‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 10 sur 34 · TOME m · texte numérisé non relu

TOME m

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d'avoir échangé sa gloire contre l'opprobre j encore trop Français^ malgré ses aberrations , pour s'assi* mileraux émigrés et guerroyer contre son pays, il refusa les propositions de l'ennemi , et préféra se retirer en Suisse, d'où il erra dans toute l'Europe.

Une longue vie, passée dans l'exil , et, ce qui est pis encore pour un homme dont le nom avait retenti ^n Europe, passée dans l'oubli; une longue vie usée en vains regrets, fut réservée à Dumouriex. Ses grands talens, son audace, son bouillant courage, l'avaient élevé au premier rang ; il avait été proclamé le sauveur de la patrie; c'était le plus beau titre qu'un mortel put ambitionner dans une République. Mais son caractère n'était pas à la hauteur de la grande mission qui lui avait été confiée. Découragé par un premier revers, il ne sut pas. opposer au sort la constance qui cara^ctérise le3 grands hommes; et au lieu de sacrifier sa vie à la défense* de la cause à laquelle il devait sa gloire; au lieu de chercher à s'illustrer encore davantage par sa fidélité à la liberté et au peuple français, il ne trouva rien de mieux à faire qtt'à aspirer au rôle d'un vil courtisau. C'est que Dumouriez était un homme sans principes.^ sans moralité ; c'est qu'il avait été élevé dans les rangs des aristocrates ; c'est que la liberté et les peuples ne doivent jamais confier leurs intérêts à ceux qui, par position ou par éducation, ne peuvent aimer sincèrement ni la liberté ni le peuple ; c'est enfin parce qu'on avait laissé Dumouriez entouré d'hommes qui, tôt ou tard) devaient le perdre.

DE LA CONTENTIOFf NÀTtONÀLË. 211

La défection , la trahison de Dumouriez^ en exas* pérant le parti de la Montagne^ fit un mal affreux à la Gironde^ contre laquelle cet évënement tourna toute la fureur populaire. Elle accéléra la chute des hommes avec lesquels il avait été lié , et contribua puissamment à amener les violences révolutionnaires.

Un des premiers actes que la Qjanifestation des projets contre-révolutionnaires de ce général amena, fut Tarrestation et l'envoi au Fort Saint-Jean, à Marseille , du duc d'Otfléans et du reste de sa famille. En même temps, la Convention décfréta que les pères, les femmes, les enfans d'oflSciers attachés k Tarmée commandée par Dumouriez, depuis le grade de souslieuienant jusqu'à celui de lieu tenant- général, seraient gardés à vue , comme otages , par chaque muuicipalité du lieu de leur résidence, jusqu^à ce que le ministre de la guerre , ainsi que les commissaires (le la Convention détenus par la perfidie de Dumouriez, fussent mis en liberté, et que l'armée de la Belgique fût remise sous les ordres du nouveau général qui serait nommé.

Les mesures capables de «auver la République se pressaient dans chaque séance de la Convention. Dans la séance du 3 avril , Lacroix ayant fait l'ex^ posé de la situation des <^hoses en Belgique, Boyer- Fonfipède demande que ce rapport, quelque alarmant qu'il pûft être, fut enYojé à tous les départemens, afin, dit-il, qu'on sut avec quel calme, quelle fierté républicaine la Goiîrvention l'avait entendu, et

a 1 2 HISTOIRE

que tous les Français fussent persuades qu'elle sauverait la patrie. Carrier demanda la formation d'un camp de quarante mille hommes aux environs de Paris. Brival fit remarquer que plusieurs des membres du comité de défense générale ayant eu des relations avec Dumouriez , ils pouvaient être soupçonnés de complicité, et que par cela seul, il fallait qu'ils fussent remplacés. Marat dit qu'il était urgent de composer les comités de l'Assemblée d'hommes qui eussent fait leurs preuves en patriotisme, et qu'il fallait donner à ces comités des pouvoirs assez étendus pour opérer le bien : il demanda la formation d'un comité de sûreté générale, composé de membres ayant la confiance du peuple, et qui eussent le pouvoir de faire arrêter toutes les personnes suspectes.

Isnard , au nom du comité de défense générale , présenta un projet de décret tendant à mettre en action les idées de Marat. « Votre comité a reconnu, dit-il, que dans un moment où les revers se succèdent, où un vaste plan de conspiration contre-révolutionnaire couvre la France, où des trahisons de tout genre se manifestent, il fallait donner aux ressorts du gouvernement plus d'action , plus d'énergie, plus d'unité. Il a pensé qu'il fallait nommer un comité d'exécution, composé de neuf membres, choisis dans le sein de cette Assemblée, chargé de remplir les fonctions qui étaient attribuées au conseil exécutif, et de prendre toutes les mesures de défense générale que nécessitent les circonstances.... C'est à vous que

DE LA CONVENTION NATIONALE. ai3

le peuple a remis le dëpôt de la liberté, c'est à vous qu'il eu demandera complej c'est donc vous qui devez veiller à sa garde. Saisissons enfin d'une main hardie, ferme et pure, les rênes du gouvernement. U n'est plus question de disputer sur les formes, il s'agit de défendre la patrie. Avant de déterminer le culte que l'on doit à la liberté, il faut assurer son triomphe. »

Enfin, Barrère, au nom de ce même comité^ présenta à la sanction de l'Assemblée une série de mesures de salut public, qui furent toutes décrétées séance tenante. Elles étaient ainsi conçues :

« I* Il sera procédé dans le jour, par appel nominal, à l'élection d'un nouveau ministre de la guerre.

« 20 II y aura, près des armées du Nord et des. Ardennes, six commissaires, pris dans le sein delà Convention Nationale, qui s'occuperont d^abord d'établir les communications les plus promptes entre les diverses parties de ces armées, d'y faire publier la proclamation de la Convention Nationale, et d'y maintenir les principes qui les ont toujours animées pour la défense de la République.

« 3* Les commissaires sont : Carnot, Gasparin, Briez, Duhem, Roux-Fazillac, Duquesnoy, Dubois- Debay et Delbret.

