‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 79 sur 88 · ÉVACUATION DU CAMP DE GRAND-PRÉ · texte numérisé non relu

ÉVACUATION DU CAMP DE GRAND-PRÉ

des officiers expérimentés : c'était matière à réfléchir ; il en fit son rapport au roi, qui se montra contrarié de cette inforination.

Pendant la nuit, le camp fut levé; Tennômi né s'aperçut pas de ce mouveiùent. Dès le matin , Tarmée avait passé là rivière d'Aisne. Dumonriez s'arrêta à Dommartin; il y était arrivé avant ses troupes pour reconnaître et choisir la position. Tout à coup il vit arriver des fuyards qui criaient à la déroute et que tout était perdu, il y courut : c'était. une fausse alerte ; Tennemi avait paru , mais s'était retiré devant la bri- .gade du général Miranda , qui avilit fait bonne contenance. Le désordre avait commencé par la division du général Chazot, qui, parti de Youziers , selon l'ordre qu'il avait reçu , avait rencontré un corps de cavalerie autrichienne précisément à l'instant où il allait opérer sa jonction.

Mais vers la nuit , lorsque l'armée était arrivée à son campement, lorsque les soldats établissaient leurs bivouacs, le désordre recommença et prit un caractère plus grave; on criait à la trahison, on commençait à prendre la fuite. Dumpuriez tomba à coups de sabre sur les fuyards , les rallia et tout rentra dans l'ordre.

L'armée était sauvée; elle avait repris son énergie; mais il était évident que ce con^mencement de déroute allait être publié partout avec une exagération de peur ou de malveillance. Dumouriez craignait surtout l'effet que produirait cette nouvelle à Paris. Il écrivit au président de l'Assemblée nationale sans rien dé-* guiser :

(( J*ai été obligé d'abandonner le camp de Grand--

368 BILLAUD-VABENKES ▲ l' ARMÉE.

Pré. La retraite était faite lorsqut'une terreur panique s^est mise dans Tarmée; dix mille hommes ont fui devant quinze cents housards. La perte ne monte pas à plus de cinquante hommes et de quelques bagages. Tout est réparé et je réponds de tout. »

Rassurer T Assemblée nationale , lui donner confiance n'était point la précaution la plus importante , ni la plus difficile à prendre. L'opinion des hommes qui régnaient à la commune avait une bien autre puissance : leur manque de lumières et de raison , leurs grossières méfiances , leurs passions brutales si facilement communiquées à une populace qui leur était, sympathique, les rendaient redoutables à Dumouriez. Ils pouvaient rendre impossible l'exécution , déjà si hasardeuse , de ses projets. Danton lui-même était exposé à leur céder et à leur faire le sacrifice de son discernement. L'homme politique et le général avaient l'un et l'autre de grands ménagements à garder.

Ainsi s'expliquait la présence de Billaud-Varennes au quartier général. Le plus farouche des hommes de la commune était venu juger par lui-même si la cause révolutionnaire était bien et fidèlement servie , si les généraux ne trahissaient point, s'ils avaient assez de zèle et des opinions suffisamment démocratiques.

Billaud-Varennes avait quitté Paris le 6 septembre, après les massacres. Sur sa route il s'était arrêté en plusieurs villes pour examiner le civisme des autorités locales et l'esprit public. Il écrivait à la commune pour rendre compte de ses observations et de ses actes : quelques-unes de ces lettres étaient envoyées en communication à l'Assemblée. On y peut voir quelle disposition d'esprit, quelle inepte ignorance

ie(tLUui>rVAtiÈN«E:s A l'ârmée* 3^9

du vraiv il apportait xîans sà inissiqu. « ie etiis à Çhàteau-^Ttiierry y où je viens d'âppï^npre; que le» ep^ neniis sont bloqués ^ . comme' vous le verrez par , (a co|)ie du procèa^verbalf que'je joîu3 à vxs,. lettre^ Demaiq j!eàpère être àu.canîp de M. Dumoupiet. 11 Qie tarde 4' arriver pù/j.e pourrai voir de près jios ennemis. Je m'ea approcha avec uâe entière coçifiançe «t Vespoir de les voir exterminer. )) ;

