LES SECTIONS SE PRÉPABENT A COMBATTRE
Canclanx dans le commandement de l'armée des cfttes de rOuest^ le comité lui donna pour commandant de rartillerie le général de brigade Bonaparte^ 11 refusa, mai^ non point parce qu'on renvoyait comme général d'infanterie ; cette ofTre avait été repoussée par lui depuis longtemps, à Tépoque où Aubry gouvernait les bureaux de la guerre. Il est probable que le général Bonaparte avait le désir et la volonté de retourner à Tarmée d'Italie; toutes ses vues étaient tournées de ce c6té.
Le comité s'irrita d'abord , et, par un arrêté, a raya de la liste des officiers généraux le général Bonaparte, attendu son refus de se rendre au poste qui lui était assigné *. »
Le mécontentement du comité de salut public ne dura pas longtemps. On voit, par une lettre du 17 fructidor du général Hoche, que le comité de salut public avait appelé près de lui le général Bonaparte; en conséquence un autre officier général fut désigné pour commander l'artillerie dans l'armée de l'Ouest.
Barras trouva donc le général Bonaparte dans le bureau topographique '. Il se souvint alors du jeune officier d'artillerie et de ce qu*il lui avait vu faire à Toulon. Il le chargea de donner les ordres nécessaires pour presser l'arrivée des troupes et de déter-
' Lettre de Hoche.
* Mémoires de Bourrienne, an iv, 29 fructidor, ; cette date est éyidemmeot inexacte, ce doit [être : an m.
' Mémoires de M. Fain : L'heure à laquelle le général Bonaparte fut officiellement nommé commandant en second est indiquée différemment dans la plupart des documents. — Les Mémoires écrits par M. de Montholon disent qu'au milieu d'une séance de la Convention , où Napoléon était présent, il arrangea, avec quelques représentants, que Barras serait général en chef et lui commandant en second. — La note
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miner les postes où elles seraient placées pour la défense de la Convention. Tout se traitait avec une telle confusion, avec une telle précipitation, que Barras ne pouvait pas expliquer quelle était la situation et où serait le danger.
Menou venait d'être arrêté, et il était détenu dans une des salles du comité. Le général Bonaparte avait trop de sens pour croire qu'un général, plein de bravoure et de loyauté, eût trahi son devoir ou manqué de courage. Sans s'occuper des méfiances jacobines, il alla trouver Menou et se régla d'après les informations qu'il en reçut.
A ce moment la Convention n'était gafdée que par cinq ou six mille hommes de toutes armes qui bivouaquaient dans la cour et dans le jardin ou qui doiv maient dans les salles; encore fallait-il comprendre dans ce nombre les gardiens de la Convention, la légion de police et le bataillon des patriotes ^
L'artillerie de position était encore au camp des Sablons, gardée seulement par cent cinquante hommes. Le reste était à Marly. Le dépôt de Meudon était sans aucune garde. 11 n y avait aux Feuillants que quelques pièces de quatre sans canonniers, et seulement quatrevingt mille cartouches. Les magasins de vivres étaient disséminés dans Paris.
Dans plusieurs sections, on battait la générale;
autographe imprimée dans les Mémoires de Bourrienne dit qu*il fut appelé à cinq heures du matin. M. Fain , témoin oculaire, dit que le général Bonaparte avait pendant toute la nuit expédié des ordres au nom de Barras. L'auteur de cette histoire a entendu raconter au général Junot que le matin du 43, le général Bonaparte ne savait pas encore sa nomination de commandant en second.
* Note du général Bonaparte imprimée dans les Mémoires de Bourrienne.
JOUR?iÉE DU 13 VENDÉMIAIRE. 347
celle du Théâtre-Français avait des postes au Pont- Neuf qu'elle avait barricadé.
L'artillerie des Sablons fut conduite, aux Tuileries. On fit chercher, dans la gendarmerie et parmi les patriotes^ les hommes qui avaient servi dans Tartillerie. On évacua Tartillerie de Marly sur Meudon , où Ton établit un atelier pour fabriquer des cartouches. On assura la subsistance de Tannée et de la Convention pour plusieurs jours.
