‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 71 sur 108 · DÉCRET CONTRE 1<£S ACCAPAREURS · texte numérisé non relu

DÉCRET CONTRE 1<£S ACCAPAREURS

d'Uerbeia présenta, le 26 juillet, uDe loi contre les accapareurs, u ces animaux fiirieux et féroces I 11 faut prendre des moyens sûrs pour les enfermer dans leur labyrinthe i^reux et les faire victimes des crimes qu'ils avaient préparés. Nulle loi n^estplus pressante; la douleur du peuple la sollicite; la différer un instant, ce serait être complice des maux qu'tl souffre. L'agiotage et l'accaparement, ces deux monstres hideux et inséparables/ ont toujours cherché à dévorer les républiques naissantes.... Quoi de plus nuisible que cette ligue.barbare qui médite, jour et nuit, tous les genres d'assassinats, et surtout l'assassinat du pauvre? La nature est abondante et libérale^ et les accapareurs s'efforcent continuellement, par des attentats sacrilèges, à la rendre stérile et impuissante. La nature a souri à notre Révolution et la protège; les accapareurs, d'accord avec les tyrans, 'machinent des calamités et des moyens de contre-révolution. Cette engeance opulente et meurtrière exercera-t-eile ^ chaque heure , en s'emparant de nos subsistances ^ en les détruisant, le droit de vie et de mort sur ^a société entière? Ces denrées précieuses et bienfai* Nantes y assurément aucun de ces hommes barbares ^e les a fait naître; ils n'ont jamais aidé à la produc ^ion d'aucune chose utile. C'est sur la misère et la ^ort qu'ils calculent , ils envahissent le fruit des tueurs de nos honorables agriculteurs. »

Après avoir érigé ainsi en crime d'État le commerce, intermédiaire nécessaire entre le producteur et le consommateur, Collot d'Herbois défendait sa loi du reproche d'atteinte portée à la propriété. « C'étaient les accapareurs qui, par .leurs opérations, voulaient amener la violation des propriétés , afin de calomnier

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ASSIGNATS «OYAfJX DÉMOITÉTMÉS. 235

marcbandisea ; le second tieré sera distribué aux indigents; le dernier tiers appartiendra à la république. »

Le projet de loi fut adopté teniB aucune discus* «ion ; quelques remarques sur lea détails d'exécution furent recommandées à la commission^ qui modifia le texte de eertains articles.

A?ee cette 4oi y il n'y avait pas un commerçait ou un propriétaire qui ne pût être atteint comme accapareur. Elle fût fréquemment appliquée par le tribunal révolutionnaire, et conduisit un grand nom-' bre de victimes sur l'échafaud.

Dès^ ce moment, l'esprit révolutionnaire fut dirigécontre les riches et les commerçants ; ils devinrent une clasae comprise dans la vaste catégorie des contre-révolutionnaires* La législation fut employée à les ruiner et à les persécuter. Leur nom devint une .injure et une menace dans les sociétés popuires, même à la Convention.

Dans un débat sur une mesure proposée par Gam~ bon/ il était question de démonétiser les assignats portant refligie du roi , mais seulement lorsqu'ils feraient d'une valeur nominale supérieure à cent livres. Ils ne devaient plus être reçus que dans l^ caisses publiques , en payement de biens natio- ' ^aux, d'emprunt forcé ou de contributions. Cette opération avait pour effet, quoi qu'en dît Cambon, dé. discréditer les assignats; et comme ceux qui allaient ^t^e versés an compte du trésor public devaient -êtrei^irég de la circulation , la rentrée des contributions ^t des ventes de biens nationaux cesserait d'être une l'Maoafce pourries finances de l'État.*^ Mais les pau-

236 ASâi^auTs aaTACx démonéti&és.

^res Q*avaieat paâ, disuit-oo, entre les mains des aasignatâ de ceat Lifres. La mesure atteignait les riches, donc elle était bonne.

Danton avait repris toutes ses passions révolutionnaires, et comme il ne savait pas arrêter le torrent, il s y précipitait. Voilà comme il parlait à ce sujet : « Il faut que ceux qui possèdent immensément, payent la dette nationale. Quels sont ceux qui supportent la misère publique, qui versent leur sang pour la patrie et combattent Taristocratie financière et boui^eoise? ce sont ceux-là qui n'ont pas en leur possession un assignat de cent livres. Frappez! que vous importent les clameurs des aristocrates? Lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous prenez, vous obtenez la bénédiction nationale. On dit que cette, loi aura un effet rétroactif; c'est une loi politique. Toutes les lois qui ont rasé le despotisme n'ont-elles pas eu un effet rétroactif? — Soyez comme la nature; elle voit la conservation de l'espèce; ne regardez pas les individus. Je ne me connais pas en finance ; mais je suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches frémissent de ce décret; il est funeste à ces gens-là, donc il est avantageux au peuple. »

L'homme qui tenait ce langage avait peut-être plus de discernement qu'aucun autre des politiques révolutionnaires. Sans doute ce jour-là il ne . croyait pas ce qu'il disait; il aimait trop l'argent pour être dé bonne foi en proscrivant la richesse. C'était pour se maintenir et se conserver qu'il s'emportait ainsi hors de toute raison : cela n'était pas même habile comme calcul de circonstance.

