‹ Histoire de la convention nationale (volume 5)Chapitre 2 sur 81 · LES TERRORISTES MAITRES DE TOULON · texte numérisé non relu

LES TERRORISTES MAITRES DE TOULON

Cette peur était fort exagérée, et il n'était nullement besoin d'agiter avec tant de violence des populations déjà trop disposées à de barbares désordres. Au moment où les citoyens recrutés par les ardentes prédications de Chambon ou d'Isnard se- mettaient en marcbe , deux bataillons de troupes de ligne rencontrèrent sur la route, à cinq lieues de Marseille, environ trois mille bandits, mal armés, sans chefs, s'avançant en désordre pour attaquer le poste qu'occupait un petit détachement venu de Toulon en se retirant devant eux. Il y eut quelque combat : l'affaire fut certainement moins vive et dura moins longtemps que ne l'écrivirent les représentants dans leur rapport à la Convention ; mais les récits adoptés par l'opinion jacobine cherchèrent à la trop amoindrir. Les insurgés furent mis en complète déroute ; les canons qu'ils avaient amenés furent pris : on trouva sur le champ de bataille une quarantaine de morts. Trois cents prisonniers furent emmenés à Marseille ; le reste se dispersa dans les campagnes. A cette nouvelle , tout rentra dans l'ordre à Toulon. Les ouvriers et les marins, qui avaient pris part à la révolte, rapportèrent les armes qu'ils avaient prises à l'arsenal; les principaux coupables s'enfuirent; les représentants entrèrent à Toulon avec des forces considérables, qui arrivaient lorsqu'elles étaient inutiles.

L'impression que ces nouvelles firent sur la Convention se ressentit de l'exagération des représentants qui les écrivaient. Ils avaient été saisis d'un grand effroi et croyaient avoir échappé à un immense péril; leurs dépêches témoignaient du trouble où ils étaient encore : l'Assemblée ne mit en doute ni leurs récits ni leur courage.

/f MASSACRES A MARSEILLE.

« Toulon, disait le rapporteur du comité de salut public, a eu, comme Paris, sou 1" prairial; mais, comme Paris, Toulon a eu son 4 prairial. Les républicains triomphent dans le midi; le Terrorisme y est abattu. 11 ne reste plus à la Convention qu'un devoir bien doux à remplir, celui de payer un juste tribut d'éloges aux citoyens du midi et aux troupes de ligne qui ont concouru de tous leurs moyens à la victoire que la justice vient de remporter.

« Ainsi le terrorisme ne dévaster^ plus ces malheureuses contrées; le sang des hommes éclairés, des hommes de bien ne rougira plus la terre; les fers et l'échafaud ne seront plus le partage de l'innocence : ils sont exclusivemient réservés aux contre-révolutionnaires, aux hommes de sang et aux voleurs. Liberté, égalité, justice, humanité seront désormais le cri des républicains français, et les républicains sont la majorité. »

Le jour même' où la Convention célébrait ainsi le triomphe de la justice et de l'humanité , Marseille voyait s'accomplir un des plus grands crimes dont les annales de la Révolution ont gardé le souvenir. L'esprit de vengeance et les fureurs de la réaction donnaient aux hommes de la Terreur le droit de dire que les contre-révolutionnaires n'avaient plus à leur reprocher le 2 septembre.

Déjà avant la révolte de Toulon des assassinats isolés avaient été commis à Marseille ou dans les villes environnantes sans que justice en fût faite ; des détenus avaient été massacrés à Aix et à Tarascon. Les

' 5 juin 479.J.

autorités locales, les représentants du peuple euxmêmes fermaient les yeux sur ces sanglants désordres. Placés entre les insurrections jacobines, toujours prêtes à éclater, et les sociétés qui se donnaient la mission de venger les crimes de la Terreur, ils se sentaient sans force contre une opinion qu'exaltait tantôt la peur de voir les terroristes ressaisir la domination, tantôt la joie du triomphe quand ils étaient vaincus et réprimés. Isnard , Chambon, Cadroy, Mariette s'affligeaient de cette horrible anarchie , mais lui laissaient un libre cours. Le mal devint plus grand encore lorsque , effrayés de la rébellion de Toulon et de la marche des révoltés sur Marseille , ils appelèrent à leur aide et enflammèrent par d'imprudentes excitations la colère de ces auxiliaires dangereux.

Aussitôt après la victoire, ils installèrent des commissions militaires à Toulon et à ^îarseille. Les condamnations furent nombreuses ; elles jetèrent l'effroi parmi les marins qui s'étaient plus ou moins compromis. Quatre mille cinq cents matelots désertèrent et se répandirent dans les campagnes ; beaucoup vinrent à Marseille et, pour se sauver, se mêlèrent à la populace que la compagnie du Soleil avait recrutée.