Des canons furent placés aux Feuillants^ afin de battre la rue Saint-Honoré ; des pièces de huit , aux débouchés des rues qui conduisaient de la rue Saint- Honoré vers les Tuileries ; trois obusiers , au Carousel * pour incendier les maisons d*où Ton tirait sur la Convention.
Le général Bonaparte n'avait encore transmis que des ordres donnés au nom de Barras: il rentra chez lui, tard dans la nuit. Il demeurait alors rue Vivienne avec Junot , son fidèle aide de camp , qui ne Tavait pas quitté depuis Toulon ; dès le matin , ils sortirent pour se rendre aux Tuileries; chemin faisant, le général Bonaparte regardait les préparatifs des sections; leurs colonnes qui débouchaient de toutes les rues autour du Palais-Royal; les positions qu'elles occupaient; il prenait en pitié tant d'impéritie, tant de présomption dans les projets, tant de lenteur dans Vexécution; il disait comment il aurait fallu s'y prendre pour s'emparer de la Convention, ce qui , selon lui, eût été très-facile.
* Au coin de la rue Casliglione.
' Cette place était alors beaucoup moins étendue qu'elle ne Ta été depuis.
348 JOUHNÉE DU 13 VENDÉMIAIRE.
A peine entrait-il dans le jardin par la terrasse du château, que Barras, qui le cherchait, Temmena au comité, où il fut reconnu commandant en second de l'armée de Paris. Ils allèrent ensemble visiter tous les postes. Le général Bonaparte s'occupa surtout de placer les batteries au débouché des rues et en face des ponts.
L'intention évidente de la majorité de rAssemblée et des comités était de ne point engager le combat et d'attendre l'attaque des sections , en se préparant à la repousser avec vigueur de manière à ne point laisser de doute sur le succès. La matinée se passa ainsi. Les bataillons sectionnaires s'avancèrent sans trouver de résistance , s'établirent à Saint*Roch , et suivirent la rue Saint-Honoré jusqu'à l'hôtel de Noailles^ qu'ils occupèrent aussi. Là, et sous les galeries du Théâtre-Français au Palaîs-Royal , étaient leurs principaux postes ; ils s'avançaient même, par la rue de rÉchelle, jusqu'à une place qu'on appelait alors le Petit-Carousel. Les avant-postes parisiens essayaient de parlementer avec les officiers de la ligne, qui ne consentaient à aucune conversation.
Cependant le général Danican et les gens raisonnables n'avaient pas plus que la majorité de la Convention l'envie de commencer la guerre civile. Les Tuileries étaient maintenant bien gardées; des batteries enfilaient toutes les rues. Si les sections avaient eu des chances de succès laveille au soir et pendant la ntiit, le moment était passé. Danican écrivit donc au comité de salut public que les Parisiens avaient
* La rue d'Alger a été ouverte sur l'emplacement de Thôlel de
Noailies.
