MESURES PRISES À MONTPELLIER
l'Hérault par un emprunt forcé, imposé aux riches, par ce comité local de salut public. Si les dépenses militaires n'absorbaient pas les cinq millions ainsi recouvrés, le reste serait employé à secourir la classe pauvre.
u Quelle idée donnera à ses ennemis une république où un seul département peut offrir cinq mille hommes d'élite, appartenant à la classe éclairée, intéressés à la chose publique et pris parmi ceux qui n'ont à choisir qu'entre la république et la mort ! »
Il était manifeste que l'initiative de cette mesure avait été concertée avec les meneurs de la Montagne, et qu'ils voulaient la rendre générale. Aucune remarque ne fut présentée contre une si étonnante usurpation de pouvoirs; la Convention mentionna honorablement la lettre des patriotes de Montpellier; c'était ratifier ce qu'ils avaient fait; c'était autoriser les sociétés populaires et les représentants en mission à en faire autant dans chaque département.
u Partout la même mesure sera adoptée, dit Danton; la république est sauvée. On ne traitera plus d'anarchistes les amis ardents ^e la liberté, ceux qui mettent la nation en mouvement, on dira : Honneur aux agitateurs qui tournent la vigueur du peuple contre ses ennemis. Mais qu'on ne croie pas que nous devenions barbares. Après avoir fondé la liberté, nous l'embellirons. Tant que le vaisseau de l'État est battu par la tempête, ce qui est, à chacun est à tous. On a cru que le peuple voulait la loi agraire ; cette idée pourra faire naître des soupçons sur les mesures adoptées par le département de PHérault. Mais imposer les riches, c'est les servir; c'est un véritable avantage pour eux. Plus leur sacrifice sur le revenu est III. 6
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grande mieux la propriété du capital est garantie contre renvahissement des ennemis. »
Ce que Danton voulait, c'était l'application de cette mesure à Paris. « Paris a un luxe et des richesses considérables. Le décret pressera cette éponge en faisant un appel aux capitalistes; Paris donnera le moyen d'étouffer les troubles de la Vendée. A tout prix nous devons les étouffer. Il faut diriger Paris sur la Vendée; cette mesure prise , les rebelles se dissiperont. Si le foyer des discordes civiles est éteint, on nous demandera la paix, et nous la ferons honorablement. »
Sur la proposition de Danton , il fut décrété à l'unanimité que vingt-cinq mille hommes pris sur les levées, que voteraient les départements, seraient dirigés sur la Vendée.
Le conseil général de la commune de Paris se hâta d'ordonner une levée de douze mille hommes. La désignation était confiée à six membres du comité révolutionnaire de chaque section. On indiquait spécialement à leur choix, les clercs de notaires et d'avoués, les commis non mariés, employés dans les bureaux, chez les banquiers, négociants ou marchands, les garçons de cafés ou de restaurateurs.
Ce recrutement devait être exécuté dans les trois jours; mais la jeunesse, que la municipalité voulait envoyer dans la Vendée, n'avait point l'ardeur patriotique ou la docilité sur laquelle on avait compté. « On ne peut se dissimuler, disaient à la Convention les administrateurs du département , que cette levée d'hommes éprouve des contradictions. Le mode déterminé par la municipalité n'a pas été aci^ cepté par la majorité des sections; on a trop compté
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sur le zèle des citoyens. Les sections sont inondées dt gens aimant peu la Révolution. Plusieurs d'entre elles ont pris des mesures dictées par les modérés et les aristocrates. »
La colère était vive aux Jacobins contre les garçon» limonadiers. On disait qu'ils étaient infectés d'aristocratie; on demandait que, comme à Montpellier, le recrutement fût forcé. Le conseil général invitait les membres de la société à se rendre dans lés sections pour déconcerter les malveillants. Les épiciers et les clercs d'avoués formaient des rassemblements qui criaient : « A bas les Jacobins! A bas la Montagne! »
Marat disait qu'il fallait bien se garder de les envoyer dans la Vendée, parce qu'ils corrompraient l'esprit public; il déclarait que les épiciers^ les clercs , les hommes riches étaient indignes d'entrer dans les bataillons ; il voulait qu'on désarmât les riches , dûton ne pas leur laisser un couteau de table, qu'on levât 43jur eux des contributions de guerre; qu'on les rendît sans-culottes en les déshabillant, et qu'alors les sansculottes devinssent propriétaires à leur place.
Les classes moyennes , déjà atteintes dans leur aisance par la législation révolutionnaire , se voyaient maintenant soumises à un recrutement arbitraire. Leur mécontentement devenait de plus en plus- prononcé. Un rassemblement de plusieurs centaines de jeunes gens se forma aux Champs-Elysées ; ils étaient sans armes et se dispersèrent devant quelques patrouilles ; mais ils criè^ent beaucoup contre les Jacobins. On en arrêta plusieurs.
La résistjaLBce prit une forme plus régulière. Quel* quea sections vinrent pri)tester devant la Convention, non contre le recrutement, mais contre le mode arbi- ^.
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traire employé par la.municipalité. La section de Bon- Conseil accompagnait sa déclaration d'une profession de foi en faveur de la sûreté des personnes et des propriétés; elle voulait que la représentation nationale pût opiner librement , et promettait de ne plus souffrir qu'une poignée d'intrigants couverts d'un masque de patriotisme écrasât les bons citoyens sous le poids du despotisme populaire.
Fonfrède^ qui avait succédé à la présidence de Lasource^ donna de grands éloges aux délégués de cette section et leur adresse eut, malgré Marat, les hon^ neurs de l'impression.
La commune fit, dès le soir même, arrêter ces délégués si bien accueillis par la Convention. Yergniaud demanda si parler de respect pour la Convention était un crime de lèse-municipalité; il proposa de mander le maire.
Robespierre parla des rassemblements séditieux et des arrestations qui avaient dû en être la suite ; il prétendit que le cri de « vive le roi ! » avait été proféré.
On lui cria que cela était faux; la Montagne répliquait le contraire. Il était probable que Robespierre alléguait ce fait pour le besoin de sa cause, car jusqu'alors il n'en avait pas été question ; il invita l'Assemblée à appuyer de toute sa force les autorités de Paris, qui faisaient leur devoir en réprimant les corn* plots formés contre la république.
La discussion s'anima et la proposition de Yergniaud fut adoptée.
La résistance au recrutement continuait dans plusieurs sections. L'appel au patriotisme, TobéissaDce à d'arbitraires désignations avaient mal réussi. La