FIN DE LA RÉBELLION
tance jusqu'à Vernon. La ville était occupée par onze ou douze cents hommes levés à la hâte dans Paris, et par trois cents gendarmes pris dans les environs, avec quelque artillerie; ce peu de force suflit pour arrêter les insurgés. Le lendemain, 13 juillet, la petite armée républicaine, dont les chefs étaient informés des dispositions incertaines et du désordre qui régnaient parmi les rebelles, s'avança jusqu'à Pacy à trois lieues d'Évreux. 11 y eut alors devant la ville une sorte de combat;. de part et d'autre plusieurs coups de canon furent tirés. Les deux armées, qui n'étaient aguerries ni l'une ni l'autre, firent retraite en même temps. Puis la troupe parisienne apprenant que les insurgés ne s'étaient pas arrêtes dans leurs positions et que même ils évacuaient Pacy, revint et occupa la ville. Évreux, abandonné aussi par Puisaye et ses soldats en déroute , envoya une députation et ce soumit à l'autorité conventionnelle.
Le général Wimpfea était à Lisieux; il ne put rallier les débris de son arnxée, et revint à Caen. On parla pendant quelques instants de mettre la ville en état de siège et de s'y défendre. Ces incertitudes durèrent pendant une semaine. Wimpfen était retourné à Lisieux. La, il essaya de négocier, et il écrivit au géné-^ rai républicain , le 1 9 juillet : « Voulez-vous la guerre civile? Avancez. Ne la voulez-vous pas ? 'N'enfreignez pas le territoire du Calvados. Sous peu, l'on s'expli^ quera. En attendant, lisez les proclamations, ^'ai voulu prévenir de grands malheurs. Voulez-vous les faire naître? »
Pendant ce temps les administrateurs du Calvados suivaient avec les agents du comité de salut public
nnt négociation qui allait réussir. Beaucoup d'assis ui. 13
gnais furent distribués à Caen. Il fut promis de fermer les yeux sur le passé. Le 23 juillet, les décrets qui mettaient hors la loi le général Wimpfen et les députés fugitifs furent affichés à La porte même de Thôtel où ils étaient logés.
Trois bataillons bretons restaient encore fidèles à la cause qu'ils étaient venus défendre. Ils partirent pour retourner dans leur pays, emnienant et escortant les députés, qui allaient y chercher asile. Wimpfen se cacha aux environs ; ses propriétés et sa famille étaient dans le voisinage. Il se déroba ainsi à Téchafaud, et sa retraite ne fut point 4écouverte. Puisaye alla se réunir aux royalistes de Bretagne et se fit un nom dans la guerre civile.
Deux semaines avant la fia de Tinsurreclion et la dispersion des Girondins, une jeune fille accompagnée d'un vieux domestique, se présenta à Thôtel où logeaient les députés ; elle demanda Barbaroux et le pria de lui donner une lettre de recommandation pour le ministre de Tintérieur. Il répondit que la signature d'un proscrit ne serait pas un titre pour obtenir la faveur de Garât. Elle insista. L'affaire, dont elle semblait occupée, concernait une demoiselle de Forbin ^ provençale et compatriote de Barbaroux. Il promit tine lettre pour son ami et collègue Duperret, afin qu'il la conseillât et la guidât dans les démarches qu'elle hu* rait à faire. Barbaroux oublia sa promesse. La jeune personne revint huit jours après, toujours accompagnée de son domestique. Ces deux conversations se passèrent dans une salle ouverte, qui servait de passage aux allants et venants. Pétion la vit et lui dit : « Voilà une belle aristocrate, qui vient voir des républi-
CHARLOTTE CORÛAY. 195
^^ns. » Le lendemain^ Barbaroux envoya la lettre; Ji en fut remercié par un billet où la jeune personne annonçait son départ.