Lui-même avait toujours eu la conscience de son

REKOOTELLEMErtT 0U COMITÉ DE SALtT l>bBLIG. 23T

incapacité à prendre part ali gouvernement. Se mettre à la tète d'une décision hardie , donner poar rinstant de Vexécution une sorte d'unité à un mouvement désordonné; en prévoir et en accepter le résultat politique: tel était son génie révolutionnaire. S'imposer une règle de conduite; renoncer à dire en toute liberté et indiscrétion son jugement sur les hommes et les circonstances; se défendre des impressions qui souvent le détournaient de la ligne de ses opinions etjui faisaient oublier ce qu'il avait voulu et accompli la veille : voilà ce qu'on ne pouvait attendre de lui.

Or, le moment était venu pour la faction, on il tenait une si grande place, d'exercer le pouvoir sans obstacle et même sans contradiction. Le comité de salut public devenait un gouvernement. Danton avait senti qu'il ne pouvait l'assujettir et y régner ; il ne voulut donc pas être responsable des volontés qui ne lui obéissaient point. Il vit que la Convention n'avait pas con^ance dans ce comité , tel qu'il était composé. Ce fîit sans doute à son instigation que Camille DesmouliaSy qui était très-inexact aux séances et ne prenait jamais la parole, avait demandé le renouvela lement du comité de salut public , en accompagnant ^ proposition de dénonciations et d'invectives; car il ne parlait ou n'écrivait jamais que sur ce telxte. l'Assemblée procéda le jour même à une élection. Danton n'avait sans doute ni espéré ni désiré rester ^u comité. Son nom ne trouva point place dans le scrutin. Il avait peut-être cru y voir entrer ses amis ^l ses créatures ; son attente fut trompée. Le comité ^t composé de Saint-André, Barëre, Gasparln,

îl

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Couthon, Thurioty SainMust, Pmur de laMarue^ ^j Hérault de Séchelles et Robert Lindet.

,Le comité de salut public avait été ainsi renouvelé^^ lé le fO juillet; les circonstances semblaient en ce^^-^ moment lui rendre le gouvernement assez facile. La^^^ révolte du Calvados avait fini. La Convention;- n'ayante ^^ plus à ménager les Girondins , assurée de n'avoir ^'^k -i plus à traiter avec eux, avait donc pu les abandonner à leurs ennemis ; elle s'abandonnait sans précaution aux exigences des Jacobins ou de. la commune^ et ^^ les .calmait en leur cédant. On venait d'augmenter '^ le nombre des juges du tribunal révolutionnaire; il ^ ^ était divisé en deux sections, qui siégeaient en même temps ; les jurés recevaient, comme les représentants, une indemnité quotidienne de dix*huit livres. Les condamnations n'étaient pas toutefois aussi nombreuses que l'auraient voulu les révolutionnaires exaltés 9 et Carrier s'en plaignait à la tribune des Ja* cobins. Cependant on venait de voir monter s^ur Téchafaudy le même jour, douze accusés de nonrévélation, pour avoir enseveli , en secret, un émigré, le marquis de la Rouerie, qui était mort au moment QÙ il venait en Bretagne pour y tramer un complot de guerre civile* Peu de jours après on. avait vu tomber les tètes de neuf habitants d'Orléans, compromis dans l'émeute où Léonard Bourdon avait été maltraité.

Hais vers la fii^ de juillet, les dangers de la république prirent un caractère plus menaçant qa'à nulle autre époque. Les événements de la guerre civile, sur les rives de la Loire, n'avaient pas cessé d'être contraires aux troupes républicaines. Bordeaux

PEftTB DE MàYENCIE ET DE ¥ÀLBNCIENN]|$8. 239

^'^tait mis en pelation avec les autorités rebelles de ^on 9 de Marseille et de Toulon. Sur les frontières^ années éprouvaient des revers qui commençai^Qt à frayer bien plus encore la Convention et Topinion pm:rbliqiie. .Mayence> avait capitulé après trois n^ois d^ si^ ; /quelques jours après, Valenciennes était avEssi tombé au pouvoir des ennemis.