De Çh&lons il écrivit pour dénoncer la municipar litéy qui avait ob^nu la confiance et les éloges même des. commissaires envoyés par le pouvoir exécutit Gpmme il avait donné d6 la publicité à cetté.dénon* ciation, f[He occasionna des troublés da^s la ville. La cohue ^ indisjciplînéé et t^rhulente des volontaii'es et fédérés /.qui devait êtfe formée en bataillons, voulut a^sassinçr le miairè. et amena de3 canons devant l'hôtel de ville; T

bumoûFiéz réussit à calmer Billàud-yarepnes , à lui rendre le seps, à lui montrer la réalité; il guérit sa m.éfiance. Témoin de révaûuation dû camp de .£trand- Pré et dti coinihencement dé péditiètise, déroute repri*mée pa^le général; il é;n vint à Tadmirer. Ils sequit- ^ tèretft en rapport de cnnflanee et d'intimité. H iniportaii à OomouHez d'employerBillaud-Yarennes^ à désarmer Ijçs dénonciateur,8., à lui cpncilier ropîùion de sôti parti et à agir è'après sed. directions; il en fit> pQur quelquetémps> un de ses correspondants. Bilbud lui écrivait : 't( itfon cher général,. » et parlait av^ec eiïur

sion dé son, amitié.*/ '. ^ , •

' Les ruses delà politique- entraient "dans les projets

* LiôUrè^ dé Bàlaiid-Vàreitnes àl)ui]aourièst, 9â ée^èiAt)re 1792. I. 24

3i70 NÉ60GUT10MS iVBG LUJ)ll(^ D& BRCNSWlCK.

de DumoiiFiez pôuor autant que l'habileté militaire; en même temps qu'il séduisait Billaud-Varëidînes^ il était en <M)mmumGation atçc le duc tîe Brunswick et lui feisait dire que son inteniiùn éteit de se déclarer pour k roi dès qu'il serait en mesure, qu'il attendait des généraux ;sur Ip^quels il pouvait compteur, mais .qu'ayant tout il; ne devait pas se cômpiK)m€ittr^^^^

Ces équivoques paroles ^fiisaient . pour; augmenter, les intîértitudès du duc de Brunswick j^ pour retardîBî* ses déterminations et ralentir ses mouvements, I^e roj de f russe le pressait vainement; les manœuvras de l'armée prussienne étaient btjujours t^dives.. .••■■-' ;. '/' • ».

Cependant elle se développait à la fois sur sa droite ppriir couper à Ouraourieas-la route de Ç^âlôns, et sur sa gauche pour le séparer de SainterMenjehôuld^ de ses magasins et du camp des Islettés; Ee 49 au matin un parti dehouss^rds prussiens reûoUïiut qu'un corps considérable s'avançait par la route de' Châlo|is : c'était Beurnçinvillé avec les'troupes du canap de Maulde^ dont Dumouriez avaii été le eénéral. Parti d« /Rethel, Beuruonville av^git appris inexactement la émééavenlure dç kl division Chazo j, et s^était dirigésuj Chàlpns ; ^ puis> sachant la vérité^ il arrivait, ajanJt ainsi perdu

^unjQur..-., > ;.' :; ■,■■]- :

En piêmé temps on a|iprit danâ le^deu^ camps que l'armée de Eellermann, forte de quinze mille hommes, n'était plus qu'à /deux lieues, pilé se plaça sur les hauteurs de Yàhuy, aprés.avoir passé la rivière d' Auve et traversé la grande route dé. .Châlons à Sainté-Mepehould-, Les trois armées étaient maintenant réunies et opéraient ensemble, occupant de^ plateaux où leurs coionues pouvaient s'appuyer ùïutueUeûient 4t ie por-

CMÔI^NAD^. t>E VALMY. * 371

ter secouFs. Au total e\\e» comptaient eaviron ciaquànte mille hoinmes.

Lë-'Poi de Pruss^e voulut absolument Kvrer bataille. Soti armée était placée entre. 1 armée français et la Champagne. Dumôùriez défendait une ligne adoesée à la forêt d' Arg(Jnne , dans là portion où elle approche de Sa:intç-Menehôuld ;. l'ennettii , en la/trstversant du côté : dé Sédaa^ avait tourné l>rmée française , et pris ûhe directipH qui tendait à lui barrer la re^ traite directe vers riatérietir de la Franée et vers Parisv il semblait que 9on but devait être d'occuper la route de Sainte-Menéhould à Ghâlons, par oi| eUe aurait marché directement «ur Paris.

