‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 64 sur 88 · MASSACRES A LA FORCE. 2T · texte numérisé non relu

MASSACRES A LA FORCE. 2T

cbet. Lorsqu'elle ge vit en face de pareils juges et entourée d'hommes dont les vêtements, les mains et le visage étaient couverts de sang , elle s'évanouit à plusieurs reprises. Elle était s^ peiné revenue à elle^ Truchott la soutenait ; l'interrogatoire commença :

« Qui êtes-rvous V — Marie-Louise , princesse de Savoie. -—'Votre qualité? — Surintendante de la maison de la reine. — Aviez-vous connaissance des complots de la cour au 40 août? — Je ne sais pas s'il y a eu des complots; je n'en ai aucune connaissance. — Jurez la liberté et l'égalité /la haine du roi, de la reine et de la royauté. — La liberté et l'égalité, volontiers. Je ne puis jurer la haine; elle n'est pas dans mon cœur. » Truchon lui dit tout bas : «Jurez, ou vous êtes morte! >i Elle se couvrit les yeux d^ ses mains et ne répondit rien.

La formule fut prononcée par le président» On emmena Af"* de Lamballe. Truchon , cet homme qui avait assisté comme; complice à tous les meurtres commis dans les journées de la Révolution , l'aidait à marcher. Dès qu'elle eut patoé là porte y elle aperçut des cadavres sanglants; elle s'évanouit encore ; comme on la relevait, un garçon perruquier, nomnCié Gharlat, voulut lui enlever son bonnet. avec la pointe d'une pique dont il était armé. Cet homme était ivre; la pointe atteignit le front, le sang jaillit, ce fut le signal- : un autre l'étend par terre d'un coup de bûche. Elle est frappée à coups de sabre ; on s'acharne sur elle avec des piques. Quelques serviteurs du duc de Penthièvre s'étaient déguisés et mêlés à la foule ; ils avaient tenté de désarmer la fureur des assassins en criant : « Grâce ! » On tomba sur eux et ils furent massacrés.

274 LE TEMPLE PRÉSERYÉ.

A quelles horreurs fut livré le corps de la princesse de Làniballe^ c'est ce qui nç doit pas être raconté; on lui arracha le cœur, on lui coupa la tète» puis rinfôme cortège sç dirigea vers le Tomple.

Parmi les auteurs ou les exécuteurs des massacres de septembre , il paraît que plusieurs .avaient songé à y envelopper ^ la. famille royale ; mais les hommes principaux ne s'associèrent point à la pensée de ce crime. Dans la matinée du 3 septembre , le conseil général nomma des commissaires chargée d'assurer la tranquillité du Temple. Robespierre ^ Manuel et Del* troy. furent désignés pour, cette mission. Robespierre ne semble pas Tavoir acceptée; il ne fut pas vu au Temple. Manuel^ au contraire , se préoccupa sincèrement d'écarter le danger qui menaçait le roi. 11 le vit un instant et chercha à rassurer ^ la reine sur le sort de M'"'* de Lamballe. 11 disait qu'elle était en sûreté à la Force. Peut-être le croyait-il encore à huit heures du matin. C'est à onze heures qu'elle fut massacrée.

Ce jour-là, on refusa à la famille royale la permis^aion de se promener dans le jardin. A deux heures , Cléry et la femnie d'un des gardiens dînaient dans la salle à manger que venaient de quitter le roi et la reine; lorsqu'une tête au bout d'une pique fut pré* sentée a la fenêtre ; la femme, poussa un cri. Le» misérables espérèrent que c'était la reine et en témoignèrent leur joie. ;

Gléry monta aussitôt chez le roi ; le trouble de son visage laissait voir qu'il avait quelque chose de funeste à dire. Un ojQicier municipal .entra; il parlait à voix basse à ceux de ses collègues qui se trouvaient

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dans, cette salle, a Sommea-nous en sûreté? dit le roi. — Où demande que vous et votre famille paraissiez à la croisée» pour n)ontrer que vous êtes encore dans la tour; mais nous ne le souffrirons pas. Le peuple doit avoir confiance à ses magistrats., n

Les cris redoublaient; on entendait d'injurieuses paroles adressées à la reine. Quatre hommes, députés par le rassemblement , entrèrent pour s'assurer si réellement la famille royale était encore au Temple. Us exigeaient qu'elle se montrât à la fenêtre. Les municipaux s'y opposèrent. Un jeune homme, en habit de garde national ^ dit alors : « C'est pour vous mon-^ trer la tête, de la Lamballe. Je vous conseille de paraître , ou le peuple va monter. »

La reine s'évanouit. « Nous nous attendons à teut^ dit le roi, niais vous auriez dû, monsieur, ne pas apprendre cet affreux malheur à la reine. » Les munici-i paux firent des reproches à ce jeune homme. La famille royale se retira dans une chambre plus intérieure.

Le tumulte, continua ; il aurait pu être beaucoup plus grand; la famille royale avait couru un danger imminent. Le rassemblement parti de 1$l Force ^tait nombreux et s'était grossi en route. Us traînaient le corps déchiré de M""* de Lamballe et portaient aussi son cœur au bout d'un sabre. Â.rrivéa à la porte de la cour du Temple, ils voulurent entrer i. Les municipaux s'y refusèrent : un d'entre eux, nommé d'Anjou, ancien abbé et grand révolutionnaire, lutta même un moment avec les hommes qui voulaient forcer la porte. 11 était d'une force prodigieuse et d'une si grande taille qu'on le nommait labbé u Six-pieds. » 11 les repoussa, puis tendit son écharpe tricolore en travers de la porte.

