, semblèrent s'occuper plus spécialement de cette prison. Tallien et deux de ses collègues y avaient paru dans la nuit du 2 au 3 septembre^ et s'étaient retirés pour aller dire à T Assemblée qu'ils étaient dans Tim* puissance de s'opposer à la vengeance populaire; Ainsi qu'ils Pavaient raconté, cette exécution, qu'ils imputaient au peuple, avait pris une sorte de formalitérr^ulière. Le tribunal avait même un caractère plus ofikiel et solennel qu'à TAbbaye. Il se composait de quatre mensibrés du conseil généiral de Ja <x>mmunè, Lbuillier, qui bientôt après fut nommé procu^ rèur général du département ; Hébert, naguère vendeur de contre - marques à la porte des théâtres, maintenant rédacteur ^u Journal le Phre Duehesne, et deux autres moins' connus, ils procédaient avec plus de gravité que le tribunal des autres prisons; inais les égorgeuïB dont ils étaient entourés avalent peutêtre plus de férocités On rjsmarquait parmi eux un nègre, domestique de toumier l'Américain, dont les bras noirs et la. poitrine souillés de sang, et le rire atroce et bestial faisaient horreur.

La. formule de mort n'était pas' toujours !a même. Après un. bref interrogatoire le président disait r« On peut élargir le détenu; » ou bien : « A l'Abbaye. » Quelquefois avec un\ton de plaisanterie : (t A Cobtontz. w ' . \

272 MAfls/kcmiss A LA,roBCÈ,-

4Jne dé? pr^tnjdèrès TktimcSB de la soirée tÏH 2 /Cut Rulbière^ le frère de rbistoTien^ cQiQsinai^d^ût de la gendarmerie à ichevaK .Làchesnaye,, qm^ ajirèfi la mpi^ de. Mandat^ s-était trouvé îsfaargé du' cemman^emept de la gardé aationale.; Çliaïa^i%, yaletde cbaçnbre du^roi. furent suecesmemejoit ma^açcés^.' ^C(umrie^ la Force renfermait aussi des pri^niiier^^eondàinDésj^ aeett&.és ponr-de i^rfiifi -erîm^^, . ils toi^bére^i .presqu/B> toos; âoùs les €Qups dçs'tiieursv UB^abbévBardyi, accusé devoir. assassiné' Son frère^avait été cflndamnév. Û attendait en prison /uu. nouveau jugement .d.nr^ a^^L Les juges (Ju..n)4ssaere l'envoyèrent en dépôt dabSyUa^ église voisine* Les ex^eateura allèrent T^y reçbçreber*

, La fprinçessct de LacabaHe était restee^nferxnée àl^ Force. Manuel aurait youlu la sauver^ Pat son^ordre* et sans doute de concert ay^ tallien^ ;Trudion était allé la veille : feiTer , dé prison M^* .jdc; Tôur^el et . l0§ au>trêS( femmi^ détenues ;.inaisiors^u'iire^ut la même opàimission pour M"' de. Lamballe^ Lhuillti^. a'y op? posa; disant .' <r il n'appartîant qu'au peuplé d-ordon^ ner de* la vie ou de la. mojrt de se$ prisonniers* v Un autre n^unieipaly collègue de Marat au comité de salut public^ ajouta ^ «c H faut 4]ue: l'amie d'Antoinette pér risse. » Manuel ne sut pas tenter un nbuVél effort. .

Le lendmainV vers dix -^heures dut ïnatln,. Truchon et iin a^tr>e inuaieipal entrèrent 4aB0 la cham* bre de lar princesse rrpeut-ètre, avaientrils la ^isEion et quelque espéranee de 4a sauver. Elle était- encore couchée et deô^andà ce qtf on voulait d'elle-; on lui répondit qu'elle" allait être transférée à rAb)>aye; elle demanda à ne point changer de prison : a Ve&eZi liia- AAms>y il y va dé la vie, *>• lui dit durement Truehon* Elle passa une robe et descendit dans |a salle du gui-

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