Dumouriez no cherchait point à défendre cette route; il savait bien que Jes Pruswens iie s'y engageraient pas y en laissant derrière eux uqe armée de cinquante mille hommes. Ce qu'il voulait^ c'était garder ses positiônô. >

L'armée prussienne , s'avançant vers sa droite , arriva donc sanfr obstacle à la route de €hâlons^et ^'em* paror des deux hauteurs de Giraucpurt et de la Lune. On étroit vallon séparait les deux années. Le duc de Brunàwick fit, placer en &c^ du camp de Kéllermànn de formidables batteries. L'armée française déploya aussi son-artillerie, et sur lés huit heures du matin cdmJBQença une .terrible canonnade, lïnobus^ parti de$ batteries prussienne^ , ayant fait sauter quelques csrissons prés du Inoulin de Valmy, ilyeutuninstant de désordre dans une des lignes françaises. Lé roi de Prusse, présent à l'action, crut le moment favorable^ il donna .ordre à trois colonnes d'infanterie de se porter en avant et d'enlever la position francaiséi De

372 CANONîïAPB DE VALMV.

son tôié le général Kellèrmaon forma sQd colénniés. (( Vive la nation ! » S'éeria-^t^il , et les «oldàts. répétèrent ce cri.

Ce n'était poiat le duc de Bruhswick j^iii avait cbïninabdé j[*attaqiie; elle^n'était point dans sod Jnten^ Uon, Quand il vit la fertn^ cônltenance des lignes françaii^Si il la fit cesser. «Nou^* n« iious battrons pa^ ici, » dit-il; la canonnade contini)a; de part et d'antre. A quattre heures lé roi de Prusse sut que les colonn:es du général Clairfait arrivaient. Oomnie le duc avait eu pour principal motif la erainte d'être attaqué à sa gauche qui lui siemMait menacée, par les dispositions que DtfmOûriea; avart^ prises d-e ce' coté, il semblait que cette • objectioii né subâistait pltijB. Le, roi donna de nouveau l'ordre d'attaquer; les colonnes prussienne^ commencèrent leut'.mouyetpent. Ce ne fut encore qu'tme t vaine d;émonstration; le feu cessa, l'armëe pTùssienne garda ses po'* gîtions; l'airméé françaiseï n'arait pas. couru un instant le risquée de perdre leis siennes.

l'eue fui la journée de Valmy : Vingt m^He coiipà de çanonr tirés de part et d'autre^ une pértéde huit cents hoxnmeà pour ch^^qucarinée, À considérer ce combat sous le point de vue militaire, jl n'avait nul résultat à l'avantage de l'une; ni de l'autre* Le lendemain, personne u'auraut pu prévoir que le ;uoîn <Je Vàlniy retentirait dans rhistoire comme une grande et décii|ive victoire qui établissait en France une république ou, ppiir pa^rler, plus exactement, une nouvelle société politique;; : ' ;

Dùmouriez avait rëùni des forcés considérables; son ferme courage , encopé plus que son habileté militaire, lui avait, tontre. toute vraisemblance, fait ga-

<:anonnade UE TAj-wy. 373

gner assez de teraps pour voir arriver deux corps d^armée maintenanl joints à la sienne.

Sa position n^étaît pas. meilleure ; il n'était pas viclorieuXy et il le savait biêQy mais il n'avait voulu rien iîsqae>. En prenant d'auti'es dispositions, il au^ rait pu occuper el^ défendre les collines qui gardaient la grande route deChàlo^^; it aurait eu aussi la cHanee d'attaquer avec succès la. gauche de renççini, avant rarrivéé de GlaLrfaiL Sk volonté unique avait été de défendre lé camp de Vaimy. il était venu assister Kellermànn de ses conseils et de sa présetice,' sans prétendre à an. autre résultat.

Pour parler canmie lui, «aux yeuii^ matériels de rîgnoranq^y sa situation matérielle semblait déplora* ble. M Enfermé en arrière par le corps du prince de Hohenlohe, il avait Tannée prussienne entre lui et la FrancQ; Ses communications avec Sédan> Rethel et Reims étaient coupées; ce qui était plus grave encore, il avait perdu Ja r^oute directe de Châlons; les convois de vivres et de munitions «e pouvaient jplus arriver que par te, loo^ détour de la route qui conduit de Çbâlons. à Sainte*Menehould par Vitry.. Les Prussiens n'étaient qua six lieues de Châlons. Le corps émigré, à Suippe, en était plus ypisin. encore. Les houla>)s se répandaient jusqu'aux faubourgs de Keims.

Le lendjecnain, à.la pointe du jour, tiiellermann quitta le plateau de Valmy, où il était trop resserré , traversa la grande route et alla établir son camp le long de la rivière d'Auve, de manière à couvrir le chemin de Vitry. Après ce motjvement, qui be fut point contesté^ les armées demeurèrent immobiles.

Duofiouriez écrivit à Paris , qu'il n^y avait aucune inquiétude à concevoir, qu'il répondait de tout, que,

374 'CAKONNADE DE VALUT.

dans dix jours ^ ràrméç prussiente serait obligée de jse retirer. Il demandait pour récompense qu'il lui fût permis d'aller prendre sies quartiers d'hiver à Bruxelles.

