‹ Histoire de la Convention nationale (volume 4)Chapitre 17 sur 121 · EXÉCUTION DES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES ÉMIGRÉS

assuré nos succès contre la Terreur et rendu de grands services à la République, n

Aucun ordre émané de la Convention ne vint donc arrêter Taction de la légalité révolutionnaire. Six mille deux cent soixante-deux prisonniers avaient été emmenés de Quiberon ; on comptait dans ce nombre seize cent trente-deux prisonniers français enrôlés dans les régiments émigrés ; ils furent mis en liberté et durent reprendre du service dans Tarmée. Les chouans^ en y comprenant les femmes et les enfants, qui furent renvoyés, étaient trois mille six cents. Il y avait quatre cent quatre- vingt douze émigrés de Toulon; deux cent soixante-dix-huit officiers; deux cent soixante soldats émigrés.

Aux termes de la loi , les représentants avaient, le jour même de la victoire et avant le départ de Tallien, ordonné la formation d'une commission militaire; quatre jours après, elle n'était pas en activité. Dans la petite ville d*Auray, un intérêt vif, une compassion publique se manifestait sans réserve et sans crainte. C'était à qui s'empresserait de donner aux prisonniers des témoignages de sympathie; Sombreuil avait été tiré de sa prison et logé dans la maison où était Tétat-major* Militaires ou habitants de la ville, tous, quelle que fût leur opinion, lui témoignaient une profonde pitié et le traitaient avec égard; sa jeunesse, sa beauté, son courage, sa résignation, attendrissaient ceux qui l'approchaient. Les soldats et les officiers ne s'intéressaient pas seulement au sort de Sombreuil ; ils s'épouvantaient du nombre de victimes qui allaient être mises à mort. Beaucoup , sans bien savoir s'il y avait eu une capitulation formelle, croyaient que des

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promesses avaient pu être faites, et se souvenaient (pie des voix avaient crié du milieu des rangs : ^^^ n Rende£«vouB y il ne vous sera rien fait, n

C'était ainsi que Sombreuil entendait la capitulation; il espérait, non pas pour lui, mais pour ses compagnons, que les représentants ou les généraux ne démentiraient pas la promesse faite par leurs soldats. En arrivant à Auray, il avait écrit au géfaéral Hoche : « Monsieur, j'écris à M* Tallien et je lui parle du sort de ceux dont les circonstances m'ont fait hier le chef; dans le calme» comme dans Torage des combats, j^emploierai les moyens que permettent les lois mililaires pour veiller à ce qui les intéresse. Toutes vos troupes se sont engagées envers le petit nombre qui me restait et qui aurait nécessairement succombé. Mais, monsieur, la parole de ceux qui sont venus jusque dans leurs rangs pour la leur donner doit être une chose sacrée pour vous; je m'adresse à vous pour la faire valoir. S'ils ne doivent pas y compter, mon* sieur, veuillez m'annoncer leur sort. »

Dans un rapport- que le procureur général du Mor bihan adressait au comité de salut public, il peignait l'état de l'opinion à Âuray pendant les premiers jours qui suivirent l'arrivée des prisonniers : — « Aux termes de la loi , des mesures devaient être prises dans les vingt-quatre heures pour les juger. Dès le 21 juillet, les représentants avaient ordonné la formation d'une commission; elle n'est pas encore en activité le 25. La malveillance triomphe de ces lenteurs et ne dissimule pas ks espérances qu'elles lui font concevoir. L'opinion publique s'égare de plus en plus, et l'on pourrait demander quel est le parti vainqueur. »

Blad, le collègue de Tallien, prit encore plus ao

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grave les retards de la commission : — « Nonobstant Tassurance que nous lui donnions qu'il n'y a eu et De pouvait y avoir de capitulation entre des républicains et des traîtres pris les armes à la main, elle chancelait y elle hésitait à remplir avec fermeté la tâche qu'elle avait acceptée. Par ces délais hors de saison elle risquait de compromettre la tranquillité du paysy dont le plus grand nombre n'est que trop disposé à une insurrection en faveur des détenus* En conséquence , nous avons supprimé cette commission, et nous en avons nommé une autre qui était à la hau* teur de ses fonctions et devait mettre dans ses opérations la célérité qu'exigent les circonstances et la notoriété du délit. >i

La commission se réunit le 27 à Auray. Les premiers qui comparurent devant elle étaient Charles dt Sombreuil , Tévéque de Dol , Joseph de Broglie , le comte de Senneville et douze autres émigrés ou chefs de chouans.

Après avoir dit son nom , son âge et Tépoque de 8on émigration , Sombreuil ajouta : ^-^ « J'ai vécu et Je mourrai royaliste. Prêt à paraître devant Dieu , je jure qu'il y a eu une capitulation , et qu'on s'est en-» gagé à traiter les émigrés -comme prisonniers de guerre. » Et se tournant vers les grenadiers qui Tentouraient : -— « J'en appelle à votre témoignage } c'est devant vous que j'ai capitulé. »

La nouvelle commission avait été choisie avec soin et composée d'étrangers et de Belges au service de la République ; elle n'eut aucune hésitation. Le 27 juillet| Sombreuil et ses compagnons furent condamnés i mort. Comme les représentants voulaient donner plus de solennité à leur exécution , ils furent , dès le jour

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même, conduits au chef-lieu du département , à Vannes.

Le lendemain les seize condamnés furent conduits sur la promenade publique : leur noble maintien et rintérèt qui s'attachait à leur malheur causaient une visible émotion à la population qui les voyait passer. Arrivé au lieu du supplice , Sombreuil, lorsqu'on lui dit de se mettre à genoux , répondit : — « Je ne me mets à genoux que devant Dieu; j'adore sa justice, mais vous n'êtes que des assassins, d — Puis il refusa le bandeau qu'on voulait attacher sur ses yeux. — a J'aime à voir mes ennemis; » et il dit aux hommes qui l'ajustaient : — « Visez plus à droite. »> Ces mots étaient à peine prononcés qu'il tomba mort.

Dès le premier jour où il fut enfermé à Auray il avait écrit une longue lettre à l'amiral Waren pour rendre compte de la funeste journée de la veille. Il accusait avec toute l'Âcreté du désespoir la conduite de M. de Puisaye y et, s'exprimant dans les termes les plus injurieux , il lui attribuait tout le mauvais succès de l'expédition. 11 racontait à quelle extrémité il avait été réduit après la prise du fort. — <c Resserré et cerné à l'extrémité de l'île avec deux ou trois cents gentilshommes, mais sans cartouches, plusieurs bateaux encore à la côte pouvaient me donner la res<source déshonorante dont a si promptement profité M. de Puisaye. L'abandon de mes compagnons eût été pis que le sort qui m'attend (je crois demain matin) : j'en méritais un meilleur; vous en conviendrez avec tous ceux qui me connaissent, si le hasard laisse à quelques-uns de mes compagnons d'infortune le moyen d'éclairer l'univers sur une journée sans égale dans l'histoire. Qu'on se figure la terreur d'une bande

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