‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 70 sur 88 · LES ÉLECTIONS A PARIS · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS A PARIS

blées pria^aii^es .choisirent les électeurs qui devaient nommer les. députés-

Peut-étre^ 'parmi les mptifs^qui avaient déterminé la commuj).e et Dai^tou à ordonner les massacres, doiton compteF la volonté, d'exercçr sur les élections l'influence de la terreur. Sans doute ils ne pouvaient redouter aucun effort des opinions royalistes ^t constitutionnelles ^ mais les débris épars du parti modéré auraient pu se ralliçr timidement aux (jii*ondins; et déjà c'était à lés détruire que. la Révolution allait être dirigée; dê^ placards signés de Marat opposèrent à leur eandidsfctur^ des calomnies. et des nieaaces. ,

L'élection dis 'Paris importait surtout aux hommes qui étaient et voulaient rester les maîtres ; avec de tels moyens le succès était assuré. Robespierre, le plus habile courtisan de la classe populaire, que l^s révolutionuaires avaient égarée ou pervertie, fut élu le premier, puis Danton; Marat ne fut que le septième; s'il y avait eu la moindre liberté dans les élections, il eût été repoussé* Les Jacobins craignirent un moment cet échec, et firent dé son élection une affaire de parti \ Tous les conseillers du 2 septembre, Clollot d'Herbois, Billaud-Varennes , Fahre d'jÈglantine, Camille Desmoulins, d'autres plus obscurs, tels que Sergent et Panîs furent élus : de telle sorte qqe l'élection de Paris fut cotnme une sanction de ce crime; Manuel, qui 9'y était employé si complaisàmmént, fut placé sur cette liste ; Pétion aussi, avec un« sorte de faveur populaire que lui accordait la [>ortiôn de la bourgeoisie encore comprise dans .le corps électoral; Dussaulx se trouva comme égaré parmi des hommes dot)t aucune confonnité ne le rapprochait. ,

' • Journal de$ Jaoobjns. "

31 S LE DUC D^OKjilÊANS. '

Le dernier élu fut le duc d'Orléans, mais il ne s'appelait plus ainsi; d'afH^ès les conseils de Manuel et pour faciliter soa élection, il atait recu^ par un acte de la commiïiie> le nonî d'Égalité*

Dès les premiers jours des ^étàts généraux , lors* qull devint éviclent qu'une révolution était en jeu > le noin d'Orléans commença à être répété. Le^ honunes qui prévoyaient ou voulaient un gouvernement noùr» veau,'peut:être même une société nouvelle,. pensèrent que le vin nouveau ne pouvait: être contenu dand de vieux vaisseaux ; sans affection pour le duc ^'Orléans, sansconflaùceen lui, ik songèrent par principe et par .théorie à un changement de dynastie; €*èst dans le même esprit que quelques-uns eurent. aussir l'idée défaire régnier le Dauphin f^oxm la. régence ; de Mon^ sieur, qui fut depuis^ Louis XVIIL

A âater de ce moment, on ne cessa point de parler des projets ambitieux du duc d'Orléans et' de la faotion orléaniste; c'était une imputation que chaque parti adressait à.un autre^ Le vulgaire -y croyait beaucoup* Toutefois, en recherchant, avec soin :et sans prévention le rôle que ce prince a joué dans le cours de là Révolution , on n^aperçoit pas quelle fût son action personnelle; on ne constate point quels hommes politiques se placèrent sous spn influence,, obéirent à, sa volonté ou à ^on désir ; on» ne Tecoiinaît pas quelle opinion l'accepta -réelleiQent pour son ^repi'é-sentant* :

La Hiaispn d'Orléans était héréditairement en relation, de méfiance avec la branché régnante. Cette, sorte de mutuella et sourde naalveillance , qui existe inévitablement entre une famille régnante et une ligne collatérale ) riche et puissante, ou plutôt entre

LE DUC I]^^ORtÉANS. 31^

une cour royale et une cour princière^, subsistait depuis longtemps soUs les apparences des affections de famille et du respect.

Le. duc. d'Orléans avait eu ■ une j^upesse dissipée; il vécut d- abord en Société intime avec quelques bomn>es de son âge> dont Tesprit dégagé et te cynisme .élégant donnaient à cette vie de plaisir une éclatante pu-r biicité; sa considération en' souffrit. Déjà Topinion générale commençait à. s'occuper des princes avec une curiosité malveillante et acctieillait avec empressemetit des exagérations calomnieuses ; cette légèreté de miœurs et de propos appela . sûr le duc d'Orléans Içs jugements sévères du public et les tracasseries de la cour.

Aussi lorsque plus tard, la jeunesse étant passée, il voulut occuper, sa vie plus sérieusement^ se mêler aux affairés, acquérir de la glpire par les armes ou dé l'importance dans le gouvernement/ il se vit repoussé plus que la justice et la raisou ne l'auraient voulu. Il s'exai^péra et la Révolution le trouva pluç animé de rancune que d'ambition. Un rapprochement avait cependant amené la conclusion du mariage de M"** d'OrléanSy sa fille, avec M. le duc d'Angoulème; le jour était fixé, lorsque survint le 14 juillet; le comt^d'Artoils emmena ses fils en émigratioti.