Ses rodomontades avaient un peu perdu de leur prestige. Toutes les lettres des ténjQÎn* oculaires de l'affaire de Valmy la représentaient comme fâcheuse et parlaient en termes affligeants dé la position de l'armée. La route de Châlons occupée par les Prussiens^ et nul corps d'armée entre eux et Paris : c'était une circonstance qui troublait toutes les imaginations. Les fausses nouv^elles se joignaient aux informations véridiqués. Le ministre Servan cônàmeàçait à regarder comme coupable l'obstination de Dumburiez à garder la position dé Sàinte-Menehoùld.

L'armée avait bon courage; îà jotlrnée de Valmy lui avait donné le sentiment de sa force ; mais les- vivres manquaient; le détour dé Vitry avait rétardé les convois. Les soldats furent deux jours sans distri* bution; ils, souffraient; le général allait leur parler, . les exhortait à la patience et réussissait à les apaiser par une paternelle fermeté. Bn jour il accourut à un poste où s'élevaient des riiurmuree. « Qu'est-ce qui est assez lâche pour ne savoir pas supporter la faim? Qu'on leur ôte armes et hsdbit et qu'-on lès chasse. Eh bien, oui! vous n'aurez du pain que domain. Montrez-Vous bons doldats; sachez so'uffrir. » Et; l'on finissait par crier : «cViVe la liberté! w

Mais il y avait dans l'armée une autre sorte dé soldats. Beurnonville avait amené de Châlons-sept batàil^ lôns de volontaires et de fédérés : c'étaient des: hommes rebelles à toute discipline, qui avalent vécu à Châ-

LES BATiateNS DE FÉDÉHÉS. 375

Ions dans un état cantinuel d'émeute et qui^ chaque jour commettaient quelque, crime. Ils avaient fait le désespoil^ du vieux Lùckoer^ et plus d'une fois il avait couru le risque de la vie > en essayant de les réprinier. I^es rapport9 du ministre de la guerre à l'Assemblée nationale revenaient sans cesse sur ce désordre. Partout où avaient été envoyés des bataillons ainsi composés y à Reims et à Soissons comme à Ch^lons , ils avaient commis les mêmes atrocités. En arrivant au campi Us avaient annoncé qu'ils ne souffriraient ni habits brodés 9 ni épaulettes ^ ni croix de Saint-Louis; qu'ils mettraient les généraux à la raison et massacreraient les traîtres. L'armée les avait pris en horreur et en ndépris. C'étaient les hommes que la commune de Paris et les auteurs du 2 septembre avaient desti*^ nés à sauver la France.

Ddmburiez ne pouvait souffrir qu'on portât ainsi le désordre dans l'armée; il avait placé les fédérés dans un campement séparé^ avec quelques escadrons en arrière et de l'artillerie en face. 11 alla les trouver accompagné de son état-ms^ox et leur dit.:

c< Vous. autres y car je ne veyx vous appeler ni soldats^ ni citoyens, r ni mes enfants, vous voyez devant vous ces canons et en arrière CjBtte cavalerie. Vous V0.U1S êtes déshonorés par vos crimes. Je ne sçuffre ici ni assassins , ni bourreaux; à la moindre mutinerie je vous ferai hacher en pièces. Corrigezvous j conduisez-vous, bien, soyez digne de la brave arniée où vous avez l'honneur d'être admis, et je serai \m bon père pour vous, il y a parmi vous des soldats (Chargés de vous pousser au crime ; chassez-les vous-mêmes ou dénoncez-ksr Je vous en rends responsable^. » En veillant sur eux avec soin et sévé-

376 INCERTITUDE^, l>h JLQI DE PRUS8G«

rite, on réussit à fairQ dé. la plupart d^ bons soldats.

Quelle que fut raetiyité de Dumouriez à faire arriver des ressources et des renforts à son armée, à lui inspirer courage et confiance ^ à la préparer pour Tactipn, ce n'était point là qu'il avait placé -son espoir.. Soi> coup d'œil politique, son habileté de nérgociateur étaient en ce moment beaucoup plins en, jeu que son talent de général,

Il savait que si la position de Tarmée fruiçaise n'était point lionne et ne permettait point d'e&treprendre et d'espérer rien de grande la position de l'armée prussienne la condamnait auasi à Vimpuissance* II craignait peu une marche sur Paris; e'eut été une ^^trème imprudence, loi*sque cinquante mille hommes de bonnes troupes étaient placés sur le flanc de l'armée envahissante. Si les vivres manquaient aux Français; si leurs convois arrivaient avec diffiettUé et lenteur; si les maladies et la faipi régnaient d^ns.le camp de Sainte- Ménehould, eUe^ faisaient plus de ravages epcore parnû les ;canionneménts prussiens.

