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tement compromis ^ les girondins attaquaient de nouveau Danton et Lacroix. Pénières parla encore de la lettre de Dumouriez tenue secrète; il se plaignit de ce que , dès son retour, Danton n'avait pas demande le décret d'accusation contre Dumouriez. Bréard^ en sa qualité de président du comité de sûreté générale, expliqua comment les choses s'étaient passées, et affirma que c'était le comité qui avait reconnu la nécessité de garder secrète la lettre en question.
Danton ajonta quelques explications à celles qu'il avait données la veille. Il se défendit d'avoir soutenu Dumouriez, ainsi que ses adversaires le supposaient; il dit qu'il avait, au contraire, déclaré à son tour, que ce général était devenu tellement atroce, qu'il fallait l'arracher de son armée*, ce II est étrange, s'écria* t-il, que ceux qui ont été constamment en op* position de principes avec lui, soient aujourd'hui accusés comme ses complices! Qu'a voulu Dumou* riez? établir un système financier dans la Belgique. Qu'a voulu Dumouriez? point de réunion. Quels sont ceux qui ont fait les réunions? vos commissai-*> res. La réunion du Flainaûlt, dit Dumouriez^ s'est faite à ooups de sabre. Ce sont encore vos commissaires qui l'ont faite. C'est nous que Dumouriez ac* cuse des malheurs de la Belgique; c'est nous qu'il accuse d'avoir fait couler le sang dads le Hainault ; et par une fatalité inconcevable, c'est nous qu'on ac-*-
cuse de protéger Dumouriez! Dumouriez s'est
rendu criminel; mais ses complices seront bientôt connus... J'appelle sur ma tète tontes les dénoncia-
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tioos, sûr que^ loin de tomber^ elle sera la tâte de Méduse qui fera trembler tous le$ aristocrates. »
On avait déjà vu les girondins^ honteux d'avoir été la dupe de Dumouriez^ chercher à n^jeter sa trahison sur les fautes de la Montagne. Ce jour Ik y Lasource osa davantage; il osa dénoncer Panton comme cotnplico de Dumouriez. Eatnt monté à ia tribune 9 après Dâtiton> pour soumettre, disait-il, quelques conjectures sur la trahison de Ouo^ouriez, Lasource, par des rapprocbemens perfides et des suppositions absurdes, chercha à démontrer qu'il existait un plan forme pour rétablir la royauté, et que Danton, Lacroix et toute la Montagoe étaient entrés dans ce complot.
(f Pour faire réussir ce plan, dit Lasource, quf^ fallait-il faire? Il fallait maintenir Uumouriez a ia tète de son armée. Danton est venu à la tribu];ie et a fait le plus grand éloge de Dumouriez. S'il y avait un plan formé pour faire réussir les projets de Dumouriez^ que fallait-il faire? Il fallait se populariser. Qu'a fait Lacroix? Lacroix, en arrivant de la Belgique, a affecté un patriotisme exagéré| dont jusqu'à ce moment, il n'avait donné aucun exemple. Il se déclara Montagnard, tonna contre les citoyens qui avaient voté l'appel au peuple , et contre ceux qu'on désigne sous le nom d'hpmmes d'Etat.