Le comité de salut public, où Robespierre venait d'^^tre app^é en repplaceoxent de Gasparin, démissionnaire, annonça cette nouvelle - à, la Convention^ Ce nouveau désastre devait nécessairement être attribué à une trahison ; il nis pouvait avec justice être imputé au général Custine, mandé à Paris, depuis quinze jours et mis en accusation par un décret rendu la veille. Reconnaître que le désordre dé Tarmés et le changement continuel des chefs qui la commandaient avaient pu y contribuer, ainsi que Vétat déplorable de l'administration militaire, c'eût été accuser le comité de salut public ; convenir que les soldats de la république n'étaient pas invincibles aurait semblé un témoignage de découragement.

«Telle est la destinée des républiques, disait le rapporteur Barère^ qu'elles ne peuvent se fonder qu'au milieu des orages et des trahisons. En rçcueillant la succession du despotisme , vous deviez vous ttteodre à être trahis par ces hommes, royalistes ^QtreTois,. et qui n'oni feint un instant d'être républi^* cains que pour porter des coups plus meurtriers à la répoMique.^ Mars le complot qui vient d'éclater fumera à son profit, et le peuple, toujours plus S^d dans ses revers, verra bientôt la fin de ses nvatix. » . ' '

Ced avait été dit pour la capitulation de Mayence«

240 HESURCS DE ^LI;T l»UBtlC.

Après la prise de Yalenciennésy Barëre déclaira qu'elle était le résultat d'un vaste complot ourdi par T Angleterre. Pitt entretenait des agents à Paris et dan les départements; il voulait incendier Douai » Liorien et Bayonne et faire assassiner les patriotes par des femmes; il avait envoyé quatre millions aux insurgé de Lyon.

A la suite de ces rapports , le eomtté de salut pu blic proposa de faire transporter en poste^ dans 1 Vendéje, la garnison de Mayence qui avait capitulé sou la condition de rentrer en France sans pouvoir servi contre les armées de la coalition. Les bois, les taillis les genêts des départements de TOuest devaient ètr incendiés y les récoltes coupées, les bestiaux saisis les femmes y les enfants et les vieillards condui dans l'intérieur. Un autre projet de décret^ au de l'humanité outragée, dénonçait à tous les peu pies, et même au peuple anglais, la conduite lâche perfide et atroce du gouvernement anglais qui sou doyait l'assassinat, le poison , Tincendie et tous le crimes pour le triomphe de la tyrannie' et l'anéantis^ — sèment des droits de Thomme. — Les biens de toute les personnes mises hors la loi étaient confisqués. Marie-Antoinette était envoyée au tribunal révolution naire; elle allait être sur-le-champ transférée à Conciergerie. — Tous les individus de la famille Cape étaient condamnés à être déportés, hormis les deux enfants de Louis Capet. — Elisabeth Capet ne devait être déportée qu'après le jugement de Marie-Antoinette.

Dn tel décret n'avait assurément nul rapport avec les miBsures qui pouvaient défendre ia république

MbSLRËS DE SALUT PUUilC. 24.1

contre les années étrangères ou terminer la guerre civile ; il était dicte par cette fureur aveugle qui cherchait à se venger, sur des ennemis vaincus et désarmés, de la résistance et de la victoire des enneniis qui peuvent combattre. C'était la vengeance féroce du sauvage sur le prisonnier qu'il a pu saisir.

Un dernier article témoignait de la barbarie et .de Timpiété qui avait effacé dans Tâme de ces hommes Tempreinte de la civilisation, ce Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans Téglise de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, seront détruits le 1 0 août prochain. »

Cet acte impie ne rencontra pas un contradicteur. Le surnom de père du peuple avait valu une exception en faveur de Louis XII ; l'évêque Grégoire reprocha cette flagornerie à Barère; il assura que ce prétendu père du peuple en avait été le fléau; d'ailleurs il ne fallait pas accoutumer le peuple à Tidée qu'un roi peut être bon.

La profanation des tombes royales était encore une des volontés d'un programme révolutionnaire sorti des bas-fonds du jacobinisme. Il est triste de raconter qu'elle avait été d'avance demandée. Dans une ode publiée quelques mois auparavant, le poëte Lebrun avait célébré les événements de l'année 1792, depuis le 10 août jusqu'au 13 novembre, ce qui comprenaitle 2 septembre; puis venait cette strophe prophétique:

Purgeons le sol des patriotes Par des rois encore infecté ; La terre de la liberté Rejette les os des despotes.

De ces monstres divinisés Que tous les cercueils soient brisés !

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