Depuis plusieurs mois on avait successivement rempli les prisons du fort Saint-Jean des hommes qui s'étaient signalés par leurs excès révolutionnaires. H eût sans doute été ditlicile do les livrer tous au cours régulier de la justice légale; la plupart étaient détenus comme suspects, arbitrairement et pour obéir au cri de l'opinion dominante. 11 s'élevait donc do bruyantes réclamations contre l'indulgence des au-

torités, contre la lenteur des tribunaux. On disait : — (c Pourquoi tant de formalités lorsqu'il s'agit des hommes qui ont envoyé nos parents ou nos amis à l'échafaud ou sous la fusillade sans consulter aucune loi , sans donner aucune garantie aux accusés. » — Lorsque les rebelles toulonais s'avançaient, on assurait que , s'ils venaient à Marseille , c'était pour délivrer les prisonniers du fort Saint-Jean.

Il y avait douze jours que les insurgés étaient vaincus; tout danger avait cessé, lorsque , sans émotion populaire, de propos délibéré, pour exécuter un dessein formé d'avance, le 5 juin 1795, un nommé Robin , capitaine de la compagnie du Soleil , se présenta , à la tête d'une bande de forcenés , aux portes du fort.

Cette affreuse journée a été racontée avec une vérité d'autant plus déchirante que l'expression en est simple, par le duc de Montpensier qui se trouvait enfermé dans cette prison depuis deux ans, avec son frère le comte de Beaujolais et le prince de Conti ;

« Nous vîmes les soldats de garde accourir et se porter à la hâte vers le pont-levis; un moment après ils revinrent en désordre, suivis d'une foule d'hommes armés de sabres et de pistolets , sans uniforme , et la plupart ayant leurs manches retroussées jusqu'au coude. Ils chantaient à tue-tête le «Réveil du peuple : »

Mânes plaintifs de l'innocence, Apaisez-vous dans vos tombeaux :

Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pâlir vos bourreaux.

11 était impossible d'avoir le moindre doute sur les intentions de ces furieux et même sur la facilité avec

laquelle ils pourraient les exécuter, puisqu'ils avaient pu entrer dans le fort et que les soldats ne leur opposaient pas la moindre résistance; la plupart étaient ivres. »

Les deux jeunes princes se réfugièrent dans leur chambre et s'y barricadèrent.

« On frappa à la porte en criant : Ouvrez qui que vous soyez , on ne veut pas vous faire de mal, nous apportons l'adjoint du commandant qui se meurt, nous ne pouvons le mettre ailleurs.

« Dix ou douze jeunes gens assez bien habillés mais les manches retroussées et le sabre à la main, entrèrent portant l'officier qui était sans connaissance, et le déposèrent sur mon lit. — N'êtes-vous pas MM. d'Orléans? dirent-ils. Sur notre réponse affirmative , ils assurèrent que loin d'attenter à notre vie, ils nous défendraient si elle était en danger, et que l'acte de justice qu'ils allaient exercer contribuerait à notre sûreté , comme à la leur et à celle de tous les honnêtes gens. Ils demandèrent de l'eau-devie , dont assurément ils n'avaient pas besoin, et trouvant une bouteille d'anisette, ils la burent. Ils laissèrent une sentinelle à la porte pour empêcher l'officier de sortir, lorsqu'il serait revenu de son évanouissement; en effet, quand il voulut s'en aller pour tâcher, disait-il, de s'opposer à l'horrible scène qui commençait, la sentinelle posée par les massacreurs l'en empêcha.

« Dans ce moment nous entendîmes enfoncer à grands coups la porte d'un cachot , et bientôt après des cris affreux, des gémissements déchirants, mêlés à des hurlements de joie. Au bout d'environ vingt miimles que dura la boucherie de ce cachot, nous

entendîmes l'horrible troupe revenir dans la première cour, sur laquelle donnait une de nos fenêtres. Nous nous approchâmes par une sorte de mouvement machinal , et nous les vîmes qui s'efforçaient d'enfoncer la porte d'un cachot où étaient enfermés une vingtaine de prisonniers ; ils en avaient déjà égorgé vingt-cinq dans l'autre cachot. Heureusement la porte résista; après avoir travaillé à Fenfoncer, les massacreurs l'abandonnèrent en tirant quelques coups de pistolet entre les barreaux et promettant qu'ils reviendraient lorsqu'ils auraient expédié les autres.

« Peu après, deux de ces messieurs amenèrent le commandant du fort; il était absent lorsque les massacreurs étaient entrés , et comme ils avaient levé le pont, il n'avait pas pu rentrer autrement qu'en escaladant par le fossé. Tout aussitôt saisi et désarmé, il était conduit dans notre chambre pour y être enfermé avec son adjoint. Il se désespérait, et se mordait les poings de rage. Nous entendions toujours les cris des victimes et les coups de pistolet, de sabre ou de massue des égorgeurs. Vers sept heures nous entendîmes un coup de canon, c'étaient les assassins qui l'avaient tiré contre la porte d'un cachot où les prisonniers au nombre de plus de trente furent mitraillés et brûlés; car pour que la besogne , suivant leur odieuse expression , allât encore plus vite, ils avaient imaginé de mettre le feu au cachot après y avoir fait entrer beaucoup de paille par les soupiraux.

