CUSTINE EST MIS EN ACCUSATION
gnage d'officiers qui blâmaient tel ou tel mouvement ordonné par le général , de représentants du peuple prononçant sur des manœuvres militaires ou rapportant des bruits publies, de clubistes mayençais qui se plaignaient que leurs conseils n'avaient pas été écoutés. Merlin et Reubell déposèrent sans bienveillance, mais avec réserve et en évitant de mentir. Quelques autres représentants parlèrent de Custiné en termes honorables.
iParmi les motifs de Taccusation , se trouvaient des faits dénoncés par des témoins qui n'avaient pas été assignés à déposer devant le tribunal. L'accusé demanda qu'ils fussent appelés pour être confrontés avec lui. Le général Houchard, qui semblait son ennemi personnel, avait ^lirtout allégué de graves imputations.
Le tribunal en référa au comité de sûreté générale de la Convention ; lé rapporteur proposa que les témoignages fussent recueillis par une confimissioû rogatoire. Ce retard à la condai^piatiôn , cette garantie donnée à l'accusé, excitèrent la colère de Chabot et des Montagnards les plus exaltés. Tallien parla d'un cotnplot pour sauver Custine et pour désorganiser l'armée , en mandant les généraux à Paris. Ses soupçons s'étendirent jusqu'à Fouquier-Tinviîïe. Il croyait possible que l'accusateur public fût complice de ce projet. On le manda et il se justifia; <;'était contre ses conclusions que le tribunal s'était arrêté à cette réclamation de l'accusé. Le président du tribunal, qui se nommait Môntané, s'excusa sur les devoirs de justice et de sagesse imposés aux vrais républicains. En mènie temps il s'afQigeait des soupçons et des reproches qui, chaque jour, retentissaient aux lacobins et dans les sections, contre les lenteurs
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tt la faiblçsae du tribunal révolutionnaire. Quelque emp9 après il y fut lui-*mème traduit.
. Un des jurés publia une lettre où il se plaignait, ▼ee une sorte de courage , de ces injustes attaques ; ; s^étonnait de voir des législateurs demander la H^ d'un accusé avant l'instruction complète du rocèa et chercher ainsi à exercer une influence sur 18 jupes. «Par quel abus, disait-il, voudrait-on u^un tribunal révolutionnaire fût dispensé de juger 'après des preuves et devînt le servile instrument les vengeances populaires? »
La Convention décréta que le tribunal passerait outre. Le réquisitoire de Fouquier*-Tinville ne reproduiait point les faits qui avaient été démentiis ou expliqués; il énumérait les imputations générales, interprétait à trahison des mouvements de troupes ou des événeoEients militaires , et terminait par le grief qui depuis longtemps irritait le plus les Jacobins : il accusait le général de s'être environné d'officiers ednvaincus d'aristocratie. En résumé, l'accusateur public disait que Custine avait partout et toujours trahi les intérêts de la république.
. Il demanda à justifier lui-même sa conduite militaire ; il parla pendant une heure et demie, avec détail et clarté, de toutes les opérations qu*il avait dirigées, expliquant les causes et les circonstances de ses succès et de ses revers.
Son avocat plaida ensuite les faits étrangers à la partie militaire. Après le résumé du président, les jurés se retirèrent pour délibérer; ils ne furent pas unanimes; mais la majorité le déclara coupable. Uaccusateur public requit l'application de la peine. Ia président .demanda à l'accusé s'il avait quelque
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observation à faire; ses avocats s^étaient retirés, jugeant leur ministère inutile. « Je n'ai plus dé défenseurs, dit-il, ils ont disparu. Ma conscience ne me reproche rien; je meurs calme et innocent. » II entendit avec-indifTérence le prononcé du jugement et quelques applaudissements^ dont le bruit venait du dehors; car Tauditoire gardait un silence convenable. Le général passa dans la salle du greffe , se mit à genoux^ resta deux heures en prière; il avait appelé un confesseur et lui demanda' de ne plus le^ quitter. Il écrivît une lettre à son fils, lui recommandant, lorsqtie la. république verrait des jours plus beaux, de rébiE^^iliter sa mémoire et de pl*ouver son innocence. Le lendemain il fut conduit au supplice ; son confesseur était à côté de lui et lui lisait des prières. Souvent il baisait un crucifix, et levait au ciel des yeux attendris, quelquefois mouillés de larmes. Il se mit un instant à genoux au bas de Téchelle^ monta d'un pas ferme sur Téchafaud et ne montra nulle émotio.n. Cette mort pieuse, qui était une sorte d*éxception à Vin* soHciance courageyse ou aux démonstrations de scepticisme de la plupart des victimes, fut remarquée et, selon Tesprit du temps, fut imputée à faiblesse.