JOURNÉE bU 13 VENDÉMIAIRE. 349
pris les armes uniquement contre les Terroristes, dont la Convention venait de s'entourer; que s'ils étaient rassurés contre la menace d'être livrés aux Jacobins et aux massacreurs, ils rentreraient dans Tordre : — • « Je prie, je conjure, disai^il, les comités, au nom de la patrie et de l'humanité, d'épargner le sang français; de mon côté je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter l'horreur d'une guerre civile; si elle a lieu, vous en serez responsables envers la France et aux yeux de la postérité. »
Cette proposition donna aux modérés de la Convention quelque espoir d'empêcher de si grands malheurs. — (( Tout ce qui préviendra l'effusion du sang sera honorable, disaient-ils ; il ne s'agit pas de donner satisfaction complète aux sections; mais il y a peutêtre des concessions qu'on pourrait faire ; les esprits sont exaspérés, nous devons les calmer. » — Tallien, Louvet, Sieyès, Dubois-Crancé s'opposaient à toute négociation; mais ils n'avaient point la majorité dans cette réunion des comités, qui se composait de quarante députés présidés par Cambacérès. On convint qu'une nouvelle proclamation instruirait les Parisiens des motifs qui avaient déterniiné la Convention à armer plusieurs citoyens lorsqu'ils étaient venus s'offrir pour la défendre. « Si de mauvais citoyens se sont glissés parmi eux, on les fera sortir et l'on accueillera les réclamations. »
Ce projet d'adresse fut porté à l'Assemblée, où il fut accueilli par des murmures. En ce moment la majorité croyait la Convention menacée et ne voulait pas qu'on perdît des moments précieux pour repousser la sédition. Barras et le général Bonaparte avaient fait porter des fusils et des gibernes dans
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les pièces attenant à la salle , pour armer les représentants; ils attendaient à chaque moment l'invitation de se défendre en personne contre les insurgés.
Lanjuinais osa parler contre la proposition de rejeter Tadresse. — «On n'aurait pas dû, disait-il, rapporter avec tant de précipitation le décret qui avait ordonné le désarmement des Terroristes. » — .Des murmures Tinterrrompirent. D'autres ne furent pas mieux écoutés que lui, lorsqu'ils parlèrent des assassins et des brigands enrôlés comme patriotes de 89.
Chénier s'étonna qu'on eût écouté les demandes des sections en révolte. « — Aucune transaction n'est possible. Il n'y a point d'autre honneur pour la Convention que la victoire ou la mort. Quand elle aura vaincu elle saura distinguer les hommes égarés d'avec les coupables. S'il y a des assassins^ ils sont parmi les révoltés. »
— « Mais c'est la guerre civile ! s'écria Lanjuinais. — « C'est toi qui fais la guerre civile » lui disaient quelques représentants. — Il voulut monter à la tribune. De toutes parts on criait : t< A bas ! » On ne le laissa point parler.
Il était quatre heures après midi. On entendit crier aux armes. Les militaires et les citoyens armés qui étaient dans les salles allèrent se ranger en bataille.
— (c En séance I à vos places! r, dit le président. Plusieurs représentants sortirent pour se mêler aux bataillons. Les autres se placèrent sur leurs bancs dans un profond silence et une solennelle attente. Bientôt on entendit le bruit de la fusillade et du canon qui semblaient rapprochés dé la salle.
— a Que tous les représentants du peuple restent à
leur place ! Recevons la mort avec Taudace qui appartient aux amis de la liberté et aux fondateurs de la République. » Ainsi parlait Legendre. — Leur courage était mêlé d'effroi ^ mais leur contenance restait calme et ferme , quoique triste. Quelques-uns sortaient le sabre à la main, pour aller se joindre aux combattants.
Le canon et la fusillade qu'on avait d'abord entendus du côté de la cour du Manège, semblaient maintenant arriver du Petit-Carousel sous les fenêtres du Comité de sûreté générale.
Une voix à l'extrémité de la salle, appela les membres de la Convention qui étaient médecins ou chirurgiens pour panser les blessés. Baraillon et quelquesautres se rendirent sur-le-champ à ce devoir. Un grand nombre de femmes de représentants, qui assistaient à la séance, .allèrent offrir leurs charitables soins. Madame Tallien ne fut pas la moins empressée. Peu de moments après» on commença à dire que les rebelles étaient repoussés. Un drapeau, qui venait de leur être enlevé, fut présenté à la Convention.
EnGn, vers sept heures du soir, à la nuit tombante, Merlin de Douai monta à la tribune; sa voix était émue et presque éteinte : — « Je viens vous annoncer le succès des défenseurs de la République contre les révoltés. Ce n'est pas sans douleur que je vous on parle, puisqu'il a coûté du sang français. y> — Alors il raconta que plusieurs rebelles s'étaient avancés vers le poste du Comité de sûreté générale, pour par^ lemfenter et en criant : « Vive la République! Vive la Convention ! » et qu'au même instant, par une infâme trahison, le feu avait commencé.
