‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 73 sur 88 · DISPOSITIONS DES CABINETS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DES CABINETS ÉTRANGERS

eonrenii que chacune des deux puissances placerait une armée de cinquante mille hommes sur la frontière def ranoe. L'empereur Léopold mourut le T' mars ; les dernières espérances de paix furent compromises par sa mort , et biea plus encore par Tavénement des Girondins et de Dumoyriez au m^inistère; ce parti était trop engagé pour renoncer à la guerre' et pour entretenir aVee les cabinets étrangers des rapports de conciliation. Peu de jours après la nouvelle arriva que le roi de Suède , Qustave 111 , avait été assassiné; il était le champion chevaleresque et passionné de la cause des émigrés. Son ambition était de com-^ mander la Croisade coûtre la France , et encore que ses propositiona et ses conseils ne fussent pas très-écoutés par les autres souverains , son rôle politique ^^ en de telles conjonctures, n'était pas sans importance.

Rien encore n'avait manifesté de la part de l'Autriv ehe,/ ni delà Prusse, l'intention d^^ttaquer la France.; seulement, depuià que Dumouriez avait le portefeuille des affaires étrangères, l^s communications diploma*^ tiques prenaient un caractère impérieux et menaçant. Enfin , le 20 avril 1 792 , le roi vint en personile à l'Assemblée proposer formellement la guerre contre le roi, de Hongrie et de Bohêniei

Ainsi se réalisa l'iespérancé manifestée par M. de Galonné, principal conseiller des princes émigrés, lorsqu'il disait : tf Si les puissances tardent à déclarer la guerre, nous saurons bien la faire déclarer par les Jacobins *.— Vous êtes bien heureux, disait l'électeur de Mayence au marquis de Bouille, que les

* Mémoires du général La Fayette.

LE DtC DE BRUNSWICK €OlélANDB l'aRMÉË DESG0ALÎSÉS« 347

Français soient leis agréssfeurs, sans cela il tiy aurait pas eu de guerre*. »

Le mauvais succès dé la tentatire ordonnée par Dumotiriez au moment même dé la déclaration de guerre, et surfout ce premier exemple d'indiscipline réyolutiohnaire dans Tarmée française, ^ produisirent une vive sensation en Europe. On se figura que les armées françaises n'étaient qu'un ramas de milices sans instruction et sans obéissance i on crût que là guerre allait être une promenade îirilitaire. « L'armée des avocats sera bientôt a{)<éàntiè eu Belgique, nous .serons de retour avant là fin de l'automne, » disaiton à une grande revue que le roi de Prusse passait à Magdebourg vers la, fin de maî.

Cette présomptuieuse assurance contribua peut-être à ralentir eiicore la marche des armées coalisées. En pleiiie sécurité sur les attaques de la France, certains d'un succès facile, led souverains et letirs cabinets ne voyaient rieîi qui les pressât. Le roi de Bohême et de Hongrie avait à accomplir la formalité de son élection impériale et à se faire couronner à Francfort; le gouvernenàent pruôsien était occupé d*un intérêt plus puissant : un nouveau partage de la Pologne était en négociations avec la Russie, et la plupart des conseillers du roi, moins animés que lui sur la question française, pensaient qu'une armée serait plus ùtile!-

ment employée siir la Vistule que sur le Rhin.

D^ailleurs le plan de campagne contre la France n'était encore ni arrêté , ni discuté. Le due de Brunswick devait commander l'armée alliée ; il avait la pre-

^ Mémoires du marquis de Bouille..

348 L^ DUC DE BRUNSWICK COHMAIfSlE l'aRMÉE; DElS GOALISÉS.

mière réputation militaire de l'Europe; ainsi le consiul* ter et l'écouter étaient un pi^lîminair^ indispensable. Le roi de Prusse Toillut aussi entendre I0 nnlarquis de Bouille; il s'était distingué pendant la jguerré d'Amérique; émigré seulement aprèâ raflaire de 'Varerines , il avâ,it^ pendant les deux première? annéeâ dé ,là Bé-^ voiution, conservé un commandémetit étendu et important ; il avait réprimé la sédition militaire de Nâney avec fermeté et prudence ;. ses opinions n'étaient ni aveugles ni. absQlues,

Soti avis fut qu'on devait se hâter de pénétrer eh France par le cMé faible de la frontière y se saisir de Longwir Sedan et Verdunt qu'jl sauvait mal fprtifiées, et

marcher sur Baris par Rethel et Reims. Il se faîéait Bur

la résistance militaire de la France une illusion qu'a-

vait encore.. augmentée la conduite des. soldats éur là frontière belge. 'Mais il ne partageait point l'erreur des autres émigrés sur Tôpinion nationale; il eonnaissait la faiblesse du .parti royaliste et conseillait de saisir toute occasion de régler les intérêts dé la capSe royale par voie de transiàction et de moyerï' terme. • ; ■ . • ^ .. ' ■' .•/ - . • ' /-^ -' ; '•.