Le duc d'Orléans accueillit tout aussitôt les Idées que quelques hommes politiques avaient conçues, et accepta les chaocés qui semblaient se présenter. Ses commensaux lui cherchèrent des partisans parmi les révolutionnaires d'ordre inférieur. Ce ftit pour lui que fut d'abord^^mployé Danton^

Le prince avait trop peu l'estime publique pour ac« quérir une popularité plus relevée; à cette époque, là

320 LE; bU(^^ D ORLÉANS.

faveur du peupla que remuait Dàaton ne suffisait pas encore pour donner un grand rôle rpolitique. D'ailleurs, si la bravoure /qu'on avait sivinjqstémènt contestée au d\ic d Orléans 9 ne lui manquait pas>. il était dénué du courage de décision nécessaire aux ambitieux. Bientôt personne ne compta, sur lui, et il ne fût .réelIenient4'homm« d'aucun partie

Le brillant èntourago de sa jeunesse avait disparu; il était tombé aux mains d'intrigants subalternes. Ses yoloùtésy sa conduite y so& attitude étaient sçus leui' direction. Un hôinme .à qui son esprit çt^son-inimoralité avaient donné une sorte, de r0iiommée> Jouteur des Liaisons- dan^erew^eir, exerça snr lui; une funeste influence. Ce. fut surtoujt pa^ Lacjos qu'il se trôuVa d^abord en relation avec les partis, qui:, selon la circonstance, cher£haient en lui uti appui bu des subsides. En ce tempà-là l'imiàoi'àlité politiquo était gl*anàe ^t marchait le front leyé ; on risquait tous les moyens pour arriver à un but, croyant qu'on pourrait s'y fi^rrêter. Des bommes d'intentions honorable^,, d'un patriotisiÊe désintéressé faisaient leur bréviaire des Mémoires du carditial de Retz et se jouaient de tout» comme s'ils étaient encore dans la Frangé de la Fronde. A plus forte raison, il n'y avait rien ;qû'on ne pût supposer des commensalix du Palais*Royal., La faiblesse du, duc d'Orléans Pavait mis à leur discrétion*. Ils l'exposèrent à de^ crùeils soupçons, à de dépù>rables calomnies^ Toutefois , aucun ténioig^age, aucune enquête n'a atteste que les acteurs principaux des scènes de là Révolution , les bomimes d'action ou d'influence aient jamais concerté quoi que. ce £oit avec lui ou

V Mémoires de Bouille; M. dé Laiizun :itf. de Lamark.

LB WJC D ORLÉÀNSf. 321

rsûent cens^Ité, du moins autrement qire^par des intermédiaires pqu sûrs. Ce fut atikBi que la prétendue faction: orléaniste s'abaissa de plus en plus. M* de La Fayi^ttè avait toujours manifesté une répulsion hautaine pour de tels projets et de tels moyens. Mira- Jbeau y renoni;â; bientôt.

Au retour de son. exil en Angleterre, le duc d'Orléans parut un moment vouloir se récom^ilier avec le^ roi et la reiae- ^ Il en reçut un froid accueil et fu'f exposé aux .outrages des courtisans, sauâ en être défenclu ni vengé. On put parfois suppQser que Dupoct et les Laméth avaient quelques rapports avec les intrigues où étaient employés son noai , et son argeïit. Les Girondins s'en approchèrent davantiagé à répoque où ils voulaient la d'échéance; - r •.''■".•■ ^ . ^ • • ■

Ëniînv il était desceûdu à Tétage de Manuel, de forgent et de quelques Jacobins de raiig inférieur. Danton, Robespierre, et même Marat,. ne spngeaien t nullement à ses intérêts :0U à son ambition^ tout au plus le réseryàienl^ils pour quelque graind! hasard. Leurs actes n'étaient ni commandés, ni inspirés -par lui. Mais il avait. joué son sort, sa vie, soii honneur sur la Révolution ; il suivait sa partie jusqu'au bout, entraîné par là faiblesse de* son caractère plutôt que par une ambition obs.tinéeou par dès sentiments de haine OU; de vengeaace.^ Il ne savait isomment revenir en arrière j. il se voyait en péril et finissait par n'être plus. préoccufiéquedeJa.pensée de son salut; de sorte quHl persistait dans la voie maudite. Quelques jours, aVant les étections, on put lire afiichée ^ur les mura de Paris une rédamation de Marat qui demandait quinze mille livres à lui promises pour prix de ses bon^^ffiees: C'était

322 ÉLECTIONS l'OUR LÀ GONVENTIOM.

donner la publicité à un fait que personne depuis longtemps ne mettait en doute*

La commune^ et surtout Robespierre^ avaient voulu exercer une influence dominante sur les /élections, dans lés départements comme à^ Paris. Des commis^ saires furent envoyés ^ soit par Danton > soit par la commission de salut public/ pour veiller aûxcàndîda* tures électorales 9t poulr agir sur Topiniom L^ur usprpation de pouvoirsl était sans bornes ^ Ils avaient été choisis dans les rangs 1^ plus infimes des <iiordeliers et des sections* Ils prêchaient le meurtre et te pillage. Quelqiies-uns/ plus savants, disaient les mêmes choses sous des formes théoriques. Un nommé Momoro^ dont le nom est depuis longtemps oublié, mais qui alors ne fut pas sans importance^ vint, dans le déparfelnent dé rEuJte, enseigner *le^ partage ou rabolition de la propriété ; il ne trouva point les esprits disposés à ses doctrines. La controverse était à cette époque dange-» reuse pour toutes les opinions; il faillit être pendue ce fut Puisot qui le sauva: Le mèmo'Motndro, quelque temps après, paria un jour dans un repas qu'il ferait écrire sur les. nmrs de Paris la fameuôo devisie ; ce Li^ . berté , égalité, fraternité oU la* mort. » àes amis Ten défièrent ; il gagna la gageure^ , Ailleurs, les autorités locales se risquèrent à faire arrêter les commissaires désorganisateurs, comme les appelait un administrateur qui écrivit à T Assemblée: A Ancy-le-'Frànc^ ilsexbibèrentdes pouvoirs signés par les administrateurs; du salut public et pillèrent Fàrgenterie du château.