Elle se nommait Marie-Anne-Charlotte Corday d'Ar-
xiont. Elle était née de parents nobles, mais pauvres,
À Saint-Saturnin des Ligneries, près d*Argentan, le
^8 juillet 1768. Jeune encore, elle avait perdu sa
mère et avait été élevée dans Tabbaye des Dames, à
Caen. En 1793, elle était âgée de vingt-cinq ans,
belle, sa physionomie grave et douce» sa démarche
noble et gracieuse. Elle vivait chez une de ses tantes,
femme âgée et respectable.
U paridt que les habitudes et les sentiments de re* ligioa qu'elle avait dû contracter au couvent firent place, dans cette âme élevée, à la morale du sentiment enseignée par Rousseau. Elle avait lu beaucoup la littérature du iviu*" siècle et s'y était inspirée d'un amour idéal de la liberté. On voit par un passage d'une lettre qu'elle écrivit plus tard, que Raynal, le plus ardent révolutionnaire des écrivains de cette époque y était son auteur favori. Elle y avait rencontré bien des pages ^ où un fanatisme déclamatoire de liberté eCEace toute idée de morale et d'humanité. Probablement elle s'était tenue au courant de la Révolution, et avait pu ainsi lire ou entendre parler souteot de meurtre et de sang répandu. La vertu de Brutuft et le courage d'Ankarstrom étaient alors uû texte habituel d'adoration. La tribune des clubs et de la Convaition retentissait des mots de vengeance^ d'échafoud, de justice accomplie par l'assassinat; souvent on y avait fait reluire des poignards.
Ainsi, dans la retraite et le silence, isolée parmi un entourage où son esprit ne rencontrait nulle commu-
nication Bympathique^ elle s'était solitairement exaltée. Sa famille était royaliste ; elle se croyait républicaine. Au point où en était venue la Révolution, rattachement à la monarchie et Tamour de la liberté se confondaient dans une commune aversion contre la tyrannie qui venait d'accomplir le 31 mai. Le séjour des Girondins dans la ville qu'elle habitait, la renommée qui les précédait, l'intérêt qui se portait sur eux, leurs discours à l'assemblée de résistance dont les séances étaient publiques^ mettaient en mouvement tous les esprits.
Ce fut là que Charlotte Corday les entendit; peutêtre en rencontra-t-elle quelques-uns en société, quoiqu'elle vécût fort retirée. Son enthousiasme devint une passion secrète que ne contrôlaient plus le jugement ni la réflexion. Elle arriva à Paris le 11 juillet et descendit dans un modeste hôtel garni. Elle se présenta chez Duperret et lui remit la lettre de Barbaroux, qu'accompagnaient quelques exemplaires des proclamations girondines. Elle le pria de la conduire chez le ministre de l'intérieur; il promit d'aller le lendemain la prendre à son auberge.
Duperret avait trouvé dans sa contenance et sa pa« rôle quelque chose d'extraordinaire; ils allèrent chez le ministre I qui ne put les recevoir. « J'irai une autre fois, V lui dit-elle. Puis elle lui répéta plusieurs fois : « Quittez l'Assemblée; vous n'y faites rien. Vous pouvez opérer du bien en allant à Caen avec vos collègues seWir la chose publique. » 11 la ramena phez elle, lui offrant de revenir le lendemain la chercher ; elle le lui défendit.
Le 13 juillet elle, écrivit à Marat un billet ainsi conçu : ^< J 'arrive de Caen; votre amour pour la patrie
CHARLOTTE CORDAT. i97
me fait pt^ésutner que vous connaîtrez avec plaisir léb malheureux événements de cette partie de la républi*que. Je me présenterai chez vous vers une heures ^yez la bonté de me recevoir et de m'accorder un mo^ Tnent d'entretien ; je vous mettrai à même de rendre ^n grand service à la France. »
Marat était malade, et lorsqu'elle se présenta chet lui , il ne la reçut point; elle écrivit un autre billet : Mi Je vous ai écrit ce matin ^ Marat; avez-vous reçu :xna lettre? Je ne puis le croire ^ piii8q[a*on m'a refusé ^wotre porte. J'espère que demain vous m'accorderte ^wne entrevue. Je vous le répète : J'arrive de Caen; j'ai a vous révéler des secrets importants pour la repu- !K)lique. D'ailleurs je suis perséclUtée pour la cause de a liberté; je suis malheureuse; il suffit que je le sois ur avoir droit à votre protection. »
Lorsqu'elle revint chez Marat, il avait ordonné 'elle fût reçue. Il était dans un bain; elle s'assit , et ur sa demande, elle lui dicta les noms des députés ui étaient à Caen et des administrateurs d'Évreux.