« 4* Deux se rendront à ValencienBes, d'où ils se porteront sur tous les points où ils jugeront leur présence nécessaire.

« 5* Trois se rendront à Lille, où ils se joindront

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k Carnot, et d*où ils se traDsporteroai par tout où besoin sera. D'eux d'entre eux s'arrêteront à Douai ^ pendant le temps nécessaire pour y prendre toutes les mesures qu'exige la de'fense de cette place.

« 6^ Deux autres commissaires se rendront à Pé<ronne^ pour y former un noyau d'armée^ tant des recrues que des soldats qm se sont sépares des armées par la perfidie de Dumouriez. Le conseil exécutif provisoire enverra à cet effet à Péroune, deux commissaires des guerres^ et deux officiers de l'étatmajor.

«7° Les commissaires seront investis des mêmes pouvoirs que ceux qui ont été précédemmenl envoyés; ils sont autorisés à se diviser , délibérer et agir au nombre de deux.

« 8*^ En attendant que les costumes soiemt décrétés^ les commissaires porteront désormais un sabre en demi-espadon, pendu à un baudrier de cuir noir y placé en baudrier par-dessus l'habit -, une écbarpe en ceinture, sur la tête un chapeau rond surmonté de trois plumes aux trois couleurs*

M 9* Les commissaires seront également chargés de la distribution des bulletins et autres écrits et adresses dont la CouventLon aura déci^été l'envoi aux armées, sous le couvert et par l'entremise des commissaires. Les commissaires porteront désormais le nonn de représentans de la nation, députés par la Couvention.

« 10" La Convention JNationale approuve la uo- ^)ip^ion faite par le consieil exécutif provisoire du

BX LA C0NV£NT10JI HATIOHALX. 2i5

général Dampierre^ pour commander en chef les arme'es du Nord et des Ardennes.

« 1 1*^ Il sera formé sans délai une armée de quarante mille hommes , qui sera divisée sur les points qui devront couvrir toutes les rivières navigables avec Paris.

« Le comité de défense générale^ réuni au comité militaire, présentera deinain le mode d'exécution qui indiquera les points où seront campés les quarante mille hommes destinés à couvrir Paris. »

Lacroix demanda qu*il fût ajouté à ces dispositions, que l'armée de quarante mille hommes serait composée de sans-culottes^ et qu'il n'y entrerait aucun ci-devant privilégié, soit comme volontaire, soit comme officier. Danton appuya vivement cette motion : il dit que le grand moyen d'éterniser la République, c'était d'appeler le peuple à sa défense; que tandis que nos armées combattraient les ennemis de l'extérieur, il fallait que les aristocrates de l'intérieur fussent sous la pique des sians-culottes.

« J'ai une autre proposition à faire, dit-il; il faut que dans toute la France, le prix du pain soit dans une juste proportion avec le salaire du pauvre : ce qui excédera sera payé par le riche. Par ce seul décret, vous assurerez au peuple et son existence et sa dignité; vous l'attacherez à la Révolution, vous acquerrez son estime et son affection... »

Toutes ces propositions furent votées par acclamation. Les girondins, s'apercevant que les circonstances étaient plus fortes que leur volonté, se laissé-

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relit entraîner et votèrent, eux aussi, sans discussion, toutes'ces mesures.

Il n*y eut que Torganisation du comité de salut public,, telle que la présenta de nouveau Isnard, dans la séance du 6 avril , qui excita quelques débats. Buzot combattit cette institution comme dangereuse et comme insuffisante; il aurait voulu que Ton se bornât à établir un comité de surveillance^ chargé d'inspecter les opérations du conseil exécutif.

Thuriot, qui avait rejeté le premier projet présenté par Isnard, soutint que le second projet n'avait aucun des inconvéniens qu'il avait remarqués dans l'autre. « La Convention, dit-il, ne peut administrer, le conseil exécutif n'a pas assez d'activité : il faut un corps intermédiaire; et pour qu'il puisse faire le bien, il faut que ce soit une émanation de la Convention : car elle a le droit incontestable de déléguer à quelques-uns de ses membres la surveillance qu'elle est chargée d'exercer... »

Marat crut devoir prendre la parole pour résumer la question. « La torpeur du conseil exécutif, sa négligence à rassembler les forces nationales contre les ennemis du dehors, son refus d'approvisionner nos armées et nos places dé guerre, son silence sur les machinations des généraux, sa connivence apparente, vous ont forcés, dit-il, d'instituer un comité de défense générale j mais il n'a point rempli vos vues : une triste expérience a fait croire au peuple qu'il était lui-même d'accord, et l'a fait dérisoirement surnommer le comité Dumouriez, au lieu d'être celui

de salut public. Les ëvënemons désastreux qui sont la suite des trahisons des généraux, les forces considérables que les ennemis rassemblent sur nos frontières^ la nécessité de sauver la patrie, nous forcent aujourd'hui d^organiser un nouveau comité. »

Examinant ensuite cetle institution, il dit qu'il ne fallait pas la considérer sous le rapport des principes politiques ou constitutionnels; que ce n'était point une autorité constituée^ mais une autorité provisoire, subordonnée à la Convention, qui conservait toujours le droit de la dissoudre. « Peut-être ce comité, s'écria-t-il , avec les moyens mêmes que vous lui donnez, ne sera-t-il pas encore assez fort pour sauver la liberté; c'est par le despotisme de la liberté qu'il faut écraser le despotisme des rois. »

Ces paroles audacieuses furent accueillies par les applaudissemens des tribunes et d'une partie de l'Assemblée. En vain Biroteau voulut-il faire observer que ce n'était pas sur la violence qu'il fallait établir la liberté; en vain voulut-il faire entendre qu'il était à craindre que quelque ambitieux ne s'élevât dans ce comité, pour usurper le pouvoir suprême, sous le masque du patriotisme. Sa voix fut couverte par les murmures du côté {^[auche, qui réclamait à grands cris la clôture de la discussion. Cependant Barrère obtient encore la parole. Il affirme qu'on ne peut avoir rien à craindre d'un comité toujours responsable à la Convention Nationale, toujours surveillé par tous ses membres, ne faisant que surveiller le conseil exécutif, que presser l'action admi-

2 1 8 UISTQUUB

nistraûve; d'un comité de salut public^ dit-il <^ de qui la trésorerie nationale est entièrement indépen» dante^ et qui ne peut agir sur la liberté civile, mais seulement sur les agens publics^ qui pourraient être suspects ou inculpés dans quelque conspiration; d'un comité établi pour un mois, et sur lequel tous les regards sont portés, toutes les espérances réunies.