Il y avait dans cet ensemble de circonstances fâ* cheuses assez de motifs pour redoubler les lucerti*tudes du duc de Brunsv^ick. De phis en plus il était opposé à cette guerre; de plus en plus il était déterminé à la conduire avec prudence et lenteur. Il n'était pas seul dans cette disposition.. Los conseillers qui entouraient le roi d^ Prusse étaient presque tous de son avis. On distinguait un parti prussien^ et un parti russe ou français qui recevait les influences de l'émigration et qui oubliait, disait-opi^ les véritables intérêts delà Prusse; on reprochait à cette opinion de négliger le partage de la Pologne et de servir les

SfTjUATI^N DES ÉMIGRÉS, 377

tues intéressées de TAutriche. Le roi de Prusçè lui-

même n'avait plus uner détermination absolue et ■ccmstante ; il hésitait soiuvént. .

Dumourie2 en était informé. et aurait pu même le deviner par ;lav manière doût la guerre était conduite. La. mission du major Massenbaeh, six jours avant Vahny^ était Un signe as$ez évident.

Dès le 22 septembre le général Heyn^ànn i^t demanr dei» à Kellermann une conférence pour le colonel Manstein, adjudant du toi, Heymann était un Français homme d'esprit et d- intrigue; il avait jà'abord pasàé pôur^ppartjenir ^ te qu'on; appelait le parti d^Orléans, sans dotite à eause de sa liaison açsez intime avec le duc de-BireiDt H avait servi- à Metz sous M. de Bouille, qui reeoniiaissait sa capacité et lai accordait: sa\eonfiance avec précàiMrion; il était en même temps en bonnes relations avec Dùmouriez. lilêlé à divers projets d'évasion du. roî^ il avait fini par émigrer avec le marquis de Bouilles H fut bien reçu du roi de Pruàse, auprès de qui il avait eu, l-ànnéé précédente, une mission secrète.* Dès Jors il prit une part impor^ tante, quoique Subalterne, dans toutes les affaires de rémigration et de la gue^ré.

LUnfluenc^ des éoiigrés n'avait jamais été complète, ejt maiiîtpnant leurs conseils et leurs prépositions avaient perdu toute créance- Malgré leurs promesseS; pa^ un homme, dans les provinces envahies, n'avait pris, parti pour eux; aucun soldat ne désertait depuis que la guerre était .commencée. La Franco entiè;re. se mettait en armes dan» la crainte de leur rentrée , leur approche avait été un. moyen de fanatiser les populations. Leur situation était triste, ils suivaient, tes arr

37S SltUAtlON DBS ÉMI€kÉft.

mées étraagèk*eg^ comine un ^nixiliaire non consulté ; oû évitait de les montrer de peur de susciter des résistances; leur courage était livré aux misères du soldat plutôt qu'employé au^ périls dès batailles. Semblables dans leur fidélité à la, religion motiiircbique, ils étaient divisés d^ppinions^ Les uns voulaient le rétablissement de l'ancien régime^ tel qu'il était ^ ou même tel qu'ils rinjaginûent dans l'exagération de leurs regrets ; il leur fallait l'abolition de toutes les libertés concédées du conquises ; ils voulaient la répression sévère de toute opposition au pouvoir ab^ solu. D'autres croyaient qu'il était sage et juste de consentir à là réforme des abus et aux garanties demandées pour, en prévenir le retour. Beaucoup per^

sistaient dans leurs illusions et ne cessant point de regarder ôoinme facile la conquête de là France , accusaient la lenteur des puissances étrangères.

Quelques-uns, d'un esprit plus éielairé et plus positif/ s'affligeaient en reconnaissant combien d'obstacles s'opposaient à une restauration et de qbmbien dé périïs^ elle aurait ensuite à se gard^. Le marquis de Bouille avait écrit aux princes émigrés :

« On peut assurer que la France presque entière est contrée l'ancien régime; j'en excepte quelqujes individus intéressés à Iç voir renaître. On regarde comme impossible de le rétablir autrement que par la force; on croit <jue- si l'on peut en employer une suffisante pour soumettre les peuple», elle ;ne lé serait pas pour le soutenir , et que leur obéissance ne peut être assurée que par un ordre de choses qui plaise et qui convienne à la 'tnàjorîté des citoyens. — Ainsi l'on doit être certain qu'on ne peut opérer unecontré- . révolution sans dés forcés étrangères très-côndîdé-

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