* Mémoires de Barbarolix.

18 POOfl LA eONTENTION. 32â

Après r^olèvement dés prisonnijers qjii, par Tordre de iiéonard Bourdea, eqlnmiftdaire de là commune d)e FarÎB f avaient été livrés à Fournier rAmi^ricain pour être' conduits au massacre de Versailks, la Tille d^Or^ léans demeura épouyantée sous les men|kces d'une société populaire, que les entoyés dii 2 septeml^re avaient encouragée et poussée à tous les e^cès. Chaque jour/ on y parlait de meurtres et de pillages. Les JtneneiJtfSr procédèj^ënt cdmme à Paris par visites domiciliaires sous prétex,te de désarmeinèntr Puis ils en vinrent aux assassinats et aux vols à main armée chez les riches négociants. La municipalité voulut réprimer dé tels désordres^ Les orateurs du cluh s'opposèrent au rétablissement du bon o.rdre> menacèrent les -magistrats de la lanterne, ordonn^ent a la garde nationale d^ mettre bas les armes. La ville fut plusieurs jours livrée à ces birigands. Les élections se disaient pendant ce temps-là. Léonard Bourdon fu^ nommé représentant, aihsi que plusieurs des bommes dotit il avait provoqué les crîiûes.

Lès commissaires envoyés a €aen^^rivaiént quuti M. BayeuXy accusé de correspondance avec Mont^ morin,^ avait voulu s'échapper dé prison , et que le peuple avait été tellement irrité de cette tentative d'évasion, .qu'il l'avait immolé à sa vengeance. « Cet événenient, disaient ces commissaires^ n'est donc que Téffét de l'incivisme des corps constitués. Là villede Caen vieiit d'armer huit cents hommes; avant leur dépari ils :ont voulu laisser eh sûreté leurs fa. milles et leurs foyers^ Plusieurs châteaux ont été incendiés; des prêtres factieux ont été rasés; ensuite il en a été fait une immersion dans la rivière; au* jôurd' hi le calnié est rétabli. »

324 ÉLKGTlONâ.^OCft Là CONVENTION.

L'étal' d'anarchie. OÙ étaient tombée quelques départements du midi était plils déplorable encore et y avait aboli toute liberté. Barbaroux^ à son retour à Marseille y trouva la ville- en ptoie à une bande de scélérats qui y répandaient la terreur. Ils pendaient qui leur déplaisait et forçaient les fichés à racheter leur vie. Il ayàit mandé à Parislès Marseillais, qtii massacraient dans les prisons; mainfeiiant il s'étonnait de ce brigandage audacieu)i! ^ et n'y trouva d'autre remède que de faire éKire, par les sections y un tribunal pour juger tes suspects. *

L'assemblée électorale de ce département fut réunie à Avignon. Barbaroux y un homme du 10 août ^ s'indigna de ce qu'il y vit «les gens modérés ne pouvant &é faire entendre et^ s'abandonnàâf âans coûrage; une foule .• d^hommes aVidés. d'ai^ent et de places, déhonciateûrs éternels, supposant des trou* blés pour se faire donner de lucratives commissions; des intrigants \ dés " calomniateurs , de petits esprits soupçotineux* » Et il ajoute : k tin trait peindra iniéux ce corps électoral ; à là nouvelle des massacres de isepteinbre , la salle xétentit d'applaudissements. » .

Cette assemblée s'étnpàra de la ^uveraineté ; elle envoya une colonne de douze cents hommes à Taraseori pour mettre à la raison la coupabïebpur-. geoisie*; elle exerça ;le droit dç réquisition sur les communes;, elle donna au comihissaire , qui disposait de cette force armée, les pônvoirs lès pliisi absolus. Une fois, sans forme de procès, rassemblée voulut faire pendre un électeur d'Arles comme aristocrate •

Durand Maîilaiie.

OUVl^RtURE. DE LA CO^VfiNTIOl». 325

LeB.ékieiioBs étant terminées; elk eut Tintention dei^àç intainteiiir en permanence. Barbarott:s arrivait (Je Paris; il y avait eu un grand rôle; son influence était, presque de rautorité ; il modéra ce dé3orâre ; il en attéDuei Lesi résultats sans pouvoir empêcher toutefois que; le dernier acte de cette assemblée fût de conférer y à tout, électeur individuellement^ le pouvoir de destituer les autorités de sa commune et d'ai*réter les suspects. Il y avait neuf cents éleçteurs;.. \ ^' ■'•■ ; . • ^' . .

La France entière n^était point dans une pareille effeHescence. Les populations étaient soumise^; toute opinion se taisait sans force et sans cpurage devant Tapinion triomphante recrutée par la^peur et par le pouvoir qu'axercie lé succès. En général, les électiona furent faites par les clubs. Ils ne repro-r duisaient pas encore, les divisions qui, dès lors, avaient créé ipie vive inimitié entre les Girondins et la commune. jLes Jacobins de province confouT daient, dans la même reconnaissance et. la même admiration , les hommes qui avaient accompli le 1 août et les faoïùmes qui l'avaient djésiré et appelé. Les journaux ae taisaient; les correspondances étaient d!une discrétion prudente. Loin de Paris, on Jgno-, rait ce qui s'y passait et quelle était, la vraie ^ituar tion politique; on aurait pu placer, sur le même bulletin, Vergniaud et^ Robespierre.

