NÉGOCIATIONS AVEC LE ROI DE PRUSSE
Broglie et le maréchal de Castries répliquèrent en montrant bon espoir et résolution énergique. Le général autrichien Glairfait défendit là même opinion : c'était celle du roi de Prusse^ iLfixa le jour de la bataille au surlendemain 29 septembre , et annonça joyeusement cette détermination aux émigrés.
DîiiQouriez avait reçu Tautorisatron qu'il attendait. Le conseil exécutif, après en avoir délibéré le 25 septembre , répondait en ces termes : « Les généraux des armées du nord et du centre ayant fait connaître qu'il leur a été fait des ouvertures de la part du roi de Prusse y qui annoncent quelque disposition à entrer en négociation , le conseil arrête qu'il sera répondu que la république française ne peut entendre, à aucune proposition, avant que les troupes prussiennes aient entièrement évacué le territoire français. »
Dû tel langage , pris à la lettre, semblait interdire plutôt que permettre la négociation. Le conseil exécutif, responsable devant. une assemblée délibérante, où la passion et la parole ne laissaient aucune influence à une politique raisonnable, et devant le pouvoir-révolutionnaire dé la commune de Paris, autre assemblée encore plus dénuée de sens , ne pouvait se compromettre; il lui fallait gainler les apparences. Danton fit savoir a Dumouriez le véritable sens de là délibération. Il lui avait envoyé un nouveau bpnfident pris aussi parmi les plus ardents du conseil général de la commune, Fabre d'Églantine. Il était chargé de l'avertir que Carra et Sillery étaient dans la confidence et pourraient s'entendre avec lui.
Le 28 au matin, le jour même où arrivaient les trois cokiventionnels^ un aide de camp vint, de la
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part du duc de Bruaswiek , remettre à Dumoui^iez un manifeste qui était la répétition plus impérative et plus insolente de la déclaration publiée au commencement de la ciampagne.
Il répondit sur-le-champ :« Je ne me suis jamais adressé à M: le duc de Brunswick, le ne négocie pas avec lui. Me prend-il donc pour un bourgmestre d* Amsterdam. Dès ce moment la trêve est rompue; j'en donne' l'ordre devant vous. »
Le due de Brunswick, et sans doute le roi de Pnisse/ avaient encore espéré que cette rupture et ces menaces réitérées intimideraient le général français. Voyant que l'effet était contraire à leur attente , ils retombèrent dans leurs incertitudes. Un conseil du cabinet fut convoqué. Le comte de Schulemboui^ , le seul ministre favorable à la guerre contre la France, était retourné à Berlin , appelé par les affaires de Pologne. Le roi n'avait plus auprès dé lui que trois conseillers, alors, moins connus qu'ils ne l'ont été depuis, Lucchesini, Haugwitz et Lombard. Hs iniaugurèreni alors cette politique de neutralité que le cabinet de Berlin a; sous leur direction, pratiquée pendant quinze ans. Les généraux prussiens étaient de leur avis. On représenta au roi qu'un courrier venait d'arriver qui apportait les réponses attendues d'Angleterre et de Hollande, et que ces deux puissances refusaient d'entrer dans la coalition. On avait aussi appris que le corps d'armée du général Custinè s'était mis en mouvement pour faire une invasion en Allemagne; il menaçait Mayence et pouvait arriver à Coblentz, où il couperait la retraite de l'armée prussiehne. Quant à la iquestipn française», la guerre compromettait le sort de Louis XVI, et s'il y avait une
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chance pour le sauver, c'était en quittant le territoire français.
Le roi céda : la retraite fut résolue; un arrangement secret fut conclu entre les deux généraux. Le duc de Brunswick s'engageait à ne point livrer bataille y' et Dumouriez à ne point inquiéter sa retraite jusqu'à la Meuse.
Cette détermination inspira dès lors un étonnement qui subsiste encore dans quelques esprits. On veut l'expliquer par des motifs secrets ; on répète des récits démentis par les témoignages et les documients contemporains et l'on n'apporte aucune preuve qui les certifie. Les uns disent que Manuel et Pélion pro^mirent au roi de le sauver , s'il écrivait aur roi de Prusse pour lui demander de retirer son armée ; d'autres prétendent que cette retraite fut achetée à prix d'argent et rattachant ce marché au vol du garde^ meuble. Outre l'invraisemblance de ces suppositions^ elles assignent à la résolution du roi dé Prusàe des motifs qui la rendraient plus surprenante.
Il est rare que les grands résultats soient dus à une petite et unique cause; ils sont ordinairement amenés par un. ensemble de circonstances qui concourent au mêmebut. Il semble parfois qu'il est atteint par un hasard accidentel; l'accident serait resté sans effets si tout n'avait pas été disposé à un événement décisif.
Dumoqriez n'est jamais convenu dsms ses Mémoires de ce traité secret. Peut-être ne fut-il pas écrit. Kellermann l'ignora, et Ton n'eni a eu connaissance complète que par les documents prussiens. S'il n'eût pas existé, là' conduite militaire de Dumouriez, pendant la retraite , serait difficilement explicable , et il aurait
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manqué de belles occasions^ Dans ses récits, il impute la faute à Kellermann, qui, au contraire, après avoir fait un mouvement inquiétant pour la marche des Prussiens; reçut ToMre de rétrograder.