« Pour faire réussir la conspiration tramée par Dumouriez, continua Lasource, que &llait-il &ire? U fallait acquérir la confiance populaire ^ il liaillait tenir les deux extrémités du fiL Lacroix re^le dans
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la Belgique ; Danton vient ici : il y vient pour pren^ dre des mesures de sûreté générale; il assiste au comité, et il se tait. Ensuite Danton interpellé de rendre compte des motifs qui lui ont fait abandonner la Belgique, parle d'une manière insignifiante.... Pour faire réussir la conspiration de Dumouriez, que fallait-il faire? 11 fallait faire perdre à la Convention la confiance publique. Que fait Danton? Danton parait à la tribune, et là, il reproche à l'Assemblée d'être au-dessous de ses devoirs; il annonce une nouvelle insurrection; il dit que le peuple est prêt h se lever. Il n'y avait pas de marche plus sûre pour amener Dumouriez à ses fins, que de ravaler la Convention, et de faire valoir Dumouriez; c'est ce qu'a fait Danton. Pour protéger la conjuration, il fallait exagérer les dangers de la patrie; c'est ce qu'ont fait Lacroix et Danton.... »
Lasource terminait sa longue et calomnieuse accusation^ en demandant qu'il fut nommé une commission ad hoc pour examiner les faits et découvrir les coupables. « Vous voyez maintenant à découvert, ajoutait-il, le projet de ceux qui parlent au peuple de couper des têtes, vous voyez s'ils ne voulaient pas la royauté. ))
Danton avait écouté tout ce misérable échafaudage sans interrompre Lasource. Immobile sur son banc , il relevait sa lèvre avec une expression de mépris qui lui était propre, et qui inspirait une sorte d'effroi; son regard annonçait la colère et le dédain ; son attitude contrastait avec les mouvemcns de son
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visage^ et Ton voyait^ dans ce mélange bizarre de calme et d'agitation, qu'il n'interrompait pas son adversaire, parce qu'il lui serait facile de lui répondre^ et qu'il était certain de l'écraser. Mais quand Lasource eut fini, il s'écria, en montrant le côté droit : « Les scélérats! ils veulent rejeter leurs crimes sur nousl » Dès lors, il fut facile de comprendre qu'il ne garderait plus aucun ménagement.
Cependant, plusieurs membres, et entre autres Delmas, profondément affligés de la tournure que les débats avaient prise, demandèrent instamment que l'explication qu'on provoquait fut renvoyée à d'autres temps, et que l'on s'occupât de la chose publique. Mais le côté gauche et les tribunes invitaient Danton à parler, et réclamaient avec force la parole pour lai.
Assez souvent il avait refusé de relever le gant qu'on lui jetait à tout instant^ il ne se sentit plus maître de refuser le gage du combat. Le temps des ménagemens, qu'il avait crus utiles à la liberté, lui parut passé; certain dès alors de ne voir jamais les {girondins se réunir a lui pour sauver la République, il crut enfin que cette République diérie pouvait être sauvée sans eux, et se décida à sortir de son caractère^ pour repousser l'attaque la plus odieuse.
tt Je dois commencer par vous rendre hommage, s'écria- t-il d'abord en se tournant vers le côté gauche, et en désignant les bancs où étaient assis les Montagnards , citoyens qui êtes placés sur cette montagne; vous avez mieux jugé que moi. J'ai cru long-
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temps que, quelle que fut Timpëtuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis; je devais employer, dans les circonstances difficiles où m'a placé ma mission, la modération que m'ont paru commander les événemens. Vous m'accusiez de faiblesse : vous aviez raison; je le reconnais devant la France entière. Nous, faits pour dénoncer ceux qui, par impéritie ou par scélératesse, ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi, c'est nous qu'on accuse!.... » — Oui, oui, ils l'ont osé, s'écrient un très grand nombre de membres, en se levant, et en menaçant du geste les députés placés dans la partie droite. — 4( Ce sont ces mêmes hommes, contiuue Danton , qui prennent aujourd'hui Tattitude insolente de dénonciateurs. » — Grangeneuve interrompt l'orateur pour lui faire, dit-il, une interpellation ; mais les murmures de la Montagne lui imposent silence, n Vous n'avez pas la parole, lui crie-t-on. — w Nous avons tranquillement écouté Lasource, dit Albitte, écoutez à votre tour. »
« Et d'abord, avant d'entrer à mon tour dans les rapprochemens , reprend Danton, je vais répondre.
« Que vous a dit Lasource ? Quelle que soit l'origine de son roman , qu^il soit le fruit de son imagination ou la suggestion d'hommes adroits ; soit que cet homme , dont on s'est emparé plusieurs fois dans l'Assemblée Législative, ait voulu préparer, ce que j^aime à ne pas croire , le poison de la calomnie contre moi , pour la faire circuler pendant l'intervalle
DE LA CONVENTION NATIONALE igS
qui s'écoulera entre la dénonciation et le rapport général qui vous sera fait sur cette affaire ^ je n'examine pas ses intentions. Mais que vous a-t-il dit ? Qu'à mon retour de la Belgique je ne me suis pas présenté au comité de défense générale. Il en a menti.... »
Après cet énergique début, Danton parla plus de deux heures; et quoiqu'il fût extrêmement animé, il suivit Lasource dans toutes ses imputations, dans tous ses rapprocLemens , et les réduisit en poussière. Il lui fut facile de mettre au jour l'absurdité des accusations de son adversaire, et de démontrer que toutes les haines de Duraouriez avaient été pour la Montagne, et toutes ses affections pour le côté droit; que c'était de la Montagne qu'étaient partis les premiers supçons contre le général, et qu'ils avaient été repoussés par le côté droit, comme un crime de lèse-nation. Sa réponse fut accablante d'évidence et de vigueur.
