COMMISSION DES D0132E
exeit€r les passions à Paris , il y c^n avait un autre qui avait corrompu Tesprit publie dans les déparlemeqts. 11 demandait une conduite sage et point de précipitation.
Yei^niaud répondit avec convenance et dignité. Danion avait paru craindre qu'en voulant punir des assassins^ on ne frappât sur des patriotes exaltés. c( Sans doute, dans T effervescence actuelle, il fest des fautes qui ne sont que Terreur d'une imagination égarée j et pour lesquelles Tindulgence est justice; mais il est des combinaisons perfides qui supposent une telle perversité que la justice serait violée et la cfaose publique en péril, si on ne se hâtait de les réprimer avec une inflexible sévérité. »
11 répliqua au mot ddi Danton : Ce ser^^ii décréter la peur, w Qu'elle serait étrange, votre position, si les agents de la tyrannie pouvaient chaque jour renouveler leurs complots contre vous, et vous arrêter dans vos mesures de sûreté ou de justice, en vous disant : « Vous avez donc peur puisque vous cherchez à vous i( garantir de nos coups?» Non,. ce a'est pas celui qui se défend contre un assassin qui a peur, c'est celui qui se laisse égorger. Ce n'est pas l'homme qui punit le crime qui a peur, c'est celui qui le laisse régner. Une des sections de paris est venue vous dire : « Osez être « terribles ou vous êtes perdus. » Montrez-vous dignes de votre mission. Attaquez de front vos assassin&et vous les verrez rentrer dans la poussière. Voulez-vous attendre lâchement qu'ils viennent vous plonger un poignard dans le sein ? S'il en est ainsi, vous trahissez le plus sacré de vos devoirs; vous abandonnez le
peuple à la fureur des meurtriers; vous êtes complices
des maux qu'ils lui feront souffrir. Frappez les
11G PRÉPARATIFS DE l' INSURRECTION.
coupables ; vous n'entendrez plus parler de conjurations; la patrie est sauvée. N'en avez-vous point le courage? abdiquez vos fonctions et demandez à la Eranôe des ^ccesseurs plus dignes de sa confiance. »
Le maire de Paris écrivit une lettre respectueuse et soumise; il rendait compte des réunions qui avaient eu lieu à la commune. Elles n'avaient eu^ disait- il, d'autre objet que de dresser une liste de gens suspects et déterminer où ils seraient détenus, dans le ca^^ où le recrutement éprouverait encore des difficultés et deviendrait le prétexte de quelques rassemblements. D^ns une de ces rçunion& on avait, il est vrai, outrepassé les bornes et proposé l'arrestation de plusieurs députés; mais il avait fait sentir combien une pareille idée devait être rejetée. Depuis lors tout était tratiquille, c( et il n'y avait. point de. ville où la Convention dût être plus respectée et assurée qu'à Paris. » Pache rassurait la Convention conmie Pétion avacit rassuré le roi j pourtant il avait écrit le jour même à la commission que le peuple de Paris était exaspéré du prix excessif des denrées et qu'un grand mouvement était inévitable.
Ce jour-là , après le discours de Danton , la s*^ oe fut calme; la Montagne et les Jacobins cherr»^ jrent à rassurer l'Assemblée et à bien établir que les propositions insensées et coupables, dont on s'était effrayé, avaient été fepousséés;. maintenant on ne devait plus concevoir la moindre inquiétude.
La commission ne pouvait accepter la sécurité que Danton et ses amis voulaient donner à l'Assemblée. Les conciliabules et les délibérations sur l'insurrection et les massacres continuaient comme auparavant;
AttRESTATION d'hÉBERT. HT
le maire 3*abstenait| mais n'empêchait rien. On aelie- Cait des armes ^ on fabriquait des poignards. Les républicaines venaient en foute à T Arche vèché^ et leurs orateurs féminins surpassaient en violence et entérô* oité les Jacobins les pluâ exaltés; elles demandaient qu^on leur distribuât des poignards. Elles allaieiit et venaient des réunions de TArcheyêché aux Jacobins^ où se tenait leur club et où on leur -servait à boire et à manger. Des émissaires étaient envoyés dans, la banlieue et à Versailles pour recruter des émeutiers. Hébert, substitut de la commune , annonçait à rassemblée de sa section qu'une grande révolution allait éclater; aux Jacobins, il déclarait que le peuple pouvait et devait courir sus aux membres de la commisr sion. Son infâme journal, le Pire DuchesnCy provoquait àiix massacres.