Le 21 septembre, à midi,, une députation vint annoncer à T Assemblée législative, que la Gonven* tion- nationale était réunie dans la salle des Tuileries ^t venait v de se constituer. Le président déclara que la session de T Assemblée était terminée; et alors

326 OVYERTimB DE^ LA CONTENTION.

elle se reindit auprès de rantorîté .souveraine et absolue,: qui allait régir lu France sans contrôle et sans responsabilité. Toutes les garanties constitutionnelles de la liberté avaient disparu; •

Après que François de Neufebâteau eut exprimé ; comme président > les sentiments de respect et de soumission des membres de TAssemblée légialative ponr la Contention nationale, et se . fut incliné de-t vaut la majesté du peuple qu'elle re^sMtait, k séance fnt transportée dans la salle du Manège, où avaient siégé leç deux précédentes Assemblées. La salle des l'oileries n'était pas' encore disposée pour la destination qui lui était assignée. Elle avait été un théâtre. En 1806, Tempereur Napoléon la fit reconstruire et lui Rendit son premier emploi.

Fétiôn fut élu président; les six secrétaires étaient aussi choisis parmi lès Girondins. Les scrutins avaient constaté la présence de trois cent soixante et onze ^ députés. C'était un peu moins que la majorité; mais le décret qui convoquait une convention nationale avait réglé , qu'elle pourrait se constituer au nombre de deux cents.

Manuel proposa def donner au président de TAssem-! blée le palais des Tuileries pour demeure, et de l'entourer d'une étiquette presque royale, afin d'honorer en lui la souveraineté du peuple.

Tallien répondit que le président , hors de la séance, était un simple citoyen^ et que si on avait affaire à lui^ on irait le chercher au . troi^sièm^ ou au cinquième étagja : « jC'est.la^ù loge la vertu. » >

La proposition de Manuel fjit unanimement Tejetée.

Tallien demanda ensuite que l'Assemblée prètftt serment .de ne faire aucune, loi qui s'écartftt de la

OCViIRTUItE D& LA a^N,VEIiTI01f. 327

liberté ou. de Tégalité;. «ceux qui seraieat parjures devraient être, immolés à - là ju&te vengeance du péu<pie. >y

Cbuthon, exprimant la pensée ^ qui préoeeupait toute eette assemblée encore itaconnue à elle-même, affirma quç dans la diseussion du contrat soeid qui serait soumis à la sanction du peuple , personne assu<rément n'oserait parler de la royauté. c< Mais j'ai entendu parler, nm sans horreur, de dictature, de triumvirat V de protectorat. Il faut rassurer le peupb^, il, faut Jurer sa souveraineté, sa souveraineté entité, et vouer une exécration égale à la royauté , à la dictature et à toute espèce de puissance individuelle qui tendrait à modifier cette souveraineté, ^i

Bazire demanda la peine de mort contre TalAentat de lèse-majesté du peuple.

Les notables àsà TAssemblée ne, semblaient pas «mpressés à entrer dans cette discussion^ Danton prit la parole pour en ^chapger le caractère ç 11 commènçia par se dém^tre des fonctions de ministre, puis il pro^ .posa d'écarter les vains fiinttoiés de dictature inventés pour effi*àyer le- peuple, et de substituer au >àer« ment une solennelle déclaration , portant que la consUtutioB serait textuellement et nominativetient acceptée par la majorité des assemblées primaires. '

Puis, le ministre du 2. septembre s'exprima ainsi : « Jusqu'ici on a agité le peuple parée qu'il fallait lui donner l'éveil contre les tyrans , niaintenant tl faut que les lois soient aussi terribles contre ceu^ti qui porteraient atteinte à la liberté ou à là tranquillité publique, que la colère du peuple l'a été contre. les tyrans. Pour que le peuple n'ait plus rien à désirer, il faut que les lois punissent tous les coupables. On a

328 ' PROGLAli^TlOIf DE L4 RÉH}9Ll6eE.

pu' présumep que (les amlB ardents de la liberté pouvaient nuire, à l'ordre social , en exagérant leurs prin* cipes ; eh bien ! abjurons toute exagération ; que toutes les propriétés indiTiduelles', territoriales et industrielles , s^oient éternellement maintenues. » Cea pa*^ rôles furent accueillies par d'unanimes applaudissements. • . .

Après avoir entendu plusieurs.orateurs, la Clonven» tion déclara « qu'il ne pouvait y avoir de constitu*

tion que lorsqu'elle était acceptée par le peuple; » puis «que la sûreté des personnes et des propriétés était soùs la sauvegarde de la nation, n .

: Mathieu y député de l'Oise , avait proposé là destitution de toutes les autorités ; il ne fut point écouté. Une. déclaration expresse maintint les Ibis existantes et les pouvoirs non révoqués. La perception des im^^ pots fut continuée , comme par le passé.

;, .Une intention générale de rétablir et de conserver Tordre public sem))lait ainsi préoccuper rAsseml)lée, lorsque quelques paroles prononcées à Timproviste ^ par un orateur sans renommée ^ et encore sans importance y déterminèrent l'acte le plu» solennel.

« Il est une délibération que vous ne pouvez remettre à .demain ^^ que vous ne pouvez remettre à ce soir^ que vous ne pouvez différer d'un seul instant, sans être infidèles au vœu de la nation, c'est Fabolitîonrde la royauté. » -,

Telle fut la question - que CoUot d'Herbois posa d'une façon catégorique et pressante. Couthon l'avait déjà présentée /sous une forme moin'a expresse/ Danton, avait semblé l'écarter; maintenant elle était inévitablement reproduite. .

