ÉMOTION DU SANTIVÉNT PUBLIC
de telles cîi'eonstanced, où ce. qui, dans Tordre régulier de la société, serait une lâche connivence, seiïible pour l'instant une honorable énergie.
Le lendemain du 2 septembre présenta une autre preuve^ soit de la conscience publique, soit de la résolution prise par les Girondins de se défendre contre le danger dont. ils se voyaient menacés. Louvet, sous le patronage et avec subvention tle Roland, publiait un journal en. affiche. Le matin du 3 septembre, un numéro placardé sur las murailles parlait avec excuse des massacres; après quelques heures, Vaffîche fiit enlevée ^t renf placée par une autre plus conforme à la lettre du n^rinistre *.
Le langage de la commune fui même modi^é. Le conseil général, assemblée nombreuse, qui délibérait sous l-Qppression.dQS tribunes publiques, avait eu une lâche, complaisance plutôt qu'une action criminelle. Bitlaud, Marat et leur comité de salut public avaient tout réglé et' ordonné. Lorsqu'on vit les massacres se prolonger, o^ commença à en ressentir quelque ai&iction; on pensa à les arrêter. Le procès-verbal de ta séance dû 3 au soir s'exprime ainsi : « Le conseil, général, vivement alarmé et touché des moyens d§ ri^igueur qu'on emploie contre les prisonniers, nomme des commissaires pour, calmer l'effervescence et ramener ayx principes ceux qui pourraient être égarés^ Ils pourront requérir la force armée. » Plus loin^ le con- 4»eil envoie encore six commissaires à l'hôtel de la
Force « pour tâcher d'arrêter les bras vengeurs qui frappent les criminels. » ^ •
• Réponse de Bobespierfe à Louvet. — Beàulieu : Essais sur la Révolution.
CONTINUATION DfiS MÀSSAGREé. 283
Lorsque tant de ménagements étaient gairdés avec les massacreurs, lorsqu'ils étaient regardés comme les exécuteurs de la justice du peuplé, lorsqu'on les excusait en disant qu'ils avaient sauvé U ville de Parî's et prévenu un vaste complot traûié dans l^s prisons par les détenus, il était difficile d^interrompre le carnage,
L'Assemblée nationale était pks iQimobile encore et plus désa^niéé.. Chabot préposa comme moyen efficace,- pour rétablir l'ordre, pour dissiper lesméfifimces populaires et pour réfuter des calomnies odièusefs, de jurer haine à tous les rois, et de pif^otester ainsi que personne, dans l^Assemblée, ne songeait à donner la cotironhe au duc de Brunswick ni au due d'York; tous les représentants du peuple se levèrent en criant : « Ouiy nous le jurons ! plus de rois! •))
Chabot sortit et revint - quelques heures après,, rendant compte de l'excellent effet de cette solennelle déclàrationr; il venait d'en faille lecture aux hommes tpxif le 4 septembre au soir, continuaient' encore à égorger les prisonniers; puis il avait ajouté que le mometït était venu de ftiéttre' un terme à leur vengeance; ils jurèrent de ne plus commetti^ s^ucùne violence^ du moins Chabot le raconta ainsi. Toutefois ce fut par d'humbles supplications qu'il parvint à délivrer l'abbé Sicard; il allait' être massacré sans nul égard pour- les ordres de l'Assemblée, qui avait ordonné sa mise en liberté depuis deux jours. Quelques mois après, Chabot fit un autre récit de cette scène et parla "de la fureur intraitable des massacreurs:
Quelques moments après, une lettre du minisire de l'intérieur apprit à l'AssemWée que les massacres
284 GONT'INUATIOTI DES .MAS$llORES.
reGommençàient à l'Abbaye, - et que le peuple, . ie'éstk-dite les bourreauxy/ ne roulait, s'arrêter (pi'après mmr^ égorgé les signataires des deu;x pétitions pi*ésentées pour demander justice de la sédition du 20 juin, l/uqe ,avait vingt mitle, l'autre, huit mille signataires.