« Sous peu de jours , dit-il , je les ferai guillotiner
â Paris. >i
Cette parole décida de son sort^; elle tira un couteau qu'elle tenait caché et le plongea dans la gorge de Ma- :x^t. Le sang jaillit aussitôt; il cria : « Âmoi^ ma chère amie ! » Sa servante qui était dans la chambre voisine, accourut; il était mort.
Un plieur de journaux était dans l'antichambre; il oria au secours, barra le chemin à Charlotte Corday 6t la frappa à la tète avec une chaise. Cependant sur le bruit répandu qu'on assassinait Marat, la foule s'a-
^ Lettre de Charlotte Corday à Barbaroux.
198 CHARLOTTE CORDAT.
massait autour de la maison et dans Tescalier. Elle fu conduite à la section où elle répondit à un premier in< terrogatoire du commissaire de police. Deux représen tants, Chabot et Drouet, étaient accourus; ils étaien plus troublés qu'elle; sa contenance était calme; elli ne cherchait ni excuse, ni dénégation. Ses répooM étaient prononcées d'une voix naturelle, et que noll émotion n'altérait; un léger sourire passait quelquefoii sur ses lèvresk ^Mtefois les cris de vengeance de l servante de llarttretdes femmes qui s'étaient mises i sa suite, lui caoaàrent un instant de trouble; elle crai gnait d'être massacrée et témoigna de la reconnais sance à ceux qui la préservaient des fureurs de 1 populace. Le conventionnel Drouet la conduisit dan la prison de l'Abbaye ; puis deux jours après elle fa transférée à la Conciergerie. Le 16, au soir, la veill du jour où elle devait comparaître devant le tribuna révolutionnaire, elle écrivit à Barbaroux une lettr datée de la chambre de Brissot.
Cette lettre est sans aucune familiarité et témoign qu'elle le connaissait à peine; mais elle avait promi de lui rendre compte de son voyage. Elle le raconl avec simplicité , comme elle aurait pu faire si réelle ment elle n'était venue à Paris que pour les inté rets de M"* de Forbin. Elle parle de l'injustic de la Convention, qui veut absolument lui donne pour complice Fauchet, qu'elle n'a point vu, et Du perret, qui ne pouvait rien savoir de son dessein (c On n'est guère content de n'avoir qu'une fenmi sans conséquence à sacrifier aux mânes du graui homme. Pardon, hommes, ce nom déshonore votr espèce. C'était une bète féroce qui allait dévorer 1 reste de la France par le feu de la guerre civile. Main
tenant, vive la paix! On voit par la suite de la lettre dans quelle idée elle donnait sa vie pour tuer Marat. Elle ne songeait à aucune contre-révolution.