« Il était près de neuf heures et nuit close , lorsque nous entendîmes crier : — Voici les représentants, il faut baisser le pont, car ils menacent de nous traiter en rebelles. — Je me moque des représentanls, dit en jurant un des assassins, je brûle la cervelle au pre-

mier lâche qui leur obéira; allons, camarades, à la besogne, nous aurons bientôt fini.

« Cependant les soldats de garde baissèrent le poni ; les représentants entrèrent au milieu de flambeau v avec une escorte de grenadiers et de housards. — « Malheureux, s'écria Isnard, cessez votre horrible carnage; au nom de la loi, cessez de vous livrer à d'odieuses vengeances. » Plusieurs répondirent : — « Si la loi nous avait fait justice de ces scélérats, nous n'aurions pas été réduits à la nécessité de nous la faire nous-mêmes. Maintenant le vin est versé , il faut le boire. »

u Le massacre continuait toujours. — « Grenadiers, criaient les représentants , arrêtez donc ces forcenés , où est le commandant du fort? )>

« Ils se firent conduire dans notre chambre où il était enfermé; TofTicier raconta ce qui s'était passé et les représentants parurent convaincus qu'il avait été impossible d'empêcher cet horrible carnage.

« Puis s'asseyant sur nos lits , ils se plaignirent de l'excessive chaleur, et demandèrent à boire, on leur apporta du vin; Isnard le repoussa: — «C'est du sang, s'écria-t-il d'un ton tragique, » — mais on lui offrit de la liqueur et il l'avala sur-le-champ.

(< Cinq ou six massacreurs arrivèrent tout couverts de sang. — «Représentants, dirent-ils, laissez-nous achever notre besogne , cela sera bientôt fait, et vous vous en trouverez bien. » — Misérables, vous nous faites horreur ! » — « Nous n'avons fait que venger nos pères, nos frères, nos amis, et c'est vous-mêmes qui nous avez excités. » — « Qu'on arrête ces scélérats. » — On en saisit en effet quelques-uns. »

Ainsi se termina cette affreuse soirée qui coûta hi

vie à quatre-vingt-six^ malheureux égorgés au hasard par des gens ivres. Un cordonnier emprisonné pour avoir crié « vive le roi « fut uiassacré comme les autres.

((Le lendemain le fort était jonché de cadavres et de mourants , comme un champ de bataille ; on y voyait d'affreuses mares de sang : Tair était empesté par la fumée qui s'exhalait des cachots incendiés. Nous découvrîmes avec horreur sous les lits et les meubles de notre chambre des poignards ensanglantés jusqu'à la garde , que les assassins avaient jetés pour cacher ces indices de leurs crimes , lorsqu'ils étaient entrés en foule avec les représentants. Plusieurs victimes survécurent deux ou trois jours à leurs blessures et expirèrent dans des souffrances d'autant plus affreuses, qu'on ne s'empressa nullement de leur donner des secours.

« Le surlendemain j'entendis des gémissements qui sortaient du fond d'un cachot, j'entrai et reconnus un homme auparavant officier municipal et qui avait été une fois préposé pour me garder ; il passait pour un enragé jacobin. Je lui promis de faire mon possible pour obtenir des secours et je courus chez le commandant pour lui représenter ce qu'il y avait de barbare à laisser ce malheureux dans un tel état.

— « J'ai fait demander un chirurgien, répondit-il; s'il ne vient pas , ce n'est pas ma faute. Tous ces gueux-là ont fait périr assez d'honnêtes gens pour qu'ils crèvent sans qu'on les plaigne. » — « Je ne les

' Les Mémoires du duc de Montpensier disent quatre-vingts; d'autres documents portent à deux cents le nombre des victimes. La liste officielle porte quatre-vingt-six noms.

aime pas plus que vous, répondis-je; mais les laisser périr ainsi serait se rendre aussi coupable que les plus sanguinaires d'entre eux. « — « Je vais envoyer encore chercher le chirurgien; c'est tout ce que je puis faire, car si je voulais leur administrer moi-même ce secours , ils seraient vraisemblablement guéris d\me tout autre manière. » — Le chirurgien arriva enfin , mais- trop tard. »

Ce récit témoigne de la profonde dépravation des âmes, du complet oubli de la justice, de l'ardeur des haines politiques , de l'indifférence pour la vie humaine et pour le sang versé. Les semences répandues par l'esprit révolutionnaire avaient germé dans tous les partis ; on eût dit qu'il n'y avait plus de lois, plus de société; le désordre était devenu le droit commun, quand la force ne le réprimait point. C'était surtout dans les provinces du midi que se manifestaient ces affreux symptômes. Le siège de Lyon, la prise de Toulon et les horreurs qui s'en étaient suivies , les excès où s'étaient portés les Jacobins de Marseille pendant la mission de Fréron , les massacres d'Avignon, l'incendie de Bédouin et le tribunal révolutionnaire d'Orange avaient inspiré l'ardeur de la vengeance. Chaque parti , lorsqu'il était victorieux , trouvait pour sectaires une populace grossière toujours disposée à la violence.

