LE GÉN£RAL JUSTINE
iramiatioD de Hayenee. Ce pouvait être même un acte lia bonne politique ; les Prussiens ne se proposaient fieB de plus que de reprendre ^t d'occuper cette Ville; iIb auraient préféré l'obtenir par voie de négociation. Leurs dispositions étaient les mêmes qu'au momeht le la retraite de Champagne, et si la paix eût été posibie avec la république, le' cabinet prussien aurait eslayé de traiter : c'est ce qu'il fit savoir à Cuetine.-Le général était loin de penser à prendre sur lui une ré- Kmse quelconque^ : il en référa au conseit exécutif. tama un temps où les affaires auraient été conduites «ieonnablement , les avantages de la paix conclue cvec là Prusse auraient semblé évidents. Le ministre 1er afiEaires étrangères et ses collègues n'avaient pas »t ne pouvaient avoir une telle hardiesse ; ils autoriv aèrent seulement Custine à résoudre ce qui lui paraisait militairement nécessaire.
Il envoya dans Mayence un de ses officiers, accom- Migné d'un plénipotentiaire prussien. II écrivait au géhéral Doyré , commandant de la place , à peu près «mme le conseil exécutif lui avait écrit; il expliquait iommenty étant hors d'état de porter secours à l'armée adégée, il admettait que des négociations pouvaient ouvertes, mais recommandait expressément de
conclure qu'à la condition de la libre sortie de la Swrmsoft et l'évacuation du matériel et d& toute l'artil- «exie.
Le général Dojrré n'avait garde de rien résoudre;
il était placé sous l'autorité de deux représentants du
peuple enfermés dans la place, Reubell et Merlin. Ils
ourait une conférence secrète avec le général KaU
loreath. Rien ne fut conclUé Le siège, que n'avait pas
interrompu cet essai de négociation, continua. Les
256 LE GÉ^'£R▲L CLSTIKK.
généraux Doyré , Meunier ei: Âubert-Dubayet étaien* animés d'ardeur patriotique, mettaient bonne espy^ rance dans le courage et la constance de leurs soldats; ils firent rejeter les propositions du généra prussien.
On était alors à la fin d'avril; la ville n'était pai encore entièrement attaquée^ ni investie régulière ment. Le roi de Prusse fit demander aux AutrichieBi une artillerie de siège; elle lui fut refusée. Le cabine de Vienne se souciait peu de voir Mayence aux maini des Prussiens* Custine avait reçu des renforts; lei jeunes soldats commensaient à être exercés. Le comifa de salut public venait de mettre sous ses ordres l'ar mée de la Moselle, commandée par le général Hou^ cbard qui, jusque-là, n'avait pas coordonné ses moa< yements avec l'armée du Rhin. Elle se trouvait ei face de l'armée prussienne qui protégeait le. siégi de Mayence.
Toutefois Custine ne s'empressait point à riei essayer; sa témérité n'était plus la même; il était devenu très-prudent et n'avait plus la même coofianci dans les troupes qu'il commandait. La présence e l'autorité des représentants.le gênaient et le détcon^ geaient au poiiit qu'il écrivit à la Convention t te i« ne puis commander les armées qui me sont coiifiées. après avoir perdu la confiance des citoyens RuàmpSj Montaut et Soubrany. Ils m'ont traduit en jugemen devant eux, en mfe donnant pour partie. adverse m Ueutenant*colonel, vil perturbateur à qui j'ai dû infr pDser silence. Aujourd'hui, j'ai été interpellé en pp6 sence de plusieurs officiers, sur une lettre que j^a écrite au duc de Brunswick, et dont je vous envaii copie, i'ai d'abord répondu. avec modération;, matf
LE GÉNÉRAL CiiSTlNE. 257
luD* deft trois commissaires m'ayant accusé d'avoir, dans cette lettre, montré des sentiments peu dignies d'un républicain, je ne puis, après une telle injure, continuer à commander les armées de la république. »
La lettre adressée au duc de Brunswick était au contraire d'un langage très-patriotique. Un oflicier fait prisonnier par les Prussiens avait prétendu qu'il avait été chargé de se rendre auprès des représentants enfermés dans Mayence, afin de les inviter à traiter pour la capitulation. Custine demandait que cet officier lui fût renvoyé; il voulait le 'faire punir.
