RAPPEL DES RÉFUGIÉS DE
la Législative qui ayaient fui les massacres : ce fut lui que M"* de Staël détermina à proposer le rappel de M. de Talleyrand. Déjà la demande du général Montesquieu avait été favorablement accueillie , ainsi que la demande du fils de Dietrich. Le général Mathieu Dumas, que Chénier avait nominativement dénoncé, lorsqu'il était réfugié en Suisse, n'en avait pas moins risqué de rentrer en France, mais il s'y était tenu caché; on venait de reconnaître aussi qu'il n'était pas émigré.
Le retour de M. de Talleyrand avait été si bien préparé, que la décision qui le rappelait fut un véritable hommage. Chénier disait que « ses talents distingués et les services qu'il avait rendus pendant l'Assemblée constituante le plaçaient au rang des fondateurs de la liberté. Il était sorti de France avec une mission ofticielle. Proscrit par le gouvernement de Robespierre, banni d'Angleterre par le gouvernement de Pitt, il s'était réfugié en Amérique pour y contempler le spectacle imposant d'un peuple libre. Là il avait attendu que la France eût des juges, et non pas des meurtriers, une République et non pas une anarchie. ))
Legendre, sans faire nulle objection, demanda le renvoi de la proposition au comité de législation, ainsi qu'on avait procédé pour le général Montesquiou. Boissy d'Anglas répéta que M. de Talleyrand n'était pas un émigré. — « S'il fût resté en France, la patrie aurait eu à pleurer un homme de génie de plus, et vous donneriez aujourd'hui des larmes à sa mémoire. Soyez justes envers sa personne, envers ses talents, qui peuvent être encore si utiles à la République. »
2G4 ^ÉGOCI VTION' rOUR LA DÉLIVRANCE DE MADAME ROYALE.
La proposition de Chénier fat adoptée au milieu des applaudissements.
11 était évidemment d'une bonne et sage politique de ramener autant que possible l'opinion qui se montrait irritée et hostile. Au moment où elle repoussait la prétention des conventionnels à perpétuer leur pouvoir, il importait de ne point donner prétexte à croire et à proclamer que le gouvernement inclinait aux terroristes et aux Jacobins.
La mort de Louis XVII avait inspiré un sentiment général d'horreur et de pitié, et dès lors l'opinion publique avait commencé à s'occuper avec un vif intérêt de la fille de Louis XVI, encore prisonnière au Temple. Nulle destinée ne pouvait être plus touchante. Déjà elle était, ce qu'un sort cruel l'a condamnée à être pendant sa vie entière, l'héroïne du malheur. Personne ne pouvait songer sans attendrissement à cette royale orpheline, enfermée, seule maintenant, dans la prison d'où son père, sa mère et la sainte M"^ Elisabeth n'étaient sortis que pour monter sur l'échafaud. La ConAention venait d'y laisser périr son frère par un supplice plus lent. N'était-elle pas exposée à la même fm? Que ne pouvait-on pas attendre de ceux qui avaient vu , sans regret et peutêtre avec satisfaction , achever le crime projeté et commencé par Hébert et Chaumette? Cette crainte s'ajoutait à l'émotion profonde que ressentaient tous les cœurs que n'avait pas endurcis le fanatisme ou la politique révolutionnaires. Dix jours après la mort de son frère, une pétition, signée d'un grand nombre d'habitants d'Orléans, fut présentée à la Convention pour demander que l'orpheline du Temple ne restât