Quand à ce qui lui était personnel dans l'accusation de Lasource , Danton en démontra également Tabsurdité. « A-t-on pu croire un seul instant, s'écria-t-il, a-t-on eu la stupidité de croire que moi, je me sois coalisé avec Dumouriez? Contre qui Dumouriez s'élève-t-il ? Contre le tribunal révolution- Daire; c'est moi qui ai provoqué l'établissement de ce tribunal. Dumouriez veut dissoudre la Convention. Qund on a proposé , dans le même but, la convocation des assemblées primaires, ne m'y suis-je pas opposé? Si j'avais été d'accord avec Dumouriez, au-
rais-je eombaltu ses projets de finances sur la Belgique? Les citoyens de Mons , de Liège , de Bruxelles diront si jeu'ai pas été redoutable aux aristocrates^ autant exécré par eux qu'ils méritent de l'être j ils vous diront qui servait les projets de Dumouriez^ de nioi^ ou de ceux qui le vantaient dans les papiers publics^ ou de ceux qui exagéraient les trobles de Paris.
« Tous les citoyens vous diront quel fut mon crime ; c^e^si d* avoir défendu Paris.
(f A quiDumouriez a-t-il déclaré la guerre? Aux sociétés populaires. Qui de nous a dit que sans les sociétés populaires^ sans le peuple en masse nous ne pourrions nous sauver? De telleis mesures coïncident-elles avec celles de Dumouriez? Ou la complicité ne serait-elle pas plutôt de la part de ceux qui ont calomnié à l'avance les commissaires^ pour faire manquer leur mission ? Qui a pressé l'envoi des commissaires ? Qui a accéléré le recrutement? Le complément des armées? C'est moi, moi, et je le déclare à toute la France , qui ai le plus puissamment agi dans ce sens. Ai-je, moi, comme Dumouriez, calomnié les soldats de la liberté, qui courent en fouie pour recruter les débris de nos armées? N'ai-je pas dit que j'avais vu ces hommes intrépides porter aux armées le civisme qu'ils avaient puisé dans l'intérieur? IN'ai-je pas dit que cette portion -de l'armée qui , depuis qu'elle habite sur une terre étrangère, ne montrait plus la même vigueur, reprendrait, comme le géant de la fable, en posant le pied sur la terre de la liberté, toute l'énergie repu-
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b]icaine ? Est-ce là le langage de celui qui aurait Toulu Dou^ désorganiser?.... »
Après avoir complété sa justification et celle de la Montagne , Danton prit l'ofifensive , et adressa au eôté gauche^ cette véhémente allocution, a Railliez-vous , vous qui avez prononcé Tarrêt du tyran, contre les lâches qui ont voulu l'épargner. Serrexvous y appelez le peuple à se réunir en armes contre ] ennemi du dehors ; écrasez celui du dedans , et confondez par la vigueur et Finimobilité de votre caractère , tous lès scélérats , tous les aristocrates , tous les modérés^ tous ceux qui vous ont calomniés dans les départemens. Plus de composition avec eux. Reconnaissez -le tous, vous qui n'avez jamais su tirer de votre situation politique dans la nation le parti que vous auriez pu en tirer ; qu'enfin justice vous soit rendue. Vous voyez par la situation ou je me trouve en ce moment, la nécessité où vous êtes d'être fermes et de déclarer la guerre à tous vos ennemis y quels qu'ils soient. 11 faut former une phalange indomptable. Ce n'est pas vous^ puisque vous aimez les sociétés populaires et le peuple, ce n'est pas vous qui voudrez un roi! C'est à vous d'en ôter l'idée à ceux qui ont machiné pour conserver l'ancien tyran. Je marche h la République j marchons-y de concert j nous verrons qui de nous ou de nos détracteurs atteindra le but »
Pour juger tout l'effet que produisit sur l'Assemblée la foudroyante improvisation de Danton, il faut se rappeler qu'il avait jusqu'alors cherché à
amener une réconcilialion entre les deux côtés j il faut se rappeler que , bien qu'assis au sommet de la Montagne, il était en quelque sorte le chef du Maraiif } qu'il avait souvent blâmé la fougue de la Montagne^ combattu les défiances de Robes-* pierre, et soutenu qu'au lieu de s'occuper à guerroyer contre les girondins , il fallait , au contraire, les contraindre à seconder le parti révolutionnaire pour sauver la chose publique. Peu de jours même avant la malencontreuse levée de boucliers de Lasource, et Taccablante réplique de Danton, celui-ci avait eu une conférence avec les principaux chef$ du côté droit , dans laquelle on était convenu de marcher d'accord , et de ne plus songer à autre chose qu'à battre l'étranger et à confondre l'aristocratie.
