‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 87 sur 88 · DÉSORDRES ET GRIMES DE9 FÉDÉRÉS · texte numérisé non relu

DÉSORDRES ET GRIMES DE9 FÉDÉRÉS

Mais le commandant d'un de ces bataillons était le patriote Palloy, un homme mêlé depuis lé commencement de la Révolution à tous les désordres qui avaient ensanglanté Paris, et que Roland avait accusé récemment , devant la Convention , d'être parti sans rendre compte de sommes mises à sa disposition pour des travaux publics. Màrat prit fait et cause pour Palloy et proposa aux Jacobins de décerner une couronne civique aux assassins* Il fut chargé par la société de faire ^ conjointement avec deux autres conmiissaires^ une enquête sur la conduite des généraux.

II se présenta un soir à une fête que Talma donnait à Dumouriez. M"* Candeille, actrice alors fort à la mode, Tavait déjà engagé à un bal; car il n'y avait plus d'autres salons pour fêter un général victorieux : c'était la seule société où l'élégance ne fût pas compromettante. Marat compienç?. à interpeller Dumouriez en toute brutalité. Le général le regarda : « C'est vous qu'on appelle Marat, dit-il, je n'ai point à vous parler. » Puis il répondit aux autres commissaires que les pièces justificatives et tous les renseiseignementQ se trouvaient dans les comités de la Convention.

A cette époque où venaient d'arriver aux armées les bataillons de fédérés , de semblables désordres se produisaient chaque jour; on avait envoyé aussi des compagnies de gendarmerie où s'étaient enrôlés les anciens gardes françaises (Jui, au 10 août, avaient massacré plusieurs de leurs officiers et passé à l'in* surreetion. Us avaient une paye de quarante sous par jour ; ils élisaient leurs officiers, ne se soumettaient à aucune discipline , troublaient l'armée et les habitants

OPINION D^8 JACOBINS &UR l' ARMÉE. 403

paisibles y et menaçaient les généraux. Une de leurs compagnies, en eiitrai^t à Cambrai , se porta aux prisons, délivra les prisonniers détenus pour délits privés, en égorgea un et massacra deux officiers qui avaient empêché leurs soldats ' de prendre pai^t à ces désordres*

A Grespi, un bataillon de volontaires avait pris possession de la ville , saccagé Thôtel de la mairie , menacé les municipaux de les mettre à mort. Il avait fallu faire venir de la troupe pour les forcer à évacuer la ville.

A Cbarleville , un officier d'artillerie avait été tué , et sa tète promenée au bout d'une pique , pour avoir expédié un convoi d'armes , en exécution de Tordre des commissaires de l'Assemblée nationale.

Tous ces actes étaient approuvés, loués, proposés en exemple par un parti dominant. 11 y avait des orateurs pour pi^endre leur défense à la tribune des Jacobins , souvent même à la tribune de la Convention. Marat s'obstina, tellement, revint tant de fois à la charge , qu'il finit par obtenir un décret qui proclamait l'innocence et approuvait la conduite des fédérés du patriote Palloy.

Les généraux étaient dénoncés ; en vain ils étaient victorieux et portaient les armes de la république au delà des frontières ; eh vain ils professaient des opinions démocratiques et adoptaient le langage jacobin. Les noms empreints d'aristocratie, Montesquiou, Custine, Biron, Valence, Broglie, Dillon, étaient un motif de haine et de persécution. On ne voulait point que la France fût sauvée par eux, puisqu'elle avait été défendue par leurs pères. D'ailleurs, ils exerçaient une autorité , ils maintenaient l'ordre , sinon dans la

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