MARCHE DES ARMÉES COALISÉES
de Valenciennes. La capitulation avait été hâtée- p une sédition des habitants , qui éclata à la suite i la sommation par laquelle le duc d'York déolan que la garnison et les habitants seraient pass au fil de Tépée. Cette sommation avait été imprim et affichée : ce qui prouvait que l'ennemi avait d intelligencee dans la place. Toutefois les deux repr sentants, qui y étaient enfermés, rendaient le pli honorable compte de la conduite de la garniaoïi du général Ferrand qui la commandait; ils avouaie que le général s'était rendu seulement lorsque brèche était praticable et le succès de l'assaut inéi? table. Quelques passages de leur rapport qui ] furent point rendus publics, donnaient à penser qi le comité de salut public et le ministre de la guer auraient pu prendre de meilleures mesures- pour s courir ou ravitailler la place \
Le peu de progrès des armées coalisées , lorsque 1 circonstances semblaient leur être si favorables., po vait sembler plus surprenant encore que la retrai des Prussiens dans leur campagne de l'année préc dente. Le jHrince de Cobourg avait d'abord combin avec Dumouriez, un projet de contre-révolution , subordonné sa conduite militaire aux chances de politique intérieure de la France. Lors même que D mouriez ne fut plus qu'un fugitif et un émigré, général autrichien persista pendant quelque tem dans la pensée de profiter de l'état de désordre où voyait tomber de plus en plus la nouvelle république il conservait l'espoir de rétablir la monarchie , en ii tervenant comme auxiliaire d'un des partis qui
* Rapport de Courtois.
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combattaient. La guerre de la Vendée, la lutle des Girondins contre la commune de Paris et Ja Mon- Eigne, lui paraissaient des chances favorables. Ces idées furent rejetées bien loin par le congrès d'Anrers; il eut' ordre d*y renoncer et de pousser la ^erre activement. Alors il demanda des renforts ; se léterminant à ne point risquer une invasion i^apide> il ne Toulut point s'engager avant d'avoir soumis les places fortes de la frontière.
Cependant le caractère politique de Tintervention européenne dans les affaires de la France avait complètement changé; Taccession de l'Angleterre y avait fort contribué. Sans doute la mort du roi et le déchaîtaei&ent d'une démocratie antisociale avaient elcrté dans la nation anglaise, dans son aristocratie et son gouvernement, une opinion sincère, et même passionnée , contre la France révolutionnaire ; mais , moins que tout autre cabinet, des ministres tinglais' ne font pas des guerres de principes. Dès qu'ils se mêlèrent des affaires de la coalition, les mots indemnités et garanties furent prononcés. Un dénotkment prompt, ane contré-révolution de l'intérieur, aidée par les armes étrangères, n'auraient pas donné lieU aux conditions que voulait l'Angleterre. Elle n'avait encore mis la main sur aucun gage; nulle colonie française n'était encore conquise; notre marine n'avait subi nulle destruction ; il n'y avait ni revanche, ni vengeance de notre intervention dans l'émancipation américaine. De son côté , l'Autriche songeait à être solidement confirmée dans la possession des provinces belges , et à les accroître par des annexes prises sur la Flandre française. C'était aussi une des intentions de l'Angleterre. La guerre ayant maintenant ce but^
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devait être conduite sans précipitation et en évitant les grands hasards.
D*un autre côté , dès le commencement de la campagne, il avait été réglée d'un commun accord , entre r Autriche et la Prusse ^ quç les forces des deux puissances agiraient séparément et sous leurs propres chefs. De sorte que les opérations militaires ne pouvaient se rapporter à un seul et même plan : autre cause qui s'opposait à de grands et prompts, résultats.
Cet arrangement avait encore pour effet qu'il n'y aurait point d'armée de l'Eippire, que le corps germanique n'agirait pas dans son unité et que le contingent de chaque prince servirait, comme auxiliaire, dans l'armée autrichienne .ou dans l'armée prussienne.