Croyant que cet homme féroce , cet auteur du 31 mai était Tobstacle principal à une pacification qui rap^ pellerait les Girondins à TAssemblée, elle l'immolait pour que la France pût recouvrer la paix intérieure, tt Ce qui m'a décidée tout à fait, c'est le courage avec lequel nos volontaires se sont^ enrôlés. Vous vous ftouvenez comme j'en étais charmée. X^at considéré que' tant de braves gens venaient à Paris pour chercher la^ tête d'un seul homme , qu'ils auraient peut-être manqué ou qui aurait entraîné dans sa perte beaucoup de bons citoyens , et qu'il ne méritait pas cet honneur. Il suffisait de la main d'une femme. J'avoue que j'ai employé un artifice perfide pour qu'il pût me recevoir. » Elle avait cité plus haut cette maxime de son (( cher et vertueux Raynal : » u On ne doit pas la vérité à ses tyrans. »
« Je m'attendais bien à mourir dans l'instant; des hommes courageux, et vraiment au-dessus de tout éloge, m'ont préservée des fureurs bien excusables des nialheureux que j'avais faits. Les cris dé quelques femmes m'ont émue, mais qui sauve la patrie ne saperçoit pas de ce qu'il en coûte. Puisse la paix s'établir aussitôt que je le désire ! Voilà un grand criminel à bas; sans cela nous ne l'aurions jamais eue, » Elle parlait de l'affliction de son père. « Je vous prie, citoyen et vos collègues, de prendre la défense de mes parents, si on les inquiète. Je n'ai jamais haï qu'un seul être. Ceux qui me regretteront se réjouiront de me voir dans les champs Elysées avec jBrutus et <{uelques anciens, car les modernes ne me tentent
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pas; ils sont trop vils! 11 est peu de vrais patriotes qui sachent mourir pour leur pays ; ils sont presque tous égoïstes.
«. On doit croire à la valeur des habitants du Calvados » puisque les femmes de ce pays sont capables de fermeté. Au reste j'ignore comment se passeront les derniers, moments de ma vie, et c'est la fin qui cauronne Toeuvre. Je n'ai pas besoin d'affecter l'insensibilité sur mon sort^ car jusqu'ici je n'ai pas la moindre crainte de la mort. C'est demain à huit heures qu'on me juge : probablement à midi j'aurai vécu, pour parler le langage romain. »
La lettre adressée à son père avait plus de calme et de simplicité : « Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de ma vie sans votre consentement. J'ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien des désastres. Le peuple un jour, désabusé, se réjouira d'être délivré d'un tyran. Adieu, je vous prie de m'oublier ou plutôt de vous réjouir de mon sort. Vous connaissez votre fille : un motif blâmable n'aurait pu la conduire. J'embrasse ma sœur, que j'aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents. Souvenez-vous de ce vers de Corneille :
Le crime fait la honte et non pas Téchafaud.
Le sang-froid et la dignité de Charlotte Corday i l'audience du tribunal révolutionnaire, furent admj« râbles. Elle dit, même avant l'audition des témoins ; a C'est moi qui l'ai tué.— Qui vous a engagée à com< mettre cet assassinat? — Ses crimes. —«Qu'entendezvous par ses crimes ? — Les malheurs dont il a éU cause depuis la Révolution. »
Elle fut interrogée sur ce qui se passait dans h
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Calvados. «Les députés , répondit-elle , ne se mêlent de rien. Ils attendent que Tanarchie cesse , pour re • prendre leur poste. — Qui vous a dit que l'anarchie régnait à Paris? — Je le savais par les journaux, »
On lui demanda si elle lisait les journaux girondins. « Non, dit-elle, je ne les ai jamais vus. — Ëtiez*vou8 en liaison d'amitié avec les députés retirés à Caen? — Non, mais je parlais à tous. — Que disent-ils de Robespierre et de Danton ? — « Ils les regardent , avec Marat, comme les provocateurs^de U guerre civile, •-^aelles personnes fréquentiez- vous à Caen ? — Très<peu;je connais un officier municipal nommé Larue et le curé de Saint-Jean. — Alliez-vous à confesse à un prêtre assermenté ou insermenté ? — Ni aux uns , ni aux autres ; je n'avais point de confesseur. — Y avaitii longtemps que vous aviez formé le projet de tuer Marat? — Depuis le 31 mai , jour de l'arrestation des députés du peuple. Je savais qu'il pervertissait la France. J'ai tué un homme pomr en sauver cent mille. J'étais républicaine bien avant la Révolution et je n'ai jamais manqué d'énergie. — Qu'entendez-vous par énergie ? — Ceux qui mettent l'intérêt particulier de côté, et savent se sacrifier pour leur patrie. »
Elle avait désigné, pour son défenseur, Pontécoulant député du Calvados. Sans doute elle le connaissait bien peu, puisque dans sa lettre à Barbaroux, elle disait qu'il siégeait sur la Montagne, dont il était an contraire le courageux adversaire. » J'avais d'abord pensé, ajoutait-elle, à demander Robespierre ou Chabot. » Sa lettre à Pontécoulant ne lui fut pas remise. K On n'a pu découvrir son adresse, » dit à l'audience Taccusateur public. Le tribunal avait désigné d'office Chaaveau-Lagarde. 11 prononça peu de paroles.
