prairial
nous arrêtons, que tous les individus connus pour avoir été ou être chefs ou sous -chefs du parti chouan, ou de tout autre parti quelconque ennemi du gouvernement républicain , seront mis en arrestation.
« Les lieux et retranchements des rebelles seront sans retard attaqués et investis. On s'emparera de toutes les personnes qui s'y trouveraient rassemblées. »
Dès le lendemain les chouans furent attaqués à Grandchamp près de Vannes. On leur tua une centaine d'hommes. Un des chefs les plus importants, le comte de Silz, périt dans le combat; le lendemain un autre poste fut aussi attaqué et avec le même succès.
Hoche fit une proclamation. Pour la première fois, un général agissait avec autorité et indépendance, non-seulement en décidant des opérations militaires, mais en prenant une détermination politique. Les représentants, qui lui avaient donné des ordres, avaient pbéi à son influence. Tous n'y auraient peutêtre pas cédé, car les nombreux commissaires envoyés en Bretagne et en Normandie, n'appartenaient pas au même parti- La division qui existait dans l'Assemblée se reproduisait parmi ses délégués; les uns, inspirés par la crainte des Jacobins et l'aversion des terroristes , étaient indulgents à la réaction ; les autres se préoccupaient des royalistes et des contre-révolutionnaires.
C'était avec ceux-là que sympathisait le général Hoche. A cette époque l'esprit républicain animait l'armée : elle avait victorieusement combattu pour
la République; elle avait eu à combattre, comme ennemis, les émigrés, les chouans et les Vendéens. La contre-révolution se présentait, aux olTiciers et aux généraux, comme un retour aux institutions militaires de l'ancien régime, aux grades attribués à la noblesse, aux promotions de la faveur ou du privilège. Ils ne voulaient pas redevenir des officiers de fortune, et se trouver en infériorité ou en disgrâce pour avoir défendu leur pays et conquis leur avancement sur les champs de bataille. Le parti de la réaction accusait les militaires de fermer les yeux sur les crimes des terroristes.
« Braves camarades, disait le général Hoche, votre courage n'est plus enchaîné, vous pouvez désormais combattre les ennemis qui insultaient à votre longue patience et repoussaient le bienfait de la clémence nationale ; leur lâcheté vous les livre à demi vaincus. Le ciel, vengeur des parjures, a permis que le projet des nouveaux massacres qu'ils méditaient tombât en notre pouvoir ; ils sont arrêtés. Vous marcherez avec votre valeur accoutumée sur les rassemblements des rebelles ; mais épargnez le sang, car il a trop coulé. Portez la terreur dans le cœur des bn'ofands et la sécurité dans le cœur des citovens paisibles, des amis de leur pays. »
Puis s'adressant aux habitants des campagnes, il leur disait que des chefs ambitieux abusaient de leur simplicité, trompaient leurs espérances, les sacrifiaient inhumainement aux intérêts de leur fortune, aux calculs de leur vanité : « Ils entretiennent des intelligences avec les Anglais, vos ennemis naturels; ils attirent sur vos têtes les fléaux d'une guerre désastreuse; à l'aide des Anglais, ils se proposent de
28 niLNOUVÎilLLKMENT DE LA GLERRE.
VOUS asservir et de vous replonger sous le joug de la féodalité, que vous-mêmes avez brisé au commenceuieiit de la Ilévolution.
(( Le projet des conjurés est déjoué : les Anglais seront repoussés, s'ils se présentent. Vous resterez libres, beureux et tranquilles.
(f II est temps que, ces contrées soient purgées des assassins qui les infestent; il est temps qu'une poignée d'agitateurs , d'insolents royalistes , de misérables émigrés, grossie de bandits vomis par l'étranger, s'anéantisse devant la puissance d'une république victorieuse de tant de rois; il est temps que la paix déjà conclue avec divers États de l'Europe, et qui deviendra bientôt générale, soit invariablement établie dans ces contrées où fleuriront sous la protection des lois l'agriculture, le commerce et les arts. Je déclare aux chouans, que, fort de la volonté d'un gouvernement décidé à élouiïer toutes les factions, de quelque masque qu'elles se couvrent, je poursuivrai les parjures sans relâche, en déployant contre eux l'appareil de guerre le plus imposant, jusqu'à ce qu'ils aient mis bas les armes et soient rentrés dans le devoir. Je m'en prendrai particulièrement aux chefs des révoltés qui oseront succéder à ceux qui sont arrêtés, et se mettre à la tête des rassemblements ; ceux-là seront frappés sans pitié.