Au lieu d'accepter la démission, le comité de salut 'publie nomma Custine général en chef de l'armée du Nord. «Votre comité, disait Barère, a examiné la con* duite de Custine. Seul, il a résisté à la manie diplomatique qui a gagné vos ^généraux. Quand Dumouriez ^iplomatisait pour le malheur de la république, Custine établissait la discipline la plus sévère. L'armée qui a le plus honoré les armes de la république, c'est Varmée du Rhin ; ^'est Custine qui a eu la comptabilité, la plus régulière, qui a envoyé le plus exactement ses états de revue, qui a le mieux réussi à placer les assignats dans l'armée. »
Une circonstance rendait cet éloge plus honorable et pl\i8> complet : les commissaires de la Conveotion près- de l'armée du Nord avaient demandé, comme organes des officiers et des soldats, que Custine fût apr pelé à la commander. L'armée du Nord était la plus importante .: sur le théâtre où elle combattait devait être d^idé le sort de la république.
Custine allait remplacer le général Dàmpierre, que les représentaùts du peuple avaient donné pour sucm 17
258 LE GÉNÉRAL GUSTINE.
çesaeur à Dumouriez. L'armée, qu'il fut alor» chargé de commander, était en mauvais ordre et trèsaffaiblie. Toutefois les commissaires exigèrent que Dampierre attaquât Tarmée autrichienne, afin de débloquer Condé, dont le siège était commencé. L'attaque ne fut pas heureuse ; l'armée du Nord y perdit deux mille hommes el une partie de son artillerie. 11 fut ordonné au général Dampierre de combiner une nouvelle entreprise à laquelle il jugeait peu de chances de succès. ' Après plusieurs assauts tentés inutilement contre une redoute fortifiée par des abatis, Dampierre, voyant son avant-garde foudroyée par une batterie ennemie, se jeta en avant avec un nouyeau détachement. « Où courez-vous, mon père? lui cria son fils qui lui servait d'aide de camp^ c'est une mort certaine. . — Oui, mon ami, mais j'aime mieux mourir sur un champ de bataille que sous le couteau de la guillotine. » Il eut la cuisse emportée et mourut le lendemain. On en fit un martyre de la liberté : on l'aurait envoyé à l'échafaud, si un boulet autrichien ne l'eût pas. soustrait à là juridiction révolutionnaire.
Custine, avant de prendre le commandement de l'armée du Nord, voulut y apporter le prestige d'une victoire. 11 croyait ses forces suffisantes et comptait surprendre l'ennemi dans ses cantonnements, de manière à couper un de ses corps de troupôs. 11 fut trompé dans ses calculs. Une marche de nuit jeta quelque désordre dans les colonnes qu'il avait mises en mouvement. Les ennemis ne furent point. pris au dépourvu; ses ordres ne furent pas bien exécutés; Feutreprise eut un mauvais succès, san» nuire cependant à sa réputation militaire, ni donner au comité
LE GÉNÉRAL ClJSTINE;. 259
de salut public le regret de lui avoir confié un cornmandenient plus important.
Lorsqu'il arriva à Tarmée du Nord, il la trouva dans une position qui était devenue plus mauvaise depuis la mort de Dampierre; le duc d'York était arrivé avec dix mille Anglais. Le camp de Famars, situé en avant de Valenciennes, avait été évacué après une attaque générale. Valenciennes et Condé étaient maintenant entièrement investis; Tarmée française était retirée sous Boucbain; toute la frontière jusqu'à Dunkerque était menacée. L'ennemi était en forces supérieures.
Custine ne pouvait tenter de porter secours aux deux places assiégées ; mais il obtint quelques avantages sursagaucbe, où les Autrichiens, qui s'étaient concentrés pour protéger les deux sièges, avaient laissé la frontière moins garnie. Furnes fut pris par les Français. Quelques autres avantages furent encore i>btenu8 dans la région qui s'étend entre Lille et la côte.
Ce n'était pas assez pour satisfaire le comité de
Balut public, ou plutôt pour justifier yis-à-vis des
Jacobins le choix de Custine, en butte, depuis trois
mois, aux attaques les plus violentes, aux dénon-
eiations les plus révolutionnaires; on aurait voulu
la délivrance de Condé et de Valenciennes , et il
était évident que. ces deux villes allaient succomber.
1^ comité ne se trouva plus en état de défendre le
ginéral qu'il venait de choisir; il fut mandé à Paris
pour rendre compte de sa conduite. Il y fut accueilli
avec faveur par une opinion qui conservait encore
quelque liberté. On l'entourait dans les lieux publics,
on criait « vive Custine! » on le vengeait des dénon-