PLAN DE CAMPAGNE DE DUMOURIEZ
gnie. « Croyez^vous donc gagner la liberté sans vous battre? leur dit-il; y a-t-il quelqu'un assez lâche pour être fâché de lia guerre ? »
Là gloire dé Duniouriez est de ne pas avoir perdu courage, d'avoir espéré de Varmée française et de lui-même. Il réunit lin conseil de guerre > et commença par éxposieir franchement la situation militaire. Aucun secours à attendre du maréchal Luckner, qui aurait à défendre Metz, ni de rarméè de Flandre, qui gardait la frontière,^ ni de Paris où commençaient à peine à se rassembleir des volontaires inha,biles au
métier des armes et à la discipline; Longwi, pris; Verdun > hors d'état de se défendre ; pour toute ressource, la petite armée <}u'il comnàandàit, et qui allait être au Ynoins quinze jours sans recevoir lé moindre renfort. Mais cette armée , qui , en nombre , égalait à peiné lé quart de Tàrniée ennemie, était pourtant, disait-il, composée de dix-huit mille hommes d'infanterie , la moitié en réghnents de ligné , le reste en bataillons de gardes nationaux, bien <lisciplinés , sachant manœuvrer et vivant depuis plusieurs mois en face de l'ennemi, de cinq mille hommes dé cavalerie, les meilleurs régiments de France, et d'une artillerie nombreuse et habile. 11 expliqua aussi comment on pouvait compter sur la lenteur des Prussiens, sur leur ignorance du pays, sur l'embarras de leurs nombreux équipages, sûr les sièges, à faire,, sur les convois à faire arriver.
Lé général Arthur Dillon proposa, et ce fût l'avis unanime de tout le conseil, dé se retirer derrière la Marne, d'en défendre le passage, de couvrir Paris et d'attendre de$ renforts. Le conseil se termina
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ainsi, et le géoéral ne fit pas eonnaîtra sa détermination.
Resté seul avec Tadjudant général Thouverot , qui commençait à avoir toute sa confiance et qui la méritait, Dumouriez réfuta Topinion du général Dillon^ il expliqua comment Paris ne serait pas couvert; commei^t la nation çt Tarmée seraient jetées par celte retraite- dans un complet découragement; comment ce serait la ruiae définitive de la France.
Puis regardant la carte^, q^i . était déployée devant eux, il montra la forêt d'Ârgonne, qui s'étend dans le long espace de treize lieues , depuis JSédan jusqu'au delà de Sainte-Menehould ; elle est d'une largeur inégale; en quelques endroits elle se rétrécit jusqu'à ne plus avoir que l'épaisseur d'une demilieue, ailleurs elle en a trois ou quatre; elle ei^t coupée par de hautes collines, par des ruisseaux, par des étangs, par des marais. qui la rendent impraticable pour la marche d'une armée. Cinq routés coupent cette forêt dans le sens de «sa largeur. et font commur niquer la Lorraine avec la Champagne; on ne peut la traverser par aucun autre passage qui soit à l'usage d'une marche militaire: \
Il s'agissait de garder ces cinq passçtges, afin, que l'armée prussienne fût arrêtée ou contrainte à un long détour, qui laisserait exposés- ses flancs ou son arrière"^
i< Voilà, disait Dumouriez, les Thermopylea de la France, mais nous serons plus heureux que Léonidas; nous n'y périrons pas. »
Il se hâta de prendre les dispositions nécessaires pour gs^rder les issues de la forêt. Il demanda des renforts à l'armée de Flandre ; six mille hommes dé
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bonnes troupes se mirent en marche pour occuper le poâte 1^ pluâ rapproché de Sedan. Son armée fut, ensuite répartie sur les quatre autres routes^ dans leur traversée àe la fbrèt. Son mouvemeat fut exécuté sur la lisière orientale de la forêt. Le général autrichien Clairfait, qui formait Taile droite de Tarmée ennemicy ne troubla point cette manœuvre; rimportance sembla n'en être pas comprise par le duc de Brunswick ni par ses généraux.
jDumouriez s'établit fortement à celui des^ passages qui se trouvait à peu près à moitié cheniin entre Sedan et Sainte-Menehould ; c'était là qu'était le gros de son armée et ses meilleures troupes. Ce ^amp de 6rand-Pré, ou était le dernier espoir de la France, devint l'objet de l'attention générale : on parlait en tou» lieux du camp de Grand*Pré. Le général Dillon^ avec cinq mille hommes, gardait, en avant de Sainte- Menehould, le passage des Islettes et la route de Ghâlons. - •
Toutefois, ce plan de défense était impraticable, si des renforts considérables a'arrivàioQt pas promptement, pour rendre possible la garde des passages de J'Argonne, occupés par de faible^ détachements. Il était clair que l'ennemi , , avec urié armée trois oa quatre fois plus nombreuse, tarderait peu à forcer un des points de cette ligne. Aussi Dumqurièz avait-il demandé. que deux corps d'armée^ fussent détachés de l'armée de Flandre et de l'armée de Metz. 11 fallait faire afQuer toutes les ressourcé^ disponibles vers le camp de Grand- Pré ; ce point devait être Punique pensée du gouvernement, sauf à négliger, en ce moment idécisif , les frontières .menacées par d'autres attaques.
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Obtenir que ces iadigpensables ioiesUFes fussent ordonnées et exécutées n'était pas chose facile. Du* mouriez avait besoin de sayoir*iaire politique plus encore que du talent d'un chef d'armée. Son projet n'appartenait qu^à lui seul ; tous les autres généraux rivaient désapprouvé : le maréchal L^ckner devait le blâmer plus que tout autre, puisqu'il perdait le commandement de son armée pour avoir refusé d'y coopérer ; Kellermann, lui succédant^ était mécontent de se voir employé comme auxiliaire de Dumouriez. La Flandre si riche et si peuplée, les villes qui ne seraient plus préservées de l'invasion dés armées ennemies, allaient faire éclater leur mécontentement, et il en pouvait résulter dés désordres et des dangers. Les correspondances de l'armée étaient remplies de craintes et de critiques |r elles commençaient à émouvoir l'opinion de Paris et de l'Assemblée qationale. La redoutable commune de Paris ,^ si défiante, si insensée, sF incapable de tout esprit d'ordre' et de prévoyaniie, était assurément disposée à ne point permettre qû^'un général fût investi d'un si grand pouvoir, d'une sorte de dictature de la guerre : car il ne fallait pas moins à Dumouriez.
Il avait inspiré confiance à Servàn, ininistre de la guérite; c'^était Un point esBentiel; mais à ce moment Un ministre avait peu de pouvoir et peu de consistance. Dumouriez voyait \ que, parmi ce chaos, Danton seul avait à la foiâ du discernement et de la volonté; il s'était mis en relation avec ce chef actuel de la Révolution. Westerinann était l'intermédiaire de leurs communications. Peut-être Danton avait-il jugé que, soit par sa capacité, soit par sa position, Dumouriez était le seul homme propre à jouer cett6 grande