DERNIÈRES INTENTIONS DE LA CONVENTION
on n'aura jamais à me reprocher d'avoir conspiré avec les amis de la royauté. »
Gamon, représentant de TArdèche, dont le nom se trouvait de même dans cette lettre, fut aussi admis à protester de ses sentiments républicains.
Alors on fit cesser cette lecture. Boudin de Undre, qui était récemment sorti du comité de sûreté générale y témoigna quelque étonnement du choix des pièces que Ton faisait connaître à la Convention, en prenant soin d'écarter celles qui inculpaient bien plus gravement Tallien et Fréron.
Un long et dernier rapport fut présenté par Baudin des Ardennes,,au nom de la commission des onze: elle terminait ses travaux en proposant une amnistie générale pour les délits politiques. Il rappelait comment les rigueurs sanguinaires qui avaient suivi chaque crise de la Révolution, avaient amené la ruine du pouvoir et du parti qui les avaient ordonnées. — « Aucun gouvernement, disait-il en finissant, ne s'établit, sans Toubli des fautes et des erreurs qui ont précédé, troublé ou retardé sa formation. »
Rewbell applaudissait aux principes de philanthropie du rapporteur, mais ne croyait pas, dans les circonstances où se trouvait la République, qu'il fût possible d'adopter ce projet. — « Nous sommes forcés de l'ajourner, disait-il ; je ne citerai qu'un seul fait : j'ai lu dans un mémoire saisi parmi les papiers du prince de Robecq que les royalistes étaient résolus à ne pas laisser subsister un seul patriote ; ils veulent détruire tous les républicains , confisquer leurs biens et même ceux des citoyens qu'on ne proscrirait point. C'est le système de finances
de la contre-révolution. Ainsi je vous demande si le décret qu'on vous propose, voté prématurément, ne serait point Tarrét de mort de tous les républicains. »
Un homme sensé, tel qu'était Rewbell, aurait dû discerner les fureurs systématiques d'un faiseur de projets , des intentions réalisables d'un parti qui était dé plus en plus éloigné de la possibilité du triomphe; mais les excès et les crimes de la faction que les conventionnels avaient servie par complicité ou soumission rendaient vraisemblables dans leur esprit toutes les horreurs des haines et des vengeances politiques. D'ailleurs tes folles correspondances des agents de l'émigration suscitaient tous les amis de la Révolution. -Aussi les tribunes publiques mêlèrent leurs clameur^ à la discussion et criaient : — « Oui ! oui ! mort aux royalistes ! 9> — La commission des onze consentit à Tajournement, et La Réveillère Lépeaux ajouta en excuse du projet que les émigrés étaient exclus de l'amnistie et qu'on maintenait contre eux la peine de mort.
La commission des cinq vint aussi faire ses adieux à la Convention ; mais elle n'avait point à encourir le reproche de modération et d'humanité. Tallien recommença encore une fois l'histoire de la conspiration y ramassant tous les faux bruits , toutes les rumeurs populaires; confondant les émigrés de toutes les époques, pour en arriver enfin aux assemblées primaires et aux élections. Il témoigna encore de son indignation de voir un défenseur de Capet élu représentant, ainsi que M. de Marbois, qu'il appelait le rédacteur du traité de Pilnitz : ce qui était ou un in-
fâme mensonge ou une ignorance stupide de toutes les circonstances politiques.
Il en coûtait beaucoup à la commission de renoncer au projet de casser les élections , et Tallien ne s'en cachait point. — ^ « Mais votre séance d'hier a eu lieu et nous avons cru qu'il était de notre délicatesse, qu'il importait même aux intérêts du peuple de garder le silence sur ce point. »
La commission avait cherché d'autres moyens dé sauver la République, et porté son attention sur* la rentrée des prêtres réfractaires ; sur les moyens de purger la République des iniames royalistes sans toutefois relever les échafauds ; sur les mesures nécessaires pour réprimer la voracité de l'agiotage. Elle proposait donc un projet de décret.
— K Tout individu qui, dans les assemblées primaires ou électorales, aurait provoqué ou signé des arrêtés liberticides ne pourra exercer aucune fonction publique jusqu'à la paix.
— « Les individus non rayés de la liste des émigrés et les parents d'émigrés sont également exclus des fonctions publiques.
— « Quiconque, se trouvant dans les cas ci-dessus désignés, accepterait des fonctions publiques ou ne s'en démettrait pas sur-le-champ, sera banni. »
L'article suivant était renouvelé de Saint-Just : — w Ceux qui ne voudront pas vivre sous les lois de la République sont autorisés à quitter le territoire dans le délai de trois mois. Ils pourront toucher leurs revenus et même réaliser leur fortune. (Is ne pourront plus rentrer en France sous peine d'être regardés comme émigrés.
— <c Les femmes divorcées d'émigrés et non re^na-
riées se retirerout sous huit jours dans la commuDe de leur domicile et y resteront en surveillance.
