G2 RAPPEL DES RÉFUGIÉS DE
ver dans cette patrie qu'elle aimait tant, ne se faisait pas une idée complète de ce qu'avait été l'horrible époque qu'elle avait déplorée de loin. Son imagination ne pouvait lui représenter ce qu'avait été la Terreur; elle ne se figurait point ce qu'étaient six mois auparavant ces hommes de la seconde révolution, devenus en si peu de temps les défenseurs de l'humanité, et se présentant comme apôtres de la liberté après avoir exercé ou servi la plus abominable tyrannie. Elle revenait aux illusions que déjà une fois lui avait données son enthousiasme pour cette liberté qu'ils avaient déshonorée. L'établissement de la République ne lui paraissait pas impossible.
A défaut de ses anciens amis, de cette société brillante où elle avait désiré et obtenu les premiers succès de sa jeunesse, elle réunissait autour d'elle les hommes d'esprit ou de talent, dont le nom était alors répété par la renommée, qui exerçaient de l'influence sur la Convention , qui travaillaient à constituer la République. Elle tâchait de voir en eux une aristocratie naissante, et savait flatter leur amour-propre inquiet et méfiant.
Comme le disait Legendre, si elle cherchait à obtenir quelque crédit, c'était pour ramener en France ses amis proscrits ou exilés. Jusqu'à ce moment ce succès avait été diiricile à espérer; mais après l'achèvement de la constitution , après avoir rallié les modérés de la Convention, il sembla aux auteurs de la République qu'il y aurait un avantage réel à faire cesser l'exil ei la persécution de quelques-uns des hommes notables des premiers temps de la Révolution. Peu de semaines auparavant Chénier s'était montré irréconciliable envers les membres de la Constituante et de