Soit que Merlin fût mal informé, soit qu'il jugeât
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à propos d'imputer la première attaque aux rebelles, les autres récits ne reproduisirent pas cette circonstance.
Les premiers coups de fusil avaient été tirés des fenêtres d'une maison de la rue Saint-Honoré située entre la rue du Dauphin et Thôtel de Noailles. Par qui fut donné le premier signal du combat ? C'est ce qui n'a jamais été su avec certitude. Chaque parti a imputé cette malheureuse initiative au parti contraire. Le désir impatient de voir commencer le com* bat qu'avaient montré les zélateurs de la République révolutionnaire, Ghénier, Louvet, Dubois-Crancé, Barras surtout ; leur opposition passionnée aux négociations que les comités voulaient essayer autorisèrent les soupçons qui se portèrent sur eux. M. Thibaudeau, sans doute bien informé, a écrit: — a Ces coups de fusil eurent pour but de faire cesser l'irrésolution des comités et d'empêcher qu'ils consentissent à quelque transaction qui aurait évidenuneDt amené le triomphe des sections. Le général Bonaparte laissa même croire que c'était lui qui avait fait tirer* » — * M. Lacretelle raconte que le premier coup de fusil fut tiré par Dubois^rancé. — - M. Béai , qui écrivit un récit du 1 3 vendémiaire sous la dictée de Barras et de Tallien , dit emphatiquement : c< Génie de la liberté, tu veillais encore pendant que le gouyernement délibérait ! »
La bataille se trouva tout aussitôt engagée sur beaucoup de points à la fois. Déjà, sans combat, le bataillon Lepelletier commandé par un ancien garde du corps nommé Lafond avait soit en parlementant^ soit par son évidente supériorité de nombre, fait évacuer le Pont-Neuf où commandait le général Garteaux. Les
deux quais et le jardin de l'Infaote étaient occupés par les sectionnaires.
Le combat le plus vif et qui décida la journée se passa près de la Convention. Les rebelles postés à Thôtel de Noailles et dans presque toutes les maisons de la rue Saint-Honoré tiraient par les fenêtres ; les balles atteignaient les troupes rangées dans la cour du Manège et sur la terrasse. du château. Le poste important des sections dans ce quartier, c'était Saint-Roch. Comme la rue du Dauphin, alors beaucoup plus étroite que maintenant, n'est point en face de l'église , la batterie de l'armée conventionnelle ne portait que sur l'extrémité du perron. Quand elle avait fait son feu, les sectionnaires descendant les marches, fusillaient les canonniers et les colonnes qui débouchaient de la rue du Dauphin; ainsi plusieurs attaques furent repoussées. Sur ce point où combattit très-vaillamment le bataillon des patriotes, ils perdirent un assez grand nombre des leurs. Le général Berruyer qui les commandait eut un cheval tué sous lui.
Mais lorsque la nouvelle arriva que la colonne de LaFond ^vait été dispersée par les batteries du pont Uoyal où elle avait voulu arriver par le quai Voltaire, et que les attaques tentées par les rues Saint-Nicaise et de l'Échelle sur le Carrousel étaient repoussées, le nombre des défenseurs de Saint-Roch diminua. L'espoir ne soutenait plus les courages. Il n'y avait là que des combattants volontaires sans chefs et sans discipline. Le combat de la rue du Dauphin n'était plus soutenable, et la rue Saint-Honoré resta au pouvoir des républicains.
Ce fut à ce moment que Merlin de Douai vint anvu 23
noncer à la CoaveQtion qu'elle était sauvée et yictorieuse.
Cependant on combattait encore ; deux postes opposèrent une derrière résistance; on fut obligé de canonner le Théâtre-Français du Palais-Royal dont les colonnes furent coupées ou entamées par les boulets. £n face de la rue du Coq où était jadis la barrière des Sergents quelques hommes des sections, grâce à Tobscurité de la nuit, firent croire pendant quelques moments qu'il était nécessaire d'amener Tartillerie pour les déloger.