(( Il suffit de nous entendre de bonne foi, continuat-il, et de ne pas nous donner des terreurs imaginaires, pour convenir de l'organisation d'un bon comité de salut public. Celui que vous avez organisé en dernier lieu ne peut pas efficacement travailler au salut de la patrie : ce comité, par sou organisation vicieuse, par sa composition incompatible, par sa publicité dangereuse, par sa délibération trop lente, ne peut qu'entraver et laisser périr la République. On dirait, à entendre les objections éternelles de ces politiques timides et ombrageux qui s'opposent à ce comité, qu'il s'agit d'un corps à constituer, ou d'une autorité spéciale , ou d'un conseil national : cependant il ne s'agit que d'un comité de la Convention j il ne s'agit que d'améliorer ce qui existe déjà, et de rendre utile un moyen de défense publique. »

S'adressant ensuite an côté droit, fiarrère dit que les grands enfans de la Révolution criaient sans cesse à la dictature^ tandis qu'ils avaient concouru à la no«ininatiou de ces proconsuls envoyés dans les déparmens, avec TefFrayante autorité de déporter les ennemis de la liberté et de l'égalité; tandis qu'ils arvaient confié au comité de surveillance, le droit terrible de

lancer des niandats irarrêt ù% d'ameiicr contre les citoyeaâ.

<c Je ne connais qu'une dictature^ qui soit légitime^ s*écrie Barrére en termioaurt; je n'en connais qu'une qui soit nécessaire et que la nation ait voulu; c'est la Convention nationale : c'est par vous que la nation exerce la dictature sur elle-même, et je crois fermement que c'est la seule dictature que des bouK-^ mes libres et éclairés puissent supporter. »

L'Assemblée pressée d'aller au but, chargea Istiard, Barrère, Tburiot^ Mathieu et Danton de présenter, dans la séance du lendemain, un projet de décret analogue aux bases qui venaient d'être développées par Barrére, Isnard et Bréard,

Le 6 avril, après un lége'r débat ^ le projet présenté par Isnard, fut adopté en ces termes :

(( Il sera formé , par appel nominal , un comité de salut public, composé de neuf membres de la Cou-* vention JNationale.

(c Ce comité délibérera en secret , il sera chargé de surveiller et d'accélérer l'action de l'administra-r tion confiée au pouvoir exécutif provisoire, dont il pourra même suspendre les arrêtés, lorsqu'il les croira contraires à l'intérêt national, à la charge d'en informer sans délai la Convention,

(t II est autorisé à prendre,, dans les circonstances urgentes, des mesures de défense générale extérieure et intérieure; et ses arrêtés, signés delà majorité dé ses membres délibérans, qui ne pourront être audessous des deux tiers, seront exécutés sans délai

a 20 HISTOIfLE

par le couseil executif provisoire. Il ne pourra , en aucun cas, décerner des mandats d'amener ou d'arrêt, si ce n'est contre les agens d'exécution, à la charge d'en rendre compte sans délai à la Convention.

« Il fera chaque semaine un rapport général, et par écrit ^ de ses opérations et de la situation de la République. »

Le comité de salut public, organisé d'après ce projet décrété, n'était établi que pour un mois, et la trésorerie nationale demeurait indépendante de son action.

Le résultat de l'appel nominal fut tout en faveur de la Montagne; Barrère, Delmas, Bréard , Jean Debry, Danton, Guj^ton-Morveau , Treilhard et Lacroix , furent nommés membres du comité de salut public : ils eurent pour suppléans : Réveillère-Lepaux, Lasource, Isnard, Lindet, Thuriot, Dubois -Crancé, Fonfrède, Merlin et Cambacérès(i).

(z) Un écrivain philosophe, un écrivain qui occupa deux ministères au commencement du règne de la Convention , Garât , dont j*ai déjà eu Toccasion de citer les opinions sur les hommes et les choses de la révolution, a fait y dans ses mémoires, sur les chefs et les partis qui divisaient cette assemblée, un parallèle plus piquant, plus ingénieux qu'exactement vrai. Toutefois il peut être curieux de citer ici un résumé de son tableau : on y trouvera la clef de ces variations par lesquelles la Convention confiait ses missions , tantôt à des commissions composées en entier de Girondins, tantôt à des comités formés en entier de membres de la Montagne. — « A juger chaque côté par la majorité de ses élémens, dit Garât , tous les deux, dans des'genrcs et des degrés différens, devaient me pa-

DE LA CONy£NTION NATIONALE 2^4

Ainsi, à mesure que le danger augmentait, la Convention sentait le besoin d'activer l'action du gouvernement en le concentrant tout entier dans ses mains; elle reconnaissait la nécessité d'agir promptement et vigoureusement, et de se débarrasser de tous les obstacles, de toutes les entraves qui s'opposaient à rélan qu'elle désirait imprimer à la nation entière, pour ne pas passer sous les fourches caudines.