PRO€XAliiTIOlt« DE LA RÉTOfiLlOUB. 329

A rA98emblée législative , Chabot avait fait prdleir un sermeitt de l^aine à la royauté. - Maint orateur avait) du, haut de la tribune ,. proclamé Taversion de la mouarehiti; De nombreases adresses s- étaient ex-* primées sur ee point avec violence; il semblait donc que cette proposition n'avait rien de nouveau ^ mais elle prenait une tout autre importance^ lorsqu'elle paraissait comigae la première délibération de TAs^ semblée qui allait disposer du sort de la France. Ce n'était plus un élan d'opiniob ; c'était le principe de la république établi d'avance comme base d« la eon^ stitutj on nouvelle. Considérée soûscçt aspect^ elle avait semblé d'Uneextrème gravité aux hommes principaux de la politique révolutionnaire.

Danton n''avait sans doute ni 1^ projet ni le* désir du rétablissement de la menarchie. Quels qu'eussent été ses rapports et ses coBununications avec les intrigants du P^ais^Royal , il ne servait point le duc d'OHéans ; mais comme il était loin d'une foi aveugle dans l'avenir de la république î' il pouYait éprouver quelques regrets de perdre des chances qui, hardiment saisies^ à Un j(Hir donné., Ini auraient présenté }a pénibilité de preudre place dans un dénoûment.

Marat^ dans sa démence, n'avait pas. cessé de rêver une dictature, et se raillait volontiers et ouvertement de ceux qui croyaient à^la république; ildisait et imprimait sans cesse qu'un pouvoir absolu était nécessaire pour sauver la France ; bien entendu que ce pouvoir serait exercé par lui.

Hobespierre . avait la même ambition ^ et marchait au même.but avec prudence et hypocrisie. Le. secret de ses espérances échappait quelquefois, sinon à lui, du moins à ses admirateurs intimes. D'ailleurs, il n'a-

330 PKOCLAMAf l<m ■ DE SJl niPtBtlQCK.

vait Jamais le co^aîge de la d^ciçîon ; soq rèle et son langage étaient préparés pour réTénement^ "mais sa volonté jie le deyànçait paa^ n suivait habilement une ronte traeée; ce n'était pas lui qui Tàvait ouverte. -.

Les Giroindins étaient peut-^tre les pins sincères partisans de ia république; ils se- vantaient à. tort <de l'avoir fondée. Lanuit du 40 août., elle n'éiaiipà^s^Qw lcore:dans leiirs: espérances. Toutéf(»B> elle'ep&vêDaît à leur caractère, à leursiUusioùs, à leurs ialéntas mais ils avaieîit plus de vanité ^e d'ambition. G'étaîC un parti- sans bîérar^cfaie , sans discipliné; its^de dénirgraient les uila ^tes^ autres; souvent unis pour, les mnt noBUvres parlementaires , ils iétaient divisés d\>piniuh*' Les uns étaient beaucoup plus.révoliitîoiinaires que tes autres. D'ailleurs^ la pl^pàrt:étaîenilnierbi]ies^ livrée à des impressions vives et variables.; dnsi :beatiçù^ d'entre eux manqus^ient d'àrdeur^ou de confiance: pa&r la république^ regrettant ce qu'ilîs a5rai6Bt ^vpuhi «et espéré :' un monarque constitutionnel appeau teône pai; eux. Côndorcet disait que la république française ne serait jiimais qu^un Bystème- snbtîme; Brii^sôt et Gensbnné s^èecupareiit des graves* ekàmens , àei pro^ jets médités; des dii^ussionséloquent^S'^pii déridant prépareip \ine constitution r^ublicainet •

Les uns comme lès autres jugeaient. maLde la si-» tuation;' La monarcbie avait été abolie k 4 ^aoât i Depuis- ce jour y : la France était r^ubliquey ou du moins n'était plus mdn^chie. C'étiait ^n «fait^'ràtiéiwment consommé; it s'agissait seuleinent dé le {HH^olamer; La nation n^vait plus à délibérer ,* ni a ckoijBir Kbreïneht. Leâ vainqueurs qui avaiei^t envàbi le château et rAssemblée rçprésentaient^ils la majorité de la. nation? Comment le savoir ?-T-ils avaient étéiesplus forts : cela

MOGLAllATION DE LA RÉH}6LIQUflB. 33f

seul étatit certarm; ils ftominàieBt le pays; personne ne leur résistait; Les rep^résentants d'une nation libre peuvent régler et rendre meilleure l'autorité s^ouYeraine que Févénemefit^ a établie; il est' rare qa*i\s puissent la cjiokir et Tinstitueir : rare qu'elle naisse de sèQ droit ou du libre arbitre des peuples : on les consulte lorsque c'est chose faite ^ et aloril où dispose dé leur cohiiàitèmënt* ^

L^ homme^r du iO Mâtèt du 2 septembre, (}ui tou^ laiènt la coÈiSéejration de leufr œuvre, les-faatfliquer comme PHeurde'IaMame, Mterlin de'Thionville et tatit d'autres «fienilires de l'ÂBs^mblée législative^ lesnôu*veaux alri^nts, ^us; parla ftivi^r des -clubs de province, la plupart enthousiaste» de bonne foi v cornpr^iaiBnt la nécessité mîéuK que les plus habiles.