Les montagnards aimaient tous Danton ; mais la plupart d'entre eux pensaient qu'il jugeait mal rétat des choses , quand il espérait rétablir l'union entre les Girondins et la Montagne^ et s'ils avaient consenti à marcher avec lui vers la fusion sur laquelle il paraissait fonder tant d'espérances , c'était plutôt pour tenter un essai auquel ou croyait peu, que dans la conviction de la réussite que Danton
leur promettait.
Aussi, lorsque ce chaleureux orateur , maladroitement provoqué par l'un des éclaircurs du parti adverse, répondit avec tant de force à d'imprudentes attaques; lorsqu'il déclara si hautement la guerre à des hommes avec lesquels les montagnards
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ne croyaient plus possible de vivre; lorsqu'il brûla ca quelque sorte ses vaisseaux pour s^enlever toute possibilité de retour , ses amis furent tous transportés d'un enthousiasme électrique : ils regardèrent la résolution inopinée de Danton comme le signal d'une victoire certaine. Quand il descendit de la tribune^ un grand nombre de députés coururent Tembrasser^ et la salle retentit long-temps du bruit des applaudissemens du côté gauche et des tribunes.
Cependant^ comme Lasource n'avait fait aucune proposition formelle, cet incident n'amena aucun résultat positif^ quoiqu'il en eût un immense pour la direction des esprits. L'acquisition franche de Danton donnait à la Montagne une force invincible; et les Girondins ne paraissaient plus à craindre^ dés l'instant où il s'était engagé à les combattre.
Lorsque l'agitation causée par la déclaration de guerre du géant de la Révolution fut calmée^ Homme demanda que la ïiomination des commissaires pour faire l'analjse des plans de Constitution envoyés par les départemens, fut remise à la séance du lendemain; mais Marat s'écria : a Lorsque le feu de la sédition est allumé dans plusieurs parties de la République^ lorsque les ennemis extérieurs vous pressent; lorsqu'il s'agit d'étouffer la guerre civile et d'arrêter l'ennemi, nous n'avons besoin que de lois révolutionnaires. Je m'oppose à toute discussion sur la Constitution, jusqu'après le retour des commissaires patriotes. Examinons la conduite des mem-
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bres delà Convention^ des généraux , des ministres qai sont dénoncés de toutes parts; frappons les traîtres quelque part qu'ils se trouvent. »
Biroteau appuya la motion de Marat , et demanda en outre qu'on dépouillât de toute espèce d'invioki-^ bilité tes représentans du peuple. « Dans un moment où la liberté est menacée de tous côtés, toute inviolabilité doit cesser^ dit-il; le peuple ne peut pas laisser sa confiance à un député contre lequel sont* portées de nombreuses accusations. La Conventiotn doit pouvoir lancer le décret d'accusation contre celui de ses membres sur la tète duquel flotteront de violens soupçons. »
Tous les côtés s'empressèrent d'adhérer à celle proposition^ et la Convention la décréta en ces termes :
« La Convention ^ationale^ conjsidérant que le salut du peuple est la suprême loi^ décrète^ que sans avoir égard a l'inviolabilité d'un représentant de la nation française, elle décrétera d'accusation celui ou ceux de ses membres contre lesquels il y aura de fortes présomptions de complicité avec les ennemis de la liberté, de l'égalité et du gouvernement républicain, résultantes des dénonciations, ou de preuves écrites déposées au comité de défense générale, chargé des rapports relatifs aux décrets d'accusations à lancer, n
Les députés, en se dépouillant volontairement d'un immense privilège, prouvaient tous qu^ils ne craignaient pas cite se rendre vulnérables pour leurs
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actions^ comme pour leurs opinions. En rejetant le boadier dont une fiction, crue nécessaire, les avait couverts jusque-là , ils défiaient leurs ennemis respectifs. U y avait dans cette détermination autant de générosité que de grandeur d'âme ; mais ils étaient de part et d'autre bien loin de prévoir les funestes conséquences de cette imprudente concession qu'ils se faisaient mutuellement^ et qui devait devenir successivement mortelle à tous les deux partis.
