‹ Histoire de la Convention nationale (volume 4)Chapitre 12 sur 121 · ARRESTATION DES CHEFS DE CHOUANS · texte numérisé non relu

ARRESTATION DES CHEFS DE CHOUANS

Le comité répondit le 30 mai ' une lettre qui n'était pas une décision : cf Nous sentons la nécessité de prendre de fortes mesures. Le comité n*ayant reçu que les copies des lettres, doit vous faire remarquer qu'il faut s'assurer si les lettres ont été en effet écrites et signées par les chefs. Au reste, il faut être en force avant de faire un éclat. »

IjCS représentants Grenot et Bollet, qui étaient en mission auprès du général Hoche, n'avaient pas attendu la réponse du comité. Dès le 25 mai/ en recevant les pièces que leurs collègues Guermeur, Guezno et Brue leur avaient adressées en même temps qu'ils les envoyaient à Paris , ils avaient remis au général Hoche l'ordre d'arrêter tous les chefs de chouans qui pourraient se trouver dans l'étendue de son armée. « Le salut du peuple est la suprême loi. » Tel était Tintilulé de leur arrêté. Ils transmirent un ordre pareil au général Âubert Dubayet : quelques exceptions étaient indiquées, entre autres pour M. de Scepeaux. En définitive huit chefs seulement furent arrêtés : Cormatin, Solilhac, Jarry, Garet, de La Haye, Dufour, La Nouraye elBuisgontier.

Une proclamation fut adressée aux départements de la Normandie et de la Bretagne, pour leur rendre compte des motifs qui déterminaient cette mesure. On leur disait que loin de violer la pacification, elle serait maintenue, mais qu'on avait dû agir contre ceux qui n'en observaient pas les conditions.

Les représentants Guermeur et Brue donnèrent un ordre plus décisif : <k Mus par des causes majeures,

<. 4" prairial.

26 BElfOUVELLBBIENT DB LA GUBBRB.

nous arrêtons, que tous les individus connus pour avoir été ou être chefs ou sous -chefs du parti chouan y ou de tout autre parti quelconque ennemi du gouvernement républicain , seront mis en arrestation.

(c Les lieux et retranchements des rebelles seront sans retard attaqués et investis. On s'emparera de toutes les personnes qui a'y trouveraient rassemblées. »

Dès le lendemain les chouans furent attaqués à Grandchamp près de Vannes. On leur tua une centaine d'hommes. Un des chefs les plus importants^ le comte de Silz, périt dans le combat ; le lendemain un autre poste fut aussi attaqué et avec le même succès.

Hoche fit une proclamation. Pour la première fois, un général agissait avec autorité et indépendance, non-seulement en décidant des opérations militaires, mais en prenant une détermination politique. Les représentants, qui lui avaient donné des ordres, avaient obéi à son influence. Tous n'y auraient peutêtre pas cédé, car les nombreux commissaires, en* voyés en Bretagne et en Normandie, n'appartenaient pas au même parti. La division qui existait dans l'Assemblée se reproduisait parmi ses délégués ; les uns, inspirés par la crainte des Jacobins et l'aversion des terroristes , étaient indulgents à la réaction ; les autres se préoccupaient des royalistes et des contre-révolutionnaires.

C'était avec ceux-là que sympathisait le général Hoche. A cette époque l'esprit républicain animait l'armée : elle avait victorieusement combattu pour

RENOUYILLEIIBIIT DE LA GUEEBE. 27

la République; elle avait eu à combattre, comme ennemis, les émigrés, les chouans et les Vendéens. La contre-révolution se présentait, aux officiers et aux généraux y comme un retour aux institutions militaires de Tancien régime , aux grades attribués à la noblesse^ aux promotions de la faveur ou du privi^ lége. Ils ne voulaient pas redevenir des officiers de fortune , et se trouver en infériorité ou en disgrâce pour avoir défendu leur pays et conquis leur avancement sur les champs de bataille. Le parti de la réaction accusait les militaires de fermer les yeux sur les crimes des terroristes.

« Braves camarades, disait le général Hoche, votre courage n'est plus enchaîné, vous pouvez désormais combattre les ennemis qui insultaient à votre longue patience et repoussaient le bienfait de la clémence nationale; leur lâcheté vous les livre à demi vaincus. Le ciel, vengeur des parjures^ a permis que le projet des nouveaux massacres qu'ils méditaient tombât en notre pouvoir ; ils sont arrêtés. Vous marcherez avec votre valeur accoutumée sur les rassemblements des rebelles ; mais épargnez le sang , car il a trop coulé. Portez la terreur dans le cœur des brigands et la sécurité dans le cœur des citoyens paisibles, des amis de leur pays. »

Puis s'adressant aux habitants des campagnes, il leur disait que des chefs ambitieux abusaient de leur simplicité, trompaient leurs espérances, les sacrifiaient inhumainement aux intérêts de leur fortune, aux calculs de leur vanité : <c Ils entretiennent des intelligences avec les Anglais, vos ennemis natu* rels; ils attirent sur vos têtes les fléaux d'une guerre désastreuse ; à l'aide des Anglais, ils se proposent de

28 nENOUVELLEMENT DE LA GlERRE.

VOUS asservir et de vous replonger sous le joug de la féodalité, que vous-mêmes avez brisé au commencement de la llévolution.

« Le projet des conjurés est déjoué : les Anglais seront repousses, sMls se présentent. Vous resterez libres , heureux et tranquilles.

« 11 est temps que ces contrées soient purgées des assassins qui les infestent; il est temps qu une poignée d'agitateurs, d*insolents royalistes, de misérables émigrés, grossie de bandits vomis par Tétranger, s'anéantisse devant la puissance d'une république victorieuse de tant de rois; il est temps que la paix déjà conclue avec divers États de TEurope, et qui deviendra bientôt générale, soit invariablement établie dans ces contrées où fleuriront sous la protection des lois Tagriculture , le commerce et les arts. Je déclare aux chouans, que, fort de la volonté d'un gouvernement décidé à étouffer toutes les factions, de quelque masque qu'elles se couvrent, je poursuivrai les parjures sans relâche, en déployant contre eux l'appareil de guerre le plus imposant, jusqu'à ce qu'ils aient mis bas les armes et soient rentrés dans le devoir. Je m'en prendrai particulièrement aux chefs des révoltés qui oseront succéder à ceux qui sont arrêtés, et se mettre à la tête des rassemblements; ceux-là seront frappés sans pitié.

« Scrupuleux observateur de l'acte de pacification, j'accueillerai toujours avec humanité ceux qui se soumettront de bonne foi : les scélérats qui persévéreront dans la révolte et qu'il nous faudra combattre, subiront le châtiment dû à leurs crimes.

(c Je déclare aux habitants des campagnes de quelque religion qu'ils soient, que l'armée que j'ai l'honneur

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