Les émigrés n'avaient pas plus été compris dans cette secrète convention que dans le cartel d'échange; ils formaient un corps séparé qui à'était fort avancé sur la rive gauche de rAisne. Dumouriez donna Tordre de tomber sur leur arrière-garde. Les princes n'avaient pas même été prévenus de la retraite ;* ils avaient certes à se plaindre. Le roi de Prusse prévint leurs griefs, en leur faisant de Tifs reproches suï les fausses espérances dont on Tavait bercé et qui avaient déterminé un si mauvais plan de campagne ; il fut dur aussi pour le général autrichien Glairfait.
Duïnouriez resta encore quelques jours pour veiller sur la retraite, afin que l'armée prussienne se conformât AUX conditions réglées et surtout afin que Taroiée française ne manquât point à des promesses qu'elle ignorait. Lorsque le^ duc de Brunswick eut passé la Meuse, chacun reprenait sa liberté d'action.
Mais Dumouriez était pressé de se rendre à l'armée du nord , d'y porter une grande partie de ses forces , de délivrer Lille, attaquée par les Autrichiens, et d'accomplir cette conquête de la Belgique qui lui tenait tant au coeur. Le 6 octobre , il remit le commandement à Kellermann , et dès lors s'occupa de diriger vers la Flandre les corp& commandés par Beurnonville et d'Harville. 11 recommanda à Kellermann de ne point s'attacher à combattre les Prussiens et lui annonça que Verdun et Lo;igwi se rendraient sans doute avant même d'être asaiégés. En même temps il
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lui expliqua^ sans^e compromettre, que les Prussiens étaient disposés à repasser la frontière , que dans rintérèt de la France cette complète évacuation était désirable^ et qu'il serait, à propos de saisir les occasions de partemepter et de communiquer avec les généraux pruséienSi Les commissaires de la Convention devaient rester auprès de Eellermann , ainsi sa responsabilité était à Tabri , en ne faisant rien que par leurs conseils.
Les choses se passèrent comme Dumouriez avait pu le prévoir; Tarinée prussienne avait deux jours d'avance dans sa marche qu'elle continua «n. bon ordre y sans qu'il se rencontrât audme notable occasion de combat avec les ayant-gardes françaises.
Devant Verdun , les généraux Galbaud et La Barolière se mettaient en disposition, d'attaquer, des avant-postes hessois; le* général Ealkreuth fit proposer une cojiférence : le duc 4e Brunswick . y fût présent. Surpris du lajigage hautain dçs généraux français/ il leur dit : « Nation étonnante! A peine s'est-elle déclarée, république qu'elle en prend déjà le langage. » Puis il témoigna quelque regret de l'irritation que Dumouriez. avait montrée à propos du manifeste. « Ce sont des paroles qu'on jette au peuple ; les hommes instruits savent ce qu'elles valent.... Je ne conteste pas à la France le droit de régler son gouvernement. A-t-elle choisi la forme qui convient le mieux à son caractère? On en doute généralement en. Europe. Quant à moi , je n'ai , d'autre but; que de rétablir Tordre. »
Les généraux demandèrent la reddition de Yerd un ; le duc promit- de prendre les ordres du roi. w Continuez, leur disait-il, à bien servir votre patrie,
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et croyez, que ) malgré la teneur des manifeates, on ne . saurjait s'empêcher d'estimer : ceux . qui travaillent légalement à assurer Tindépend^nce de leur
Tpus :les rapports des généraux français avec Tétatmajor prussien présentèrent le même caractère : d'un côté un ton de fierté et d'exigence qui tenait un peu à la crainte de se- compromettre p« d,e8 communications trop courtoises avec les ennemis de la république; de l'autre un désir manifeste de ménagement pour la France et le soin de ne pas se montrer irritable:
Verdun fut rendu. Les conventionnels eurent occasion de voir le général Kalkreuth. I1& ne manquèrent point d'en rendre compte à la Convention* (rlls ne l'avaient vu qu'un moment^, écrivaient* ils, et n'étaient: entrés dan« aucune explication politique. » Ils jugèrent aussi que la disposition, des Prussiens était concili2|.nte.
Longwi fut rendu comme Verdun, le 24 octobre. Le duc de Brunswick proposa un entretien à Kellermann: les conventionnel^ y consentirent.
Cette fois il fut question de la paix; .Kcllermann répondit que les bases étaient .faciles à indiquer. « Reconnaissez la république française authentiquement. Ne vou« mêlez directement ni indirectement du roi et des émigrés ; les autres difficultés s'aplaniront. — Ainsi, repartit le duc,. nous nous retireronô chacun chez nous, comme^ gens de la noce. — Pour moi, dit Kellermann, je pense que. lea frais de la noce doivent être payés par l'empereur. C'est lui qui. a été l'agresseur. La France lui prendra les Pays- Bas. », ,