On a raconté qu'un ancien ministre du roi et sou dévoué sei^vitetir, pounmivi aWs par la ^vengeance révolutionnaire, qui devait bientôt le comprendre dans les massacres^ M. de Montm<Nnn, raisonnant sur cette questiJQÎn, avait penséque la 'proclamation de la repu* blique était ta seule chance de salut pour le roi, et que sa vie serait moins menacée quand ella ne sem-' blerait plus un obstacle à ce grand changement. En outt*e, là'républiqUe toi paraissait un obstacle à Pu-> surpation du dttC' d'Orléans^. Peut^èb^ le^ récit de cette cbuTersation ^ n'est^-il pas tout à fait exact; elle représente: du moins-assez fidèlement l'opinion que le parti rdyàliste, et surtout l'ânigratiôn, avaient coniQue de ôe nouvel aspect de la Révolution. Geux qui nfavaiefnt point quitté la France étaient, trop^ dure*

ment pi^rimés',! trop menacés, pour jexuniner autre

• Soulavie*

332 PBO^CLiUiATfôK DJS U ,RÉpilB|.rQUK^

ehose que . leur propre infortune et - leiirs daagei^ . ToujoiiEB est-il: qu'auoan des metnhres de la Conventien ne fut déterminé par .d« par^^lleâ suggestionâ.

Léi3 paroles de Collet d'Herbois avaieM été bruyant *ment applaudies. Quinette object^. qiie cette question, dèyaît être présentée seulement lorsque ia constitua tion serait discutée. v

Grégoire 9 évèque constitutionnel de Blois^^ prit 1^ parole. «r^Gèrtes/ personne ne nous proposera jamais de conserver, en Frane^^ la race funeste des rois^ Toutes les dynasties n^ont jamais été que âe& races ' dévorantes, ijui ne vivent .que de chair ;,bumaipe;. mais il faut pléinen^ni rassurer les amis de la li* berté; il faut détruire ce .talisman magique, dont; la force serait propre à stupéfier . encore bien deg hommes. » ^

Il insista sur la proposition : elle fut votée par àe-;clamation.

Néanmoins, Bazire voulut faire remarquer qu'il serait d'un exemple effrayant pour le peuple de voir une Assemblée chargée denses plue chérs intérêts délibérer daas un moment d'^eûthôusistsn^e et sans. dis* cussipn. . , . .

Grégoire répliqua :. « JBhl qu'ëslril besoin de dis? cuter> quand tout le monde est d'accord ? Xes rois sont, dans l'ordre moral, <;e que sont le& monstres dan« l'ordre physique. Les : iQou.rs sotit Tatelier des crimes et la tanière des < tyrans. L'histoire des rois est Je . martyrologe dea nattons; nons sommes tous également pénétrés de cette vérité. 42n'est-il besoin de discuter? Votons, sauf àrédiger ensuite un considérant digne de la solennité du décret. »

Ducos, un. Girondin, ajouta : « Le considérant, ce

PRéCLABfATlON DE LÀ RÉPtBtIQUE. 333*

sçrà l'histoire des crimes de Louis XVI, histoire déjà trop eonnué du peuple français. H n'est pas besoin d'explication aprèd les lumières qu'a répaiidues la journée du 1 août. »

Aiissitôt la proposition fut remise aux voix -en ces terme9 :

((La Convention nationale déclare que^ la royauté est abolie en France. »

Elle fut adoptée au bruit des plus' vifs applaudissements et des cris dé (( Vive là nation! » répétés dans les tribunes publiques.

Au milieu de cette retentissante manifestation, Bitlaud-Varennes proposa que les actes publics seraient désormais datés de Tan.i de la République française, et que. le sceau de PÉtat porterait un faisceau surmonté du bonnet de la litérté. \

L'Assemblée vota, au milieu du bruit et «ans Venteqdre^ ce décret, qui &e se trt)uva pas dans la séance rapportée par le 'Moniteur.

Ainsi, sur la pi^opositiôn d'un méchant comédien de province, complice des massacres tl€ septembre, et après les paroles stupidement déclamatoires d'un prêtre révolutionnaire , fiit proclamée la république,: comme pour démontrer que la prisef de possession d'un pouvoir né de la violence ne peut devenir rœuvre d'une délibération grave, réelle et libre. C'est un acte de la force; l'idée du droit et l'espérance de là durée ne peuvent s'y attacher que -lorsqu'il a eu longtemps pour conséiiuenceis l'ordre,' la liberté et le bien-être dé la nation. -

tj.

IIVRÊ III.

, |.A GUERRE, r-- VALUT.

. L* Assemblée constituante, avant de se retirer^ avait réglé que l'armëetle terre serait composée de ceiit dix faille hommes d infanterie et de trente mille, homme» de cavalerie; Elle avait constaté ainsi (îe qui était y mais non point posé une limite* définitive aux forces militaires de la France. Déjà la guerre pouvait étreregardée comme possible.

Les circonstances politiques, Tétat des opimic^as^j^ contribuaient ^i méma tempa à affaiblir rarmée. Beai^coup d'officiers de tout grade avaient émigré ; le nombre de ceux qui s'en allaient rejoindre les princes au idela du Rhin augmentait de jour en jôur« 11 en de-* vait résulter quelque désordre dans la discipline. Des discordes d'opinion s'étaient introduites parmi les officiers et môme parmi lés soldats. Se méfiant de leurs "chefs, ils leur obéissaient hien moins*. Il y avai$ eu même quelques désertions.

