‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 70 sur 108 · EXIGENCES DES JACOBINS · texte numérisé non relu

EXIGENCES DES JACOBINS

Robespierre répondait à toutes ces propositions impérieusement exprimées : u Je ne m'oppose à rien. Maib je déclare que si la Convention ne s'unit pas au peuple pour sauver le peuple , en écrasant la ligue des tyrang conjurés , avant un mois vous .verrez de nouvelles trahisons éclater de toutes parts ; vous serez vaincus , vous monterez sur réchafaud, et ce sera le digne prix de votre imprévoyance et de votre lâcheté. »

C'étaient surtout les revers que les armées républicaines éprouvaient sans cesse dans les départements ^e l'ouest qui troublaient les Jacobins; auBsi Robes- ;|)ierre ne les trouvait-il pas dociles et confiants comme ^é coutume. Ils hii imputaient le silence et Tinertie ^tii semblaient régner à la Convention. Legendre essaya de lui ramener la faveur de -la société. « Ralespierre, disait-il ^ qui ne s'est jamais trompé sur les événements politiques , descendra du rocher, électrisera tous les cœurs par son éloquence.... » Des murvsures éclatèrent. — • « Je ne sais si je blesse les ^Dreilles de quelqu'un en parlant de Robespierre, ^ftnaisy je le répète, j'honore ses principes, j'admire ^on cotiragé. »

De nouveaux murmures se firent entendre ; Le- ^ndre descendit de la tribune et s'élança sur un des interrupteurs; un grand tumulte troubla pendant quelques moments la séance; on sépara les deux ad* "versaires. Robespierre reparut à la tribune, déplora la désunion dés patriotes , leurs dissentiments sur les principes et, se montra découragé, w Je déclare, di- Bait-il, mon insuffisance, je n'ai plus la vigueur nécessaire pour combattre les intrigues de l'aristocratie. Épuisé par quatre années de travaux pénibles et

230 EXIOBNCES DES iACOBINS.

irifroctueux y je sens que mes facultés physiques et morales ne sont plus au niveau de la Révolution* Je déclare que je donnerai ma démission. )i Plusieurs voix crièrent : « Non ! non ! » •

Danton aussi eut à reconquérir sa position aux Ja*cobins; il s'y présenta le lendemain d'une séance de la Convention, où il avait tonné contre les députés fugitirsy où il avait célébré dans les twmes les plus pompeux la gloire du peuple de Paris, et obtenu de la Convention le décret qui déclarait que la-cooimune et le conseil général révolutionnaire avaient sauvé la liljerté. Le président des Jacobins le remercia d^a-^. voifi par son discours, sauvé la république.

Di^nton s'excusa de son absence habituelle delà société par ses travaux dans les cooûtés. Ses efforts 4le peiisée et d'énergie l'avaient, disait-il, r anéanti, (c Mais je vous égalerai en génie et en audace révolutionnaires : je mourrai Jacobin. Je suis souvent.obligé de garder des ménagements pour, ranimer des esprits faibles; mais le bonheur public est toujours l'objet de. mes travaux. Nous- serons vainqueurs; on fera- un exemple terrible des contre-^révolutionnaires. di

Robespierre, et surtout Danton , eurent encore plus d!une attaque à soutenir aux Jacobins. L'un avait à défendre beaucoup moins sa conduite personnelle que la nlarche générale des affaires; il lui fallait défendre la Convention, le comité de salut public^ les ministres; l'autre avait à répondre à des imputations plus directes contre lui-même. L'avantage dans ces discussions leur demeurait toujours. Ils parvenaient aussi à régler les mouvements de la commune et du club des Cordeliers. Un mauvais prêtre, qui souvent avait excédé la mesure de démagogie acceptée par les prin-

BUGBlfCBS DES JACOBINS. 231

cîpaux conducteurs du parti révolutionnaire , Jacques

KdQXy avait voulu continuer rbabitudb des pétitions

jmenaçantes portées à la Convention par de nombreuses

^iéputations. Le comité, qui siégeait encore à TArche-

^vêchéy recevait ses directions. Il fut injurieusemeat

cSésavoué à la tribune des Jacobind et cbaasé des Cor-

déliera. C'était en excitant les esprits contre les acoa*

j>areur8^ les agioteurs et le commerce , qu'il troublait

quelques-unes des sections de Paris.

Robesprerre n'avait point la pensée de refuser tout <^e qui était demandé par les Jacobins exagérésy ni naème par les pétitionnaires de Tabbé Roux, mais il ^iroulait que ces exigences fussent délibérées par h Oonvention et réglées avec quelque mesure; il était donc obligé à des- ménagements ^t regardait parfoia les délais comme nécessaires* Sa tache devint plus facile et Tautorité de Ui Montagne mieux établie dans l'Assemblée, lorsque le Calvados fut soumis elles Gî«^ rondins jnis en accusation ou hors la loi. L'accepta* tien générale de la constitution par les assemblées .primaires était aussi une circonstance qui semblait à Robespierre tout à fait décisive. Assurément il ne pou* vaiit y voir le témoignage d'une opinion publique Ubre et unanime. On ne vérifia point le nombre ni la Idéalité des votes ; qui eût osé mettre non sur le registre ? Qui se fût risqué à contester l'exactitude des procès^yerbaux des agents locaux ?

Ainsi furent successivement convertis en décrets presque tous les vœux des Jacobins.

Le principe de l'emprunt forcé d'un milliard avait été adopté le 22 mai, malgré l'opposition des Girondins; lorsqu'ils eurent été expulsés , la Montagne pressa la mise* à exécutioa. Le 21 juin le comité des

232 DÉCRET CONTRE LKS ÀCCAPAREl'Ra.

finances présenta un projet; Robespierre ne l-approuva poiat. Les fortunes médiocres n étaient pas , selon lui , assez ménagées; il ne fallait atteindre quo Topulence. Dans* un moment où le mécontentement des provinces allait jusqu'à la rébeliion, il Importait de ne pas exaspérer la classe moyenne; il demanda, presque en l'ordonnant , que le projet fût renvoyé au comité. Dès le lendemain un autre rapport fut produit : les personnes mariées qui avaient moins da di]( mille livres de rente et les célibataires qui en avaient moins de six /n'étaient point assujettis à l'emprunt; il était progressif. Ainsi le père de famille qui avait .dix mille livres de rente contribuait pour deux mille cent quarante-huit livres ^ et le père de famille qui avait vingt mille livres de rente payait vingt-sept mille cent quatre-vingt-huit livres.

Il y eut peu de discussion; quelques Jacobins voulaient que Temprunt portât sur le capital ; leur objection fut mal accueillie et repoussée comme attentât à la propriété. En fait, cette contribution forcée atteignait les capitaux 9 quoiqu'elle fût répartie selon le revenu.. Une autre observation fut aussi écartée ; un Montagnard trouvait cet emprunt immoral : « Il sera, disait-il, payé en assignats, donc il diminuera la tnasse des assignats circulant et en relèvera la valeur. Ainsi les riches y gagneront ; ce qu'ils payeront augmentera la valeur de ce qui leur restera et ils ne seront pas ruinés. »

Un autre acte d'obéissance aux passions ignorantes et anarchiques qu'avaient caressées les anibitienx révolutionnaires , suivit de près la contribution progressive exigée sous le nom d'emprunt forcé. GoUot

Page 1