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même les habitants des TiRes ^ en les affamant. Leur tactique est de combattre derrière les baies ^ comme dans la Vendée, de déborder les ailes de la troupe, afin de tomber sur un de ses flancs. S'ils sont vainqueurs, ils égorgent et pillent; s'ils sont vaincus, ils se dispersent et assassinent les bons habitants des campagnes, qui sont divisés entre eux par le fanatisme et la terreur.
cf Notre plus cruel ennemi est le défaut de subsistances.^ Souvent nous sommes contraints d'aller, à main armée, enlever aux cultivateurs ce qui leur reste pour attendre la moisson. Cette conduite augmente le nombre de nos ennemis. La paix est bien signée; mais si les troupes continuent à all^r prendre du grain dans les campagnes, ce qu'elles ne font jamais sans dégâts, nous devons nous attendre à la guerre. Pendant les conférences mêmes nous nous battions pour avoir des subsistances. Le pays n'est pas abondant; plus on y enverra de troupes, plus il sera soulevé. »
Hoche avait d'autres motifs pour croire à la guerre ; il savait que les généraux vendéens et les chefs de chouans étaient en correspondance avec les princes émigrés, en communication habituelle avec les Anglais. Des préparatifs de descente se faisaient ostensiblement à Jersey et à Guern^sey ;' on recrutait les bandes de chouans en faisant déserter les soldats ; les faiseurs d'intrigues et de projets s'emparaient de plus en plus de la population qui avait pris part à la guerre civile. Des agents royalistes s'établissaient à Paris et croyaient diriger la réaction dans leur sens; ce qui se passait dans le midi accroissait aussi l'espérance d'une i$ontre-révolution complète. Tallien,
Barras et d'autres anciens amis de Danton se laissaient volontiers parler de toutes les chances que pourrait présenter un prochain avenir. Voyant que ces hommes n'avaient nulle opinion et ne répugnaient à rien de ce qui pouvait réussir, les correspondants des princes s'imaginaient les avoir gagnés.
Le général Hoche rendait aux représentants un compte exact de tous les indices qui démontraient l'impossibilité de rester en une telle situation. « Les chouans ont encore ajouté à leurs atrocités la défense de rien vendre pour des assignats, de rien livrer à la République, tandis qu'ils forment pour leur propre compte des magasins immenses. Les habitants des campagnes répètent tous les jours à nos soldats : — a Nous n'avons rien pour les bleus, nous gardons nos grains et nos denrées pour nos bons chouans qui rétabliront la religion et le roi.... Nos malheureux soldats manquent de pain : il y a donc beaucoup de murmures et de désertions.
« Gormatin a l'impudence d'imprimer que les représentants se sont engagés à rétablir un gouvernement stable, et que dans trois mois le pays sera tranquille. Entend-il par là que les lois de la République seront mises en vigueur? ou plutôt ne veut-il pas dire que la descente prochaine des Anglais procurera la paix au pays? A qui sont destinés ces approvisionnements faits par les chouans, et payés en numéraire ?^.ourquoi ces achats de chevaux et ces confectiémiil'habits uniformes antinationaux? Pourquoi ces rassemblements, où des chefs choisis par eux les exercent au maniement des armes et à la marche? Pourquoi, sous prétexte de pacifier, Gormatin envoie-t-il des agents dans les chefs-lieux de dis-
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tricts? Que signiGe le quartier général de cet homme? Quelle est son autorité pour commander ainsi qu'il le fait? Croyez-en ceux qui, dépouillés de leur uniforme, vont au milieu des poignards examiner quelle direction leur est donnée ; n'en doutez point, ils sont tournés contre le sein de la patrie.
« Nous avons été joués; ce pays n'attend que l'apparition des Anglais pour exterminer les amis de la itépublique; il est instant de prendre de bonnes et sages mesures pour arrêter le torrent de malheurs prêts à nous inonder. Exécutons l'arrêté du comité de salut public qui met en réquisition le cinquième des grains; rendons aux soldats leurs vingt-quatre onces de pain. Équipons-les un peu, car ils sont absolument nus; frappons d'une amende considérable la première commune qui se soulèvera et nous aurons la paix. »
Le général Aubert Dubayet donnait des informations à peu près conformes aux rapports de son collègue : (( L'opinion est détestable dans la Mayenne. Elle est pervertie par le sentiment amer qu'a laissé le terrorisme ainsi que par les méûances, les calomnies et les espérances audacieuses que les royalistes ont su répandre partout.
tt Je n'ai pas été peu surpris de rencontrer dans la personne de Cormatin, chef des chouans, le citoyen Désoteux, neveu d'un chirurgien militaire. Je Tavais connu à la guerre d'Amérique, lorsqu'il était aide de camp du baron de Yioménil; puis bas et scrvile intrigant aux ordres des Lameth. J'avais vécu, même avant la Révolution, dans Thabitude de le mépriser. Cédant à d'impérieuses circonstances, j'ai cru devoir triompher de mon jndignation , et pour suivre jusqu'au dernier terme les voies de conciliation, j'ai toléré une
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réunion de trois ou quatre cents chefs de chouans à qui Cormatin^ accompagné du général Humbert, est allé annoncer que la paix était faite. Croyez-moi» il n'y a aucune créance à accorder à un tel homme. Cependant je le traite comme si je croyais à sa conversion, afm de le mettre plus promptement à découvert. Je pense qu'il voudrait obtenir le grade de général et de l'argent : il n'en vaut pas la peine. »
Les administrations locales, les officiers qui commandaient des cantonnements écrivaient sans cesse à leurs supérieurs, au comité de salut public, ou s'adressaient même à la Convention pour se plaindre des pillages, des violences et des assassinats commis par les chouans; le désordre augmentait de jour en jour.
