‹ Histoire de la convention nationale (volume 5)Chapitre 4 sur 81 · TI · texte numérisé non relu

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royalistes dans toutes les parties du royaume et particulièrement en Bretagne , contre son pouvoir oppressif; l'armée de débarquement composée uniquement de troupes françaises, qui viennent d'être débarquées pour se joindre aux royalistes; la victoire récente qui a presque achevé la destruction des forces navales de la République : toutes ces circonstances doivent vous porter à ne pas prolonger les calamités de votre île. » Telles étaient les idées que les émigrés et les Anglais se faisaient de la situation de la France; les agents qui envoyaient des rapports, les correspondants qui écrivaient leurs illusions les confirmaient dans ces présomptueuses espérances.

— « Ne craignez pas, monsieur, continuait le Commodore anglais, que Belle-Isle soit soumise à une puissance étrangère. Belle-Isle ne doit se rendre qu'à son souverain légitime , ne recevra que des troupes françaises, et restera sous la garde de ses habitants. Mon roi, dans sa générosité sans bornes, leur fournira les moyens de subsistance et leur assure sa protection. »

Le général Boucret répondit : — « Monsieur, nous n'avons besoin ni de la protection , ni des vivres du roi votre maître. Nous ne manquons de rien ici, il ne tiendra qu'à vous de vous en convaincre. Vivre libre ou mourir en défendant la République une et indivisible, voilà mon vœu; c'est ayssi celui de tous les braves républicains que je commande. »

Pendant que le commandant de Belle-Isle répondait à cette sommation , le 26 juin la descente s'opérait sans nulle résistance dans la baie de Carnac sur la presqu'île de Quiberon.

Le convoi portait trois corps d'émigrés, formant

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plus de quatre mille hommes ; quatre-vingts gentilshommes qui venaient se joindre aux chouans; l'évêque de Dol avec cinquante prêtres; une immense artillerie; quatre-vingt mille fusils; des habillements pour soixante mille hommes; des magasins de toute espèce, et beaucoup d'argent. Le ministère anglais avait promis de continuer à aider l'expédition avec la même munificence et de pourvoir à ses besoins.

C'était surtout avec le comte de Puisaye que ce projet avait été concerté. Depuis neuf mois, il avait quitté la Bretagne; il était convaincu que la guerre civile pourrait y être longtemps maintenue, mais que la rébellion laissée à ses propres forces n'arriverait jamais à aucun grand résultat et ne servirait point à accomplir la contre-révolution. Il inspira beaucoup de confiance au gouvernement anglais, surtout à M. Windham, le seul de tous les ministres qui montrât aux émigrés un véritable intérêt, qui plaignît cordialement leurs malheurs, qui semblât s'associer à leurs idées chevaleresques.

Le comte de Puisaye assurait que la Bretagne était entièrement royaliste; qu'une expédition serait favorisée et soutenue par la généralité des habitants; il promettait de mettre toute la province sous les armes, si on lui donnait quelques troupes, des armes, des munitions et de l'argent. Il était en correspondance habituelle avec les chefs des chouans; il soutenait leur courage, leur promettait appui et secours; envoyait les subsides qu'il pouvait obtenir; tentait des négociations avec quelques généraux de la Uépublique ; cherchait à profiter de l'esprit réactionnaire , et à rallier au parti royaliste les mécontents de toute origine. Il se trompait sur beaucoup de points et ne

réussissait pas à inspirer aux émigrés ou aux chouans la modération qui eût été nécessaire; encore moins à séduire les patriotes, lors même qu'ils n'aimaient point la Convention. Au total, il était pourtant un homme sensé, et connaissait mieux que personne la Bretagne et les chouans.

Dans son idée, il fallait que la petite armée de débarquement se fortifiât dans la presqu'île de Quiberon , sous la protection de la mari-ne anglaise , s'emparât d'une partie de la côte et fournît des armes, des munitions et des renforts aux bandes de chouans. On se serait ensuite assuré des communications avec Charette et Stofflet qui, en ce moment même, devaient reprendre les armes; en un mot, Puisaye voulait que le débarquement servît non point à amener une armée destinée à faire la guerre régulière, mais à donner un grand développement à la rébellion , à lui procurer les ressources qui lui manquaient, à lui imprimer une direction d'ensemble. Il croyait pouvoir ainsi la rendre formidable à la République, efficace pour parvenir à une contre-révolution.

Mais lorsque le débarquement fut opéré , il se trouva que le comte de Puisaye n'était revêtu d'aucun pouvoir qui l'autorisât à diriger l'expédition qu'il avait conçue. Les régiments émigrés étaient à la solde de l'Angleterre, et M. d'Hervilly était officiellement leur commandant. Puisaye était seulement général des bandes bretonnes, qui viendraient se joindre aux troupes régulières.