Ce n'était même pas sans quelque raison, que les compagnons du Soleil disaient aux représentants : — (' C'est vous qui nous avez excités. » — Du moins était-il vrai que leur langage hyperbolique, leur théâtrale exagération avaient contribué à enflammer les passions; qu'ils avaient sans nulle prévoyance et dans leur peur des Jacobins pris pour auxiliaires des tu-

rieux sans mesure et sans frein; qu'ensuite ils avaient été faibles et indulgents, quand il aurait fallu réprimer et punir ces excès.

Isnard et Cadroy ne laissèrent sans doute pas ignorer au comité de salut public ce qui s'était passé à Marseille. La Convention n'en fut pas officiellement instruite; les journaux gardèrent le silence, et il s'écoula même quelque temps avant qu'une parole explicite et directe fît entendre du haut de la tribune qu'il y avait eu un massacre dans les prisons de Marseille. Les assassins qui avaient été arrêtés au fort Saint-Jean, par ordre des représentants, furent relâchés peu de jours après.

Aussi les massacres continuèrent; les plus petites communes de Provence étaient souvent le théâtre d'actes de férocité. Les rues de Marseille et de Toulon furent quelquefois ensanglantées par des assassinats. Un administrateur du district de Sisteron avait été emprisonné après le 9 thermidor; il fut mis en liberté par ordre du comité de sûreté générale ; sachant quels dangers le menaçaient, il se cacha chez un de ses parents à la campagne. Les administrateurs qui lui avaient succédé, découvrirent sa retraite et l'envoyèrent prendre; conduit par des gendarmes, il trouva à l'entrée de la ville un rassemblement qui l'attendait; son escorte n'essaya point de le défendre. On se jeta sur lui; à coups de pierres, de bâtons et de sabres, il fut abattu et laissé pour mort. Des personnes charitables s'aperçurent quil vivait encore et le transportèrent à l'hôpital ; les assassins vinrent Ty rechercher, l'enveloijpèrent dans son drap et le jetèrent par la fenêtre. Puis un le traîna sur les cailloux du

rivage de la Durance ; il gémissait encore, et ces hommes féroces eurent à l'achever avant de jeter son corps dans la rivière.

A Digne, des citoyens acquittés par les tribunaux furent aussi égorgés. Mais le lieu où s'accomplirent le plus de crimes, ce fut Tarascon. Durand Maillane, représentant de ce district à la Convention, fut tardivement envoyé pour faire cesser ces affreux désordres. Voici en quels termes il les raconte : « Ces massacres étaient commis dans un pur esprit de vengeance sur ceux qu'on appelait jacobins ou patriotes. Nulle part ils ne furent aussi horribles qu'à Tarascon; on jetait les victimes du haut de la tour bâtie sur le roc, au bord du Rhône. Pendant l'été, ce fleuve laisse le rocher à découvert. C'était sur ses pointes aiguës que tombaient tout vivants ces infortunés. J'écrivis aux officiers municipaux pour me plaindre de leur silence et pour leur reprocher le tort beaucoup plus grand d'avoir laissé massacrer les prisonniers dont la loi leur confiait la garde : point de réponse, ou bien la réponse fut un nouveau massacre de vingt-quatre autres prisonniers jetés comme les premiers du haut de la tour sur le rocher'.

« Le comité de sûreté générale me chargea d'aller à Tarascon pour y faire cesser ces violences et pour y ramener le calme, si la chose était possible. Il était urgent de se rendre sur les lieux. Il me fallut néanmoins attendre, comme membre de la commission des Onze, que le projet de la constitution fût terminé. Je partis pour mon district vers le milieu de juil-

' Durand Mailhine dil trente ou (luaraule. Les procès-verbaux ofllciels en nomment vini^l-qiialre |)Our I(> premier massacre. vini:t-lrois pour le s(!ron(l.

let 1795 ; je trouvai le pays entièrement subjugué par les adversaires des patriotes qu'on avait mis en fuite ou en prison. Ceux qui dominaient à Tarascon, non contents d'avoir fait périr à deux reprises différentes un grand nombre de prisonniers, résolurent de les achever tous pour célébrer à leur manière l'anniversaire de la mort de Robespierre.