L'Asseniblée avait donc eu à se préoccuper beaucoup de Tétai militaire* L'esprit de la législation nouvelle , led prinôipes qu'on avait posés dans la constitution en les considérant comme absolus / n'avaient point per-^ mis de résoudre la grande question du recrutement. Se confier entièrenient à la garde nationale pour la défense du pays, n était pas une illusion permise à, des ho-nm» IL., m Jo. «.it voulu d„ moi». »

faire sorti]* l'isii'mée. Du décret du 28 janvier 17d1>

33B FORMATION DEl l' ARMÉE.

avait non pas ordonné niais prévu "une levée de cent mille soldats auxiliaires, qui s^engageraient à rejoindre les corps où. ils seraieiit destinés, larsqu'uiie lov déciderait leur départ. L'engagement devait être de trois an^. Le 16 avril un décret, prescrivit aux autorités administratives de recevoir les engagements et assura la solde de ces auxiliaires., • :

JÛe mode de recrutement sembla peu effièaep et, le 12 juin , une autre forme fut essayée» Lé libre enga* gemènt dû t. être proposé aux gardes nationaux âaii3 la proportion- d*un sur viùgt. Us devaient conserver leur caractèi^e de soldats .ci^yen^, élira leurs officiers et former . des bataillons distincts des corps de U ligne. C'est la première foi« que le recrutement militaire reçut le nom de ccmscription, • ;

Peu de jours après^ un graye événemèUt remua les espritSj rendit les ppinious plus v>vés, et donna le sentiment , des dangers du pays, Leioi avait furtivement quitté Paris, puis y avait été rânaené captif, dépouillé de pouvoir et de dignité- La guerre devenait plus pro-»bable. L'irritation des partisse proclamait irréçonci-r liabie^ tandis que la masse uationalé.qui, .a.yeè plus au moins d'illusion, avait .salué: la Révolution^ s'animait d'une ardeur uuanime pour défendre lé pays contre uuc interVentiioin des armées étrangèi^es. Il était évfdent que la France était disposée à prendre une invariable détermination et que sa volonté tenait à des sentiments profo,nd&. Lesî corps militaires' ne furent pad les derniers à. témoigner, leur dévouement à la cause p«ttriotîque. , . . <

t'éiuigration des officiers, ^ul plaçaient ailleurs le devoir et ta. fidélité, aVait fait disparaître, . dans les'

FOHMAflOM DE L^ ARMÉE; 337

régimBnU, U. cause dçs dissensions et de la méfiance. On comptait qiae dix-nepf cents environ avaient quitté Tarmée ; ils avaient été remplacés par des sous-offi^ eiers..Cet avancement garantissait leur dévouement et leur émulation* La discipline et Tbanâonie devé* niaient plus faciles à rétablir. .

En même temps les engagements volontaires se multipliaient rapidement. Déjà Tarmée avait reçu un renfort de, quinze mille soldats. Les bataillons de gardes nationaux, composés d'hommes dé bonne voloptéy plus intelligents que ne le soxkt ordinairement les. recrues dQnnées par le sort, apprenaient avec faci*. lité les exercices militaires. •

L'Assemblée constituante avait apporté aux règlements de rarniée et à tout ce qui intéressait la défense du pays un esprit d'ordre et de gouvernement ; sur ce point ses délibérations avaient eu un caractère pratique. L'Assemblée législative était avertie par les circonstances, que ce devait être sa tâche principale ; . elle le comprit ainsi. Encore qiie l'esprit de parti inv* tervînt beaucoup trop dans des discussions d'où dépendait le salut du pays:; encore que pour la Gironde et les Jacobins. le prèn^iêr intérêt fût dé faire une révo* lution nouvelle et non point de défendre celle iqui étaitiaite, le seul souvenir honorable qu'aient laissé les travaux de çettie Assemblée^ c'est le soin constant et souvent éclairé qu'elle appliqua à l'augmentation des forces nationales. ' ^

Le i f ojt^tobre , dix jours apurés l'ouverture 4© «â session, elle voulut entendre un rapport du ministre de la guerre sur Tétat militaire de la Frp-nce. M: Duportail annonça que l'armée était déjà augmentée de quarante-^ quatre bataillons,, qui . avaient pris rang. I, 22

338 MINISTÈRE Bfi NARBONNE*

pa^ripi les troupes de ligiie plaeées sur la frontière du nord ; et que vingt-deux autres allaient former un corps de réserve destiné à couvrir Çaris. Les premiers embarras d'équipement et d'armement étaient passés ; toute la levée qui avait été ordonnée serait bientôt sur pied» Peu après commencèrent les discussions qui devaient amener la guerre ; elles étaient surtout une continuelle attaque dirigée contre las ministres ou plutôt contre le pouvoir royal. Elles devaient donc nuire à toute, bonne administration^ plus spécialepient encore dans le département de la guerr«^ où l'esprit d'ordre et de suite était si nécessaire lorsqu'il y avait tant à faire sans retard. Le changement de ministres devint habituel, et tous, l'un après l'autre, furent en butte aux méfiances et au^ accusations. Les grandes mesures réglementaires, les levées d'hommes , le vote des dépenses appartenaient aux fonctions de l'Assemblée; le personnel de l'armée et les mouvements de troupes restaient dans les attributions du pouvoir

exécutif. .