Telle avait été la crise occasionée par la trahison deDumouriez, que les plus ardens patriotes avaient désespéré du salut de la France par la Convention au milieu de laquelle ils croyaient voir de nombreux complices de ce général. Il en était résulté que les sections , s'emparant de la doctrine émise par Marat, à la tribune de la Convention, que chaque portion du peuple français était souveraine chez elle, et pouvait prendre telle mesure de sûreté qu'elle jugerait à propos, avaient envoyé des commissaires ^ lesquels s'étaient réunis, à l'évêché, en Assemblée centrale de salut public ^ correspondante avec les départemens sous la sauve-garde du peuple. Il s'était donc formé une seconde Assemblée JNationale qui s'attribuait le droit de vérifier l'usage que la

nitre capables de rendre de grands services à la république. Le c6té droit , pour organiser Tintérieur avec sagesse et avec grandeur ; le c6té gaucbe pour faire passer de leurs âmes dans les âmes de tous les français , ces passions républicaines et populaires, si nécessaires à une nation assaillie de toutes parts par la meute des rois et par la soldatesque de l'Europe. »

Convention faisait des pouvoirs qu'elle avait reçus du peuple, ainsi que celui d'aviser aux moyens de sauver la chose publique.

C'était de cette Assemblée qu'étaient sorties les propositions les plus violentes, et entre autres celle d'aller demander en corps à la Convention si elle avait les moyens de sauver la patrie.

Aussitôt la Convention , la commune , et même les jacobins conçurent des inquiétudes sur cette réunion. Robespierre et Marat dénoncèrent l'illégalité et les vues subversives des commissaires assemblés à l'évêclié. Chaumelte , procureur de la commune, qui avait prêté le local, fut effrayé par le premier arrêté que cette Assemblée centrale avait prise, et sur le champ , il le fit casser par la commune. Les jacobins, à qui l'un de ces commissaires avait été annoncer leur organisation , s'étaient élevés contre un pareil établissement , et Marat avait même demandé l'arrestation du messager. On s^'écria que les prétendus commissaires n'étaient que des agitateurs payés par Tennemi. Mais quelques membres ayant fait observer que ce pouvaient être de boris citoyens égarés , la société envoya à l'évêché une députation à l'effet de s^assurer des intentions et du civisme des membres de l* Assemblée centrale. 11 fut reconnu qu'elli3 était composée de patriptes, qui .^ : dans leur ziéle o«itré , avaies^ cru bien faire e» «'o<>cupant démesures de salut public. Néanmoins on demanda qu'ils fussent exclus de la société^ et par. accommodement, les jacobins se bornèrent à în»« :

prouver leur conduile ^ et à les scmmettre à une surveillance sévère.

Au reste 9 toutes les sections n'avaient pas contribué à l'Assemblée de révêché; celle du Mail la dénonça même à la Convention ^ comme ayant outrepassé les pouvoirs qui lui avaient été donnés , et comme ayant cherché à établir une lutte avec les autorités constituées,

Barrère s'éleva contre la nouvelle tyrannie qu'on voulait établir : il voyait dans ce comité central une autorité qui tendait à rivaliser avec la Convention , et qu'il fallait s'empresser d'abattre. « Certes , dit-il, je ne blâmerai jamais l'inquiétude des bons citoyens dans des momens où la patrie est en danger, mais je blâmerai toujours ceux qui profitent de ce danger pour usurper la souveraineté nationale. Les sections de Paris ont le droit de s'unir à nous el de marcher à la punition des coupables; mais elles n'ont pas celui de former un comité de correspondance avec les départemens : c'est là le système de ceux qui ont voulu jusqu'à présent dégrader et avilir la représentation nationale, pour usurper ensuite son

autorité. »

Il fut arrêté que les commissaires des sections qui avaient lait partie de la réunion de l'evêché seraient traduits à la barre , et que le maire rendrait compte de ce rassemblement.

Chaumette se présenta, le lendemain, pour déclarer que la commune avait cru ne pas devoir refuser aux commissaires qui s'étaient présentés au nom des

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sections un local pour y délibérer une adresse à la Convention ; mais que, dés la première séance, les meneurs de cette réunion ayant découvert leurs projets par l'arrêté qu'ils avaient pris, la commune s'était empressée de casser cet arrêté , et de chasser ceux qui voulaient s'ériger en assemblée centrale de salut public. La Convention se contenta de ces renseignemens, et passa à l'ordre du jour.

Tout porte à croire cependant, que cette tentative était dirigée contre la Convention ; que les sections, poussées par quelques désorganisateurs, avaient formé le projet de se passer d'elle pour sauver la France^ comme au lo août on s'était passé de l'Assemblée Législative pour détrôner Louis XVIj^ mais qu'ayant vu la Convention retrouver quelque énergie dans le danger , et ayant obtenu d'elle toutes les mesures que le peuple réclamait, on avait dèslors, abandonné le projet d'agir sans son secours.

Thuriot avait sans doute eu en vue cette tentative, quand il monta à la tribune pour recommander aux citoyens de Paris de s'unir plus fortement que jamais à la Convention, a JNous ne pouvons nous dissimuler, dit-il , que le coup électrique est porté ; mais il faut prévenir l'explosion. Il faut que tous les citoyens soient bien pénétrés de cette vérité, que s^ils se portaient à quelque violence ^ la patrie serait dans le plus grand danger. Il Ëiut démontrer à tout le monde que si , par impossible , il arrivait dans les sections un mouvement, il deviendrait le point de ralliement de tous les cou*

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tre-révolutionnaires. Nous avons besoin du patriotisme le plus ardent^ mais le plus pur; il faut surtout que Ton soit bien convaincu que s'il y avait ici un mouvement , au lieu de porter nos forces^ aux frontières, les départemens se porteraient sur Paris, que les subsistances n'y arrivèrent plus , que les armes ne parviendraient plus à leur destination. 11 faut que vous fassiez bien entendre aux sections qu'elles doivent discuter avec calme, sur les moyens de défense ^ car nous avons ici une force telle que nous pouvons mettre ntsélttetit dectt tmt mille hommes sur pied. Il ne faut pas nous y tromper, il est des hommes qui ayant inspiré malheureusement un tffop^ graad degré de eonBtiuce f pom^ndenC eernt y iaw le ircytlloit jwfttt-ètre, les pfojrt^ des conspirateurs ^ et J)orf er le peuple à des mesures que l'huttanîté f qu<^ l'iaterét général réprcMivfdHt égiakNMnt. C'est dofre *ufï<)urd*hiii qti!*ii feftit répéter eélté gmiide vérité, que sans l'existence de la Convention , sans le respect pour st& décrets , il n'y a plus de salut pour la chose publique. »

Tom nt« i5

CHAPZTIIE X

Marat dénonce les hommes d'État, — La section de Bon-Conseil désigtfd les complices de Diimouriez. — Nouvelle pétition contre les Girondins;

— Elle est combattue par Pétion. — Danton défend le droit de |)étition.