Les douze se décidèrent, non sans hésitation, à;le faire arrêter, ainsi que Varlet et un nommé Dobsent, président de la section de ht Cité. La force manquait pour soutenir cet acte d'autorité. Les Girondins euxmêmes n'en étaient que trop convaincus. Cette tentative avait un caractère à la foiB téméraire et timide; elle n'était point le commencement d'exécution d'un plan bien arrêté.
La commune, les Jacobins et les divers foyers d'insurrection ne s'attendaient point à tant d'audace. Dès que cette nouvelle fut répandue, la fermentation, qui a^ait semblé se calmer, redevint plus ardente; l^s hommes politiques de la faction révolutionnaire ï^e cherchaient plus à la calmer.
Quelques heures après l'arrestation d'Hébert, une imputation du conseil général de la commune se pré-
418 IS5ABD RÉPOND AUX DÉLtotÉS DE LA COMVCHE.
senta à la Convention;* elle succédait à une députatioa de Marseille, qui avait été accueillie avec faveur; elle venait d'obtenir la ratification' de la victoire séditieusèment remportée sur les autorités jacobines et sur les représentants montagnards envoyés en mission.
Les délégués de la commune de Paris ne trouvèrent point la même bienveillance. Danton réclama, pour* leur orateur, le silence qui avait encouragé les envoyés^ de Marseille.
Le conseil dé la co;nmune témoignait l'indignation qu'il avait éprouvée en voyant Violer les droits les plus sacrés; il dénonçait Tattentat commis par les douze sur la personne d'Hébert, qu'il qualifia, non sans eij^citer des murmures^ de magistrat estimable par ses vertus civiques. L'orateur terminait par une allusion au procès de Marat : « Les arrestations arbitraires sont pour les hommes de bien des couronnes civiques. » . .
Isnard présidait et répondit avec ce langage déclamatoire, qui excédait toujours la limite de la raison et de la prudence. « H faut que Paris respecte la représefntation nationaie. Si jamais la Convention était avilie, si jamais, par une de ces insurrections qui se renouvellent sans cesse et dont les magistrats n'avertissent jamais la Convention, il arrivait qu'on portât atteinte à la représentation nationale, je vous déclare au nom delà France entière.... »
Le président parlait au milieu du tumulte; chaque phrase était in terro^npue par des clameurs et des apostrophes : injures d'une part, applaudissements de l'autre. A ce mot, « au nom de la France entière, » la gauche criait : « Non ! » la droite criait : « Oui ! « Enfin il
ISlfARD KtPOf(D AUl I]iÉLÉGUÉS DE LA COMMUNE. H 9
lui fut possible d'achever et ronentendit ces paroles cjui sont à peu près' le seul souvenir que l'histoire ait attaché au nom d'Isnard :
ce Paris serait anéanti ! » Puis àii milieu de la tempête qv'il venait de susciter, il ajouta : « Bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si P^^ris a existé. »
Danton répondit sans emportement, reprocha au président d'avoir donné le signal du combat, au lieu* d'avoir présenté l'olivier de la paix; il justifia Paris. ^'e prenant pas au sérieux la phrase d'isnard, il disait : ce Je me connais en figures oratoires, » et il* remarquait que le devoir d'un président est de présenter des idées consolantes. Il répéta ce qu'il a:\ait dit souvent sur les bons citoyens qui péchaient par trop d'impétuosité, mais qui méritaient indulgence, car leur énergie servait le peuple. « S'il n'y avait pas eu des hommes ardents^ si le peuple lui-même n'avait pas été violent, il n'y aurait pas eu de révolution. » C'était de lui-même qu'il voulait parler, et il se trouva ainsi amené à faire son apologie et à se défendre contre les accusations d'improbité et de dilapidation qui. lui étaient sans cesse adressées.
Son discours n'eut point de conclusion, n>àis il s'était montré aus&i modéré qu'il pouvait l'être et plus conciliant que les Girondins. Dans la situation du moment cela était habile, tant Topinion modérée était peu courageuse. Pour qu^'elle montrât quelque vivacité, il fallait qu'elle fût émue par un danger imminent et inévitable.
La journée du lendemain , 26 mai , se passa assez paisiblement. Un nombreux rassemblement de femmes se forma de grand rnoXin sur le quai Saint-Bernard et se porta vers la Convention. Elles firent beaucoup de