Le ministre,, pour dégager sa responsabilité, envqyait copié de la lettre par laquelle il avait enjoint à Santerre. d'employer toutes les forces dont il disposait à iuaintenir* la sûreté des personnes et des biens.* ' Santer4*e , dans sa réponse, disait.: « Vous rouvrez les plaies dont mon cœur est ulcéré en apprenant à chaque instant les excès auxquels- on s'est livrée » IIassurait que ses ordres avaient été donnés pour ga*rantir lè^ômple et l'hôtel de la Force; il^fîuissàit eu promettant de redoubler d'efforts auprès de la garde nationale' pour qu'elle ne restât point da^ns l'inertie.
En fait, l'action du commandant général n'avait apparu en aucun. lieu; il avait été vu presque constamment à la mairie^ • demandaUt des îUstruetigns, alléguant son impuissance et cherchant une excuse pour ne pas être où l'appelait son devoir^ Le, 2 septembï^ë, pendant que M"^^ de Staël était réfugiée dans le. cabinet de Manuel, Santerre' avait passé deux heures dans la cour de. la mairie^ sur le siiége de sa voiture de poste, afin, disait-il, dé la préserver du pillage. Pendant ce temps-là, on massacrait à l'Abbaye. Deux mois après, à la tribune des iacbbins , il assura que son inaction avait été une connivence, ' L'inertie* de Pétioni avait été plus complète encore; lui-même^ ayant plus tard à expliquer sa conduite, disait : « J'élis dan^ une faussé sécurité; j'ignorais ces.eruautés. Depuis quelque temps, çn neme (Parlait
GONTîNl/ATION ;DËS HASSACRES. 285
de rieh. Je léd appris enfin, \d'une manière Vague, çanfuse^ défigurée. On m'ajouta en même tempà que tout était fini. J'étais dans laconviction intime que le jour qui avait éclairé ces affreuses scènes - ne reparaîtrait plus.» '
Cet étrange récit manquait de vérités. Le 3 septembre, pendant que Pétion était' à dîner avec Brissot, des égprgeurs, encore tout sanglants , lui furent. ame** nés par Billatud-Varennes; il les accueillit plus, pu moins bieïi, teur offrit ou ne leur offrit pas àhoîre ,: c'est ta seule différence qui se trouva plus tard entre lé témoignage de Chabot et le sien,-
Ge fut le 6 septeïnbre sèutemeot que le maire de Paris s^occupa des horreurs qui duraient depuis quatre jours, ' • ^
Le conseil général le chargea de se l'endre à lia prison de la- Force ; il y. trouva deux municipaux revêtus de leurs insignes , siégeant encore au milieu du sang. 11 Leur enjoignit d« cesser leurs fonctions, et satisfait de cet acte d'humanité, il se rendit à l'Assemblée nationale où il parlJa eh ces termes : ' .
(c Vous aveâs voulu être instruits de la situation de Paris. Permettez-moi de jeter uju voile. sur le passiév Ëapêrôns que ces scènes affligeantes ne se reppoduir ront plus. L'état d'insurrection ne peut être un état habituel. Les citoyenssentent que^ le règne dès lois est aussi celui de la liberté. Tout ptomet 1 ordre et la paix. Déjà la fraternité Jreprend son empire^ les passions, particulières^ se calment ; les citoyens se pressent pour i'enrôlemeiij;.. Les b?irrières, vont se rouvrir à l'activité du commerce et à la liberté, des citoyens» »
Pendant que Pation se complaisait à ce tableau, les hommes qu'il avait fait sorUr de la Force y, étaient
286 GONTlNUATiaN m& MASSA£»ŒS. .
rentrés; ils. eontinuèrjBUt ce que Iui«<inème. appela leur, horrible baucheiie > et n'y renoncèrent que la nuit suivante ^ , ,
Le .lendemain il fallut que. le. maire de Paris.se transportât à Bieêtre où le niassacre durait depuis ciuq jourç. Il conjura les assassins au nom de Thumanité et leur parla même <( le langage austèje de la loi \ » Ils- se retifèreixt : ils ^Yaient fini.