« Les prisonniers se barricadèrent et les assassins qui s'étaient introduits pendant la nuit , craignant d'être surpris par la garde quand le jour serait venu, se contentèrent de faire payer une rançon aux prisonniers ; mais ils préparèrent tout pour mieux réussir pendant la nuit suivante. Les parents des détenus vinrent en pleurant me supplier de les sauver. Je n'avais à ma disposition que cinq dragons. La procession du 9 thermidor était encore dans les rues, je parlai aux officiers municipaux. Je ne me doutais pas des périls auxquels je m'exposais : je me vis tout à coup assailli de propos injurieux et menaçants que m'adressaient les sicaires dont j'étais entouré : — « Quoi ! celui-ci vient pour protéger ces scélérats de terroristeSj il ne vaut pas mieux qu'eux, il faut nous en défaire. » — Heureusement les municipaux étaient des prévenus d'émigration que j'avais fait rayer de la liste. Us se déclarèrent ouvertement pour moi et contre les vociférateurs; ils me promirent de faire transférer les détenus dans d'autres prisons , hors de ïarascon , et de veiller à ce qu'il ne leur fût fait aucun mal. Je leur avais dit avec courage que la Convention ferait un exemple sur la ville si elle continuait à égorger des hommes sans défense placés sous la protection des lois. Ainsi cette ville qui avait si mal commencé finit assez bien. On ne

maltraita plus les prisonniers et on les tira de Taraseon. »

Peu de temps après , Isnard obtint le même succès à Marseille et parvint à faire échouer une tentative renouvelée pour massacrer les prisonniers.

Mais la Convention et ses commissaires n'avaient pas une conduite assez ferme, ne prenaient point des mesures assez répressives pour faire cesser complètement les désordres qui ensanglantaient les départements méridionaux ; les coupables n'étaient point traduits en justice; on gardait des ménagements envers l'opinion qu'ils professaient en la déshonorant; on jetait un voile sur leurs crimes, en tâchant même d'éviter la publicité; presque tous les détails de cette terreur de la réaction, qui régna dans une partie de la France, ont été connus seulement, lorsque les vaincus redevenus les plus forts quelques mois après, les publièrent en les exagérant et recommencèrent à leur tour à être cruellement persécuteurs. Toutefois le mal diminua et les exemples de meurtres devinrent beaucoup moins fréquents.

C'était le 1" prairial et les conspirations jacobines qui avaient mis la Convention dans cette disposition d'indulgente faiblesse pour les crimes commis contre le parti terroriste. La majorité appartenait en ce moment aux modérés, aux détenus et aux proscrits rentrés dans l'Assemblée depuis le 9 thermidor. La Montagne avait été décimée; les républicains politiques attendaient que le cours probable des événements leur donnât une force suffisante pour dompter la réaction; ils voulaient établir un gouvernement régulier dont ils prendraient possession et placer ainsi le pouvoir entre leurs mains.

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Pendant que la Convention continuait ainsi à réduire les Jacobins à l'impuissance, et commençait à discuter cette constitution qu'elle annonçait comme le remède à tous les maux, la guerre civile se rallumait dans les provinces de l'ouest; pour parler plus exactement, elle n'avait pas cessé un seul jour en Bretagne. Le général Hoche n'avait jamais cru à la réalité de la pacification ; il s'était ainsi trouvé en dissentiment avec les nombreux représentants dont le comité de salut public avait couvert la Normandie et la Bretagne; chacun d'eux ne voyait que la situation et les intérêts de la ville ou du district où il était en mission : les uns étaient mécontents du peu de ménagements que le général avait montré aux chefs de chouans; les autres n'étaient pas éloignés de croire qu'il trahissait lorsque, pour exécuter un mouvement qui lui semblait nécessaire , il laissait tel ou tel canton moins défendu contre les brigandages des chouans.

Au moment où les représentants avaient enfin réussi à obtenir la signature des principaux chefs, vers la fin d'avril 1795, le général Hoche s'était cru en complète disgrâce ; il écrivait à un de ses amis : — « Je suis las d'être sans cesse ballotté. Né républicain, je veux vivre tel, et ne pas être soumis au caprice des circonstances. Qu'il vienne mon successeur, il aura de la besogne. Sachez à quoi on me destine, et quels reproches on me fait; est-ce d'avoir dit la vérité ? je la dirai toujours. Hélas ! il y a un an, j'étais au fond d'un cachot bien humide pour l'avoir dite : cela ne m'a point corrigé. »

S'adressant aussi à Lanjuinais et à Defermon , il leur disait : — a La carrière où vous allez entrer, et les événements qui surviendront d'ici à six mois, vous

BRIGANDAGES UES CMOLANS. 17

mettront peut-être dans le cas de clierclier quels sont les ennemis de la patrie. Lorsqu'il faudra défendre les lois, l'Etat ou la vertu opprimés par le crime, je serai toujours du nombre, et je retrouverai mon épée que je vais déposer avec une sorte de plaisir. Puissiezvous être les maîtres de faire le bien que vous désirez. »

Le comité n'avait point destitué le général Hoche, mais il avait divisé son armée en deux. 11 commandait seulement l'armée des côtes de lîrest en Bretagne, et Aubert Dubayet Tarmée des cotes de Cherbourg qui était cantonnée en Normandie et dans le Perche. Son collègue crut devoir lui communiquer quelques informations.

