‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 56 sur 108 · PERMANENCE DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

PERMANENCE DE LA COMMUNE

31 mai çt du 2 juin dans les départements, ramenèrent le projet de ne . point traduire les députés arrêtés devant le tribunal révolutionnaire, et de leur garantir la vie sauve en donnant des otages. Danton revint à cette idée ; Marat , lui-même , donna une preuve de modération; sans se départir des accusations qu'il avût sans cesse adressées aux hommes d'État, il écrivit à la Convention que , pour ouvrir les yeux à la nation abusée sur son compte, pour ne plus être une pomme de discorde, il était prêt à tout sacrifier pour le retour de la paix, et qu'il renoncerait à Texercice de ses fonctions de député jusqu'après le jugement des représentants accusés.

La Montagne donna de grandes louanges au sentiment qui avait inspiré cette démarche; mais on passa à l'ordre du jour. Un député ne pouvait, disait-on, suspendre l'accomplissement de son devoir. Plusieurs membres de la Convention , hommes obscurs et tranquilles, donnèrent leur démission à ce moment* Ils n'avaient plus la conscience de pouvoir faire le bien.

Cependant le conseil général de la commuae restait en permanence et s'intitulait conseil révolutionnaire. Le comité central révolutionnaire, qu'il avait institué, continuait aussi à exercer son autorité et envoyait à la Convention des adresses impérieuses. Les séances de la municipalité avaient le caractère et le ton d'une assemblée souveraine. 11 s'y tenait d'étranges discours; toutefois, un député de Lyon, qui déjà s'était fait renvoyer des Jacobins, ayant formellement proposé de rendre, plus nombreuse l'arrestation des gens suspects, puis de les massacrer, ainsi que les députés accusés, une indignation générale éclata. Hébert lui-

LETTRE DE VEaCMAUD. 171

même déclara que tout homme qui proposait de répandre le sang était un mauvais citoyen.

Cet état de Topinion et cette modération des hommes qui avaient fait ou voulu le Si mai, rendirent aux 6i* ]*ondins et à leurs amis du courage et de l'imprévoyance. Les détenus écrivaient à la Convention des lettres où ils demandaient hautement qu'on examinât les dénonciations portées contre eux par la commune.

On avait commencé la^ lecture d'une lettre de Vergldiaud : elle était conçue dans des termes qui déplaisaient aux Jacobins. Us démandèrent qu'elle ne fût pas achevée. et qu'on la renvoyât au comité de salut public.

Ponlécoulimt remarqua que si la commune ne pouvait pas fournir les preuves de son accusation^ les trente^eux détenus ne devaieqt pas en souffrir. Il demanda que, dès le lendemain, le comité fît son rapport sur les dénoncés et les dénonciateurs. « Sans doute, dit-il f on n'étouffera point la voix de ceux qui voudront défendre les premiers et accuser les autres. »

La Montagne insistait pour qu'on donnât du temps au comité, afin de reconnaître les ramifications du vaste complot qui avait suscité les séditions de Marseille et deLyon« C'était, disait-on, le crime des fédéralistes, le but qu'ils avaient depuis longtemps voulu atteindre. K Si les Girondins n'avaient pas eu le privilège exclusif de la parole et la prétention d'être les seuls hommes de bien, on aurait éclairci.les faits, et le glaive de la loi les aurait frappés. »

Le vote fut douteux et la lecture fut continuée. Vergniaud disait : m J'ai offert nia tète en expiation des trahisons dont je serai convaincu. Si Lhuillier et

172 RAPPORT DE BARÈRF.

Uassenfratz ne produisent pas de preuves, je demande à mon tour qu'ils aillent à Téchafaud :

•u V Pour avoir fait assiéger la Convention par une force armée qui, ignorant la cause de ce mouvement, a failli, par excès de patriotisme, opérer la contrerévolution ;

(( 2"" Pour avoir mis à la tète de cette armée un commandant qui a violé la liberté de la Convention ;

a S"" Pour avoir obtenu par violence Tarrestation de plusieurs représentants du peuple ;

c^ U"" Pour avoir jeté dans tous les départements les brandons de la guerre civile ;

« S"" Pour avoir retenu à Paris les bataillons qui devaient aller dans la Vendée. x>

La lettre fut renvoyée au comité de salut public.

Barère se présenta pour lire le rapport tant demandé : il était conçu dans le même esprit qu'une proclamation adoptée par TAssemblée le lendemain du 31 mai. Le comité ne donnait point la moindre approbation aux événements du 2 juin, u Cette journée^ disait le rapporteur, a fait, sur quelques esprits et peut faire sur des citoyens éloignés , une impression dont votre fermeté ne craindrait pas les suites; mais il importe de les prévenir. Là où les amis ardents de la liberté n'ont vu qu'une erreur de la force , les citoyens alarmés ont cru voir un dessein formel d'attaquer les droits du peuple.... Le comité a vu un mécanisme révolutionnaire semblable à celui qui avait brisé le trône au 10 août, mais il n'a pu briser la souveraineté du peuple.... Nous avons cru que l'ordre devait renaître de l'excès du mal , que le respect dû à la législature devait s'établir sur les rui-

KAFPORT DE BARÈRE. 173

nés d'an système d'avilissement trop longtemps toléré. Les comités révolutionnaires doivent disparaître, alors qu'ils cessent d'être utiles , alors qu'ils nuisent à la liberté civile et attentent à la souveraineté nationale. Dans quelques villes ils ont servi à assouvir des baines privées; ailleurs ils ont établi et perçu des taxes arbi- 'iraires.t Ce ne sont plus là que des sentiments d'anarofaie et de vengeance.... Le comité révolutionnaire de la république y c'est nous; c'est la Convention , non c^ette Convention divisée en partis , se déchirant l'un l** autre, et présentant plutôt le spectacle de gladiateurs a,chamés que de législateurs sàges^... C'est à vous de d iriger la force publique pour l'appliquer, non à des projets de parti, mais aux volontés nationales. » Puis Barère indiquait successivement tous les actes *bitraires et illégaux des autorités municipales de Pa- \f les arrestations, la violation du secret des lettres, la suppression des journaux. Enfin il en venait au point le plus important : (( Quant à nos collègues mis en arl'estationy nous avons plusieurs fois demandé des actes et des pièces aux autorités constituées qui les avaient dénoncés.... Le comité central révolutionnaire notis a allégué le travail immense dont il est accablé et nous ^ demandé un délai.... Les ébranlements du mouvement qui y dimanche dernier, a environné la représentation'Hationalè d'une force armée, retentissent, au moment où je vous parle, dans toute l'étendue de ht république. Paris est debout, mais la France entière pourrait se ndéprendre et se mettre debout aussi. Voilà: ce qu'il faut éviter. ...

«Hommes de la Montagne, vous ne vous êtes point placés sans doute sur ce point élevé pour vous mettre ^u-dessus de la vérité. Entendez donc la vérité que le

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