u La conduite de Cormatia est abominable, écrivait encore le général Hoche ; les propos qu*il tient sont d'un forcené. Il a, en vérité, perdu la tète; il se croit le dictateur de la Bretagne. »
— ce Tandis que la Convention a montré de la clémence, disaient les administrateurs de Vitré, les chouans ont montré de la fureur et de la barbarie. Ils ont plus volé, plus incendié, plus massacré de républicains qu'ils n'avaient fait auparavant. Nous avons publié la paix ; juste ciel ! quelle paix ! les chouans seuls en jouissent, les républicains ne l'ont pas. Les autorités constituées, les patriotes, tout est dans la consternation. »
On écrivait de la Flèche : — « Les rassemblements continuent, les acquéreurs de biens nationaux sont poursuivis, persécutes, immolés. 11 n'existe plus pour nous de communications ; la famine est à nos portes. »
Le comité de salut public n'osait pas se décider à
des mesures énergiques. Il ne se croyait pas assez fort pour recommencer ouvertement la guerre civile. Il subissait prudemment avec patience un armistice qui n'était pas réciproque.
« Une mesure contre Cormatin pourrait détruire nos espérances ; cet intrigant serait bientôt remplacé par d'autres. Ceux des chefs qui ont traité de bonne foi se croiraient intéressés à venger leur général. Cormatin a toujours su montrer quelque apparence de bonne foi. Les motifs qui sembleraient suGQsants à nos yeux pour user de rigueur contre lui^ ne le paraîtraient pas à d'autres; il n'est peut-être pas encore temps de le frapper. Ménageons-nous de nouvelles preuves de conviction. »
Hoche ne se faisait pas illusion et voyait approcher le moment d'une prise d'armes combinée avec un débarquement ; il insistait pour obtenir des renforts. Comme sur la rive gauche de la Loire la pacification conclue avec Charette et Stofflet avait plus de réalité, il demandait que dix ou quinze mille hommes fussent détachés de l'armée des côtes de l'ouest pour se joindre à la sienne.
Cormatin voyait quelle était la méfiance des généraux et de presque tous les représentants en mission ; les précautions qui étaient prises contre ses projets l'inquiétaient. 11 imagina d'écrire à la Convention une adresse qui n'alla pas plus loin que le comité de salut public. Il se plaignait de ce que les conditions du traité n'étaient pas observées. Des chouans avaient été arrêtés; les soldats se répandaient dans les campagnes, se livraient au pillage et commettaient des meurtres : c'étaient ces vexations qui avaient, disait-il, donné lieu à de malheureuses représailles.
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Pour parler le langage du temps^ pour ne pas offenser les opinions dominantes et se procurer Tappui des réactionnaires, il ajoutait :
tf N'allez pas croire que ces plaintes regardent les républicains honnêtes. Non, ils gémissent comme nous des maux dont ils ne sont pas les auteurs. Nous leur rendons toute justice. Mais il en est d'autres, et vous les connaissez; ce sont les terroristes^ les buveurs de sang, les monstres qui ont désolé notre malheureuse patrie. Voilà les auteurs de tous nos maux; Toilàceux qui dénaturent nos intentions, qui aigrissent les esprits, qui les dirigent contre nous. »
C'était en effet un des motifs qui arrêtaient la Convention ; la majorité qui s'y était formée craignait de ménager les Jacobins, ou de paraître les ménager; aussi tous les administrateurs ou les simples citoyens qui écrivaient ou parlaient contre les excès des chouans avaient-ils grand soin de protester de leur aversion contre les terroristes. Et en effet , le comité leur répondait : <c Armez-vous d'une généreuse confiance ; songez que les derniers succès remportés sur le terrorisme, ont décidé pour jamais la victoire dans la lutte trop longue du crime et de la vertu. »
Cet état de l'opinion et ce qui se passait dans le midi inspiraient an parti royaliste d'illusoires espérances. Les agents de l'émigration, chimériques comme le sont souvent les intrigants et ne connaissant plus la France, entretenaient les princes français et le ministère anglais des chances favorables qui leur semblaient prochaines. Les chouans et beaucoup de Vendéens , fiers d'avoir traité d'égal à égal avec la République, qu'ils croyaient réduite à capituler , étaient sans discernement et sans prudence. Ils en voulaient à la
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patience de leurs chefs qui avaient conclu la pacification et ne se soumettaient pas à en observer les conditions. Cormatin ^ que les généraux républicains trouvaient impudemment hostile, cherchait au contraire à modérer son parti. S'il concevait un vain espoir, il compreirait du moins la nécessité d'en ajourner la réalisation.
c( Songez , écrivait-il au conseil chouan du Morbihan, que nous ne sommes plus un parti isolé; que nous tenons à tous les royalistes de la France ; que nos démarches doivent dépendre d'une décision générale. Où nous mèneraient les moyens que vous semblez adopter ? A une déclaration formelle de guerre , au moment où nos amis n'ont pas lés ressources suffisantes, et où tomberait sur nous tout le poids des forces qu'avec le temps nous pouvons nous partager. Quelque douloureux qu'il soit pour nos cœurs de dissimuler, nous y sommes contraints; la nécessité est une loi irrévocable. »
Cette lettre fut interceptée et envoyée au comité de salut public, en même temps que d'autres pièces et une proclamation des chefs chouans du district de Lisieux, où les habitants étaient invités à s'opposer au désarmement, s'il était exigé. « Vous repousserez la force par la force; cette infraction sera regardée par nous comme une agression, et nous recommencerons les hostilités. Mourir pour sa religion , pour son roi et pour sa patrie, c'est vivre éternellement. »
Les représentants qui adressaient ces informations au comité terminaient leur rapport en disant : <c Nous pensons qu'il ne faut pas différer à arrêter les chefs. »