— Fonfrède prend le parti de la Convention. — Robespierre attribue toutes les conspirations au côté droit. •— Son accusation contre les Girondins. — Réponse de Yergniaud. — Attaque de Guadet. — Manr^

. est décrété d'accusation. — Rapport de Delaunay sur Marat. ,

Les niesures éhergiques que la Convention venait! de prendre avaient rassure les patriotes , effrayés pai^ la trahison de Damouricz; mais quelque union qui eût paru dans cette Assemblée pendant le vote de ces mesures, les partis étaient loin de s'être réconciliés. Les montagnards, si impolitiquement accusés par Lasource d'être la cause des malheurs qui affligeaient la patrie , avaient eu une revanche éclatante^ qui leur avait permis de prendre le langage accusateur.

Ils étaient d'ailleurs devancés par les sections et

HtSTOIKE DE LA CONVENTION NATIONALE. ^2J

les sociétés populaires y qui , tous les jours ^ se pré* sentaient à la barre pour y dénoncer les girondins comme complices de Dumouriez.

Le 3 avril, Marat avait dit à la tribune de la Convention, qu'on n'avait pas encore porté la cogaée à la racine du mal 3 qu'une partie de TAssemblée ne méritait pas la confiance des patriotes, puisque le traître Dumouriez marchait sur Paris pour protéger ce qu'il appelait la saine partie contre celle qui devait sauver la République^ et il avait ajouté qu'il était impossible que la Montagne eut la moindre con« fiance en la plupart de ceux qu'il appelait lui-même les hommes d'État,

Marat avait été rappelé à l'ordre : ses expressions furent désavouées par Julien ( de la Drôme), qui déclara, au nom de la Montagne, qu'il y avait un grand nombre des membres du côté droit sur lesquels elle n'avait jamais conçu le moindre soupçon.

Mais Marat était une puissante autorité pour les sociétés populaires et pour les sections. A force de s'intituler lui-même Vami du peuple y le peuple avait fini par le regarder comme son plus immédiat et son plus constant défenseur : il était ainsi devenu l'oracle populaire; et dès qu'il parlait, soit à la tribune de la Convention, soit à celle des jacobins, ses paroles étaient toujours couvertes d'applaudissemens frénétiques, et ses motions servaient à l'instant do règle pour les adresses et les pétitions des sociétés populaires*

Or y Marat ayant dit que la Montagne ne pouvait

9S8 RlSTÔTfUE

aroir aucune oonfiaoce dans les hommes d^Étai^ qu'il regardait comme les complices do Du mouriez: les seclions ne tardèrent pas à traduire les paroles de Marat en pétitiods.

Le 6 ayril^ pendant que la Convention dtait en-^ core en permanence y une dëputation de la section de Bon-Conseil se présenta à la barre pour deman<>der que l'Aescmblée fit le plus sévère examen de la trahison de Dumomied, et qu'elle suivît ioxxt les fils de cette trame, if Ce n'est pas seulement dans ses \é* gions^ dirent les pétitionnaires^ que le traître a trouvé des complices. Le peuple n'est41 pas fonde à croire qu'il y en avait jusque dans votre «ein« La voix publique nous indique les Brissot^ les Guadet^ les Gensonné^ les Veigniaud^ les Barbarout^ les Lottvct, les Buzot^ etc »

A peine les pétitionnaires avàient^ls fait entendre ces dénonciationa^ qu'ils forent interrompusi par lea plus vifs applaadîssemens des tribunes ^ auxquels s'étaient mêlés ceux de l'extrême gauche^ Mais le côte droit manifesta la plus vive indignation > et demanda que les commissaires de la section fassent û))â^s Aé la salle. Mallarmé soutint que la dëputation devait être entendue j en vertu du droit de pétition. « V<oul» avez dëclaré> dit-^il^ que les membres de cette »^ semblée pourraient être dénoncés et renvoyés^devacrt le tribunal extraordinaire; je crois les accusés itmù^ eetts ; maïs lorsque des citoyens ont le courage de vernir vous dire la vérité^ il faut les entendre; mais, je Amiaiide qu'ils signent ensuite leur déiKHitiation^

DE LA GONVBlinO?! RATIONALfi. ^ ^^^

ti qu'elle soit renvoyée au comité pour faire son rap^ port demain. »

Les pétitionnaires^ ainsi autorisés à terminer leur dénonciation, continuèrent snr le même ton. a Qu'aitendcB-vous pour les frapper du décret d'accusation , ajbutérent^ils 7 YousmettesL Dumouriee hors de la loi^ et TOUS laissez assis parmi vous »es complices? voas manque-t-il des preuves? les calomnies qu'ilp ont vomies contre Paris déposent contre eux Patriotes de la Montagne, c'est sur vous que se repose la pairie du soin de désigner les traîtres ; il est temps de les dépouiller d'une inviolabilité liberticidel.... » Une explosion de mécontentement, de la part du û^ droit, suivit la lecture de cette pétition, constamment applaudie par les tribunes et par le c^ gauche, et ce mécontentement redoubla, quand If président , Delmas, proposa d'accorder les honneurs tb la séance aux députés de la section. La Gironde insista pour qu'ils fussent chassés; la Montagne s'y apposa : on s'interpella vivement; on se menaça, et la séance fût longtemps troublée.

a C'est la violation d'un principe sacré qui ooca* «ionne cette scène scandaleuse , s'écriait Marat. Âveevous refusé d'entendre ceux qui venaient me dénon- QBT? avez<»vous refusé les honneurs de la séance aux

ageas de la cabale qui venaient me calomnier }i

Lacroix demanda que les pétitionnaires lîissent obligés de précisef leurs accusations, et qu'ils fh&sent tenus de dire quels étaient ceux des membres de la GcHiveoition qu'ils entendaient cMipréadr^ dans

a3o - juisTOiRi

leur deDoaciatioD. Ceux-ci répondirent que les nonls de tous les traîtres ne leur étaient pas connus; cju'^ y en avait d'accusés d'avoir écrit dans leurs départeiùens pour faire arrêter les commissaires de FAs- ^emblée^ et d'autres, coupables d'avoir corrompu IVsprit public dans les départemens^ qu'ils connais-* paient bien les crimes, mais qu'ils n'en connaissaient pas les auteurs.

