‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 5 sur 108 · SÉANCES DES JACOBINS · texte numérisé non relu

SÉANCES DES JACOBINS

la diriger , sous la condition de ne point contrarier directement ses vœux , de ne point s'opposer à ses exigences. Ce qu'elle désirait y ce qu'elle requérait différait peu de ce que voulait le comité central renié par elle.

La trahison de Dumouriez y avait excit.é de vives alarmes, et pendant quelques jours les séances préseni^èrent un aspect de trouble et de déraison; on voyait san^ cesse des députations des sections et des clubs demandant des mesures révolutionnaires ou apportant des dénonciations. La citoyenne Lacombe Venait, au nom de la société fraternelle, proposer d'envoyer les aristocrates, les accapareurs et les propriétaires, combattre les ennemis qui s'avançaient sur Paris ; s'ils trahissaient la cause de la liberté, les patriotes restés dans la ville égorgeraient leurs femmes et leurs enfants gardés en otagel Un enfant de huit ans disait que l'aristocratie levait une tête altière, que Dumouriez .voulait entourer Paris et le réduire par famine : il fallait donc prévenir les tyrans.

Les membres, de la société proposaient à l'envi des mesures qui , plus tard , devaient être ordonnées par décrets de la Convention , mais qui étaient prématurées. — Dn représentant, Albitte, voulait qu'il n'y eût aucune différence entre le soldat et le citoyen, de manière que tout citoyen fût soldat; il s'indignait que le soldat ne fût pas l'égal de l'oflicier. Le système militaire devait être détruit; on avait détruit le royalismie, il fallait donc fouler aux pieds les préjugés, et dire : (( Celui-là commandera puisqu'il a du courage. »

Dn autre demandait, ce qui depuis fut requis impérieVisement par les Jacobins , que tous les nobles fussent expulsés de l'armée.

DANTON PROPOSE l'aRMÉE RÉVOLUTIONNAIRE. 13

Puis c'était la peine de mort contre quiconque ne prendrait pas les assignats au pair. — Tous les emplois devaient être donnés aux sans-culottes, san^çautioanement. rc La tête d'un fonctionnaire est le véri-* table cautionnement. — Le tribunal révolutionnaire doit faire tomber non pas une, mais douze tètes par jour. '. — Il faut couper cent. mille têtes pour sauver yÎDgt-quatre millions d'hommes. — Les gens d'esprit nous ont trahis; il faut mettre un invalide à la tête de DOS acmées. Il ne nous faut que du bon sens et cet invalide ne nous trahira point. »

Un membre du tribunal révolutionnaire se plaignait da peu de latitude donnée à cette juridiction, et s'excusait ainsi de la lenteur des jugements. — On demandait l'établissement d'un confite révolutionnaire dans chaque commune.

Tels étaient les propos dont s'entretenait la société des Jacobins; maïs le principal emploi des séances était Taccusation des Girondins. Robespierre et les conventionnels habitués des Jacobins y, revenaient sans cesse avec une obstination de haine et de calomnie.

La Convention suivait sans résistance l'impulsion des Jacobins; elle essayait de rendre passibles et praticables les mesures qui lui étaient demandées; ainsi elle décréta, sur la proposition de Lacroix, fortement appuyée par Danton, sans être contredite par personne, qu'il serait formé une armée de quarante mille, hommes pour couvrir Paris.

« Vous allez annoncer à l'univers, disait Danton, le grand moyen d'éterniser la république ; c'est d'appeler le peuple à sa défense. Vous allez avoir une armée

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de sans-culottes. Pendant que vous combattrez les ennemis de l'extérieur, les aristocrates seront sous la pique des sans-culottes. Ce sera une garde du peuple salariée par la, nation. » — « J'ai une autre proposition à vous faire. Il faut que le prix du pain soit dans une juste proportion avec le salaire du pauvre : ce qui excédera sera payé par le riche. Vous assurerez ainsi l'existence et la dignité du peuple, vous l'attacherez à la Révolution ; il dira : nos représentants nous ont donné du pain ; ils ont plus fait qu'aucun de nos anciens rois. »

Cette proposition fut, comme' la première, adoptée au milieu des applaudissements. Ainsi se succédaient rapidement une série de mesures destinées, non pas à établir en France un nouvel ordre de la société , mais à détruire de fond en comble, celle qui avait existé. On ne pouvait apercevoir dans les pensées, ni dans les espérances des révolutionnaires aucun sys* tème de gouvernement, aucune organisation sociale; ils n'étaient pas même chimériques. Dès que la crainte de voir renaître une autorité régulière , une hiérarchie légale s'emparait de leur esprit, ils se passionnaient à. rendre impossible un retour vers le passé, et à ne pas laisser vivre quiconque s'en serait félicité. Leur seul moyen de défense était de corrompre et d'exciter les aveugles penchants des classes inférieures, de lâcher les écluses révolutionnaires, sauf à chercher plus tard comment pourrait être réglé le cours du torrent.

Le décret sur l'armée intérieure comportait manifestement de tels désordres, qu'il resta longtemps sans exécution et seulement posé en principe. Plus tard , on en dériva là formation de ces armées révo-

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