Jusqu'au 6 septembre , les joutnaux , . qui pouvaient encore paraître y n'avaient rien dit du sang qui coulait depuis cinq joursv Le Moniteur rompit enfin le silence. Son exposé n'était que la répétition, de ce que Danton avait dit au coinité de, défense^, lorsqu'il avait annoncé les grandes ipçsures qu'il aillait prendre. .
« Un horrible complot contre La liberté publique avait été décoincer té' le 10 août. Il s'était continué encore
après; les conjurés avaient compté sur la terreur que répandrait l'approche de l'arpiée ennemie. Ils voulaien,t délivrer ; ievtrs con^plicies qui remplissaient leg prisons^ a,fin- de piller et de brûler la ville. » Après ce préambule , le journal, avQC une incroyable, audace de mensonge y racontait que > x< le 2 septembre, seize particu^ers armés, de pistolets et de poignai'dà , avaient été arrêtas; qu'ils avaient résisté à la force armée; que l'un d'eux aval t tiré un coup de pistolçt et^ble$sé mortellement un citoyen. De là. était venue \^ colère du peuple ; . ainsi Ibs coupable^ étaient devenus victimes , de leur propre fureur ; l'indignation populaire, étant parvenue à son comble, le cri : «' Qu'iJb?;meurenttou^ ! avait' été proféré , et la résolution la pltàs hardie et la plus terrible avait été prise et exécutée^ » Puis venaient
* Hépoii30 à Robespierre^, Moniieury iO novembre 479^. -^ * Id;
CONTIl^UATIOM J>£S MASSACRES. 281
les phrases banales sur la justice et le discernement des assassins et une liste de quelques prisoaniers qu'ils avaient épargnés,
^ Cette version des massacres de septembre portait un tel ' caractère dUmpudence qu'elle ne fut point reproduite, lorsque peu de teinps après , les promoteurs de ce crime eurent à s'en défendre, au lieu de s'en vanter. L'article du Moniteur avait été écrit avec tant de. précipitation ou d'imposture que rarchevêque d'Arles, ce vieillard plus qu'octogénaire^ était |iommé comme le principal des conspirateurs, qui, armés de sabres et de pistolets, avaient voulu se défendre contre la force publique. Ce fut seulement trois jours après que ie journal publia un errata.
^ D'après le témoignage d'un dés principaux om^ ployés de la commune du 2 septembre, quelques écrivains ont adopté, mais en le modifiant beaucoup, le récit du Moniteur. Selon cette autre version, un prêtre provoqua le peuple et donna Oiccasion de commencer les massacres. Us disent qu'un ecclésiastique enfermé dans une des voitures qui furent conduites de la mairie à l'Âbbaye, poussé au désespoir par les injures et les, menacejs dont il était assailli , donna un coup de cànhe à un fédéré. Cela est peu vraisemblable, à moins qu'il n'ait cherché à écarter le sabre levé sur lui. Cette anecdote n'est sûrement pas donnée comûie excuse des massacres de septembre. A n'y voir .qu'une explication, elle serait étonnalite. Ce coup de c^vme ne motiva point la création du comité de la commune qui avait donné tous les ordres et fait tous les préparatifs* Il faut nécessairement renoncer à l'élan populaire et avouer le ehme , sauf à l6 célébrer.
288 MASSACRE 'des pRisoNKiïins d'orléams.
Un de§ massacres projetés par les bomfnes du salut public et acceptés par Danton , n'était pas encore exécuté. C'était peut-être celui qu'ils voulaient le plus. Les lenteurs de la haute Iîoût d'Orléans avaient souvent été accusées devant l'Assemblée par d«s députations du conseil général et même en termes menaçants. Un détacbement de gardes nationaux fut enfin envoyé , sans consulter • l'Assemblée , pour escorter les prisonniers et veiller à . leur translation ; car la baute cour devait, selon, un décret récent, être transférée à Sgiumur. Le. détacbement était 'commandé par deux chefs de l'insurrection du 10 août, Fournier' l'Américain et Lazôwski. Tallien et Léoiiard Bourdon eureht eti même temps mission de la commune^ car on craignait que les autorités de la ville d'Orléans. ne fussent pas disposées à remettre les prisonniers à la garde nationale de Paris.