Dumouriez cherche à consommer sa trahison. — Obstacles qn*il rencontre. — Il fait arrêter les commissaires de la Convention. — Il achèye sa trahison. — Arrestation du duc d'Orléans. — Mesures que prend la Montagne. — Débats sur le comité de salut public — Assemblée centrale de l'évéché. — Opposition qu'elle rencontre. — Paroles de Thuriot.
Pendant que les deux partis qui déchiraient le sein de la Convention se déclaraient une guerre mortelle, à l'occasion de Dumouriez, ce général, engagé dans la plus honteuse voie, essayait de consommer sa trahison : mais à chaque pas qu'il tentait de faire il rencontrait des obstacles auxquels il ne s'était pas attendu.
Obligé de se hâter, Dumouriez s'était porté à Breuille, et y avait réuni son armée afin d'être à même de menacer les trois places fortes de Lille, Va-
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lenciennes et Condé , dont il voulait purger ivs garnisons. Mais, si la troupe de ligne, plus habituée à Fobëissance passive, paraissait dévouée à son général, les volontaires nationaux se montraient peu dia* posés à suivre $es ordres, depuis que sa conduite avait cessé de leur inspirer de la confiance*
Il entrait dans le plan de Dumouriez , si toutefois il pouvait en avoir un d'arrêté, de s'emparer des places importantes de la frontière du INord» afin d'avoir des vivres et un point d'appui contre Paris* Mais les commissaires de la Convention qui se trouvaient à Lille et à Valenciennes^ y avaient réchauffé l'ardeur des citoyens et des sociétés populaires, qui s'étaient déclarés contre lui. En même temps ^ ib avaient travaillé à affermir les autres généraux dans leurs devoirs envers la République. Déjà Dampierre^ l'un des généraux de division, connu par sa bra-* voure, s'était déclaré chaleureusement pour la Convention , et plusieurs autres chefs n'attendaient que le moment favorable pour abandonner Dumouriez. Le général Ferrand^ qui commandait à yalencien*^ nés, ne laissait aucun doute sur sa fidélité à la République. A Lille, le mulâtre Saint-George jurait de tuer de sa main quiconque aurait la lâcheté de vouloir traiter avec Tenuemi. Il ne restait à Dumouriez que la place de Condé, sur laquelle il pût compter, parce qu'elle était commandée par le général JNeuilly, qui lui était dévoué.
Le 3i mars, au moment où DumouriesL levait l'étendard de la trahison, quelques volontaires portant
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écrit sur leurs chapeaux, la République ou la morty l'avaient abordé dans son camp , et avaient voulu s'emparer de sa personne. II les avait repousses, et et livres à ses hussards, troupe de vrais satellites. A l'instar des despotes, Dumouriez tira parti de cet événement^ et se Gt faire des adresses de félicitations sur les dangers auxquels il avait échappé.
Croyant avoir par là retrempé la fidélité de ses soldats, il fit sa première tentative sur Lille. A cet eflet, il détacha le Polonais Miacsinski pour aller s'en emparer : et celui-ci commit l'imprudence d'entrer dans la place, avec une légère escorte. A peine* y fut-il, que Saint-George fit fermer les portes : Miacsinski fut entouré, et livré aux autorités. Dumouriez apprenant que la division qu'il avait en-> voyée à Lille^ errait sur les glacis, sans guide et sans direction , envoya un de ses aides-de-camp pour la rallier; mais cet aide-de-camp fut pris aussi , et la division fut perdue pour Dumouriez.