La dénonciation n'avait pas eu de suites ce jour Jà, et la Convention avait passé à Tordre du jour. Mais Je lo avril, Pétiori dénonça un projet d'adresse rédigée par la section de la Halle-àux-Blés , que pré^ sidaitMarat, et que l'on colportait aux Jacobins, à la commune, et aux autres sections. On y demandait que Roland fût décrété d'accusation , que les employés dans les bureaux du ministère et dans les armées fussent soumis a l'épuration la plus sévère, et que ceux qui seraient suspects fussent destitués ; que l'administration des postes fût renouvelée, et que tous les chefs de bureau fussent nommés par le peuple; que tous les oflîciers suspects , ne pussent plus servir dans les armées françaises; qu'il fut fait une loi contre les accapareurs, et que la vente du numéraire fût défendue; que tous les députés en mission fussent rappelés, excepté ceux qui étaient dans les armées, et que l'on envoyât dans les départemens des citoyenis patriotes, avec des pouvoirs nécessaires; que les députés coupables fussent décrétés d^accusation , et enfin , que ceux qui n'avaient pas eu le cou* jpage de défendre la République fussent destitués et

D£ LA CJONVfilTl'IOlt 'NATIONALE. i3r

i^onplacés par leurs suppléant. « Montagne dé la Gônvention^disàient les pétitionnaires^ c'est à vous que nous nous adressons : sauvez la République, ou, si; TOUS ne vous sentez J3as assez ibrts pour le faire, osez .nous le dire avec franchise, nous nous engagerons de la sauver. La crise que nous éprouvons doit être la dernière; il faut que la France soit anéantie, QU que la. République triomphe. »

. Pétion s'éleva, avec une énergie qui lui était peu ordinaire, contre celte adresse^ qui, selon son avis,' tendait à dissoudre La Convention, u Avons-nous été envoyés ici pour y être, abreuvés d^outrages? s'écria-trril. Vous l'avez, entendu, ils vous disent que la. majorité est. corrompue, qu'il y a ici des 'conspi-> râleurs? Ne serions-nous pas coupables^ si nous ne sévissions pas contre des scélérats ? Ces hommes qui opl l'audace d'adresser ces paroles à une minorité, viennent ensuite lui demander si elle peut sauver Ist patrie, et lui disent 2 Nous nous chargeons, âods^ de la sauver. Quoi! représentans, on viendra vous dire, et vous écouterez de sang froid ces paroles t f^olre majorité est corrompue^ nous sauverons la patrie. Et comment la sauveront-ils? Est-ce par des brigandages? par des assassinais.... n — Voilà le tangage de Dumouriez, lui crient plusieurs membres de la Montagne. Danton demande le rapport de Cambon, au nom du comité de.salut public : « On discutera ensuite, dit-il, la mention honorable que je propose pour l'adresse qui vous a été lue. » Et il s'élance à la tribune.

A cetta nioUoa iï]mUmdm, les meinhrai du cM gauche applaudissent aTi90 transport. Mais la droita témoigne la plus vive iodigaatiou. Les amis de Pq* tiou lui criaot de ne pas eéder la tribune , qui resta long '-temps environnée, s Nous saurons mourir^ s'é* crient les girondins» mais nous ne mourrons pas seulSf -*^ Vous êtes des scélérats^ leur répond Dan- . ton. — Je mourrai républicain et tu mourras tyran ^ lui réplique Biroteau. *^ A bas le dictateur 1 crient à la lois tous les girondins. »

Après un long tumulte, le président se découvre <enfîa^ et Pétion continue, a Depuis Iong-*temps^ qu'euteadons^nous sans ce$se? Des^ calomnies^ des outrages y des dénonciations* Certes^ il n^en coule rien pour dire ; Vous êtes complices de Dumouriex f de d'Orléans , mais sans présenter le plus légtf iûdiœi et toujours lorsque l'on a Tenvie de commeti* tre des délits ^ ou qu'on vient d'en commettre ^ on a, toujours le soin de les attribuer aux autres. ]N'est«il pas évident, ajoute Pétion^ que les démarches qui sont faites depuis quelque temps , et qui tendent a avilir l'Assemblée^ à la jeter dans des mesures inoon* sidérées, partent de comités secrets et particuliers î Tout se trouve coïncider avec les circonstances pour pflirvenir à cet avilissement de la Convention^ ou à lui arracher des délibérations par surprise et par des moyens qu'on fait employer sous prétexte de mesu^re$ révolutionnaires..... On voudrait bien avoir ea^ core une insurrection^ mais on ne l'obtiendra pas, car la masse du peuple de Paris est excellente, n

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Fétioa teroÛJdaît aa valiémeate improvisation y en demandant que le président et le secrétaire de la seo» tion qui avait osé faire circuler le projet d'adresse pair lui dénoncé^ fussent mandés à la barre ^ et de là lu ti'ibunal révolutionnaire.

