‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 21 sur 108 · PÉTITIONS POUR LÉ |IÀXIMUM · texte numérisé non relu

PÉTITIONS POUR LÉ |IÀXIMUM

séditieux avaient cessé dans les départements; mai^ les inquiétudes de la population parisienne mënaçaienK sans cesse Tordre public. C'était un des leviers em — ployés pour soulever les émeutes; les précautions qui avaient été prises, les millions qui avaient été accor — dés à la commune ne pouvaient rassurer les esprits. Maintenir le pain à un prix inférieur au taux que lui assignait la valeur commerciale des grains, était un moyen certain d'attirer à Paris un nombre considérable d'acheteurs étrangers a la ville. Ainsi la foule affluait de plus en plus à la porte des boulangers, et le nombre des consommateurs ne pouvait être prévu ni calcjulé; de sorte qu'on ne savait pas régler les ^approvisionnements et que le commerce des grains était livré à une perturbation continuelle. Des marchands venaient à Paris vendre le blé à un cours qui' aurait dû porter le pain à cinq «ous la livre et rapportaient dans leur département du pain qu'ils achetaient trois sous.. A la vérité, ce trafic était interdit; mais la police était impuissante à l'empêcher.

.Ce fut l'explication que le maire donna à l'assemblée, lorsqu'il y fut mandé. -En outre, lèâ boulangers, ne recevant pas exactement l'indemnité qui leur était promise, ne faisaient pas bien leur service. Enfin, les malveillants travaillaient à augmenter les alarmes du peuple.

Dès le lendemain, l'administration départementale se présenta à la barre et demanda d'un ton menaçant la fixation d'un maximum pour le prix des gra,ins dans toute la république, l'abolition du commerce des blés, le recensement de chaque récolte et la suppression de tout intermédiaire entre le cultivateur et le consommateur.

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ff Le droit de propriété ne peut être le droit d*a{famer ses côncitoyeDS. Lès fniits de la terre , comme l'air, appàrtiepnent à tous les hommes. »

Ce langage prouvait avec éAddenee que la démarche du département était une manœuvre révolutionnaire, un moyen d'agiter la population; a Détruire le com- Tuerce, répondit sévèrement Vergniaud, c'est décréter Wà famine. Le comité d'agriculture examinera dans ^ette^ demande les points qui méritent discussion. >>

L'orateur de la députation répliqua : « Si noud jBommes taxés d'ignorance, on ne nous accusera point de mauvaise foi; la prudence nous a dirigés; nous Vivons empêché un million d'hommes de venir présenter cette pétition. Voici la proclamation que nous avons affichée» a

Elle finissait par ces mots : (< L'ignorance est-elle du oôté de la bonne foi ou du côté des gros conunerçants et des accapareurs qui sont presque tous des fri-* pons? »

La Montagne et les spectateurs applaudissaient. La discussion ne consista pTus à chercher quel était le meilleur régime commercial pour prévénirla disette. Désormais il s'agissait d'une question de parti. Obéirait^on, contre toute évidence, à une multitude aveugle «et trompée-; sacrifîerait-t-on la liberté du commerce-aux passions suscitées contre la richesse et Vinégalité des fortunes ? Voilà ce que la Convention a?ait à décider.

Les Girondins soutinrent avec talent et courage, la cause de la liberté et du sens commun. Représentants, pour la plupart, des ports-de mer, ils avaient des idées justes et pratiques sur le commerce et sut les funestes effets des lois- prohibitive^. Ils expliquèrent les

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conditions et les ettei& du crédit, les désastres de la contrainte, de la méfiance et de la fraude. On proposja de créer des greniers publies où les producteurs de blé emmagasineraient, sous la garantie de TÉtat, la portion vénale de leur récolte ; d'autres opinants admirent le droit de Tadministration à requérir les fermiers ou les propriétaires de porter leur grain au marché le plus voisin , pour le vendre à prix débattu. On paria de rendre responsables les eonununes où les vendeurs seraient exposés à d^ violences et des menaces.