: Une autre que&tion plus politique que militaire était aussi à résoudre. De quelle' manière les émigrés seraient-ils appelés à coopérer d^ns cette guerre? L-opini(M> du eabinet de /Vienne était coiinuç. Ses communications habituelles avec |jOuis XVI 'et avec la reine Marie-Antoinette > la constante opposition du b^ron de Breteuiî, avaient j.usqu'alôrs décidé FAùlriche à ne pa^ admettre que la noblesse émigréé; réunie en corps^ 4'â.nhée^6us les ordres des- princes , prît rang dans les armées alliées. Il fallait , disait-on^ se conformer a la volonté du roi de France > et lé laiôser

LE DUC DE BKimSWIGK COMMANDE L^ ARMÉE PGS CÔALI SES. 349

en situation de traiter avec le parti eonstitutionnél et monarchique y ce qui serait impossible si les émigrés {graissaient sur le territoire; car leur seule pré- «eiice soulèverait là nation.

Les princes avaient réussi à obtenir dû jeune empereur François que le roi dé Prussie aurait la haute direction de la guerre. Tout favorable qu^il était à leur cause > il se rendit aut mêmes motifs qui avaient déterminé rAii^chè.

Il fut donc convenu que les émigrés ne seraient pas^ réunis à Tarmée qui entrerait en France.' Ils devaient se rassembler sur la rive droite du Rhin et former trois corps séparéâ : dix mille homme? sous les frères du roiy en seconde ligne de la principale armée; les deux autres corps de <;inq mille hommes chacun, sous les ordi'es du prince de Condé et dù\duc de Bour^ boOy devaient dépendre des deux armées d'obsèrva-. tion du Rhin et des Pays-B,as. Le duc de Brunswick était fort opposa à une coopération quielconque dés émigrés. /

Ce fut seulement dans les premiers jours de juillet que le duc dé Brunswick vint prendre le commander ment de Tanuée, qui avait été lentement réunie* Les retards ne ravs^ient point contrarié* Son opinion était loin d'être favorable à cette guerre : de tout tenips il avait recherché UDte sorte de popularité parmi les philo$ophes^et les écrivains de la politique libérale. Quelques-uns des Girondins avaient rêvé d'en faire un roi de France ^- Il était protestant et enclin aux idées dé garanties et de constitution. Peut-être cette chimère avait^elle aussi traversé la pensée de Sieyès.

. ^ Annales patariotiques de Carra» n'^duSS. aoÀt479l. -H-Interrogà^ tpire dp Gïurra , M(rMtmr du 4 brumaire an ù.

350 MANIFESTE pu DUC DE BRUNSWICK*.

Un autre. projet avait été.oonçii plus sérieiusemèixt par des hommies mpiipis révolutionnaires. M. de Na^* boiine adopta^ pendant un luooiént^ 1 idée de donner au due de Brunswick le commandement des armées françaises. Une négociation futtt^ntée. Le roi lui donna même un caractère afiQ,ciel> en remettant une lettre signéjB de lui au comte dé Custihe^ fils doi général, qui fut chargé d'une mission Vaiiprèô du duc de Brunswick. Le duc refusa, cette prpposîtioti^ mais s'en montra flatté et reconnaissant j son refus était €onçu

en termes respectueux pour la France* ■ . ^

Ainsi, quand il fut chargé /de cotîduire les armées

coalisées dé là /Prusse et de TAntriche, c'était par

obéissance qu'il acceptait cette grande mission, et il

ne se. sentait point/d'ardeur à l'accomplir* Dans une

telle disposition d'esprit > il était naturel que le duc

de Brunswick, inclinât à une guerre lente et niétha-

dique- Le roi de Prusse arriva bientôt après,, animé

d'opinions toutes différentes^ ,.

Maintenant Louis XVf Voyait la guerre déjà commericée- Elle allait s'engager d'une façon réelle et vive; plus ce moment approchait, plus, il en ressén* tait d'effroi; il craignait une guerre civile et de sanglantes représailles contre les, nobles ^t les prêtres; il s!inqùiétait pour eux jpïus encore que pour Immense. Il.'essaya encore de retarder l'entrée des armées étrangères, / ^ :

Malouet, un des hommes les plus sensés dé TAssemblée constituante, royaliste sage et modéré, lui

* Mémoires du .général La Fayette; — ;dé M. de' Ciertnont -Gallerende ; — d'un homme d'État.