— (( Nous ne devons pas nous dissimuler que malgré la pacification il restera longtemps dans ces contrées des bandes de voleurs et d'assassins : ce sont les suites ordinaires de toutes les guerres civiles. Je vais vous expliquer le genre de guerre que nous font ces bandes composées de voleurs, de contrebandiers, d'échappés des galères, de déserteurs, de prêtres et d'émigrés.

« Réunis sous des chefs qui sont ordinairement du pays, les chouans se répandent imperceptiblement partout, avec d'autant plus de facilité qu'ils ont partout des agents et des amis ; qu'ils trouvent partout des vivres et des munitions, soit de gré, soit de force. Leur principal objet est de détruire les autorités civiles; leurs manœuvres, d'intercepter les convois, d'assassiner les patriotes des campagnes, de désarmer nos soldats lorsqu'ils ne peuvent les embaucher, d'attaquer nos cantonnements, nos postes ou nos détachements lorsqu'ils sont faibles, enfin de soulever VI. 2

même les habitants des villes , en les affamant. Leur tactique est de combattre derrière les haies , comme dans la Vendée, de déborder les ailes de la troupe, afin de tomber sur un de ses flancs. S'ils sont vainqueurs, ils égorgent et pillent; s'ils sont vaincus, ils se dispersent et assassinent les bons habitants des campagnes, qui sont divisés entre eux par le fanatisme et la terreur.

« Notre plus cruel ennemi est le défaut de subsistances. Souvent nous sommes contraints d'aller, à main armée, enlever aux cultivateurs ce qui leur reste pour attendre la moisson. Cette conduite augmente le nombre de nos ennemis. La paix est bien signée ; mais si les troupes continuent à aller prendre du grain dans les campagnes, ce qu'elles ne font jamais sans dégâts, nous devons nous attendre à la guerre. Pendant les conférences mêmes nous nous battions pour avoir des subsistances. Le pays n'est pas abondant; plus on y enverra de troupes, plus il sera soulevé. »

Hoche avait d'autres motifs pour croire à la guerre ; il savait que les généraux vendéens et les chefs de chouans étaient en correspondance avec les princes émigrés, en communication habituelle avec les Anglais. Des préparatifs de descente se faisaient ostensiblement à Jersey et à Guernesey ; on recrutait les bandes de chouans en faisant déserter les soldats ; les faiseurs d'intrigues et de projets s'emparaient de plus en plus de la population qui avait pris part à la guerre civile. Des agents royalistes s'établissaient à Paris et croyaient diriger la réaction dans leur sens; ce qui se passait dans le midi accroissait aussi l'espérance d'une contre-révolution complète. Tallien ,

Barras et d'autres anciens amis de Danton se laissaient volontiers parler de toutes les chances que pourrait présenter un prochain avenir. Voyant que ces hommes n'avaient nulle opinion et ne répugnaient à rien de ce qui pouvait réussir,- les correspondants des princes s'imaginaient les avoir gagnés.

Le général Hoche rendait aux représentants un compte exact de tous les indices qui démontraient l'impossibilité de rester en une telle situation. « Les chouans ont encore ajouté à leurs atrocités la défense de rien vendre pour des assignats, de rien livrer à la République, tandis qu'ils forment pour leur propre compte des magasins immenses. Les habitants des campagnes répètent tous les jours à nos soldats : — « Nous n'avons rien pour les bleus, nous gardons nos grains et nos denrées pour nos bons chouans qui rétabliront la religion et le roi — Nos malheureux soldats manquent de pain : il y a donc beaucoup de murmures et de désertions.

« Cormatin a l'impudence d'imprimer que les représentants se sont engagés à rétablir un gouvernement stable, et que dans trois mois le pays sera tranquille. Entend-il par là que les lois de la République seront mises en vigueur? ou plutôt ne veut-il pas dire que la descente prochaine des Anglais procurera la paix au pays? A qui sont destinés ces approvisionnements faits par les chouans, et payés en numéraire ? Pourquoi ces achats de chevaux et ces confections d'habits uniformes antinationaux? Pourquoi ces rassemblements, où des chefs choisis par eux les exercent au maniement des armes et à la marche? Pourquoi, sous prétexte de pacifier, Cormatin envoie-t-il des agents dans les chefs-lieux de dis-

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tricts? Que signifie le quartier général de cet liomme? Quelle est son autorité pour commander ainsi qu'il le fait? Croyez-en ceux qui, dépouillés de leur uniforme, vont au milieu des poignards examiner quelle direction leur est donnée ; n'en doutez point, ils sont tonrnés contre le sein de la patrie.