Le 3 septembre, uTi billet des procurateurs de la haute cour fut remis au président de l'Assemblée na-f tionale-: « Nous avons la douleur^ écrivaient les. magistralts du ministère public, de vous envoyer notre procès-vérbal , qui vous prouvera à quel point 1^ loi a été violée par ceux même à qui vous en aviez cfonfié Inexécution. Les prisonniers sont «n route pour Paris. »
Le ministre dé l'intérieur écrivit aussitôt aux administrateur& du département dé Seine-et-Oise , en leur annonçant que les prisonniers, arriveraient le lendemain. à Versailles avec une nombreuse escarte. Il ajoutait ijue des.commissaii:es de la commune de Paris étaient chargés àe veiller à leur conservation et. demandait que de^ sages précautions fussent prises afin de préserver dt^ tout événement les .personnes qui.
MASSAGRE DES ^PRISONNIERS p ORLÉANS. 289
étant sotis le glaive 'de la loi 9 méritaient tous les égards de l'humanité.
Le sort des prisonniers n'était pas douteux. Le Cortège qui les conduisait, le'noin de Fournier T Américain , disaient assez qu*ib devaient être égorgés. On pouvait mètne savoir qu'il -avait été question de ne pas aller ju&qu' à Versailles et d'exécuter le massacre en route. . /
Aïquièr, depuis membre de la 'Convention, ' était alors président du tribunal de Versailles. II se bâta d'aller trouver le ministre de la justice. A peine cu^-il expliqué ses. craintes et le motif de son voyage que Danton lui dit : a Ces, hommes-là sont bien coupables. -^ Soit, repartît Alquîer, mais il faut que là loi pronoilcç. <^ — Je vous dis qu'ils sont coupables. . — Le danger ôstptesâant; il n'y a pas un moment à perdre.*-^ Eh! monsieur, répliquaDanton de sa terrible voix, ne voyez'-vous pas que si j'avais quelque chose à vous répondre/ cela serait fait depuis longtenâps? Que vous importent ces, prisonniers? Remplissez vos fonctions et ne vous mêlez pas de cette affaire. »
Un procès-verbal de la mairie de Versailles est resté en témoignage- authentique dé tous lés détails du màsâacre* Les prifiionniers étaient sur des charl'ettes escortées par Fournier et ses hommes; ils traversèrent ainsi la ville. Depuis plusieiars jours on avait excité la population,' lui présentant les prisonniers comme dés ennemis dé la nation et des conspirateurs. Aussi)- à leur passage; furent-ils accueillis par d'injurieuâes clameurs , qui' toutefois ne manifestaient aucune pensée de meurtre.
Xofsquè les charrettes approchaient de la grille de l'orangerie ) sur un signal de Pouriiier, un certain
290 IHÂSSAGRJS DESi. PR|SOMmEH&. P^ORLÉÀMft«
nombre. d'hommes. i^ortirént d'un eabdre;t voisip. G'ér taient des massacreurs envoyés de Paris j ils se prér cipitèrent véca ies charrettes. Le nïaire ^tait accouru. '(( Ne vous déshonorez, pas,- s'écriait-il; laissez agir lagusti<5e; elle' Vou§ ^vengera des traîtres, -r- Vou? êtes trpp bon pour ces scélérats j ils iQiériteût. la mort, » répondirent les, assassins* .