« Scrupuleux observateur de l'acte de pacification, j'accueillerai toujours avec humanité ceux qui se soumettront de bonne foi : les scélérats qui persévéreront dans la révolte et qu'il nous faudra combattre, subiront le châtiment dû à leurs crimes.
u Je déclare aux habitants des campagnes de quelque religion qu'ils soient, que l'armée que j'ai l'honneur
RENOUVELLEMENT DE LA. GlEl'.RE. 20
de commander, protégera la sûreté des personnes et des propriétés, la liberté du culte et la tranquillité de ses ministres, lorsqu'ils observeront les lois et qu'au lieu d'exciter la sédition ils préclieront la paix et l'union.
« Je maintiendrai la police la plus sévère parmi les troupes; les actes d'indiscipline, commis par le soldat, seront punis avec la même vigueur que le brigandage des chouans. Les chefs qui auraient toléré la licence ou les vexations arbitraires, seront dénoncés aux représentants du peuple qui en feront justice. «
La guerre était rallumée. Les plus grandes mesures avaient été prises ; un plan de campagne avait été arrêté; la conduite politique était tracée, avant que la Convention eût manifesté sa volonté. Le rapport du comité de salut public fut présenté le 16 juin: il répétait presque dans les mêmes termes la proclamation du général Hoche, et proposait l'approbation de tout ce qui avait été fail. Pour donner plus de force et d'unité au pouvoir des commissaires de la Convention, leur nombre de^ait être réduit à trois: Guezno, qui avait pris part aux mesures décisives; Mathieu, qui tenait aussi au parti révolutionnaire; Bodin, qui avait toujours voté et siégé avec les modérés.
Celte proposition fut adoptée sans débat; T Assemblée comprit combien il importait de ne pas laisser une discussion s'établir sur un sujet si grave. L'esprit de parti devait garder le silence; il eût été dangereux de donner aux déterminations qui venaient d'être prises l'apparence d'une opinion triomphante. Genissieux demanda à parler sur les chouans, il ne lui fui pas permis de monter à la tribune. On lui dit qu'il
pouvait communiquer ses vues au comité de salut public.
Cette guerre ne comportait point de batailles. Dès qu'on pouvait rencontrer ou atteindre un rassemblement, la victoire n'était ni douteuse, ni difficile; mais pour préserver le pays du brigandage , pour établir quelque sécurité sur les routes, il fallait que l'armée fût dispersée sur un vaste territoire ; elle était de cinquante-deux mille hommes; ce n'était pas assez. Hoche et les représentants demandaient sans cesse des renforts : toutes les informations annonçaient que la descente des Anglais serait prochaine. Une nouvelle répartition des commandements confia au général Hoche la défense de toutes les côtes depuis Cherbourg jusqu'à Nantes. Le général Aubert Dubayet commanda la rive droite de la Loire et dans les départements de laSarthe, de la Mayenne, de l'Orne et du Calvados.
Malgré l'activité et la vigilance du général Hoche, les désordres continuaient. Il faisait parcourir le pays par trente-deux colonnes mobiles, tout en prenant grand soin que leur marche et leur conduite ne pussent rappeler en rien la guerre du général Turreau. Mais les chouans se comportaient souvent en véritables brigands; leurs actes de cruauté suscitaient la colère et la vengeance des habitants du parti opposé et parfois des soldats. Un des chefs de chouans, Bois-Hardi, était tombé sur un champ de bataille; sa tête fut coupée et promenée sur la pointe d'une pique. Hoche écrivit au commandant :
« Je suis indigné de la conduite de ceux qui ont souffert qu'on promenât la tête d'un ennemi vaincu. Pensent-ils, ces êtres féroces, nous rendre témoins des horribles scènes de la Vendée? Il est malheu-
RENOL'VELLEMENT DE LA GUERRE. 31
reux que vous ne vous soyez pas trouvé là pour empêcher ce crime envers l'honneur, l'humanité, la générosité française. Sans perdre un moment, vous ferez arrêter les officiers qui commandaient le détachement de grenadiers, et ceux, d'entre eux qui ont coupé et promené la tête de Bois-Hardi. »
Bientôt la guerre ne fut plus qu'une poursuite contre des hordes de voleurs et de brigands éparpillées, sans ensemble, sans consistance : mais le vaste théâtre de cette rébellion mal éteinte n'en était pas moins en proie à une horrible dévastation; des mesures de rigueur et de méfiance devenaient souvent indispensables; la discipline d'une armée ainsi éparpillée était nécessairement incomplète : de sorte que des plaintes s'élevaient sans cesse contre l'autorité militaire; les autorités locales , lorsqu'elles avaient été renouvelées dans le sens de la réaction, dénonçaient au comité de salut public la conduite des militaires et la confiance qu'ils accordaient aux terroristes. Le général Hoche supportait impatiemment de tels procédés.
