‹ Histoire de la Convention nationale (volume 4)Chapitre 18 sur 121 · EXÉCUTION DES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES ÉMIGRÉS

sans ordre , abandonnée par le chef en qui Ton a mis toute sa confiance 7 et qui^ dans sa sécurité inepte , n'admettait pas même qu'on l'engageât à prendre poar la sécurité générale les mesures qu'il a si bien su prendre pour lui.

ir N'ayant plus de ressource , j'en vins à une capitulation pour sauver ce qui ne pouvait échapper, et le cri général de l'armée m'a répondu que tout ce qui était émigré serait prisonnier de guerre et épai^né comme les autres. J'en suis seul excepté. Beaucoup diront : — (c Que pouvait-il faire? » D'autres répondront : — ce II devait périr. » Oui , sans doute^ je périrai. Mais, étant resté seul chargé du sort de ceux qui , la veille , avaient vingt chefs , je ne pouvais qu'employer les moyens qu'on m'avait laissés ; et ils étaient nuls. Ceux qui les avaient préparés auraient dû m'éviter cette responsabilité.

u Je ne doute pas que le lâche ne trouve quelque excuse à sa fuite , mais je vous somme , au nom de Thonneur, de faire connaître, cette lettre au public. Adieu ! je vous le fais avec le calme que donne seule la pureté de la conscience. L'estime de tous les braves gens qui aujourd'hui partagent mon sort et le préfèrent à la fuite du lâche qui, n'osant pas combattre parmi nous, aurait au moins dû nous prévenir^ cette estime est pour moi l'immortalité. Je succombe à sa lâcheté et à la force des armes. Dans ce dernier moment , je trouve encore une jouissance , s'il en peut exister dans ma position, l'estime de mes compagnons et celle même de l'ennemi qui nous a vaincus. — Adieu , adieu à toute la terre ! »

il avait écrit aussi à sa fiancée , M"* de Lablacbe , dont il s'était séparé au moment même où ils allaient

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marcher à Tautel, dès qu'on était venu lui annoncer que son armée était embarquée à Spithead , que le vent était favorable ^ et qu'il n'y avait pas un instant i perdre : tant il avait de scrupule et d'empressement à remplir le devoir qui lui était imposé^ et à^îonduire ses compagnons sur le funeste rivage où la mort les attendait. Sa lettre exprimait un noble dédain pour ses bourreaux » une patriotique douleur sur le sort de la France et les regrets les plus tendres du bonheur qu'il perdait au moment même où il allait en jouir. Il adressa de même un triste et touchant adieu à sa sœur , elle qui avait pu obtenir des massacreurs de septembre la vie de son père sans pouvoir le sauver plus tard des juges révolutionnaires.

Les représentants en mission et la Convention ellemême ayant ainsi décidé et ordonné que tous les prisonniers de Quiberon seraient mis à mort, les condamnations et les exécutions se succédèrent rapidement : pour les hâter on forma cinq nouvelles commissions militaires. Le 2 août soixante-dix émigrés furent fusillés , le lendemain quarante*deux. Les habitants d'Auray et de Vannes , émus de pitié , cherchaient à soustraire ces malheureux aux balles des soldats belges ; une vingtaine tout au plus réussirent à s'échapper des prisons. Un complot fut tramé pour faire arriver une troupe de chouans et combiner avec eux la délivrance des prisonniers. Il fut découvert , et coûta la vie à quelques habitants de Vannes qui furent aussi fusillés. Ils avaient été dénoncés par des soldats républicains enrôlés dans le régiment d'Hervilly.. C'étaient eux aussi qui servaient de témoins pour constater Tidentité des émigrés , lorsqu'ils cachaient leur nom pour échapper à la condamnation.

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Blad avait sursis au jugement des émigrés qui étaient sortis de France avant Tâge de seize ans ; le comité de salut public sembla s étonner des doutes de son commissaire. — a Les lois sont claires et précises et ne peuvent se prêter à cette distinction ; elles or<donnent positivement qu*on punira comme émigrés ceux qui, sortis de France avant Tâge de quatorze ans, ont porté les armes contre la République : telles sont leurs rigoureuses dispositions; il ne peut être permis de les modifier. » Ainsi s'exprimaient les instructions envoyées par le comité* '

Cependant ces sanglantes exécutions, chaque jour répétées, excitaient de plus en plus non-seulement Tindignation des habitants, mais le mécontentement de l'armée. Hoche et le conventionnel Matthieu, qui avait succédé à Blad, écrivirent plusieurs fois que les soldats se lassaient de faire le métier de bourreaux. Sur leurs instances , et en répondant à une question particulière qui lui avait été proposée, le comité indiqua un moyen indirect d'épargner quelques victimes.

