NOUTELLE LUTTE DES PARTIS
parti modéré, lui disait : — (c Vous tournez dans un cercle d'idées obscures ou fausses , il faut toujours en revenir au point central où sont les patriotes. »
Àinsii à la veille de 8afin,la(«onyention se trouvait encore telle qu'on Tavait vue pendant sa longue Session, partagée entre deux factions qui se disputaient le pouvoir; celle qui en avait usé, avant le 9 thermidor, pour exercer une tyrannie atroce le réclamait comme sa propriété.
Merlin de Douai , dans un long récit des oircoU'* stances qui avaient précédé et accompagné la rébeU lion vaincue, sembla se proposer, non pas de calmer les esprits, mais d'établir que le gouvernement avait dû agir avec énergie contre les sections^ et qu'il avait été contraint au combat. Ainsi il parla des royalistes effrénés^ des émigrés rentrés et des prêtres réfrac*taires qui, par l'audace de leur scélératesse, avaient acquis un ascendant irrésistible sur les assemblées primaires : ce qui était notoirement faux. Il justifia l'enrôlement des patriotes, cause principale de la prise d'afmes des sections et dont le scandale avait été si grand qu'un des griefs contre le général Menou était d'avoir déclaré : — « Je ne veux ni sous mes ordres, ni dans mon armée ce tas de scélérats et d'assassins que vous appelez des patriotes de 89. )>
Merlin s'attacha surtout à prouver que les premiers coups de fusil avaient été tirés par les rebelles; il affirma de nouveau que, sous prétexte de parlementer, on avait traîtreusement attaqué le poste du comité de sûrelé générale, tandis qu'à la connaissance de tous le feu avait commencé dans la rue Saint-Honoré; il insista beaucoup ausâi sur l'humanité dont les soldats de la liberté avaient fait preuve dès que la victoire
300 LOIS COiNTRE L£S AUTEURS 1)E LA RÉBELLION.
avait été décidée. — « Pas une goutte de sang o^a été versée dans les expéditions qui pendant la nuit et la matinée du 12 ont dispersé les rassembleoients des sections et occupé leurs salles. » — En effet, aucune résistance n'ayant été opposée, il n'y avait pas eu de combat.
Ces précautions oratoires étaient surtout destinées à adoucir Topinion parisienne qui , réduite au silence, n'en restait pas moins exaspérée et confirmée dans sa haine contre la Convention. La masse de la population et la tranquille bourgeoisie n'avaient pas pris part à la sédition et ne lui avaient donné ni aide, ni secours; mais au fond elle lui était favorable et avait une rancune visible, quoique timide, du sang versé sur le perron de Saint-Roch et dans les galeries du Théâtre-Français. Le faubourg même que Fréron avait cherché à soulever, s'était souvenu que le 4 prairial ce même Fréron avait voulu le bombarber; à peine avait-il pu y recruter deux cents ouvriers.
Cette disposition des esprits aurait dû donner quelque courage aux modérés de la Convention; d'autant qu'ils pouvaient se flatter d'être en majorité; mais ils étaient accoutumés à se soumettre au vainqueur et à avoir peur de ceux qui parlaient hardiment.
Les comités proposèrent un projet de loi pénale contre les auteurs et les instigateurs de la rébellion « suscitée parles manœuvres des royalistes et des émigrés, pour assassiner la représentation nationale, renverser la constitution et rétablir la royauté. » C'était instituer la peine après le délit et caractériser le délit avant qu'il eût été juridiquement prouvé ; en outre cette loi établissait la juridiction de trois conseils de