G8 ROBESPIERRE
il entendait qu'elles fussent admirées et reçues comme lois. C'était un rhéteur despotique. Grave, taciturne, sentencieux, tranchant, il tenait les autres à distance et leur inspirait une répugnance mêlée d'effroi. On savait que de lui on pouvait tout craindre.
Son ambition n'employait qu'un seul moyen, et ce moyen augmentait les alarmes que son règne prochain faisait concevoir, il s'était fait le courtisan du peuple. Comme ce mot, « le peuple, » a une signification vague et diverse, sa recherche de la popularité ne s^était pas toujours adressée aux mêmes classes de la société. S'abaissant de plus en plus pour trouver des auxiliaires à ses haines envieuses, il en était venu à ce point que, pour lui, le peuple n'était plus que la portion la plus ignorante, la moins cultivée, la moins intéressée au maintien de rot*dre , la plus aveugle et la plus prompte dans ses passions.
Mais ce peuple-là, pris dans son ensemble et répandu sur toute la surface du territoire , ne peut jamais obéir simultanément, et avec universalité, à l'influence et aux suggestions révolutionnaires. Transporter la souveraineté à cette classe, c'est encore une fiction.
Le peuple souverain ne fut donc plus que la population de Paris; mais les habitants de la capitale n'étaient pas tous ennemis de l'ordre public, ni dociles aux commandements des agitateurs; de sorte que le nom et les droits du peuple français furent conférés à un club, à une réunion confuse, à un attroupement d'hommes payés ou ivres, à un certain nombre de tapageurs, qui eurent pour métier de représenter le peuple souverain les jours d'émeute.
Un de ces conventionnels, qui soumettait ses actes et sa conduite aux phases les plus tristes de la Révo-