Danton, qui attendait que Pétion eut Sni^ etqni avait plusieurs (bîs témoigné son impatience, s'é^ lanoe à la tribune après lui; les. applaudissemens d'une partie de l'Assemblée et des tribunes l'y ïïuim venu

(( C'est une vérité incontestable^ ditril^ que vooa n'aye?^ pas le droit d'exiger du peuple ou d'une por« tion du peuple^ plus de sagesse que voos n'en aTOS Tous^mémes. Le peuple n'a*t*il pas le droit de sen--> tir les bouillonnemens qui le conduisent à un dé* lire patriotique , lorsque cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs? ]S'ai«*je pas été moi-même tout à l'heure assiégé à cette tribune? Ne m'a-t^n pas dit que je voulais être dicta-teur?...* Tous les jours il arrive des pétitions plus eu moins exagérées; mais il faut les juger par le fond. J'en appelle à Pétion lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages popu«r laires; il sait bien que lorsqu'un peuple brise la monarchie pour arriver à la Képublique, il dépasse son but par la force de projection qu'il aest donnée. Que doit faire la représentation nationale? Profiter de ces mêmes excès. Dans l'Assemblée Constituante^ Marat n'était ni moins terrible aux. aristocrates^ ni luoins odieux aux modérés ; eh bien I Marat y trouva

des défenseurs. Il disait aussi que la majorité était mauvaise > et elle l'était.

• « Ce n'est 'pas que je croie qu'il en soit de.mém« de cette. Assemblée; mais que devez-vous répondrel au peuple, quand il vous dit des vérités sé^ère^? Vous devez hiî répondre en sauvant la République. Et depuis quand vous doit^on des éloges? Etes-voua à la fin de votre mission? On parle de calomniateurs V la calomnie dans un état vraiment libref, n'est tien pour un homme qui a la conscience intime de son devoir. EDcore une fois, tout ce qui a rapport à la calomnie ne peut être la base d'une délibération dans la Convention. Il existe des lois, des tribunaux; que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse,' IV poursuivent. Mais si vous délibérez sur cet objet ^ pourquoi ne délibéreriez-vous pas sur l'adresse de Marseille? Voyez sur quelle mer vous vous embarqueriez. Oui, je le déclare, vous seriez indignes de votre mission, si vous n'aviez pas constamment devant les yeux ces grands objets. Vaincre les ennemis, rétablir l'ordre dans l'intérieur, et faire une bonne Constitution... Wallons pas nous faire la guerre, ani^ mer les sections, les mettre en délibération sur des calomnies, tandis que nous devons concentrer leur énergie contre les Autrichiens, »

Danton terminait son sage discours, en disant que si Paris montrait une espèce d'indignation, il avait bien le droit de porter la guerre à ceux qui l'avaient calomnié, après les services qu'il avait rendus, '^-'*'--

.Danton déplorait autaut que les girondins les ex-

DE LA CONYSNTIOR NATIONALE. îl3S

çès résultant de l'exaltation populaire ; mais il sentait que cette exaltation était néœssaire, et loin de la calmer^ il l'accueillait comme un indice du triomphe de la Révolution. Convaincu que la Républiq^ue serait perdue au moment où elle serait c^lme^ sans:avoir préalablement conquis des mœurs démocratiques ^ sanctionnées par une bonne Constitution ; il sentait que sa mission. la. jplus urgente était la victoire. Son svslènie, qu'avait si bien compris l'àmé enthousiaste. et pure de Camille Desmoàlins^ est as-^ sez bien développé dans le discours qu'il improvisa^ en répoijse à Pétibn. Il consistait à profiter, pour débarrasser la France de ses ennemis du dedans et du dehors, de tous les élémens qui résultaient des excès populaires méoies, et de la fièvre révolutionnaire.

Mais tout en nourrissant l'enthousiasme, le délire même des masses, ce chef vigoureux n'avait jamais appelé de vengeance sur la tête des individus; et si les girondins, par la bouche de Lasource, l'avaient imprudemment provoqué; s'il avait été naguère con-r traint de leur déclarer une guerre terrible, on s'apercevait déjà que Danton revenait à ses sentiméns faciles; qu'il semblait fâché de s'être engagé dans une lutte qui n'était pas dirigée contre les ennemis de la France; enfin il parlait d'union; il offrait encore à la Gironde le moyen de marcher avec le reste de la Convention. Malheureusement il ne fut pas écouté. .

Après le rapport de Cambon, au nom du comité de salut public, et après que l'Assemblée eut accepté

9lS$ HISVOIIUB

la déuisslou du ministre delà marine , Monge, pour confier ce ministère au marin Daibarade, la dia-* cu&sioD fut reprise sur l'improbation de Fadresse dénoncée par PétioQ.

Boyer-Fonfrède, le plus franc républicain qu'il y eût parmi les Girondins , se plaignit amèrement des outrages faits à la Convention, ce Je la révère^ moi^ dit^il^ el je Taccuse aussi^ mais c'est de faiblesse. On acoQse la majorité de celte Assemblée de çorrup-* tion ! Et qui l'accuse 7 c'est Dumouriez qui veut la dissoudre. Qui l'accuse? c'est Egalité lorsqu'il passe à renneftti. Qui l'accuse? ce sont les rois qui veulent détruire la République. Qui l'accuse? les royalistes qui vous demandent le tyran dont vous avez abattu la télé. Qui l'accuse enfin? tous les nobles^ tous les prêtres, tous les rois, tous ces tyrans obscurs qui versent le sang pour avoir de l'or, et qui sont même trop vils pour aspirer au pouvoir, si le pouvoir ne menait pas à la fortune. Voilà quels sont ceux qai vous accusent de corruption, parce qu'ils n'osent pas vous accuser d'avoir fondé la République , d'à-voir déclaré la guerre à la royauté, d'avoir banni les Bourbons, qu'ils ont long*temps défendus , et dont le chef méprisable vous fait ainsi ses adieux. «...

« Ghoyens, ajoutait Fonfrède, c'est ici, c'est dans cette enceinte que doit résider le génie de la nation dans toute sa vigueur; ne la laissez donc pas avilir : si vôns perdez le sentiment de votre dignité, le peuple perdra le sootinient de sa force. Les sentimcns généreux se communiqua^} c'est dans l'Assemblée

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des représcntans que le peuple doit prendre l'exemple da courage.» Fonfrède ternoûnait eu demandant que le projet d'adresse de la section de la Halle^oX'-bl^s fâtimprotivë^ comme l'aVait été celle de Marseille.

£o ce moments Lahaye lut une lettre^ de laquelle il résultait qu'un émissaire à^Egalitéy si oe n'était Egalité lui-même , avait cherché à agiter l'opinion en faveur de ce prince.

