DISCOURS DE TALLIEN
les opinions révolntionnaires de toute nuance étaient encore émues et irritées de la tentative des émigrés et de la reprise d*armes des Vendéens; que les républicains s'inquiétaient et s'indignaient des intrigues et des espérances royalistes. Les anciens partisans de la monarchie constitutionnelle étaient eux-mêmes rejetés vers la république par les exagérations intolérantes, les prétentions despotiques et les vindicatives menaces des agents de Témigration dont on avait saisi les lettres adressées aux princes, ou écrites par eux.
Tallien craignit de trouver peu de faveur en plaidant la cause des prisonniers et en proposant une amnistie. 11 était déjà compromis par les relations qu'il avait eues avec les comités royalistes; ils se vantaient, dans leur correspondance, d'avoir obtenu de lui des réponses encourageantes. Il ne balança plus, et le 9 thermidor, tandis que la Convention célébrait l'anniversaire de ce jour où Tallien attachait sa gloire , il monta à la tribune et proclama la victoire de Quiberon dans les termes les plus pompeux, avec un ton de déclamation théâtrale qui, malgré la grandeur de l'événement, tombait dans le ridicule.
— ic Je te salue, époque auguste où le peuple écrasa la tyrannie décemvirale ! Heureux , trois fois heureux anniversaire où les défenseurs de la patrie ont terrassé la coalition de l'étranger et des parricides ! je te salue. Le comité de salut public nous avait ordonné de vaincre les ennemis de la République qui avaient osé souiller son territoire. Il est obéi : l'armée républicaine a vaincu l'armée de la contre-révolution.
<c Courbé trop longtemps sous le faix ignominieux
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des vaisseaux d'Albion , TOcéan français a vu ses légitimes dominateurs reprendre Tattitude qui leur est naturelle, Tattitude de la victoire; il a tressailli à l'aspect de nos braves, armés par la vengeance, guidés par Tenthousiasme de la République, poursuivant au sein des flots , qui les ont rejetés sous le glaive de la loi, ce vil ramas de complices, de stipendiés de Pitt, ces exécrables auteurs de tous nos désastres et de tous les forfaits contre lesquels la France lutte depuis cinq ans.
« Ils ont osé remettre les pieds sur la terre natale , la terre natale les a dévorés. »
Puis, et toujours dans le même style, suivait un récit de la journée du 21 juillet; les vaincus étaient injuriés, raillés, traités avec un ignoble dédain, comme ils auraient pu Tètre dans un rapport de Barère.
L'orateur parlait de Tineptie de Tarmée anglochouanne émigrée ; des modernes paladins; de la dignité des armées françaises , qui eût été compromise si Ton eût attaqué le repaire des brigands selon les règles de Tart; de la honte et de la félonie des émigrés, chassés comme un vil troupeau.
Il prit soin d'établir qu'aucune capitulation n'était intervenue. Après s'être félicité que la cessation du combat eût empêché les émigrés de trouver sur le champ de bataille « la mort des héros , trop douce pour des traîtres, » il disait : « Aucune relation pouvait-elle exister entre nous et ces rebelles? Qu'y avaitil de commun entre nous que la vengeance et la mort? Les vaincus jettent des cris de désespoir; ils demandent à se rendre. Ce moment fut le terme fatal pour le châtiment de tant de crimes et de trahisons. Quel
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spectacle pour la France, pour l'Europe , pour le inonde entier ! Ces émigrés si fiers déposant huinble«* ment leurs armes entre les mains de nos volontaires , les remerciant, avec des larmes de honte et de remords, de ces sentiments de générosité si communs chez les Français et que les belles âmes éprouvent toujours au sein de la victoire.
(c Tel a été le résultat de cette expédition , qui a fait tomber entre les mains de la République une armée vomie sur nos côtes par 1er gouvernement anglais pour opérer la contre-révolution , assassiner les patriotes et ravager les propriétés de ceux qui étaient restés fidèles à la République. »
Il semblait que Tallien se fût proposé d'exciter toutes les fureurs révolutionnaires contre les vaincus et d'associer Topinion pfablique à son exaltation faotiee* Certes, il ne croyait nullement à l'imputation qu'il fit retentir à la tribune.
— a Je tiens à la main un des poignards. dont tous ces chevaliers étaient armés et qu'ils destinaient à percer le sein des patriotes, et dont ils n'ont pas fait usage pour eux-mêmes parce qu'ils connaissaient le venin que cette arme renfermait. » 11 présenta un poignard. --* c< 11 faut apprendre à toutes les nations qu'un animal en ayant été frappé , il a été vérifié que U blessure était empoisonnée. »
Cette fable était adressée à la populace par qui , au 10 août et au 2 septembre, on avait fait égorger les défenseurs du roi, en les appelant chevaliers du poi* gnard.
Tallien, qui ne voulait pas qu'on pût lui reprocher de n'avoir pas écouté ce les sentiments généreux que les belles âmes éprouvent après la victoire , » chercha