Georges Cadoudal, déjà le plus fameux des chouans, était venu à la côte avec quatre mille hommes pour protéger la descente. Environ dix mille Bretons se

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présentèrent pour demander des armes. Ils furent mis sous les ordres du chevalier de Tinteniac et du comte Dubois-Berthelot. Les ejentilshommes venus d'Angleterre furent répartis dans ces diverses bandes. En même temps, la petite garnison du fort-Penthièvre, qui défend l'isthme par où la presqu'île d^ Quiberon est jointe au continent, n'ayant nul espoir d'être secourue, se rendit au comte d'Hervilly. Dans la préoccupation où il était des facilités qu'on trouverait à rallier la France aux royalistes, il offrit aux soldats de s'engager dans son régiment; trois cents

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acceptèrent cette proposition.

Tout semblait prospérer et promettre un heureux succès à l'entreprise; les chouans s'avancèrent jusqu'à Auray et à Landevant, à six lieues de Lorient, sans trouver de résistance. Les détachements de troupes républicaines se retiraieni; les autorités locales quittaient les villes et les bourgs, accompagnées de la population patriote.

Mais les chouans n'avaient point encore d'artillerie; M. de Puisaye croyait essentiel de les appuyer aussi par quelques compagnies de soldats réguliers ; autrement dès qu'on rencontrerait une force républicaine un peu considérable, les bandes se disperseraient. Il assurait qu'avec quatre cents hommes de troupes de ligne et quelques pièces de canon, occuper Vannes était une chose possible. >L d'Hervilly ne voulait point compromettre son armée en la diminuant par des détachements; il refusa.

Cependant les républicains revenaient de leni' [)remière surprise; le général Hoche était à 'Vannes, et envoyait partout l'ordre de faire marcher des troupes vers Quiberon ; il demandait des renforts à Aulieit-

Dubayet et à Canclaux. — (f Du secret et du calme, disait-il sans montrer ni précipitation , ni trouble. ' — (( Je prie le comité de salut public d'être tranquille sur les suites du débarquement, qu'il me donne seulement la cavalerie et les canons que je lui demande depuis trois mois. »

A la nouvelle du débarquement, le comité de salut public envoya Tallien et Blad pour commissaires auprès du général Hoche. Dès la première rencontre considérable , les deux bandes de chouans de Tinteniac et de Dubois-Berthelot furent mises en déroute. Ce dernier chef fut blessé, deux gentilshommes bretons, MM. de La Moussaye et de Lannion furent tués. Le lendemain, le comte de Vauban réussit à dégager la troupe de M. de Tinteniac, qui était cernée par les républicains; mais il fallut se replier vers Quiberon; le plus grand nombre des chouans se jeta dans l'intérieur des terres, sans plus avoir de communication avec l'armée de débarquement.

Bientôt ceux qui restaient encore réunis sous le commandement du comte de Vauban , de Georges et de M. de Tinteniac, se trouvèrent seuls à défendre les approches de la presqu'île de Quiberon où s'était renfermé le corps entier de 3L d'Hervilly. Il paraissait impossible de se maintenir dans la position qu'ils avaient à garder; M. de Vauban proposa à Georges de prévenir l'attaque et d'essayer une charge contre les républicains. — • « Mes gens sont furieux, découragés, répondit Georges, ils ne veulent pas se battre. La conduite de la troupe de ligne les indigne; on ne leur vient pas en aide. Pourquoi et pour qui sont venus tant de secours de l'Angleterre, si on ne veut pas s'en servir? je me rc^iroche d'avoir protégé

cette descente, qui fera écraser notre parti, d'après le système qu'on a suivi. «

Ainsi les chouans se replièrent jusque sous les forts qui sont placés sur l'isthme en avant de la presqu'île. Dix jours après le débarquement, les royalistes n'avaient plus le pied sur la côte. Les populations, fuyant les républicains qui revenaient occuper leurs villages, se réfugiaient en foule à Quiberon, où elles accroissaient les embarras et consommaient les provisions.

Les forts destinés à défendre l'armée de débarquement, maintenant renfermée et pressée dans une étroite langue de terre, étaient en assez mauvais état. Rien n'avait été disposé pour leur donner des moyens de défense ; à peine y avait-on placé une garnison suffisante. Les chouans se plaignirent de cette incurie; un conseil de guerre fut convoqué, et l'on résolut une attaque pour reprendre sur la côte la position de Sainte-Barbe qu'on avait abandonnée la veille. Cette attaque fut repoussée et les républicains se seraient avancés sur l'isthme, si les chaloupes canonnières de l'escadre anglaise n'étaient pas venues assez près pour concourir avec le canon des forts et pour arrêter les assaillants.

Il y avait donc trente mille personnes entassées dans la presqu'île ; les vivres allaient manquer , on résolut de reporter les chouans sur le continent. M. de Tinteniac et Georges furent débarqués avec environ huit mille hommes à Sarzeau près de l'embouchure de la Vilaine. D'autres détachements de chouans furent successivement conduits sur la côte; il en resta environ quatorze cents commandés par le comte de Vauban, mais sous les ordres de M. d'IIervilly.

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