. Ce procès fixa Tattentioiï du public. La mort de Cusiine fut le premier sacrifice accordé à une opinion contre laquelle le conseil exécutif et lé comité de sàlut public avaient lutté longtemps.
Les Jacobins et les Montagnards exaltés u'avaient pas étc entraînés à demander la tète de Custiné par Fexa^pération aveugle que pouvaient susciter leâ revers des armées de la république et la crainte de l'invasion. Leurs dénonciations n'avaieRi pas été
DÉNONCUTION CONTRE LES OFJ'lCISttS NOBLES. 26&
Aos .ardentes et moins impérieuses avant la capi^ ation des places fortes et brsqu'il était universel lent reconnu pour le meilleur des généraux^ celui i avait obtenu le plus de succès. Cette exigence ne rapportait pas à lui seulement; elle tenait à un tif plus universel.
[Jn conventionnel , qui témoigna contre lui à T Asa|>léeet devant le tribunal ^ a publié , trente-six ans *è8, des mémoires où il maintient la trahison de Btine et veut encore la prouver par des faits que LTÛt pas même admis Fouquier-Tintille; nH^is en ime temps il expose avec, naïveté le véritable moiif i fit monter sur Téchafaud Custine et tant d'au- 8 généraux ^rès lui. « La plupart des chefs ienty sinon enclins à trahir la république^ dti lins peu disposés à faire de grands sacrifice^ pour te forme de gouvernement ; bien peu de généraux lient sortis des rangs du peuple , et il n'était pas vieux qu'un certain nombre d'entre eux regrettât .moDarchie éonstitutionnelle, sous laquelle ils sem- Ident destinés aux premiers emplois. On n'aurait ttrt-ètre pas eu le temps d'arrêter des desseins perlés ou de prévenir de coupables négligences. Le «pçon était une cau«e de destitution, la moindre dléité criminelle, un arrêt de mort '. »
Ce langage aurait alors paru d'une tiède modération IX Jacobins ; la même pensée y était sans cesse ex-^ rimée avec une ardeur sanguinaire; elle embrassait U18 sa généralité , non -seulement les commandants a chef, mais les officiers de tout grade> qui étaient
' MémoireB de Levasseur.
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nobles. Les exigences des pétitionnaires , les adresses des sociétés populaire^^ les députations des. clubs^ et niême des clubs de femmes , pressaient la Ck>nveiition. de prendre une mesure générale et absolue*
C eût été un infaillible moyen d'amener une nouvelle désorganisation de Tarmée, plus complète encore que la première dont on venait à peine de réparer le désordre. A cette époque la plupart des ofiiciers nobles servaient avec zèle et fidélité ; îIb avaient certes plus d'instruction et d'expérience que ceux par qui on les aurait remplacés; mais leur position > surtout 'dans les grades supérieurs , devenait de plus en plus difficile. Ils étaient continuellement en butte à une injuste méfiance et à des dénonciations presque toujours accueillies par les représentants en mission aux armées; rien ne pouvait faire entendre raison à d'aveugles fanatiques, encore moins à des hypocrites de patriotisme ou à des envieux ^, ' La Convention s'était bornée à donner au comité de salut public le pouvoir quMl déléguait aux commissaires, d'exclure les officiers suspects; mais on n'osait point s'opposer à l'esprit de méfiance et d'exagération; on ne se risquait point à décourager les dénonciateurs. « La dénonciation est une des vertus du citoyen » était une maxime alors admise.
Aussi Barère disait-il : « Une cause de nos maux ^ est. la méfiance et la trahison ; tous les hommes qui appartenaient à la classe nobiliaire sont frappés d'opinion; ce sont des traîtres commencés. Une yoi^ générale s'élève contre eux. Nous ne devons pas rap-. peler* par des . lois particulières une caste . détruite ;
* MémoireB du maréchal Saint-Gyr.