A neuf heures et demie , Barras vint annoncer que tout était terminé. — « Les meilleurs postes sont en notre pouvoir y et si ce qui reste de ces misérables ne se rend pas à T instant, ils éprouveront bientôt le sort de ceux qui ont déjà succombé. »
Les tribunes publiques voulurent applaudir. L'Assemblée fut unanime pour réprimer cette joie que ne devait pas admettre la victoire dans une guerre civile. -— (( Si ce jour est heureux pour la République, c'est un jour de deuil pour Thumanité. »
J. Debry proposa l'insertion du rapport de Barras au Bulletin. Thibaudeau- demanda l'ajournement. — « La Convention doit à la France un compte authentique, non-seulement de cette journée mais de celles qui la suivront. »-~ll indiquait ainsi les craintes que lui inspiraient les triomphateurs et lidssait prévoir la résistance quHl comptait leur opposer.
Louvet proposa une adresse aux Français. C'était le récit de la lutte des sections contre l'assemblée et de la bataille sanglante qui venait de la terminer. 11 répétait ce qu'il avait dit si souvent depuis deux mois : cette rébellion était un complot royaliste , un combat
SÉANCB DU 14 TENDÉMiAlRE. 355
des vainqueurs de Fleurus contre les satellites de Louis XVIIL 11 le croyait sans doute ^ tant était passionnée son aversion contre Tancien régime, tant était crédule sa peur de le voir revenir ; mais, en vrai Girondin, il voulait rassurer Topinion contre le retour de la Terreur. — • « Non, jamais Taffreux régime de Robespierre ne pèsera sur notre patrie; qui donc aurait plus d'intérêt à le combattre que nous , si longtemps ses victimes ; que nous , ses vainqueurs? »
Les Montagnards comptaient bien ne pas user de la victoire avec tant de mansuétude ; dans la séance du lendemain matin , quand on apprit que toutes les sections se soumettaient, que tous les rassemblements étaient dissipés , que la tranquillité était complètement rétablie à Paris, alors éclata leur ardeur de vengeance. Barras arriva triomphant : — (i Le souverain de la section Lepelletier n'existe plus. Les lâches n ont pas même voulu nous attendre. »
— « 11 faut livrer au glaive des lois les chefs dé la révolte, » disait Talot.
— « Un dix-août royaliste était préparé contre la Convention; la section Lepelletier était le quartier général de la Vendée, » ajoutait Quirot. Toutefois il promettait grâce aux citoyens qui n'avaient été qtr'égarés.
La proclamation de Louvet n'était plus suffisante pour tant de colère; Cbénier en fit voter une autre , où il n'y avait plus une parole contre les terroristes. — Il fut décrété que le bataillon sacré avait bien mérité de la patrie pour avoir vaincu les royalistes; une loi pénale fut portée contre les présidents ou secrétaires
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des assemblées électorales qui signeraient des procèsverbaux contraires aux décrets des 5 et 1 3 fructidor ; c'est-à-dire qui constateraient une élection où les deux tiers des élus ne seraient pas des Conventionnels. Tel était en effet , avant la journée du 13, le projet des électeurs de Paris.
Cependant on arrêtait en foule les hommes inculpés d'avoir pris part à la rébellion, et on les amenait au comité de sûreté générale; là, après un examen sommaire, soit un membre du comité, soit même les employés du bureau les mettaient en liberté , ou ordonnaient qu'ils seraient détenus comme suspects. On demanda qu'aucune mise en liberté ne fût accordée avant vingt* quatre heures , afin d'avoir le temps de prendre des informations ; puis on alla plus loin : il fallait les mettre tous en lieu de sûreté.
Un représentant, nommé Pérard , Montagnard zélé, crut le moment favorable pour en revenir au régime dont la seule appréhension avait été le véritable motif de la révolte.