Pendant. un instant il fut possible au convoi, de continuée sa route. « Livreis^-nous du moins. Brissac et de Lessart. lui disait^on; nous vous laisserons eînmeaer les. autres. »
Bientôt le maire fut arrachdé de dessus, son cheval et Qn l'emporta de ' force j ,il parvint à se dégager, retourna aux charrettes et reçpnimença ses insstantes exhortations. Les âiabres étaient levés , il se jçta sur ua des chariote , essayant de couvrir les prisonniers de son corpsy On ^llécarta et le massacre comm^ençs^. Le maireL perdit . copnaissan^e ;. quand irl eut repris ses sens, iliut emmené nialgré lui ; tous ses .efforts furent inutilesl >
C'était une scèQè affreuse r après t^nt d'ajatres ; les victimes se débattaient sôus le sabre, e.t 4e çoutçau* Le du<;. de Brissac lutta quelques Jcinstânts avec s^s assassins; les cadavrèa furent If aîaé^ et dépecés; des lambeaux de chair étaient portés aii bout des piques, ^ ^ ,
., Lorsque le ^nassacré de& prisopaiers d'Orléans fut achevé, les tueUrB se fircini ouvrir la maison de justice j ils y ét^lirent Leur tribunal > se &rent apporter les registres; SjBlpn le motif de détention, le prisonnier était apa^né à .comparaître/, 0t san» interroga.toire on l'assommait. Le- maire , accourut f cette fois il fut mieux écouté^ mais déjà treise dé^
m^ssâciIe dv suc m hk roghefocgauu). '291
ternis ayaiént été ,é](éeulé^; et il ne put réassir à sauv^er un Suisse -qui 3e trouvait dans cette prison, tfës jatitres victimes étaient détenues pour vote ou crimeiS' privés. . . • -
Une autre prison de Versailles était nommée la maison d*arrèt. Le maire réussit à la préserver^ mais non sans peine; /les botirreaux demandaient qu'on leur en livrât dix ou douze ^ et surtout des prêtre» réfractaires. -^ . .
Le prôcèsrvef bal de ce qui venait de se passer à Versailles fut lu en préseneë de Claude Fôurnïer, commandant général des volontaires parisiens et marseillais^: et il en.aecept$ la rédaction. Parmi la bandé des . assassins » aucun^ habitant de Versailles n'avait été.reconnu. ! - '
Lès prisonniers d'Orléans étaient au nombre de cinquante-sept; on constata que cinq avaient pu échapper à la m6rt. Quarante-quatre cadavres furent #' relevés.. La pl:u{)art de ces victimes avaient été envoyées, en accusatioa sur lai poursuite des Girondinsv Ils ,ne prévoyaient pas sans douté que ces coups de . majorité enverraiéiit les acçuBés devant un tel IxibunaL . '. -
Fpurnier F Américain retourna à Paris ; il parut à (Cheval sur la place Vendôme ; du haut de. son balcon ^ ' le ininjstre de la justice le félicita à haute voix de Son expédition. ..
La: liste des . immolations ordonnées par la çûm^ luûne. de Paris ne fut point clôsé par les massacres' de Versailles: Cinq jours après une illustre viélime fut encore, désignée aux assassins.* 11 n'y avait pas en Franco un plus sincère amf de là liberté que le
292 MAS&ÀCkï: dû DtJC de U .ROGHËIi*OUGAULD.
duc de La Rochefoucauld^ lié iûtimem^nt avec M; de La Fayette, son itnaginatiûû était encore plus. portée aux illùâioiis républicaipeç. Avant laRévorution, sa maison et celle de sa mèra, M*"* la duchesse d'An* ville / avaient été le' cenrtre d'une société qui réunissait les hommes distingués de la littérature et des sciences. Membre de l-Assemblée constituante y il avait fait partie de cette minorité d^ la noblesse qui allait se réunir au tiers état; puis il avait çonstam^ ment voté pour les institutions et les lois libérales. Président de l'admiaistration départementale de Paris ^ il avait ^ avec la même franchise et la, même fermeté f soutenu la cause, des libertés, constitutionnelles, et il avait compris/ parmi leurs garanties , ce qui restait de la prérogative royale. Dès lors il s'était trouvé ea dissentiment continuel avec Pétion et la municipalité^ il avait demandé que les fçiuteiirs du 20 juin rendissent eomple de leur conduite devant la justice légale. Ne trouvant nui appui d^ns la Toi ni dans T Assemblée, il avait, peu avant; le 10 août, donné sa démission et habitait sonv château de la Roche-Guy on.