Une pareille tentative sur la place de Valenciennes, essayée en même temps, avait eu le même sort. Le chef qu'il avait chargé de surprendre la place , s'était uni au général Ferrand et aux commissaires de la Convention; et Valenciennes lui était échappée comme Lille.
Le I*' avril, il transporta son quartier général aux boues de Saiut-Amand, afin de se rapprocher de Condé. Là , il commit un acte de perfidie en faisant arrêter le fils de Lecointre, député de Seine-et-Oige, et en l'envoyant au général autrichien*
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Le 2 au soir, arrivèrent les quatre commissaires de la Convention , précédés par le ministre de la guerrc> Beurnonville. Ils trouvèrent Dumouriez entouré d'un nombreux état-major, et gardé par un régiment de hussards : c'était celui de Bercliiny^ qui avait la réputation d'un corps aristocratique et sans moralité. Dumouriez demanda aux députés l'objet de leur mission : ils refusèrent de s'expliquer devant cette foule d'officiers, dont les dispositions leur paraissaient fort peu rassurantes, et demandèrent à passer dans un appartement : les officiers exigèrent que les portes en restassent ouvertes.
Camus lui lut alors le décret par lequel la Convention le mandait à la barre. Dumouriez répondit d'abord froidement que l'état de son armée exigeait sa présence, et que lorsqu'elle serait réorganisée, il verrait ce qu'il aurait à faire. Les commissaires insistèrent en l'assurant que la Convention ne voulait que connaître ses intentions; que son obéissance au décret la satisferait, et qu'il serait bientôt rendu à son armée. Dumouriez s'emporta; il leur répondit qu'il ne serait pas assez dupe pour aller à Paris, et se livrer lui-même au tribunal révolutionnaire; que des hommes de sang demandaient sa tête, mais qu'il n'était pas disposé à la leur donner. Puis, reprenant un ton plus calme , il les pria de ne pas le pousser à des extrémités pénibles, et les engagea à faire un rapport par lequel ils déclareraient que, dans le moment, il lui avait paru trop nécessaire à son armée pour l'en arracher; et il les laissa^ pour attendre
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leur décision^ dans la salle où se trouvait son étatraajor*
Mais les commissaires avaient trop senti le danger de laisser plus long-temps le commandement entre ses mains, pour se prêter à ses vues; ils étaient bien décidés à i^emplir leur mission jusqu'au bout : aussi , leur délibération fut-elle bientôt prise ; ils suivirent le général pour le sommer, courageusement, au milieu même de ses nombreux officiera, d^obéir au décret de la Convention. Et, sur sa réponse négative. Camus lui déclara^ avec une noble fermeté, quUl était suspendu de ses fonctions; qu'il allait le faire arrêter, et que ses papiers seraient saisis. — « C'est trop fort, s'écria Dumouries; » et aussitôt, appelant ses hussards, il leur dit, en allemand, d'arrêter les commissaires. Beurnonville le pria de lui faire partager leur sort. — « Oui, lui répondit-il , et je crois vous rendre un véritable service; je vous arrache au tribunal révolutionnaire (i). »
Dumouriez consomma sa trahison et sa perfidie, en livrant aux Autrichiens les commissaires de la Convention, qui eurent horriblement à souffrir des mauvais traitemens que l'empereur d'Autriche leur fit subir (%),
(i) Robeftpierre, dans son acciisation contre les Girondins, a prétendu qsxà rairrestation des quatre commissaires était concertée d*aTanoe , et que celle de Beumonville ne fut qu'une comédie.
(a) De retour des prisons de rAutriche, Camus publia une intéressante relation de leur captirité.