— <c Le canon de la Bastille a de nouveau retenti , dit-il, il faut que la victoire soit utile; il faut que l'exemple soit marquant; il faut que tout ce qui a combattu les patriotes soit puni.... Décréiez que les comités de salut public et de sûreté générale nommeront une commission de trois membres, qui vous proposeront, séance tenante, des mesures relatives au passé et au présent. 3>
Les tribunes publiques étaient, comme de coutume, composées de Jacobins; la motion de Péràrd fut trèsapplaudie. Les murmures furent presque unanimes parmi l'assemblée.
Chénier s'opposa fortement à une telle proposition;
IfOUYELLE LUTTE DES PARTIS. 357
elle fut écartée, mais il fut décrété que toute mise en liberté serait suspendue. Il y avait beaucoup de méfiance contre les bureaux, même ceux des comités ; on disait que leur opinion était peu favorable à la Convention.
Alors s'éleva un vif débat, qui allait se reproduire sur toutea les questions : il s'agissait de savoir si la victoire du 13 vendémiaire, comme toutes les victoires révolutionnaires, amènerait une complète réaction. Une loi , qui n'avait pas un mois de date, avait prescrit conformément aux règles judiciaires les formalités à remplir pour prononcer la mise en. liberté des individus arrêtés , soit comme ayant commis des actes criminels pendant la Terreur, soit comme ayant pris part aux séditions jacobines. Les Montagnards demandèrent qu'on fît disparaître les difficultés qui retardaient la libération « des patriotes purs, incarcérés par les ennemis de la Révolution. »
A ce vœu s'ajoutaient des dénonciations contre les autorités constituées qui enfermaient les patriotes et laissaient se promener libres et audacieux , les royalistes, les émigrés, les assassins du Midi. Thibau* deau demanda la parole : — « La victoire que vient de remporter la Convention n'est pas l'œuvre d'un parti, mais le triomphe de la Convention entière. Rien n'est plus funeste que de marcher de réaction en réaction*. .. Le terme approche où la Constitution va faire taire tous les partis et mettre un terme au gouvernement arbitraire et absolu. J'espère que personne ne sera assez osé pour vouloir s'en ressaisir pendant le j^u de temps qu'il doit durer encore.
358 NOUVELLE LDTTB DBS PàRTlS.
(c Sans doute , on abuse du mot terrorisme , maïs il ae faut pas dire qu'il n'ait jamais existé , ce système désastreux pour la République , déshonorant pour la Révolution • Restons dans un juste milieu : Youlez- Yous ouvrir les prisons à tout le monde ? — Non , non ! cria-t-on de toutes parts. — Eh bien ! prenons les moyens de discerner les innocents d^arec les coquins. » /
Thibaudeau , en disaint franchement le fond de la question I força les Montagnards à ne garder nulle dissimulation.
Garrau disait : *— « << Ceux qui s'opposent aujourd'hui à ce que nous proposons auraient dû après le 9 thermidor s'opposer à la misé en liberté de toua les aristocrates.... Il est bien étonnant quand nous venons d'abattre le royalisme qu'on vienne nous parler de terrorisme. Oui^ il y avait de la Terreur sous Robespierre. Elle pesait sur les patriotes, mais aussi sur les royalistes. Après thermidor elle n'a pesé que sur les patriotes. »
Colombel ajoutait : -— k II est temps que le patriotisme renaisse de ses cendres. J'invite la Convention à reprendre son énergie. Les comités après le 9 tiièrmidor ont délivré cent mille aristocrates > dont les neuf dixièmes auraient dû rester en prison, et aujour* d'hui vous ne voulez pas mettre en liberté des hommes, dont le zèle exaspéré était rendu légitime par les circonstances. »
La proposition fut renvoyée au comité de législation : c'était un moyen sinon de refus, du moins de délai.
Après les détenus on en vint aux conventionnels ou aux autres prévenus, mis en accusation par des décrets de l'Assemblée. Pons de Verdun s'adressant au