Les princes d'Allemagne furent mécontents et inquiets de se trouver ainsi soumis à la suprématie militaire des deux monarchies , de devenir instruments de leurs projets et de combattre pour leur agrandisaement» La Bavière, le Wurtemberg et les autires États secondaire^ ne songèrent plus qu'à se dérober aux obligations du traité d'alliance et de garantie mutuelle qu'ils avaient contracté pour se réfugier dans le système de neutralité. Les projets et les espérances de la Prusse et de l'Autriche leur semblaient à craindre, au moins autant que les entreprises- de la république française.
C'était encore le duc de Brunsv^ick qui commandait l'armée prussienne, forte d'environ cinquante mille hçmmes. Il avait plus de motifs que le prince de Cobourg pour ne pas tenter une irruption soudaine sur le territoire français; il en avait apptis, quelques mois auparavant^ lea difficultéai et les périls. Son
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point de départ n^était plus la frontière ; l*année pnia^ aienne était sur la rivé droite du Rhin. D'ailleurs la Prusse n*avait pas le même intérêt que T Autriche à occuper une portion du sol français ; son agrandis- «ement ne pouvait se réaliser aux dépens de la France; c'^st en Allemagne qu'elle avait des conquêtes à faire. Le but que se proposa le duc de Brunswick tilt donc de prendre Mayence et de délivrer la rive gauche du Rhin» Son armée passa le fleuve à la fin de mars.
Le générd Custine commandait Tarmée française opposée au duc de Brunswick. Il possédait de grandes cjualités militaires : brave , actif , adoré des soldats j dont il avait beaucoup de soin et à qui il savait plaire ; exact et sévère sur la discipline, il avait gagné la confiance de l'armée par les rapides succès qu'il avait obtenus au mois d'octobre 1792. Son penchant l'au- 9pait porté à préférer une guerre agressive et de brillantes expéditions ; la première lui avait bien réussi. D'ailleurs il voyait Dumouriez s'illustrer et se grandir par Tinyasion de la Belgique ; il eut donc un moment l'idée de pénétrer au cœur de l'Allemagne. Le gou^ reniement fut assez prudent pour ne point consentir a une telle entreprise; Custine lui-même dut la reconnaître comme peu raisonnable.
Toute l'attention du gouvernement de la république ^tait à cette époque concentrée sur l'armée du Nord. Duidouriez avait d'abord fait espérer de grands résultats; plus tard sa conduite douteuse ^ ses revers e sa défection avaient presque exclusivement préoccupé le comité de salut public. Le général Custine fut donc réduit à une guerre défensive ; elle convenait à la si-
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Uiation gént'rale des afTaires j au i>eu de forces dont il disposait y à Tinexpérience des soldats ^ des officiers et des généraux dont se composait son armée. ' It fut d'abord contraint à repasser le Rhin; en abandonnant la rive droite ^ il perdit Francfort qui ne pouvait être défendu. Cette évacuation était Tobjet de pourparlers confidentiels avec les généraux prussiens; un soulèvement des habitants en prévint la concliTsion ; de sorte que la très-faible garnison fut obligée à une retraite précipitée; quarante soldats furent massacrés par la populace de Francfort. Cet échec fut d'abord très-exagéré par la voix publique , et devint une occasion de blâme contre Custine.
La situation des généraux de la république commençait à devenir difficile ; la Convention envoyait auprès de chaque armée des commissaires tirés de son sein ; le général 6n chef se trouvait placé sous leur Surveillance, ou même sous leur autorité. Leur ignorance de toutes les choses de la guerre, leurs illusions, leur aveuglement sur le possible, leur penchant à se donner Timportance d'une volonté suprême , étaient une source continuelle de dégoût, de gène et de contrariétés pour les généraux. En outre, Texagération d'opinion et les habitudes révolutionnaires des conventionnels les 'rendaient méfiants, crédules aux dénonciations , accessibles aux intrigants et aux hypocrites de patriotisme. Les haines politiques s'étaient introduites parmi les officiers. Les uns par ambition, désir d'avancement ou sentiment de jalousie, iie songeaient qu'à perdre leurs supérieurs ou leurs chefs. Quel* ques-uûs étaient enivrés d'un fanatisme plus sincère. La discipline en souffrait moins qu'on n'aurait pu le penseir , mais elle était enduréd avec mécontentement.
