LE GÉNÉRAL BONAPARTE
chouans, étaient des ennemis. De là à servir une faction y à être l*instrument d'une cabale, il y avait loin.
En ce moment^ Thomme qui représentait Tarmée, auprès de la Convention et des Parisiens , c'était le général Bonaparte. Cinq jours après le 13 vendemiaire. Barras avait appelé Tattention de TAssemblée sur la conduite du général Bonaparte : « — C'est à lui, c'est à ses dispositions savantes et promptes qu'on doit la défense de cette enceinte. Je demande que la Convention confirme la nomination de Buonaparte à la place de général en second de l'armée de l'intérieur. » — Le déci*et fut aussitôt voté.
Ce fut ainsi que Paris apprit le nom jusqu'alors complètement inconnu qui devait retentir dans les siècles. Il n'en fut plus question à la Convention; on ne fit point mention de lui dans les récits de la journée du 13. Une seule fois Barras, lorsqu'il célébra sa propre gloire et s'attribua tout l'honneur de la victoire, crut devoir rappeler qu'il l'avait choisi pour être commandant en second. Du reste, son nom ne fut mêlé à aucune discussion. Dans les conversations politiques ou les projets des représentants des diverses fractions de l'Assemblée, on ne parlait de lui pas plus qu'à la tribune.
Il n'en était pas ainsi dans la population parisienne : le général Bonaparte y était mal voulu et redouté. On voyait en lui le farouche soldat qui avait canonné le perron de Saint-Roch. Son origine corse , sa physionomie expressive et profonde , sa tenue qui ne ressemblait à celle de nul autre général, ses longs cheveux tombant négligemment des deux côtés du visage : tout en lui semblait étrange.
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Il parlait peu; on ne disait pas qu'il maniresiât une opinion politique autre que la volonté de maintenir le bon ordre ; on ne lui savait de relation avec aucun autre représentant que Barras.
L'armée était tenue dans une discipline exacte ; il ne s'occupait des affaires de Paris que sous le rapport de la tranquillité publique. Tout ressouvenir des tapages de la jeunesse dorée ou de Tindépendance des sections était menacé d'une répression sévère. Il aimait à être craint, comme moyen de n'avoir pas à punir. On racontait que des allusions ayant été applaudies au théâtre du Vaudeville , il en avait fait ordonner la clôture. Le directeur était allé implorer son indulgence. — « Il fallait faire taire votre parterre y » dit le général. — «Comme auteur et comme directeur de théâtre ^ je voudrais avoir un moyen d'imposer silence au parterre ^ repartit M. Barré, d'un ton de plaisanterie. — ce J'en sais un y moi : c'est de le fusiller. »
De tels propos souvent exagérés , quelquefois inventés, faisaient grande impression sur le public alors peu accoutumé à être traité avec cette gravité et cette rigueur.
En même temps on ne disait pas qu'il eût demandé ou conseillé aucune mesure cruelle ni qu'il s'associât en nulle façon aux cris de vengeance qui, depuis le 13, retentissaient à la tribune de la Convention. Trois conseils de guerre avaient été institués par décret. Ils commencèrent par donner un exemple de sévérité. Lebois qui avait présidé la section du Théâtre-Français , et Lafond le commandant de la colonne du faubourg Saint-Germain qu'avaient foudroyée les batteries de la rive droite, furent