Giiadet s'empare de cet incident pour demandef qu'il soit nommé des commissaires chargés de suivre les fils de la conspiration qu'il dit exister entre Dumouriez et les agitateurs de Pari^; et il le Êiity sui^ vaut son usage, en excitant les passions à se heurter.

Robespierre s'empresse de demander la parole^ pour dénoncer les véritables coupables, ce Celui qui dit que la majorité de la Convention est corrompue est un insensé, dit-il; mais celui qui nierait que la Goavention ISationale peut-être quelquefois égarée par une coalition compoisée de quelques hommes profondément corrompus ^ serait un imposteur. Oq vbufi a parlé souv^it de conspirations, et> tout etk en parlant, on feint de ne pas en cxHinaître lesau*^ teurs : elles éclatent cependant sous vos yeux. Les conspirations nous environnent^ tout le monde ea aperçoit la nature et l'étendue; c'est une chaine qui circule (ïans tous les cabinets de l'Europe, et dont l'anneau aboutit dans cette enceinte sacrée. Mon, la aiajorité de la Convention n'est pas corrompue,- sans c«la> la patrie serait perdue, sans cela commentant rions-nous résisté aux irsdtres, aux ennemis detoua

de la MéTohilîon ^ ont eu cekt de comiftiiit qa^ls ont dëfendo les droits du peuple aussi Icng^-teiBps qtt'ili ODt cru en atoir besoin. Tous Font regardé comfM mu stupide troupeau destiné à être conduit par 1^ plus habile ou par le plus fort ; tous ont regardé le^ assemblées représentatives counne des eorps compo^» ses dliotumes ou cuj»des ou crédules^ qu'il fallait corrompre ou tromper pour les faire semr k leu^s projets criminels^ tous se sont sertis àeê sociétés populaires contre la Gour^ et dès le moment ùiiïh eurent fait leur pacte avec elle y ou qu'ila l'eurent remplacée^ ils ont travaillé k les détrtiire j tous ont successivement combattu pour ou contre Im JaooM bini9^ selon les temps et les circonstances^.

m Gomme leurs devanciers , le& dotUïnatéurs ac«tuels ont caché leur ambition sous le masque de la modération et de l'amour de Tordre t oocnme leurs devanciera, ils ont cherché à décréditer les principes de la liberté..... »

Développant ensuite longuement ^ et avec un art qu'on ne lui connaissait pas encore^ la trame que son imaginatitm effrayée lui montrait dans les anciens rapports des Oirondins avec Dumooriea ^ il les ptésentait comme n'ayant jamais cessé de conspirer xyùBpe la République^ et comme ayant employé à cet effet ttms les moyens dont ils avaient pu dispo* set. Habite à se créer luinoiéme de6 fentÔmea, sa sombre méfiance lui avait ofiert une infinité d'indi*' ces avec lesquelles il avait bâti son système^ Au reste, sa cMfviccion devait être entière , et il élut

DE LÀ CONTSHTION NATIOKALS* Mi

difficile que des hommes prévenus ue la partagèassent pas, taut il avait mis de talent à coordonner les feits, à les présenter sous un faux jour, et à prévenir les objections (i).

Après avoir ainsi expliqué l'opposition des Gironflins et la trahison de Dumouriez, Robespierre termina son accusation en demandant que les individus (le la famille d'Orléans fussent traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sillery, sa femme, Valence, et tous les hommes spécialement attachés à cette maison. Il demanda en outre que ce tribunal fât également chargé d'instruire le procès de tous les autres complices de Dumouriez.

«Oserai-je, dit ensuite Robespierre, avec une ironie qui' n'était pas dans son caractère^ oserai-je nommer ici des patriotes aussi distingués que m essieuj'S Vergniaud, Guadet, Gensonné, Brissot, et autres? Je n'ose pas dire qu'un homme qui correspondait jour par jour avec Dumouriez doit être au moins soupçonné de complicité; car, à coup sûr, cet honnête homme est un modèle de patriotisme, et Ce serait une espèce de sacrilège que de demander le décret d'accusation contre monsieur Gensonné. Aussi bien, suis-je convaincu de l'impuissance de mes efforts à cet égard, et je m'en rapporte, pour

(z) On trouvera à la fin de ce volume le curieux discours que Robespierre avait préparé, etquMl prononça ce jour^-Ià. De pareilles pièces font nieQx coiinailre les hommes et les choses que tous les commentaires ^^011 pourrait en donner.

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tout ce qui concerne les illustres membres ^ à la sa* gesse de la Gonveatiou.

« Je renouvelle y ajouta Robespierre ^ la mâBe proposition que j'ai déjà £iite à Têtard de Marie* Antoinette d'Autriche. Je demande que la Convention Nationale s'occupe ensuite sans relâche des moyens^ tant de fois annoncés^ de sauver la patrie et de soulager la misère du peuple* »

Robespierre venait de produire un grand effet sur une partie de la Couvenlion , et plus encore aur Icp tribunes; son accusation avait été accueillie par les applaudissemens réitérés de la Montagne et des spectateurs : le côté droit ^ au contraire , manifes-* tait autant d'étonnement que d'indignation; mais ses membres^ les plus habitués à improviser^ craignaient de répondre , sans préparation^ au discours préparé et médité de Robespierre.

Yergniaud pensa qu'il ne fallait pas laisser l'Assemblée sous ces fâcheuses impressions : il prit la parole^ d'un ton calme ^ et demanda à répondre a monsieur Robespierre.

Aces mots, les tribunes éclatent en murmures^ C'est en vain que l'orateur recommence plusieurs fois sa phrase^ il est toujours interrompu par ces mêmes tribunes, qui croyaient que l'on ne pouvait rien répliquer aux faits cités par Robespierre. Impa-* tienté par ces clameurs, Vergniaud demande acte à la Convention de ce que les hommes qui avaient accueilli avec uqe si avide complaisance la calonmio distillée par Robespierre ^ s'opposaient à oo qu'il

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