Sur un ordre de la commune de Paris, il fut arrêté à. Forges. Le commissaire .envoyé pour le prendre, le guetta pendant plusieurs jours-, venant, déguisé en mendiant,, demander Taunlône au château. Lorsqu'il l'eut fait conduire de ForgesàGis6i:&, il ameuta un rassemblémejU; autour de l'auberge. Lé duc de La Rochefoucauld était à dîner avec sa m^re* et sa femme; il se montra au balcon; entendant ces furieux le démander à grands cria, il voulut descendre pour leur parler, ce Yous le pouvez sans danger, dit le commissaire, parce que la garde, en-
DÉNOMBREMEflIT BIÏS VIGTI]|£S: 293
voyée de Paris pût Sa&terre, vient d'arriver. — En oetsas, je suis perdu , » reposait La Rochefoucauld; il descendit sans se troubler dsUis la rue et fut aussitôt masdacrê. Deul mois après, à la Convention, Manuel parla avec horreur et indignation des bri* gands et des assassins qui avaient commis ce crime; lorsqu'ils furent envoyés par Santerre, Manuel était procureur général de la commune. .
Une grs^nde incertitude est restée sur le nombre
total des victimes égorgées parles ordres ou k manque volontaire dé répression des autorités municipales de Paris. Quelques documents Tout porté jusqu'à dou;Èe mille. Le nombre de ^ix mille, adopté par d'autres, s'écarte sans doute aussi' de la vérité. D'autres calculs faits récemment avec une apparente exactitude, mais avec un désir marqué d'atténuation et d'excuse , ré* duisent ce nombre à moins de mille. En compulsant des documents authentiques, ce triste dénombremient donnéxin résultat plus élevé, mais qui laisse toujours une grande incertitude. Il semble probable qu'on approcherait davantage dé la vérité, en supposant qu'environ quinze scents victimes ont été immolées.
Le 20 décembre 1792,1e propriétaire 4'une carrière à Cb^rentoU vint au conseil de la commune de Paris, se plaindre de ce que cette carrière était encombrée d'une quantité prodigieuse de cadavres, des prisonniers massacrés dans les journées du 2^ du 3 et du 4 septembre. Ils étaient en tel nombre que les outils des ouvriers et des charrettes même étaient ensevelis sous leurs monceaux* Les ouvriers ne pouvaient plus l'exploiter et d'ailleurs répugnaient à y travailler. Le prûçès«^verbal dit que Ghaumette, procureur de la
294 GIRGUIiAmS DU GOUITÉ PB LA GQMMUIfE.
cominime y. manifesta ime grande sensibilité , 6t qu'un membre du couseil municipal demanda^ selon Te^pression adoptéeyà jeter uii voile sur ces scènes atroces et désastreu^s, doiit le souvenirùefaisait qU'attrîster tout honnête citoyen.
Lés auteurs de ce grand crime voulurent exercer l^ur influence- au delà du cercle de leur autorité» Le 2 septembre I au moment où ils donnaient le signal des massacres, ils envOyéreut à toutes les municipaiités de Finance. une lettrerKîirculairè> qui fut traàsmise 30US Le contre^seing du miniàtré de la justiee. « ^
Après avoir parlé du complot tramé par là cour dans le silence et dans lés prisons pour égorger tous les patriotes de Tempire français, cette lettre, adressée aux frères et amis , expliquait ^comment rA^semblée nationale, forcée par la clameur publique, avait été contrainte de rapporter ses décréta et de rendre à la commune ses pleins pouvoirs; puis elle cdntinliait ainsi : « Fièré'de jouir de la plénîtudeide la confiance nationale, placée aii foyer de toutes le& conspirations^ déterminée à périr pour le salut public , elle ne se glorifiera d'avoir pleinement rempli son devoir que lorsqu'elle aurat obtenu Votre approbation, et 'lorsque tous lés dépârteméûts auront sanctionné ses mesures ^ourJe salut piiblic**.. Prévenue que des hordes barbares s'avancent contre elle, la commune dé Paris «e hâte d'informer ses frères de.tous lesdépairteibi^nts^ qu'une partie des conspirateurs féroces , déténus djàns les^ prisons , a^té ,mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables , pour reteuir par la terrent lés légions de traîtres renfermés dans ses murs au moment où il allait marcher à rehneini;