ACCUSATION DB CARRA
mander la nouvelle constitution au auffirage des assemblées primaires.
Robespierre ne tint nul compte de ses lieux communs patriotiques. Lui aussi avait été journaliste en 1792; il était alors le défenseur de la constitution monarchique. Lorsque Carra et les Girondins voulaient la guerre , il s'y opposait à la tribune ou dans son journal; il n'était pas homme à oublier les rancunes de cette polémique. Il maintint l'accusation en produisant d'autres articles du journal de Carra , et voici comme il parlait à son collègue de révolution et d'assemblée, qu'il voulait envoyer à l'échafaud.
(c Lâche, tu vois tes complots découverts. Le système de tous nos maux est tracé dans tes indignes écrits. Tu t'es réjoui des progrès que faisait sur notre sol toucher Brunswick. Ton âme atroce espère encore qu'il viendra t' arracher au supplice dû à tes forfaits; mais ton attente sera trompée* » — « Citoyens, la présence de ce traître a excité l'indignation que je viens de faire éclater aux yeux du peuple qui m'écoute, n — (( C'était donc pour ton Brunswick que ton exécrable faction broyait les poisons de la calomnie et aiguisait les poignards des assassins! » — « Mais citoyens, c'est trop longtemps vous entretenir d'un conspirateur : la république doit être vengée : qu'il soit, ainsi que ses complices, livré au tribunal révolutionnaire, m
Alors ce fut parmi la Montagne une vive émulation à produire des charges nouvelles contre Carra. Robespierre chercha à calmer cette ardeur, en disant que le décret d'accusation était assez justifié.
Un député de l'Ariége, Ga»ton, prononça aussi son mot contre Carra. On demanda à ce nouvel accusateur
MARCHE liES ARUÉ]» . COALISÉU. 247
s'il n'était poiat frère d'uB nommé Gaston , 4^C^^^i^ a^aitmifl la tète à prix, lorsqu'il était représentant en mission dans la Vendée. Gaston répondit que ce chef dé. rebelles n'était point son frère, ce Si j'avais un frère qui déchirât le sein de ma patrie , je briguerais l'honneur de le poignarder. » Il aurait pu ne point parler par supposition; 3Qn frère était émigré^ il l'avait dénoncé, avait voté la peine de mort contre les émisés et s'en était hautement vanté à la tribune des, Jacobins ; c'est ce que Lacroix s'empressa d'attester.
Ainsi Carra fut envoyé en accusation , comme corn** plice du gouvernement anglais. Il y avait parmi la faction révolutionnaire une telle démence d'indignation contre l'Angleterre , que trois jours après, Garnier de Saintes demanda que William Pitt fût déclaré l'ennemi du genre humain et que tout le monde eût droit de l'assassiner. Il espérait qu'un ami de l'humanité, un nouveau Mutins Scœvola, délivrerait la terre de ce monstre.
L'assassinat ordonné par une loij)arut pourtant une indignité à la Convention , comme à l'Assemblée législative qui avait rejeté les tyrannieides; Couthon ne voulut pas qu'on allât jusque-là. « Mais je demande au moincr, dit-il, que vous décrétiez solennellement que Pitt est l'ennemi de l'ebpèce humaine. » Ce décret se trouve dans la collection des lois.
Une circonstance nouvelle contribuait surtout à ce redoublement de haine contre TADgleterfe. Une armées commandée par le due d'York, était venue se joindre à Tannée autrichienne qui était entrée en Flandre; la coopération de cet auxiliaire avait décidé la prise