Les orateurs de la Montagne employaient leurs ar« guments accoutumés. Phélipeaux voyait dans le commercé une nouvelle branche de conspiration; il appelait les spéculateurs une ligue de scélérats qui voulaient renchaîner le peuple par la famine; il attribuait la disette à la lenteur de la vente des biens d'émigrés et à l'espoir de rentrer en France que x^es monstres conservaient encore. 11 voulait le maximum et proposàil encore d'autres mesures. « Les estomacs aristocrateques;et sensuels ont introduit Tusage d^un pain plus moelleux et plus délicat que celui de la multitude tandis que le pauvre mange un pain noir, dont il ni pas même à discrétion. » En conséquence, Phélipeaq] prescrivait l'égalité du pain : ce que la commum ordonna plus tard. 11 indiquait aussi des atellen nationaux, où le prix du travail serait toujours régl< d'après le prix des denrées. Enfin il demandait ui in^ôt sur les riches, calculé de telle sorte, que h pain ne coûtât jamais plus dé deux sous : imaginan ainsi faire baisser le prix du pain en surimposant h culture du blé.

Lorsque, sans connaissance et sans réfletion, ton un c6té de l'Assemblée n^avait pas nue autire pensé*

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que de faire appel aux aveuglements et aux passions du vulgaire, la discussion devait s'exaspérer, de plus en plus. Les pétitions séditieuses se.snccédaiènt; les discours étaient interrompus par de vives apostrophes ; les tribunes retentissaient de vociférations. Ducos jie pouvait avoir la permission de dire : « que le laboii-» reur , tout en faisant vivre les habitants' de îa ville , devait conserver de quoi se nourrir, et tjue la terre, rester^ijt en friche, ail ne trouvait pas une rémunération suflCisaatede son travs^il. »,U lui fût impossible de continuer. Le président ne put imposer silence aux spectateurs.

H La représentation nationale eàt avilie , disait Gu£^-

det : elle n'existe déjà plus. Les autorités de Paris ne

veulent pas que vous soyez respectés, j) Au milieu du

bruit /il demanda.que. la Convention allât tenir seç

séances à Versailles. .

Les Mont^nards furent alors les plus empressés à vouloir que. la tribune d'où partaient les ^ cris fû

évacuée.

Buzot appuya la proposition de Guadet. a II. n'y a pas une autorité, pas une société populaire qui p'ait plus de pouvoir qUe la Convention. Des événements que je neveux pas rappeler, ont dénaturé complètement la morale. du peuple; les hommes, qui* out ordonné ou.justifié ces événements, ont tant fait, qu'ils se sont emparés de toutes les places. Armées, minis-' tères , département , municipalité, on les trouve partout Daàs un café voisin , reqide^vous de ces scélérats, autour de votre salle., qu'entend-on? Des cris forcenés. Que voit-on? Des hipmmes couverts de sang et de «rimes; Gelbi qui a unç fois trempé ses mains dans le sang, ne peut plus vivre dans la' société; il lui

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faut du sang , toujours du sang pour éteindre ses remords. » Piiis parlant de la société des Jacobins , il ajoutait : 'c Maintenant il n'y reste pas trente de ses fondateurs ; on n^y trouve que des hommes perdus de dettes et de crimes. Lisez le journal de leurs séances et voyez, si tant qu'existera cet abominable repaire, vous pouvez rester ici.

— Nous sommes tous Jacobins, » criait la Montagne. c Scélérat, disait Bazire en apostrophant Torateur, les départements connaissent ton infamie. »

Durand Maillane raconta que les Jacobins de Marseille, après avoir reçu un courrier de Paris, avaient mis à prix la tête de cinq représentants, qui avaient voté rappel au peuple. Danton voulut parler, et calmer l'irritation de la majorité. Il confessa que les spectateurs avaient eu des torts graves. On ne le laissa point parler; il fut obligé de quitter la tribune.

Néanmoins l'Assemblée se borna à faire évacuer la galerie d'où étaient parties les insultes. Une grande quantité de spectateurs, pour témoigner qu'ils faisaient .cause commune ^ se retirèrent en poussant des 4!ri8 de colère.

Aux menaoep des tribunes s'ajoutaient les menaces des pétitionnaires. Une députatioû de Versailles Sd présenta à la barre, portant une bannière avec Tinscription : « Nous demandons la taxe des .grains. » Huit mille habitants du faubourg Saint-Antoine vinrent dire : <( Vous promettez depuis longtemps un maximum sur toutes les denrées nécessaires à la vie : toujours promettre et ne rien tenir ! lasser le peuple et le metb^ hors d'état de vous continuer sa confiance! Comme lui, faites des sacrifices ; oubliez que vdus êtes propriétaires; que le maximum ait lieu, et alors nous serûùs

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