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Des. ^ents ^envoyés par les clubaou encouragea par les rBpréseotan^arrivaieutàrarméepour eagager les seldate à .dénoncer leurs chefs; ils n'y pouvaient p!:esque jamais réussir ,. même en promettant de ravancement ou de Targent ' .
Après la défection de Dumouriez, les généraux furent encore plus poursuivis de soupçons et de dénonciations : en vain ils protestaient de leur dévouement à la république et adoptaient, dans leurs proclamations ou leur correspondance, un langage de jacobin, rien ne les préservait de la défiance et de la délation. Cusline devint surtout le but des attaques journalières da la société des Jacobins. Marat et les hommes de la <X)mmune répétaient sans cesse leurs invectives et leurs accusations. 11 était d'un caractère difficile, dur envers les officiers, et ils ne professaient pas pour lui la même affection que les soldats. Les généraux qui avaient eu des rapports avec lui s'en plaignaient,, et mon sans raison; il avait plus d'une fois attribué à leurs fautes le mauvais suqcès de quelques opérations :inilitaires. La sévérité de sa disciplinie atteignait surtout les bataillons de nouvelle formation où régnait le plus de désordre et.d'exaltation politique. AMayence ^t en Allemagne, il avait parfois rudoyé les clubistes, ^ens qui portaient le trouble partout et n'enduraient nulle autorité.
Il.eut un jour à écrire à la Convention une aventure qui fit du bruit. Un de ses afdes de cafnp, peu après la fin de Dumouriez, lui reprocha d'être complice de cette trahison. Custine pardonna à son exaltation; ses amis et ses camarades s'efforcèrent de le calmer; ilé
* Bfeèmoires du maréchal Sainl-Cyr.
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y rëùBsirent si peu que^ trois jours après, ce jeune komme entra dans le cabinet de soa général : h Vous écrivez des mensonges à la Convention, » lui dit-il. En même temps, il prit un pistolet, le dirigea sur la poitrine de Custine en lui disant : « Pour vous ou poiir moi. — Tirez donc, » lui dit le général. Alors il 8*écria : « Eh bien, pour moi ! » Il tira le coup de pistolet dans sa bouche et tomba tout fracassé. Custine, en racontant cette scène, disait rcc Ma loyauté ne me permet pas de laisser rien à désirer sur les circonstances de cet événement. L'homme est vertueux, it était excellent citoyen. Les trahisons et nos malheurs lui ont fait perdre la lète. Je regrette un homme qui aurait été un des plus zélés défenseurs de la république. ».
- Ce trait de démeace peut expliquer, et Ton est tenté de dire excuser, beaucoup d*actes criminels commis à cette époque désordonnée. De grands pouvoirs étaient souvent confiés à des hommes qui n'étaient pas plus raisonnables que cet o£Qcier, et qu'en temps ordinaire on aurait remis aux soins de la médecine.
Malgré les dénonciations continuelles, et bien que la perte de Custine fût devenue une affaire de parti, il conserva la co^ifiance du gouvernement. Son armée n'était plus assez nombreuse pour qu'il tentât la moindre entreprise. Il avait laissé dans Hayence vingt-trois mille honmies i c'était une grande faute militaire. En renonçjEmt à défendre cette place, Custine aurait eu sûr la rive gauche assez de force pour faire aveè avan-> tage une guerre défensive, et combiner même des attaques dont le succès pouvait être espéré. Mais ce u'étaitpas à lui que devait être imputée cette mauvaise combinaison. Il avait proposé au conseil exécutif l'é-