— « Les lois contre les prêtres réfractaires seront exécutées dans les vingt-quatre heures. Les administrateurs qui en négligeraient Texécution seront punis dé deux ans de fers.
— « Les jeunes gens de la première réquisition qui ont abandonné- leurs drapeaux seront banni s^ si^ dans le délai de huit jours ^ ils ne se présentent aux autorités constituées pour se rendre au poste qui leur sera désigné. »
La discussion de ce projet de loi ne fut ni animée ni diificile. La majorité ne pouvait être douteuse; les modérés se tenaient pour satisfaits d'avoir échappé à la dictature de Tallien et des Montagnards. Dans trois jours le régime constitutionnel allait commencer. Ils espéraient y trouver des garanties; l'opinion publique ^ devenant plus libre, les soutiendrait. Consentir à quelques mauvaises lois, qu'on pourrait abroger ensuite , ne semblait pas un grand malheur. La prudence conseillait de ne plus engager de luttes nouvelles et d'arriver sans incident à la séance de clôture.
Peu d'objections furent donc présentées, et presque toutes pour obtenir des rigueurs plus fortes, des exclusions plus étendues. Thibaudeau remarqua que le décret ne pouvait, sans violer la constitution, exclure des fonctions publiques les parents d'émigrés à qui elles venaient d'être conférées par une élection populaire. On lui répondit qu'il ne s'agissait pas de mesures ordinaires, mais de mesures de salut public; l'article fut adopté avec quelques aggravations , en exceptant toutefois les citoyens qui avaient siégé
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dans Tune des trois Assemblées nationales ou rempli sans interruption des fonctions publiques au choix du peuple.
Un nouvel article ordonnait que tous les ofiieiers de terre ou de mer qui n'étaient pas en activité au 18 germinal an m et qui avaient été réintégrés avant le 15 thermidor, c'est-^à-dire pendant qu*Aubry était au comité de salut public ^ seraient suspendus de leurs fonctions.
Rewbell objecta , sans être écouté , que cette disposition excluait de Tarmée les bons et braves ofiieiers qui pendant la Terreur avaient été destitués par Bouchotte ou par Vincent, Néanmoins Texécution de cet article fut laissée à la volonté du Directoire.
l/article sur les réquisition naires fut retranché sur la demande du comité de salut public.
I^ commission des cinq avait espéré obtenir de la condescendance que montrait la majorité une mesure bien plus déraisonnable. Elle proposait hardiment de rétablir le maximum. 11 n'y avait pas, selon le rapporteur, de moyen plus efficace de tarir la source empoisonnée de l'agiotage.
La Montagne n'était pas disposée à écouter patiemment les objections ; elle se croyait forte de l'opi* nion populaire; ce projet n'était présenté que pour la courtiser»
— 1< Ayons pitié des malheureux qui souffrent y n disait Lehardy. — * « Le cœur paternel des représentants du peuple souffre également, » ajoutait Barras. Defermon voulait expliquer que la question était de savoir si le maximum aggraverait la disette ou la soulagerait ; mais les tribunes l'interrompaient par leurs
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bruyants murmures ; même sur les bancs de l'Assemblée les représentants ne semblaient pas de sang-froid.
Roux de la Haute-Marne reproduisit son argument, tiré de la nécessité de mettre fin à Tagiotage. Voici comme il raisonnait : — a Les marchands achètent à un prix élevé, parce qu'ils sont assurés de revendre au consommateur à un prix plus élevé encore. Taxez le prix de vente, et le marchand n'achètera plus ou reyendra à un moindre prix; il en résultera en même temps que les assignats ne seront plus dépréciés ; car la valeur du signe se conclut de la valeur de l'objet pour lequel il est échangé. » — Telles étaient les notions d'économie politique du rapporteur, qui avait, disait-il , longtemps médité sur ce sujet.
Charles Lacroix brava les criailleries des tribunes et la défaveur de la Montagne, pour réfuter ces étranges raisonnements et rappeler les désastres du maximum et la famine qu'il avait amenée ; chacun aurait pu s'en souvenir. Mais les déclamations des révolutionnaires jacobins et l'ascendant que leur concédait la majorité, faisaient oublier les leçons d'une expérience si récente : l'orateur proposa seulement l'ajournement. — « Cela ne peut s'ajourner, il faut sauver le peuple I » s'écriaient les Montagnards.
Rewbell vint à l'aide de Charles Lacroix et de la raison; l'ajournement fut adopté; il ne restait plus que la séance du lendemain.
Le rapporteur développa son système et présenta trois projets de loi. Il avait d'abord proposé que toutes les denrées et tous les salaires fussent taxés à dix fois le taux de 1790. Du jour au lendemain , il s'était déterminé à porter la taxe au vingtuple. Un autre projet portait au vingtuple les contributions directes ; le