276 LE tEllt»LE PRÉSERVÉ.

Néanmoins > pur une sorte de capitulation, il fut permis à un certain nombre des massacreurs de por* ter dans la cour la tète de M"'^ de Lamballe et de la promener sous les fenêtres de la tour ; c'était ce déta-chement qui avait voulu pénétrer jusqu'à la famille royale et que les commissaires municipaux n'avaleût pas admis. Le tumulte continua longtemps; six fois de suite l'affreux cortège fit le tour de la prir son ; ils se haussaient sur un vieux mur en démolition, s'efforcent d'élever au niveau des fenêtres du roi la tête de M""^ de Lamballe. Ce ne fût pas sans efforts qu'on défendit contrp eux l'entrée de la tour. D'Anjou les haranguait : tt La tête d'Antoinette ne vous appartient pas]; les départements j ont des droits. La France a confié la garde de ces grande coupables à la ville de Paris. C'est à vous de nous aider à les garder, jusqu'à ce 4jùe la justice nationale venge le peuple. » £n écartant le massacre, il faisait ses. réserves pour l'échafaud. <

• Pendant toute la journée il y eut motjf de s'inquiéter pour la sûreté du X^mple; Ni la commune/ ai Santerl*e n'envoyèrent les secours qui étaient réclamés par les commissaires préposés à la garde de la prison royale. Ils écrivirent aussi à l'Assemblée. La lettre était ainsi conçue :^

f< L'asile de Louis XVI -^st menacé ; la résistance serait impplitique , dangereuse , ipjuste peut-être. L'harmonie des ' représentants du peupk avec les commissbires de la commune pourrait garantir du désordre. Nous demandons que vous Vouliez bien nommer quelques-uns de vous pour, conjointement avec nousy calmer l'effervescence. »

Six députés furent désignés par le président pour

ÉTAT DE l' ASSEMBLÉE. 277

se rendre au Temple. Nul document n'atteste qu'ils y aient pafu. One députation du conseil général vint dans le cours delà même séance annon(;er que Paris était pàrfaiteiïient tranquille. Ainsi, le seul moyen de défense au Temple, ce fut l'énergie de l'abbé d'Anjou et son écharpe tricolore. On y avait attaché cette inscription: w Citoyens, vous qui à une juste vengeance savez allier l'amour de l'ordre, respectez cette barrière : eUe est nécessaire à notre surveillance et à notre responsabilité, »

Le cairdon ne fut pas franchi ; on admira beaucoup le respect que le peuple témoignait aux lois; La trifcune et les journaux s'en félicitèrent.

Les assassins de M"""" de Lamballe ne se lassaient pas cependant de promener sa tête« Ils voulurent aller La montjper à l'hôtel de Toulouse, demeure du respectable duc de Penthièvre, son beau-père. Oa les en détourna en leur disant que M"* de' Lamballe habitait ordinairement les Tuileries ; ils y allèrent ; les portes leur furent réfusées. Enfin, ils arrivèrent au Palais- Royal. Le duc^ d'Orléans était à la fenêtre : il s'éloigna, mais il avait pu voir la tète de sa belle^sceur.

Lorsqu'on raconta à Collot d'Herbois lé détail de ces horribles scènes, il n'eut qu'un seul régretS (( Comment avait-on épargné à la reine cette impression déchirante ; il «ût fallu servir sur sa table la tète de sa meilleure amie dans un plat couvert. »

Xout en acceptant les assurances que dqnnait la commune y l'Assemblée, pendant, la journée du 3, n^iguorait pas que les massacres continuaient ; . elle s'attendait à se voir envahie bientôt par lei^ assassins.

» Mémoires de Weber.

278 ÉTAT DE l'aSSGMBLÉIT.

L'abatteihBïit était général. « Nous Ikissepohs-nous égorger sans résistance ? » disait Cambon, fst il proposait d'adresser tine réquisition directe à la force armée et de ne plus laisser l'autorité suprême' à la commune.

L'ancifen parti ijàodéré atait disparu ; il n'y avait plus que deux cents et quelques députés présents ; ils étaient dans un tonteux accablement \ Un reste de courage empêcha les comités de se dissoudre. Alors entrèrent dans la salle des hommes couverts- de sang, armés -dé piques ensanglantées; ils amenaient un député noihmé' Jourieau ,« qu'ils avaient trouvé à l'Abbaye, où il était enfermé par ordre de l'Assemblée pour avoir frappé Grangeneuve ; il avait été réclamé par un décret que les chefs du massacre avaient eu beaucoup de peine à. faire respecter par leurs acolytes. Il portait encore sur la poitrine ce décret, qui lui avait servi de bouclier. Les" gens qui remmenèrent commandèrent à l'Assemblée de le juger dans la journée, sinon le peuple souverain en ferait justice.

Dans ces lâches anxiétés, plusieurs députés recoururent à Danton, comme à la seule autorité qui pouvait encore arrêter le carnage. « Calmez*-vous, répondit-il à Dussaulx, cela finii^a bientôt; mais il faut encore un peu de sang. >^ Brissot vint au nom du comité de défense générale pour l'engager à prendre des nàesures vigoureuses. « C'est impossible, répondit le ministre de là justice, cette exécution est nécessaire pour apaiser le peuple dé Paris, il est las de voiir les coilspirateurs impunis. — Mais des %

\ • Récit de Cambon, Moniteur:^ 429. XÏÏP vol. de la réimpression.

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