MASSACRES A MARSEILLE
entendîmes Thorrible troupe revenir dans la première cour, sur laquelle donnait une de nos fenêtres. Nous nous approchâmes par une sorte de mouvement machinal I et nous les vîmes qui s'efforçaient d'enfoncer la porte d'un cachot où étaient enfermés une vingtaine de prisonniers; ils en avaient déjà égorgé vingt-cinq dans l'autre cachot. Heureusement la porte résista; après avoir travaillé à Tenfoncer, les massacreurs l'abandonnèrent en tirant quelques coups de pistolet entre les barreaux et promettant qu'ils reviendraient lorsqu'ils auraient expédié les autres.
a Peu après y deux de ces messieurs amenèrent le commandant du fort; il était absent lorsque les massacreurs étaient entrés , et comme ils avaient levé le pont, il n'avait pas pu rentrer autrement qu'en escaladant par le fossé. Tout aussitôt saisi et désarmé , il était conduit dans notre chambre pour y être enfermé avec son adjoint. II se désespérait^ et se mordait les poings de rage. Nous entendions toujours les cris des victimes et les coups de pistolet, de sabre ou de massue des égorgeurs. Vers sept heures nous entendîmes un coup de canon^ c'étaient les assassins qui Pavaient tiré contre la porte d'un cachot où les prisonniers au nombre de plus de trente furent mitraillés et brûlés ; car pour que la besogne, suivant leur odieuse expression , allât encore plus vite, ils avaient imaginé de mettre le feu au cachot après y avoir fait entrer beaucoup de paille par les soupiraux.
tt II était près de neuf heures et nuit close , lorsque nojas entendîmes crier : — Voici les représentants, il faut baisser le pont > car ils menacent de nous traiter en rebelles. — Je me moque des représentants, dit en jurant un des assassinsi je brûle la cervelle ati pre-
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mier lâche qui leur obéira ; allons ^ camarades , à la besogne, nous aurons bientôt fini.
« Cependant les soldats de garde baissèrent le pont; les représentants entrèrent au milieu de flambeaux avec une escorte de grenadiers et de housards. — c( Malheureux, s'écria Isnard, cessez votre horrible carnage; au nom de la loi, cessez de vous livrer à d'odieuses vengeances. » Plusieurs répondirent : — «Si la loi nous avait fait justice de ces scélérats, nous n'aurions pas été réduits à la nécessité de nous la faire nous-mêmes. Maintenant le vin est versé , il faut le boire. »
(I Le massacre continuait toujours. — « Grenadiers, criaient les représentants , arrêtez donc ces forcenés , où est le commandant du fort? »
« Ils se firent conduire dans notre chambre où il était enfermé; rofificier raconta ce qui s'était passé et les représentants parurent convaincus qu'il avait été impossible d'empêcher cet horrible carnage.
a Puis s'asseyant sur nos lits , ils se plaignirent de l'excessive chaleur, et demandèrent à boire, on leur apporta du vin; Isnard le repoussa: — «C'est du sang, s'écria-t-il d'un ton tragique, » — mais on lui offrit de la liqueur et il l'avala sur^e-champ.
li Cinq ou six massacreurs arrivèrent tout couverts de sang. — « Représentants , dirent-ils , laissez-nous achever notre besogne , cela sera bientôt fait, et vous vous en trouverez bien. » — Misérables , vous nous faites horreur ! » — « Nous n'avons fait que venger nos pères, nos frères, nos amis, et c'est vous-mêmes qui nous avez excités. » — c< Qu'on arrête ces scélérats. » — On en saisit en effet quelques-uns. )»
Ainsi se termina cette affreuse soirée qui coûta la