MÀIIIFE8T& DU DOC DE BftliNSWlCK« .35jl

proposa d^envoyer aiHc souverains y comme ag€ipt secret, Mallet du Pan. C'était un écrivain distingué , défenseur éclairé de la cause royale. Malgré les habitudes d'exagération et de vivacité que donne souvent la polémique des journaux, il avait de la mesure et du discernement. Accueilli d'abord avec m^ance, il justifia du caractère intime de sa mission et des instructions qu'il avait reçues du roi; elles^ étaient conçues à peu près en; Ces termes :

(c Le roi joint ses exhortations et ses prières pour edgager les princes elles Français émigrés à ne point faire perdre à la guerre , par un concours^ hostile et ofifensif de leur part, le caractère de guerre étrangère faite de puissance à puissance^

« Il leur recommande^ expressément de s'en remettre à lui et aux cônrs intervenantes de la discussion de leurs intérêts, lorsque le moment d'en traiter sera^venu. 11 faut qu'ils paraissent parties et noti arbitres dans le différend.

. w Toute autre conduite produirait une guery e civile, mettrait elQ danger les jours du roi et de sa fanûlle, renverserait le trône, ferait égorger, les. royalistes, rallierait aux Jacobins tous les. révolutionnaires, ranimerait une exaltation pirète à s'éteindre et rendrait plus opiniâtre une .résistance q^ui fléchira après les premiers succès , lorsque lé sort de la Révolution ne paraîtra pas remis à ceux.cpiitre qui elle a été dirigée. »

Puis le roi indiquait comment il concevait la rédaction d'un manifeste qui sjlparerait les Jacobins du reste. de la nation et rassurerait tous ceux qui, sans vouioir la constitution de 1791 , désiraient là répression des abus et le règne de la liberté modérée,, sous

un mojoairqiie dont rauiûrjté sieirait .limitée par les

lois; '.•'•,. >^ \ ' ■ ' i •

Ces instructions expnmaient aussi le désir que la prpélâmation contînt des menaces adressées aui; autorité» quelconques qui se. rendraient coupables d'at-'^ tentai contre la personne du roi, contre la reine et la DailiiUe Vojalé^vet âu&^si contre les pesspnpes ou lés propriétés de tout citoyen, . ^

Mallet du Pan avait iraité avee les ~ minii^tres et u'aYâit point vu les soUYerains. Le jour înème de son départ, rèmpereùp, le roi dé Prusse/ plusieurs princes régnants des bords du Rhin et te duc de Brnnsw^ick se réunirent. A la^. veille de ccmitnencer la guerre d'une manière réelle et active, ils avaient. à prendre d'importantes décisions. >

Parmi les question» qu'ils avaienV.à traiter, la plus grave peut-être /et sans doute ils n'en jugeaient pas ainsi, c'était la proclamation qui devait précédeir leur invasion, en France. Le roi avait semblé désirer qu*il y en 'eut une. On s'adressa à -M. de €alohne. L'homme politique de Fémigration;, le conseiller de IVL le comte d^A^tois^ Il choirit pptir en rédiger le projet un. émigré ; le marquis de.. Limon , avait été.atfabhé à la maison d'Orléans, et avait professé avec chaleur les opinions libérale^ - du commencé-, ment dé k Révolution; puis, changeant de parti, il était sorti de, France et avait gagné la conâànee de M* de Calonne. » ^

. Le projet dé proclamation^ exagéraiit et dénatiii^ànt les indications données par lé i^oi , portait tout le caractère des côlèrei» et des espérances de l'émigration* Il fut présenté à l'empereur et au - roi de Prusse ; ils l'adoptèrent. \ V

l'armée coalisée entre en FRANCE. 353

Un pareil manifeste ne pouvait convenir aux opinions du duc de Brunswick , et il avait assez de discernenient pour en reconnaître le danger. 11 s'était même expliqué d'avance sur ce point. 11 fit donc des objections et ne voulait point signer. Mais il était d'un caractère faible et très-courtisan ; il céda au roi de Prufise et à Tempereur, en exigeant pourtant des changements qui furent concertés avec les ministres de» souverains alliés. Les rédacteurs de l'émigration tei^alent à leurs menaces , dont ils espéraient un grand effet; ils firent imprimer et publier le manifeste , sans les corrections. Le duc de Brunswick en fut vivement irrité ^ mais n'osa point alors le désavouer. Deux ans après , il rendit publiques les explications qui^ ne le justifiaient point de sa faiblesse. Pendant toute sa vie, il éprouva le regret de voir son nom attaché à ce manifeste « déplorable y » comme il l'appelait avec raison , tant les conséquences en ont été funestes.

