ÉTAT DE L OPINION PUBLIQUE
quatre heures traduits devant le tribunal criminel de Grenoble.
Le rapport de Chénier n'eut pas dans le public le même succès qu'à l'Assemblée. Il sembla une déclaration de iiuerre contre la réaction; de toutes parts, à Paris surtout, on regarda comme calomnieuse et menaçante l'accusation de royalisme dirigée contre le parti modéré. Les journaux de cette opinion furent unanimes dans leur déchaînement contre Chénier.
Une pétition signée par deux cents citoyens de la ville de Tours avait demandé que les registres de la société populaire et du comité révolutionnaire fussent communiqués à une commission qu'ils avaient formée. Ils voulaient y rechercher la trace des dénonciations et des actes arbitraires, afin d'en poursuivre les auteurs. Dans la disposition où semblait être l'Assemblée, on aurait pu croire qu'elle improuverait et interdirait ce genre de poursuites ; au contraire des représentants d'opinion très-républicaine, entre autres Mailhe, insistèrent pour « que les scélérats qui avaient dominé avant le 9 thermidor ne pussent échapper à la vengeance nationale. — De toutes parts les citoyens réclament vengeance; il faut que les tribunaux rendent une prompte justice, que les coupables soient frappés sans délai.
« On affecte un langage étudié pour vous inspirer des craintes; on déclame contre le royalisme, ou cherche à vous faire comprendre, sous cette dénomination vague et non prouvée, des honnêtes gens, qui se sont ralliés à vous pour vous défendre contre les poignards des soi-disant patriotes opprimés.
« On exagère la force du royalisme; on diminue le
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nombre de vos amis, en les rendant snspects. Soyez en garde contre les déclamations. Accueillez de nouveaux frères qui se réunissent à vous , qui ont été proscrits ou persécutés, et qui ne demandent qu'à vivre sous la protection d'un gouvernement républicain..»
La question fut renvoyée aux comités. Ils cherchaient vainement à se donner un caractère de force et à exercer une action puissante hors de la Convention. Leur pouvoir était sans racine; leur position et leur origine les condamnaient, non pas à tenir la balance égale entre les di\ erses factions, mais à les prendre alternativement pour auxiliaires , cédant à l'une pour réprimer l'autre. De là de continuelles vacillations; après avoir applaudi le discours de Chénier, il fallait en quelque sorte le désavouer.
Les sections de Paris étaient loin d'être aussi formidables (jue l'ancienne Commune; elles n'avaient pas l'autorité d'une administration centrale ; elles agissaient sans ensemble; toutes n'avaient pas la même opinion. Elles étaient des espèces de club, où des discours étaient prononcés, où des adresses à la Convention étaient rédigées. Comme points de ralliement pour la garde nationale, seule défense de l'Assemblée, elles avaient plus d'importance; les comités l'avaient si bien pensé, qu'ils formaient en ce moment une légion de police placée directement sous leurs ordres.
C'était surtout dans les sections que le discours de (Ihénier avait produit de l'irritation. La section Lepelletier se présenta à la barre quehpies jours après. — «Ne [)arle-l-on, disait l'orateur, des tentatives du royalisme (jue [)oiir nous faire oublier les crimes du Terrorisme? Quelle est donc cette inconcevable politique? On poursuit les brigands qui massacrent au nom de Jésus ; et VI. 14