LES NOUVEAUX RÉVOLUTIONNAIRES
d'être à contres-sens. » — « Il faudra bien que nous arriviona à cette liberté ,, fât*ce à travers une mer de sang. Les nations ne peuvent rétrograder; la chute des trônes est arrêtée dans la destinée des empires; si nous ne jouissons pas de la perfection sociale et politique, nous la préparerons à nos neveui;. »
Lorsque quelque mouyement séditieux avait été dompté et que Paris reprenait un aspect de tranquillité, les nouveaux révolutionnaires n'avaient pas assez de mépris (c pour ces imbéciles bourgeois, qui se féli* citaient d'être échappés au pillage de prétendus brigands , et pour cette garde nationale qui s'applaudissait des captures qu'on la chargeait de faire , » puis on disait avec tristesse : « Le peuple est las ; il se laisse persuader que tout est fait et ne songe qu'à ses travaux journaliers. »
Les crimes privés, les assassinats, les massacres, trouvaient donc indulgence et justification; ils passaient pour des actes de révolution , déplorables parfois, mais souvent utiles. -— « Il faudra encore uûe réforme où il y aura encore des châteaux brûlés; le mal ne serait peut-être pas si grand.. » — (c Des* moulins aurait sujet de reprendre sa charge de procureur général de la lanterne. Où donc est l'énergie du peuple? ^ ;
Les Girondins, et M°'" Roland, plus passionnée qu'eux, elle qui avait commencé par admirer la vigueur de Danton, qui avait déploré les poursuites in* testées contre Marat, qui appelait Robespierre « ce digne homme, » ne travaillaient pas activement à exciter le désordre, à soulever le peuple. Ils invo* quaient l'insurrection comme rhéteurs, mais ne la préparaient point; ils prononçaient d'horribles pa-^
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rôles y maïs à peine s'en regardaient -^ ils x^oinme responsables. Les écrivains croyaient faire de la théorie; les avocats parler selon le besoin de la cause.
Aux Cordeliersy Tesprit révolutionnaire éclatait dans toute sa grossièreté et tendait à Vaction. Constituer une société^ s'y établir, comme fondateurs de Tordre nouveau, y exercer la puissance du talent et de la su* périorité intellectuelle^ jouir paisiblement de la satisfaction d'avoir abaissé ou exclu toutes les aristocraties : telle était la chimère des Girondins. Les Cordeliers , dans leur perversité passionnée , ne se faisaient point de semblables illusions ;^ ils songeaient moins à s'afranger de hautes positions dans une société régulière, qu'à détruire et à écraser la société , à se venger d'elle pour les avoir tenus dans une région inférieure. Ils n'avaient point de projets arrêtés; la plupart d'entre eux, gens de désordre et de plaisir, cherchaient, sans lendemain, les jouissances de l'activité, du pouvoir et de l'argent. Conspirer, préparer les séditions, se mêler aux classes inférieures pour les exciter au désordre et au crime, c'était en eux, non pas l'entraînement d'une opinion exaltée, mais la passion d'un jeu de hasard.
Tout distincts qu'ils étaient des Jacobins , l'action de ces deux sociétés se combinait souvent. Beaucoup de Cordeliers faisaient partie des Jacobins et, prêtant secours aux orateurs exagérés, venaient leur assurer la majorité et intimider les modérés. Robespierre, Couthon, Chabot, Barère, appuyés de ces auxiliaires, avaient dès lors, aux Jacobins, un pouvoir plus réel que la faction qui reçut le nom de Girondins. Ceux-ci, dans leur aveugle confiance, « laissaient aller cette
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meute bruyante et'n'étaient pas fâchés de s'en servir comme d'enfaats perdus ^ » r
Au vrai, les uns comme les autres n'avaient point une consciencieuse pensée de l'avenir qu'ils réservaiient à la France. Leur seule règle de conduite était de ne point se laisser dépasser en popularité '. Souvent les tumultes populaires se projetaient en commun; mais si le plan appartenait aux Girondins, l'action était le fait des Cordeliers» Ou les uns ne demandaient qu'une démonstration nienaçante et une insulte à là royauté, les autres voulaient du sang versé et une destruction.
En une telle situation, il ne restait aucun moyen d'opposer une résistance aux voies de fait, et de donner force à la loi. Se servir de l'armée pour assurer le repos public, n'était point chose possible. La garde nationale de Paris n'avait plus cette unité de senti* ment, cette discipline volontaire qui, sens le comman* dément du général La Fayette, aurait pu devenir une garantie du bon ordre. La cour avait vu avec joie ce pouvoir sortir des mains de l'homme qui lui ins|)irait le plus de rancutie et d'aversion. Elle préférait le désordre à Tautorité de La Fayette , lors même qu'elle eût été employée à rétablir la sécurité, à sauver la monarchie.
Le commandjement de la garde nationale était maintenant confié, non plus à un général permanent, mais alternativement au chef de chaque légion.
La constitution^ dans son uniformité, avait remis le maintien de l'ordre public à l'autorité municipale. A Paris^ comme dans la moindre commune du royaume,
* M"™» Roland. — ' Mémoires du général La Fayette.
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le maire seul avait le droit de police et pouvait requérir la force publique. Les amis de la liberté constitutionnelle y les classes éclairées de la population de Paris avaient souhaité que La Fayette succédât à Bailly dans cette importante fonction. Ils y voyaient une garantie contre le désordre. Les conseillers intimes du roi eabalèrent activement ^^ et répandirent de l'argent pour faire réussir l'élection de Pétion, porté par l'opinion révolutionnaire, de Pétion qui, dans le retour de YarenneSy s'était complu à manquer de respect et d'é* gards pour la famille royale. Les mêmes élections avaient fait Manuel procureur général de la commune, et Danton substitut. Ce n^était point pour la cour un sujet d'alarme, ni de regret. Elle regardait alors, comme moyen de salut, la corruption à prix d'argent de Danton et d'un assez grand nombre de courtisans de la popularité, dont la probité douteuse était souvent tentéee avec succès.
Dans cette impuissance de Tautorité publique, dans cet aveuglement des royalistes, dans cette activité des factions révolutionnaires, dans cet état de l'opinion publique inerte ou pervertie, il n'y avait rien à attendre de l'Assemblée législative. Durant dix mois qu'elle siégea, pas un jour ne laissa concevoir la moindre espérance; nul temps d'arrêt ne retarda la marche qui conduisait au 1 août. Les progrès vers une subversion complète de la société furent rapides. Ils doivent être racontés, pour que la situation où là Finance fut amenée puisse être comprise.
Dès lors, il n'y avait plus à résoudre des questions de principes; on ne réclamait nulle liberté au delà de celles qui avaient été obtenues, et dont on abusait largement. Une constitution nouvelle, une autre forme