«Nous avons été joués; ce pays n'attend (jue l'apparition des Anglais pour exterminer les amis de la République; il est instant de prendre de bonnes et sages mesures pour arrêter le torrent de malheurs prêts à nous inonder. Exécutons l'arrêté du comité de salut public qui met en réquisition le cinquième des grains; rendons aux soldats leurs vingt-quatre onces de pain. Equipons-les un peu, car ils sont absolument nus; frappons d'une amende considérable la première commune qui se soulèvera et nous aurons la paix. »

Le général Aubert Dubayet donnait des informations à peu près conformes aux rapports de son collègue : ((L'opinion est détestable dans la Mayenne. Elle est pervertie par le sentiment amer qu'a laissé le terrorisme ainsi que par les méfiances, les calomnies et les espérances audacieuses que les royalistes ont su répandre partout.

a Je n'ai pas été peu surpris de rencontrer dans la personne de Cormatin, clief des chouans, le citoyen Désoteux, neveu d'un chirurgien militaire. Je l'avais connu à la guerre d'Amérique, lorsqu'il était aide de camp du baron de Vioménil; puis bas et servile intrigant aux ordres des Lameth. J'avais vécu, même avant la Révolution, dans l'habitude de le mépriser. Cédant à d'impérieuses circonstances, j'ai cru devoir triompher de mon indignation , et pour siiivre jusqu'au dernier terme les voies de conciliation, j'ai toléré une

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réunion de trois ou quatre cents chefs de cliouans à qui Cormatin, accompagné du général Humbert, est allé annoncer que la paix était faite. Croyez-moi, il n'y a aucune créance à accorder à un tel homme. Cependant je le traite comme si je croya-is à sa conversion, afin de le mettre plus promptement à découvert. Je pense qu'il voudrait obtenir le grade de général et de l'argent : il n'en vaut pas la peine. »

Les administrations locales, les officiers qui commandaient des cantonnements écrivaient sans cesse à leurs supérieurs, au comité de salut public, ou s'adressaient même à la Convention pour se plaindre des pillages , des violences et des assassinats commis par les chouans; le désordi-e augmentait de jour en jour.

(( La conduite de Cormatin est abominable, écrivait encore le général Hoche ; les propos qu'il tient sont d'un forcené. Il a, en vérité, perdu la tête; il se croit le dictateur de la Bretagne. »

— « Tandis que la Convention a montré de la clémence, disaient les administrateurs de Vitré, les chouans ont montré de la fureur et de la barbarie. Ils ont plus volé, plus incendié, plus massacré de républicains qu'ils n'avaient fait auparavant. Nous avons publié la paix; juste ciel! quelle paix! les chouans seuls en jouissent, les républicains ne l'ont pas. Les autorités constituées, les patriotes, tout est dans la consternation. »

On écrivait de la Flèche : — « Les rassemblements cunlinuenl, les acquéreurs do biens nationaux sont poursuivis, persécutes, immolés. 11 n'existe plus pour nous de communications; la famine est à nos portes. »

Le comité de salut public n'osait pas se décider à

des mesures énergiques. Il ne se croyait pas assez fort pour recommencer ouvertement la guerre civile. Il subissait prudemment avec patience un armistice qui n'était pas réciproque.

« Une mesure contre Cormatin pourrait détruire nos espérances; cet intrigant serait bientôt remplacé par d'autres. Ceux des chefs qui ont traité de bonne foi se croiraient intéressés à venger leur général. Cormatin a toujours su montrer quelque apparence de bonne foi. Les motifs qui sembleraient suffisants à nos yeux pour user de rigueur contre lui, ne le paraîtraient pas à d'autres; il n'est peut-être pas encore temps de le frapper. Ménageons-nous de nouvelles preuves de conviction. »

Hoche ne se faisait pas illusion et voyait approcher le moment d'une prise d'armes combinée avec un débarquement ; il insistait pour obtenir des renforts. Comme sur la rive gauche de la Loire la pacification conclue avec Charette et Stofflet avait plus de réalité, il demandait que dix ou quinze mille hommes fussent détachés de l'armée des côtes de l'ouest pour se joindre à la sienne.

Cormatin v.oyait quelle était la méfiance des généraux et de presque tous les représentants en mission ; les précautions qui étaient prises contre ses projets l'inquiétaient. Il imagina d'écrire à la Convention une adresse qui n'alla pas plus loin que le comité de salut public. Il se plaignait de ce que les conditions du traité n'étaient pas observées. Des chouans avaient été arrêtés; les soldats se répandaient dans les campagnes, se livraient au pillage et commettaient des meurtres : c'étaient ces vexations qui avaient, disait-il, donné lieu à de malheureuses représailles.