Dans cette réunion dea souverains , la marche des armées fut aussi réglée. L'armée d'invasion , commandée par le duc de Brunswick en personne , devait entrer en France par là route déjà choisie; l'armée du prince de Saxe-Teschen resterait en Belgique comme corps d'observation. Une autre armée autrichienne 9 sous les ordres du prince de Hohenlohe- Kirchberg, devait couvrir la gauche des Prussiens et assiéger Thionville ; le prince Esterha^y commandait une réserve sur le H^ut-Rhin. Quant à la position des émigrés y rien n'était changé à ce qui avait été décidé.

L'armée fut mise en marche le 30 juillet. Cinq 1. 23

354 DUMOU^IESÇ À L^ARMÉp:.

jours aprèç, le roi de Prusse passa en revue Iq corps des émigrés à Bingen y près de Côblentz. L'infanterie était commandée par le maréchal de Broglie; elle comptait huit mille hommes; la cavalerie de quatre mille hommes était sous les ordres du maréchal de Castries. Les princes ; frères du roi^ témoignèrent au roi de Prusse le désir que la noblesse de France aurait eu de marcher en première ligné. « Je fais 1^ èontrerévolution , répondit le roi de Prusse, pour sauver le roi et la noblesse de France. Si je la faisais écharper^ pour qui aurais-je travaillé? »

Le 12 août^ un détachement de cavalerie légère passa la Moselle et entra sur la terre de France.

Pendant tout le mois de juillet, les armées françaises avaient conservé les mêmes positions. LedésQrdre tl'un gouvernement, qui s'écroulait sous les efforts de^ factions, n'avait point amené de nouveaux exemples de sédition. Les soldats et les ofiRciers étaient animés de bonne volonté, et n'avaient d'autre opinioa que leur devoir; les bataillons dé gardes nationaux s'instruisaient rapidement aux manœuvres, et aux habitudes militaires;

Mais le commandement des armées et leurs mouvements subissaient rinfluence des vicissitudes politiques^ par là; tout restait incertain et inactif dans la conduite dé la guerre. Le général Dumouriez, en quittant lé ministère, était venu commander une des divisions dé l'armée de Lucknér. Il aurait voulu exercer sur le vieux maréchal , faible de caractère et inhabile à la grande guerre , l'ascendant de la volonté et de l'esprit* Toujours préoccupé du projet d'envahir la Belgique , il avait espéré l'y décider. Luckner ne té-

DUMùimiEs; A l'armée. 355

moigna ni faveur, ni confiance à Dumoiiriez. Entouré des amis du général La Fayette^ quoique plein de dé* férence et presque de respect pour lui, il se subordonnait mal volontiers à son jeune collègue, et cette position lui déplaisait; elle le mêlait contre son gré à la politique et aux intrigues. Il demanda à retourner au commandement de Tautre armée, à Metz; le général La Fayette le remplaça à Tarmée du nord. Lui aussi avait pu concevoir la pensée d'une expédition en Belgique. En ce moment, il jugeait que le point imporknt était de garder la frontière des Ardennes, par où le 4uc de Brunswick devait évidemment tenter d'entreb en France. Il porta son attention sur la ligne de Givet à Sedan, de sorte que le général Arthur Dillon resta en Flandre, commandant plusieurs divisions; il avait pour ainsi dire un corps d'armée séparé sous les ordres supérieurs du général La Fayette.

Dumouriez et sa division devaient continxier à faire partie de Tarmée de Luckner, qui lui donna Tordre de quitter le camp de Maulde, dont il avait le commandement. Cette position couvrait la frontière au point où FEsçaut entre en Belgique. Dumouriez, à tort ou à raison, allégua que ce aH)uvement dégarnirait la ligne de défense; il n'obéit point. Ambitieux de se distinguer, se sentant capable d'un grand rôle politique ou militaire, il ne consentait ppint à s'éloigner dfi l'armée de Flandre^ et ne pouvait renoncer à son projet d'invasion. Il espérait qu'un changement de nûnistère, une crise dans l'Assemblée nationale ou une sédition à Paris, allait agrandir sa position.

< Voyailt bien où était la force et où serait le succès, il s'était rapproché non*seulement de la Gironde, mais des Jacobins, il avait provoqué une adresse du club

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