Lorsque dans les derniers jours de l'année 1791 le

comte de Narbonne devint ministre, il semblait déjà que la guerre fût assurée et prochaine; il était de ceux qui sans la souhaiter ne. la craignaient pas, et qui regardaient comme indispensable que. le roi se montrât prêt à la faire. Il annonça à l'Assemblée que trois semées* de cinquante mille hommes allaient être disposées sur la frontière du nord ; elles seraient commandées par le général La Fayette et par deux lieutenaints généraux, que TAs^emblée autorisa à élever à la dignité de maréchal ; car le cadre légal ne. laissait point de. vacances. , ,

HiniSTÈftE DE NARBONNE. 339

L'activité , la parole élégante et facile dû ministre , lui gagnèrent d'abord la confiance et la faveur de rÀMejnbléê et de Tarmée. Il fit une tournée rapide pour visiter les places fortes et pourvoir à remplacement des troupes; il.comiïiuniquait à Topinion publique la bonne espérance qu'il manifestait. Maiâ il ne fut ministre que pendant trois mois. Le roi ne voulait pa3 la guerre ; le^ Girondins , qui la provoquaient , ne la souhaitaient qu'à la condition qu'elle ruinerait le pouvoir royal et ne serait pas conduite heureusement avant que le gouvernement fût entre leurs mains.

Après M. de Narbonne, le général Duniouriez, bien qu'il eut le portefeuille deô affaires étrangères, conduisit les affaires de la guerre e^t fut ministre dirigeante Il fit preuve depuis d'une grande habileté ^ et dès lors, il passait pour capable; mais son caractère était peu estimé ; ^es opinions politiques ne pouvaient inspirer nulle confiance ; évidemment il était disposé à s'unir au parti où il trouverait de l'appui, et des moyens de succès; Les troip généraux en chef regrettaient d'avoir à attendre les directions d'un ministre si peu re&pectable/

A ce moment les armées étaient formée&. Le maréchal Rochambeau commandait l'armée du nord, OTr la frontière des Pays-Bas ;. le général La Fayette, l'armée du centre, sur la Moselle; le liiaréchal Luekner,, l'armée <Ju Rhin. Ils furent tous les trois appelés à Paris; La guerre n'était pas encore déclarée.

Sous le ministère du comte de Narbonne, il avait été à peu près convenu que les hostilités commenceraient par une invasion en Belgique; elle devait être

3ÂQ ^ PREMliR^S «OSTitITÉS.

confiée au général La fayette. « Il s'agit de révolution et La Ç'ayétte s'y entend mieux que personne, » avait dit te lùaréchal Rochanabeaui

A pei^e fiat-il de retour k son qjyiartier général de Vaieneiennes, qu'il reçut l'ordre- de; former trois dét^hements destinés à entrer en Belgique; en même temps , Ml de La Fayette fut chargé de se porter, a,vec dix mille hommes, sur Givet, et de là

surNan^ur.

Ces instructions étaient datées du 15 avril; la guerre fut déclarée lé 20, et l'expédition était indiquée pour leB premiers jours de mai. Le due de Biron passa 1^ frontière le 2& ^vril* La plus importante attaque lui éiait confiée. Lès détachements qui devaient marcher sur Purries et sur Tournai étaient comoiandés par les généraux CfLrle.et Théobald Dillon.

Furnes fut occupé sans résistance; le général Biron s'avança lé 29 iusqu'à Mons, qui était faiblement défendu; deux régiments, de drs^ons , ayant d'avoir vu réhneiAi, se mirent en. déroute^ criant : a Nous sommjBjs coupés ! Nous sommes tr^ihis I » L'infanterie fut entraînée dans ce désordre ; les généraux .se jeté* rent au milieu ,des fuyards, essayant dates rallier, ils furent menacés; d^s coups de fusil furent tirés sur eux ; c'était une complète dé^^andade ; quelques .cen-^ taineà de ôavaliers autricliiens pillèrent sans nul obstacle le camp français. .L'arn^ée dé Biron arriva pêle-mêle dans Valenciennes , ou elle voulut massa* crer le maréchal Roçhambeau, leà généjraux et les officiers. . , -. .

Le même jour, à, la même heure , 16: général Théobald Dillon s'avançait vers Tournar avec un cofps de

MASSACRE DU GÉNÉRAL DILLOTf . 341

trois mille hommes. A la première apparition d'un ^etit détachement autrichien^ la cavalerie cria aussi à la trahison ^ culbuta rînfonterie et s^enfuît jusqu'à Lille y sans même être poursuivie , abandonnant Tartillerié et les équipages. Dillon, avant dé rentrer dans la ville « fut massacré, coupé par morceaux et jeté dans le feu. Arrivés dans la^ viDe lep ôoldats révoltés se mêlèrent à. quelques hommes de ta dernière populace et accrochèrent atix lanternes un prêtre, M. de Berthois, capitaine dligépie» et six prisonniers autrichiens.

Pendant ce temps, le général. La Fayette avait amenée avec une promptitude imprévue, son' détachement à Givet ; il avait fait une' route de ciuquante^six lieue^ éh cinq jours; il ,ârrivait jusqii'aùprès de Namur sans trou ver, dé, résistance^ lorsqu'il apprit le mauvais sQrt de la colonne du général Biroii et les horreurs qui s'étaient passées à Lille.

Dumouriez atti^ibua cette sédition militaire, à la fois honteuse et atroce, à un noir tjomplot , dont Ja^ mais il n'^a indiqué les auteurs. Il y avait encore dans quelques régiments de cavalerie des 'officieïs d'opinion hostile à la Révolution, qui hésitaient à émigrer et avaiept attendu le commencement de la guerre pour changer de drs^eau ; tes soldatà et les spus-officiers .les voyaiient avec méfiance. Peut-ètk*e y fen eût- il qui passèrent à l'ennemi à.n moment. même de Pattâque. Le cri : « Nous sommes tt'ahis'! » fut {)où^sé, dit'-on, par des officiers-comme par des soldats. Toutefois, aucun fait po6itit ne fut rapporté, aucun nom propre ne fut cité.

Ce qui est certain, c'est que le ministre de la guerre n'avait jamais osé interdire aux soldats les commu-*

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