Pour parler le langage du temps, pour ne pas offenser les opinions dominantes et se procurer l'appui des réactionnaires, il ajoutait :

i< N'allez pas croire que ces plaintes regardent les républicains honnêtes. Non, ils gémissent comme nous des maux dont ils ne sont pas les auteurs. Nous leur rendons toute justice. Mais il en est d'autres, et vous les connaissez; ce sont les terroristes, les buveurs de sang, les monstres qui ont désolé notre malheureuse patrie. Voilà les auteurs de tous nos maux; voilà ceux qui dénaturent nos intentions, qui aigrissent les esprits, qui les dirigent contre nous. »

C'était en effet un des motifs qui arrêtaient la Convention; la majorité qui s'y était formée craignait de ménager les Jacobins, ou de paraître les ménager; aussi tous les administrateurs ou les simples citoyens qui écrivaient ou parlaient contre les excès des chouans avaient-ils grand soin de protester de leur aversion contre les terroristes. Et en efîet, le comité leur répondait : « Armez-vous d'une généreuse confiance ; songez que les derniers succès remportés sur le terrorisme, ont décidé pour jamais la victoire dans la lutte trop longue du crime et de la vertu, j;

Cet état de l'opinion et ce qui se passait dans le midi inspiraient au parti royaliste d'illusoires espérances. Les agents de l'émigration , chimériques comme le sont souvent les intrigants et ne connaissant plus la France, entretenaient les princes français et le ministère anglais des chances favorables qui leur semblaient prochaines. Les chouans et beaucoup de Vendéens, fiers d'avoir traité d'égal à égal avec la République, qu'ils croyaient réduite à capituler , étaient sans discernement et sans prudence. Ils en voulaient à la

patience de leurs chefs qui avaient conclu la pacification et ne se soumettaient pas à en observer les conditions. Cormatin , que les généraux républicains trouvaient impudemment hostile, cherchait au contraire à modérer son parti. S'il concevait un vain espoir, il comprenait du moins la nécessité d'en ajourner la réalisation.

« Songez , écrivait-il au conseil chouan du Morbihan, que nous ne sommes plus un parti isolé; que nous tenons à tous les royalistes de la France; que nos démarches doivent dépendre d'une décision générale. Où nous mèneraient les moyens que vous semblez adopter? A une déclaration formelle de guerre, au moment où nos amis n'ont pas les ressources suffisantes, et où tomberait sur nous tout le poids des forces qu'avec le temps nous pouvons nous partager. Quelque douloureux qu'il soit pour nos cœurs de dissimuler, nous y sommes contraints; la nécessité est une loi irrévocable. »

Cette lettre fut interceptée et envoyée au comité de salut public, en même temps que d'autres pièces et une proclamation des chefs chouans du district de Lisieux, où les habitants étaient invités à s'opposer au désarmement, s'il était exigé. « Vous repousserez la force par la force; cette infraction sera regardée par nous comme une agression , et nous recommencerons les hostilités. Mourir pour sa religion , pour son roi et pour sa patrie, c'est vivre éternellement. »

Les représentants qui adressaient ces informations au comité terminaient leur rapport en disant : « Nous pensons qu'il ne faut pas différer à arrêter les chefs. »

ARRESTATION DES CIlî^FS DE CHOUANS. *2o

Le comité répondit le 30 mai ' une lettre qui n'était pas une décision : » Nous sentons la nécessité de prendre de fortes mesures. Le comité n'ayant reçu que les copies des lettres, doit vous faire remarquer qu'il faut s'assurer si les lettres ont été en effet écrites et signées par les chefs. Au reste, il faut être en force avant de faire un éclat. »

Les représentants Grenot et Bollet, qui étaient en mission auprès du général Hoche, n'avaient pas attendu la réponse du comité. Dès le 25 mai, en recevant les pièces que leurs collègues Guermeur, Guezno et Brue leur avaient adressées en même temps qu'ils les envoyaient à Paris , ils avaient remis au général Hoche l'ordre d'arrêter tous les chefs de chouans qui pourraient se trouver dans l'étendue de son armée. « Le salut du peuple est la suprême loi. « Tel était l'intitulé de leur arrêté. Ils transmirent un ordre pareil au général Aubert Dubayet : quelques exceptions étaient indiquées, entre autres pour M. de Scepeaux. En définitive huit chefs seulement furent arrêtés : Cormatin, Solilhac, Jarry, Caret, de La Haye, Dufour, La Nouraye etBoisgontier.

Une proclamation fut adressée aux départements de la Normandie et de la Bretagne, pour leur rendre compte des motifs qui déterminaient cette mesure. On leur disait que loin de violer la pacification, elle serait maintenue, mais qu'on avait dû agir contre ceux qui n'en observaient pas les conditions.

Les représentants Guermeur et Brue donnèrent un ordre plus décisif : « ^lus par des causes majeures,

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