Il écrivait au comité : a Tous les genres de malveillance sont, dans ce pays, à l'ordre du jour. Il faut que les soldats français soient doués d'une grande vertu et que ce peuple soit le meilleur de l'Europe. Non, ce pays ne sera pas transformé en Vendée. Depuis dix mois, en butte à toutes les passions haineuses, à tous les intérêts particuliers, j'ai combattu les royalistes, les terroristes et les voleurs. Je continuerai sous vos auspices. Mais au nom de l'humanité, faites que les lois soient en vigueur. Voyez quels inconvénients résultent de leur inexécution. Les soldats désertent et deviennent par cela même nos plus grands ennemis.
32 RIIiNOUVELLEMENT DE LA GUEKI'.E.
S'ils sont pris on les acquitte; ceux qui restent sous les drapeaux, indignés de l'impunité des traîtres, se refusent à l'aire des prisonniers et fusillent impitoyablement amis et ennemis. De combien d'horreurs j'ai été témoin : épargnez-les à la patrie. Arrêtez le torrent de maux prêts à bouleverser l'ordre social. »
Pour mettre un terme à cette impunité, deux lois furent successivement adoptées par la Convention. La première s'appliquait spécialement aux faits de la guerre civile. — « Les individus qui, contre leur serment de soumission aux lois de la République auront conspiré ou se seront armés contre elle , seront poursuivis comme rebelles. Les chefs, commandants et capitaines, les embaucheurs et les instigateurs de rassemblements armés sous le nom de chouans ou sous telle autre dénomination, seront punis de mort. Les habitants des campagnes surpris dans les rassemblements et qui ne seront pas convaincus d'avoir participé aux assassinats, seront punis de deux, trois ou quatre mois de détention et d'une, amende égale à la n'ioitié de leurs revenus. » — Les individus arrêtés dans les rassemblements armés devaient être traduits devant les tribunaux militaires. Ceux qui étaient prévenus seulement d'avoir pris une part active à la révolte étaient justiciables des tribunaux ordinaires'.
La seconde loi était plus générale et plus importante : elle s'appliquait aux crimes de meurtre et d'assassinat commis hors du fait de guerre civile; elle était destinée surtout à atteindre les compagnons de Jésus et du Soleil, les massacreurs de Marseille et du midi; et pour (ju'elle ne parût point une mesure de
' Loi (lu 30 prairial (I S juin 1795).
circonstance applicable seulement aux criminels d'un seul parti, elle remontait jusqu'au 1" septembre 1792, et comprenait par conséquent les massacres de la Terreur. Ce n'était pas seulement ceux qui les avaient exécutés, mais les auteurs, instigateurs et provocateurs. Ainsi, des représentants en mission, des administrateurs locaux, des orateurs de club pouvaient, aux termes de cette loi, être poursuivis immédiatement. Pour mieux assurer la punition, le comité de législation avait proposé et l'Assemblée adopta , malgré quelque opposition, de graves modifications au Code d'instruction criminelle. Le jury d'accusation ne devait pas être appelé. La déclaration du jury de jugement était prononcée à la majorité simple; il n'y avait point de recours en cassation.
Les généraux remercièrent la Convention d'être venue à leur aide par ces deux lois.
La descente prévue depuis longtemps fut enlîn effectuée. L'escadre française était en mer. Elle eut connaissance du convoi , et comme elle croisait entre Brest et Lorient pour empècber le débarquement, elle fut rencontrée par l'escadre anglaise devant Belle-lsle. Le combat ne fut pas beureux ; l'amiral Villaret- Joyeuse rentra à Lorient, après avoir perdu trois vaisseaux.
Belle-lsle fut sommée par le commodore Ellison; il proposait au général Boucret de reconnaître le roi Louis XVllI, offrait l'alliance et la protection de la Grande-Bretafine , et eneaiieait le sénéral à mettre, dans l'île qu'il commandait, un terme aux calamités affreuses qui désolaient la France. — « L'épuisement des ressources de la Convention , le soulèvement des