DÉCRETS SLR LES ÉLECTIONS
républicains inquiets pour Tavenir de la Constitution et pour les intérêts révolutionnaires.
La voie du sort fut rejetée par la question préalable.
Mais les objections s'élevaient en foule contre le projet de faire élire les conventionnels par euxmêmes. La proposition de Guillemardet était reproduite, comme si elle n'avait pas été formellement rejetée.
— « Qui défendra les républicains, dans les assemblées électorales? disait Tallien, ce n'est pas que je croie la majorité de la nation ennemie des fondateurs de la République. Mais est-il donc sans exemple qu'à force d'intrigues et de crimes la minorité entraîne ou domine le plus grand nombre? » — Puis Louvet parlait de la nouvelle terreur et cherchait à établir une comparaison entre les élections prochaines et les élections de 1793 opérées sous l'influence des massacres de septembre. A la quatrième séance, l'Assemblée commença par décider que le mode de réduction serait voté sans désemparer.
Eschasseriaux républicain , et Aubry réactionnaire, parlèrent en faveur de l'élection par les assemblées électorales. Seulement au lieu d'établir le scrutin sur les exclusions, on proposa de faire élire les deux tiers qui seraient conservés.
Les opinions diverses se rallièrent au système de l'élection par les assemblées électorales. L'article fut ainsi voté à la presque unanimité et au grand applaudissement des tribunes.
Huit jours après, une autre loi rendue sur le rapport de la commission des onze, régla lé mode de réélection des membres de la Convention. Les assem-
Liées électorales devaient d'abord élire les deux tiers de leurs députés, en les choisissant parmi les membres de la Convention. Gomme il était facile de prévoir que beaucoup de conventionnels seraient élus en même temps* par plusieurs départements , les électeurs auraient encore à élire une liste triple de la première pour suppléer aux vides qui résulteraient de Toption des membres de la Convention pour un des départements où ils auraient été élus. Sur cette liste supplémentaire y la Convention aurait à choisir elle-même par scrutin ce complément aux élections directes des assemblées électorales.
Ces deux décrets , par lesquels la Convention s'imposait à la France et maintenait le pouvoir aux mains des mêmes hommes, pour Texercer au nom des mêmes opinions et des mêmes intérêts, furent donc votés sans autre amendement que la réélection attribuée aux assemblées électorales et non pas à la Convention elle-même. La commission des onze, qui avait paru d'abord attacher une extrême importance à cette modification finit par ne plus la combattre. C'était une concession, une sorte de compromis avec le parti modéré. Tant*de précautions prises pour être en majorité dans le corps législatif, et pour rester maîtres de l'élection des cinq directeurs, étaient sans doute acceptées mal volontiers par les hommes qui regrettaient la royauté constitutionnelle et qui avaient peut-être espéré un moment la rétablir ou du moins la préparer ; mais ils avaient depuis deux ou trois mois cessé d'en entrevoir la moindre possibilité. La descente de Quiberon; l'intervention du ministère anglais dans les projets des émigrés, leurs jactances, VI. 17
leurs menaces; les lettres et les déclarations que Louis XYIII avait rendues publiques aussitôt après la mort de Torphelin du Temple; les folies que disaient et faisaient les agents royalistes; la couleur d'exagération et de vengeance qu'ils donnaient à la réaction avaient rapproché, dans les comités et dans la commission des onze, les monarchistes timides et irrésolus des républicains raisonnables. La royauté de Louis XVII avait disparu ; Texpérience et l'adversité n'avaient pas encore rendu les princes émigrés compatibles avec la France nouvelle. La pensée du duc d'Orléans était venue à quelques royalistes libéraux; mais ce jeune prince était alors en Suisse , enveloppé d'une obscurité volontaire, proscrit à la fois par les émigrés et les révolutionnaires. Loin d'avoir des re* lations en France, il évitait tout contact avec la politique; la seule résolution qu'il eût prise était de conserver ses opinions, de ne point renier les premiers sentiments de sa jeunesse, mais sans consentir jamais à devenir l'homme d'un parti. Il avait douloureusement reconnu jusqu'où, pour avoir accepté ce joug, son père avait été conduit. Il n'y avait donc pas à songer à lui.
Ainsi la constitution était une œuvre de transaction où l'esprit révolutionnaire des Girondins avait rallié les royalistes constitutionnels issus de l'Assemblée constituante et de l'Assamblée législative. Les uns y voyaient pne place de sûreté contre la réaction, qu'eux aussi commençaient à redouter; les autres mettaient leur espérance dans le jeu des institutions libérales, dans le renouvellement du corps législatif opéré par des élections successives. Ils croyaient avoir conquis des garanties pour la liberté et préparé
la ÔQ prochaine de la domination exclusive que les ré*' volutionnaires comptaient au cjntraire avoir affermie.
Les deux décrets du 5 et du 13 fructidor ne troublèrent point raccord qui s'était établi entre les uns et les autres. Ils paraissaient une conséquence néces* saire de la constitution et tendaient au même but y à la conservation de la République. En faisant élire les deux tiers par les assemblées électorales, il restait peu d'objections à faire contre cette mesure; les modérés pe s'étaient pas proposé d'expulser^ sans délai et par la première élection ^ la majorité de la Convention.
Si les représentants aimés et respectés par la Réaction s'étaient, avec plu9 ou moins de regret, résignés à cette transaction, il n'en était pas ainsi de l'opinion publique, du moins de celle qui était la plus bruyante et se croyait la plus forte. Les journaux, les pamphlets, les sections da Paris, et dans les provinces le parti des honnêtes gens se passionnèrent contre les décrets des 5 et 13 fructidor.
La Coaventioq, ou plutôt ceux qui la gouvernaient ne s'iprltèrent point d'abord contre ce mouvement des esprits. Sans montrer ni faiblesse ni hésitation, on chercha à le calmer. Ce qui importait surtout, c'était de ne laisser aucun prétexte pour qu'il fût possible -d'imputer au gouvernement un retour vers les hommes et les opinions de la Terreur.
-^ « Non, disait Tallien, nous ne redescendrons pas dans le sans^culotisme affreux qui a ravagé la France, inais nous ne retomberons pas non plus sous le despQtisme des privilégiés, des nobles et des prêtres. Non, les Français ne seront plus décimés par des tyruis anarchiqu#s; mais ils ne seront pas cour*