Un grand nombre de chouans, de femmes ou d'enfants avaient cherché un refuge sur l'escadre anglaise, en s'embarquant sur les canots envoyés pour recueillir les fugitifs. Quelques jours après, les Anglais les avaient déposés sur la côte ; le comité prononça qu'ils ne pouvaient être punis comme émigrés rentrés, puisqu'ils ne revenaient pas en France de leur propre gré.

— « C'est dans cette mesure juste autant qu'humaine que tu dois te renfermer» Les chefs, les commandants, les instigateurs doivent être livrés aux commissions militaires , et ces commissions doivent les condamner à mort, après avoir vérifié les faits*

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«Mais pour faire juger uu ai grand nombre d'individu8| il faudra un temps considérable; pour les retenir en prison y il en coûtera des soins infinis et une dépense énorme de subsistances. Cette considération pourrait te déterminer à user d'une clémence plus ou moins étendue , selon le plus ou moins de danger qu'il peut y avoir à les mettre en liberté ; selon le temps qu'ils ont passé sous les armes ; selon leur plus ou moins de fortune*

« 11 serait possible de mettre aux mises en liberté, que tu prononcerais, des conditions qui tourneraient à l'avantage de la République ; par exemple, une commune réclame-t-elle plusieurs de ses habitants compris dans le nombre des prisonniers de Quiberon ? tu les lui rendras, mais à la charge qu'elle déposera toutes les armes qui existent chez elle. Une proclamation , dans laquelle tu indiquerais diverses conditions d'où dépendrait la mise en liberté instantanée des individus dont nous parlons, ramènerait au sein de la patrie une foule d'ennemis qui la déchirent aujourd'hui. Nous laissons tout à ta disposition , bien assurés que tu feras usage d£ tes pouvoirs pour accélérer le retour de la paix et du bonheur dans le malheureux pays où tu exerces ta mission. »

Cette lettre donne l'idée de ce qu'était alors la disposition du comité de salut public, on peut même dire de la majorité de l'Assemblée; un désir sincère et actif de rétablir l'ordre public, de fonder un gouvernement républicain qui, plus tard, régirait la France avec humanité et justice; en même temps une haine implacable contre tous les ennemis de la Révolution dont on ne pouvait espérer la soumission ; enfin la crainte de leur laisser des facilités pour travailler à recon-

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quérir une dAmin^on exclusive et absolue. Aucune idée de concilîatîoii ni de tnànsaction n'était admise par le parti républicain^ pas plus qu'elle n'était acceptée par le parti royaliste.

Les instructions plus indulgentes du comité n'arrivaient que lorsque les commissions militaires avaient condamné les émigrés prisonniers; lorsque l'extermination des officiers de la marine française était coùsonimée ; déjà un granjd nombre avait péri au combat du 16. Ils formaient un. des corps de l'armée émigrée, sous le nom de Jloyal-Marine; tous les survivants avaient été faits prisonniers ^ et ils furent fusillés : ils étaient encore une centaine. Ce massacre avait duré plus de quinze jours. Une prairiç auprès d'Âuray, où 4es condamnés étaient conduits pour subir leur sentence^ puis être enterrés dans des fosses déjà creusées, a garde le nom de Champ des Martyrs. Longtemps ^rès une cbapeUe y a été érigea.

Hormis à la Convention / il n'y eût qu'un cri en Franee., parmi tout T;e qui n'était pas Jacobin , pour maudire ce retour à la Terreur. La* presse usa de la liberté qui lui était laissée pour demander la clémence. On s'indignait que cette capitulation généreuse accordée par les soldats , que Ce mouvement de miséricordieuse humanité eût été renié par la Convention*. L'animosité impitoyable qui, sans hésitation, poursuivait les émigrés comme coupables d'un grand crime envers la patrie et les envoyait, sans remords, au supplice, pouvait bien être encore un dogme pour les diverses factions révolutionnaires; l'opinion générale, maintenant affranchie, en jugeait autrement;

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