302 CHABLOTTE COEJUT.
« Ce ealme impertuii>able , dit41, cette entière abnégation de soi-même qui n'annoncent aucun remords, en présence de la mort même ; ce calme et cette abn^ation y sublimes sous un rapport, ne sont pas dans la nature; ils ne peuvent s'expliquer que par le fanatisme politique qui lui a mis le poignard à la main ; c'est à vous, citoyens jurés, à juger de quel poids doH être cette considération morale dans la balance de la justice. »
Elle écouta son arrêt sans nulle émotion ; sa bouche était souriante : « Vous m'avez défendue, dit-elle à son défenseur, d'une manière délicate et généreuse ; c'était la seule qui pût me convenir. Je vous en remercie; elle me fait concevoir pour vous une estime dont je veux vous donner la preuve : ces messieurs (et elle montra ces juges), viennent de m'apprendre que mes biens sont confisqués. Je dois quelque chose dans la prison ; je vous charge d'acquitter mes dettes. »
Un prêtre se présenta pour l'assister à ses derniers moments, (c Remerciez, lui dit-elle, les personnes qui ont eu l'attention de vous envoyer; je n'ai pas besoin de votre ministère. »
Un peintre avait commencé son portrait ; elle s'en aperçut et lui dit : a Je vais rester dans la même position. » Un moment après on l'emmena dans une salle voisine du tribunal. Le peintre l'y suivit pour achever son dessin ; lorsqu'il Teut terminé, elle le regarda et le trouva ressemblant. En cet instant le bourreau était entré portant la draperie rouge, dont, seloU' la sentence , elle devait être revêtue, ce Quoi ! déjà? » dit-elle. Elle avait demandé des ciseaux et coupa une mèche de ses cheveux; elle la donna au
peintre : — * « Je n'ai que ce moyen de reconnaître Tintérêt que vous me témoignez : prenez mes cheveux pendant qu'ils sont encore à moi ; >} car le bourreau s'avançait pour couper sa chevelure^ puis il jeta la draperie rouge sur ses épaules.
Elle était si belle ainsi, son expression avait tant de noblesse et de fermeté que lorsqu'elle traversa la iouley qui entourait la fatale charrette, au lieu des imprécations et des propos féroces, qui ordinairement étaient adressés aux condamnés quand ils marchaient au supplice, on entendait : « Mon Dieu, quel dom« mage ! si jeune et si belle ! » Son courage ne se démentit point pendant le funèbre trajet, ni lorsqu'elle fut sur Téchafaud.
Un garçon charpentier releva cette tète sanglante, la montra aux spectateurs et la frappa d'un soufflet ; cette abomination indigna la foule qui se pressait pour assister au supplice. Le bourreau publia une lettre pour se disculper, et le misérable fut puni par le tribunal de police.
Un sentiment de profonde pitié s'est attaché à la niémoire de Charlotte Gorday. Il est impossible' de ne pas être désolé en voyant quel désordre avait jeté, dans une âme si généreuse et si pure , l'influence de l'époque où elle vivait. L'oubli ou le dédain des devoirs religieux et moraux, l'orgueil du sens individuel, la foi accordée à un langage emphatique et théâtral, l'anarchie des opinions avaient égaré et comme enivré ce caractère naturellement noble et sensible; l'acte insensé qu'elle conçut et qu'elle accomplit fut le crime de son temps plus que le sien; elle marcha à l'assassinat comme elle eût marché au martyre, et répandit le sang de Marat moins volontiers