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La nait, Dumouriez fit une proclamation a son aimiée , dans laquelle il leva tout à fait le masque. Au lieu d'y faire , comme dans ses lettres , l'éloge de la partie saine de la Convention, il s'y prononça contre la Convention tout entière , et annonça hautement l'intention de rétablir la royauté et la Constitution de I79I* « La tyrannie, les assassinats, les crimes sont à leur comble à Paris, disait Dumouriez ;
l'anarchie nous dévore Il est temps que l'armée
émette son vœu , purge la France des assassins et des agitateurs, et rende à notre malheureuse patrie le repos qu'elle a perdu par les crimes de ses représentansl »
Le lendemain matin, il monta à cheval, et fit puplier sa proclamation. Mais cet appel aux soldats ne produisit que la stupeur chez les uns et l'indignation chez les autres. Comme toute la France, l'armée était alors républicaine : elle comptait même dans ses rangs les patriotes les plus ardens, qui étaient accourus, comme volontaires, à la défense de la patrie; aassi ces volontaires furent-ils les premiers à abandonner le général qui les trahissait.
Dumouriez se trouva dés lors dans une crise des plus redoutables. Il voyait Dampierre ouvertement déclaré contre lui; à chaque instant , il apprenait que des généraux l'abandonnait, et que d'autres n'attendaient que d'être en position pour le faire : de toutes parts il surgissait des officiers qui travaillaient les troupes de ligne. Il pensa qu'il ne lui restait plus d'autre parti à prendre que d'agir, afin
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d'entraîner par l'action les troupes qu'il avait encore^ et les soustraire à toute autre influence que la sienne. A cet effet, il fixa, avec le colonel Mack, un rendez-vous pour le lendemain matin, dans lequel ils devaient convenir des opérations à faire pour réaliser leur plan.
Le 4 au matin, Dumouriez, Thouvcnot, les fils d'Orléans , et quelques autres officiers^ tous complices de la trahison, tous traîtres à la République, tous rebelles à la Convention Nationale, seule autorité émanée du souverain^ partirent, accompagnés de quelques domestiques, pour aller au rendez-vous. Dumouriez se proposait de se porter ensuite sur G)ndé , d'affermir la garnison , et d'aller s'emparer de Lille.
Mais à peine étaient-ils sur le chemin de Condé , qu'ils rencontrèrent deux bataillons de volontaires qui s'en allaient. Dumouriez voulut mettre pied à terre pour leur donner par écrit l'ordre de rentrer au camp ; mais il avait affaire avec des hommes qui n'entendaient pas Tobéissance passive, et qui d'ailleurs étaient en insurrection contre lui. Au lieu de lui obéir, ils voulurent l'envelopper et le prendre. Dumouriez n'eut que le temps de remonter à cheval et de fuir au grand galop, Les volontaires se mirent à sa poursuite et cherchèrent à lui couper le chemin vers un fossé j son cheval s'étant refusé à le sauter^ il ne perdit pas la tête; il se jeta dans le fossé ^ le traversa à pied, et arriva à Tautre bord, au milieu d'une grêle de coups de fusils : acceptant alors le cheval
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d^un domestique, il courut à toute bride vers Bury, où il arriva le soir avec sa suite, il y fut joint par le colonel Mack , et ils employèrent la nuit à convenir des mesures à prendre dans les circonstances.
Le lendemain y Dumouriez eut encore l'audace de se présenter au milieu de son armée ^ accompagné par des dragons impériaux. Mais la nouvelle de sa fuite à l'ennemi, la vue des cavaliers autrichiens qui l'accompagnaient , produisirent une impression funeste pour lui, honorable pour nos soldats^ salutaire pour la République. Il apprit que l'artillerie avait quitté le camp, et que des divisions entières se ren» daient à Valenciennes pour se rallier à Dampierre. 11 se vit alors obligé de quitter définitivement son armée , et de repasser à l'ennemi. Il y fut suivi par le général Thouvei\ot, par les deux fils d'Orléans, et par quelques autres officiers qu'il avait mis dans le secret de ses coupables et folles entreprises en faveur du rétablissement de la n^onarchie.
Quand les Autrichiens virent qu'ils ne pouvaient plus soumettre la France parla coopération, de Dumouriez ils lui offrirent de se mettre à la tête d'une nouvelle émigration. Il essaya de publier quelques manifestes pour offrir aux Français la paix, avec la constitution de 1791. Les soldats républicains lui répondirent par l'hynme de la Marseillaise , et par des coups de canon.
Sentant alors la faute qu'il avait commise, en prenant pour auxiliaires les ennemis de sa patrie ^ dé-senchanté de tous ses projets extravagans; désolé