DERNIÈRISS INTENTIONS DB LA CONVENTION
tionné cette mansuétude conforme à l'opinion publique , au vœu des républicains bontiètes et même à Tintention des révolutionnaires politiques. Thibaudeaa avait arrêté le mouvement de réaction terro^ riste ; il avait écrasé Tallien , qui ne se releva jamais de cette exécution et cessa désormais d'être un personnage. Mais la Convention qui ne voulait pas établir une dictature provisoire, ni différer Tinauguration de la République constitutionnelle , conservait toutefois de grandes inquiétudes sur ce que pourraient devenir, sous le gouvernement nouveau, la Révolution et les révolutionnaires. En ce sens, la majorité était disposée à refuser peu de chose aux Montagnards. Gomme eux, elle avait le désir de prendre des précautions, de se donner des garanties, de composer le gouvernement des hommes les plus intéressés à empêcher que la faction du 1 août et du 21 janvier perdît l'autorité et l'influence.
Aussi le comité de salut public sembla se repentir de la bienveillance qu'il avait récemment témoignée aux anciens membres des Assemblées constituante et législative dont le retour avait été décrété ou autorisé. M"* de Staël, qui avait tant contribué à ce rappel, reçut l'avertissement de s'éloigner de Paris, et le comité voulait même l'exiler de France. Elle avait ouvert son salon à tous les hommes de talent et d'esprit; elle y avait accueilli Boissy d'Ânglas et les conventionnels modérés tout aussi bien que Chénier ou Louvet; elle n'était pas plus bienveillante pour les républicains ardents et sincères que pour M. Lacretelle et les orateurs des sections. Loin de désirer une contre-révolution, elle essayait de modérer les vivacités haineuses qui s'élevaient contre la Conven-
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tien et elle conseillait aux meneurs des assemblées pnmaires de ne point se révolter contre la réélection des deux tiers. — c< Il fallait , disait-elle, prendre confiance dans le développement des institutions libérales; la domination du parti révolutionnaire ne pourrait subsister longtemps devant un corps législatif où le vote et la tribune seraient libres. La voix de la France entière et les suffrages des assemblées électorales allaient placer dans le Directoire des hommes tels que Lanjuinais, Boissy ou Daunou* Une lutte ouverte avec la Convention ne présentait aucun espoir de succès et rendrait la puissance au parti jacobin. » — Comme les hommes des sections, elle n'eût pas voulu que la nouvelle République fût principalement destinée à garantir les intérêts des révolutionnaires et n'approuvait point les lois d'exception par lesquelles ils voulaient être protégés. En un mot, elle aimait la liberté plus que la Révolution : lorsque Chénier entendait cette parole, il sortait indigné.
Dans une telle disposition , le 1 3 vendémiaire qui aurait pu être évité, où le combat avait été traîtreusement engagé, où le sang avait coulé pour la satisfaction d'un parti , avait dû inspirer à M""'' de Staël des regrets qu'elle avait vivement manifestés.
Grâce aux efforts de Boissy d'Ânglas qui représenta comment il était contraire au droit des gens et aux égards dus à une puissance amie d'exiler la femme d'un ambassadeur, le comité de salut public revint sur sa première détermination.
Les comités et l'Assemblée, se trouvant ainsi disposés, se hâtèrent de léguer au gouvernement futur des pouvoirs arbitraires et une législation exception-
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nelle , afin de lui donner les moyens d'exclure de la cité républicaine ceux qui ne respectaient point son origine, -et qui ne voulaient pas avoir ses fondateurs pour maîtres.
Telle fut Toccupation de la Convention pendant les quatre derniers jours de son règne. Le 2 brumaire , un rapporteur du comité de sûreté générale vint encore entretenir TAssemblée des correspondances de Lemaître : c'était toujours dans Tintention de compromettre les représentants à qui on voulait enlever la confiance que pouvaient leur accorder les républicains. On donna lecture d'une lettre du comte d'Entraigues où se trouvait ce passage : — « Je ne suis nullement étonné que Cambacérès soit du nombre de ceux qui voudraient le retour de la royauté ; je le connais et je Tai vu souvent; c'est un homme de beaucoup d'esprit, et si quelque chose m'a étonné de lui , c'a été de le voir asservi et obéir à des gens qu'en tout autre temps il eût voulu et eût en effet commandés. »
Cambacérès se justifia fort convenablement, sans trop se vanter de son obéissance au parti révolutionnaire. Il raconta sa vie politique occupée uniquement de travaux dans les comités, et se représenta, non pas comme ardent républicain, mais comme modéré et ami de l'ordre.
— « Je vivrai pour la République et pour la défense de la constitution acceptée par le peuple. Pourquoi , hélas ! mes forces ne me permettent-elles point d'aller avec les défenseurs de la patrie mourir pour elle ou triompher avec eux de nos ennemis. Mais si cette belle destinée ne m'appartient pas, du moins dans la carrière qui s'ouvre devant moi