‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 11 sur 34 · DB LA GONYBIIVM» NATIONALE · texte numérisé non relu

DB LA GONYBIIVM» NATIONALE

coûfondit l'imposture. Le président rëctame lé silence : peu à peu^ le tumulte s'appaise^ lè calme se rétablit ^ et Yergniaod put parler.

« J'oserai répondre à mo7t^fe«/'Robéspiei*re, féplîqua-t-il y qui par un roraan perfide artificieusement écrit dans le silence du cabinet y et par des froides ironies^ vient provoquer de nouvelles dîscofdi^g dans le sein de la Convention ; j'oserai lui répondre sans méditation; je n'ai pas comme lui besoin d'Art ^ il saflSt. de mon âme.

« Je parlerai , non pour moî , c'est le ctfeur nâvré de la plus profonde douleur , que, lorsque là patrie rëclaiile tous les instâus de notte existence politique, je vois la Convention réduite, par des dénonciations où l'absurdité seule peut égaler la scélératesse, à la nécessité de s'occuper de misérables intérêts; je paillerai pour la patrie, au sort de laquelle, sur les bords dèi'abtme où on Vk conduite > les destinées d'un de sesrepréientans, qui peut àt qui veut la servîf, ùè soût pas té^ut-^à-fait éttarigèfes ^ je parlerai , non pour moi ; ]& sais que daûs les Révolutions la lie des dations s'agite, et s'élevaUl sut la surface politic[tie, paraît quelques momeiis domitler les bômmes de bieû. Dans mon intérêt personnel, j'aurais attendu patiemment que ce règne passager s'évanouit; inais puisqu'on htUe le i*esîsoft qui comprimait mon éme indig'née, je parferai pour éclairer la F^rance qu'on égaré. Ma voix, qui de cette tribune a porte {>kis d'iitte fois la téff eur danô ce palais , d'ôiî elle a «étiClHIi^ à précipiter le tyt*9iri y la portera aussi dans

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l'ânie des scëlt^rats qui voudraient substituer leiJ tyrannie à celle de la royauté.

« Je vais d'aboril réfuter les ridicuUs acciisaliol de monsieur Robespierre; je parlerai <>tisiiite dem pétition qui vous a éle dénoncée par Pétion , et mo/uieur Roliespierre a sa si bien faire perdre vue ; et, 4 mon tour, je ferai conaaitre à la PrancJ véritables complices de Dumouriez. Je déclarj reste que, dans les accusations tout étant pers< je n'entends point ravir à mes collègues dém Tavautage de se défendre eux-mêmes, et que j'J ponds pour moi seul.

« Je déclare enfin que je parlerai avec touli nergie qui convient à un homme libre, mais t^|je yedllcrai sur mui , pour me préserver dos passio^P pourraient amortir le feu de celle qui doit d mer tous, de l'amour de ta République. Ea cberche à m'aigrir; je ne seconderai pas le. in£imes de ceux qui, pour faciliter le tiion puissances liguées contre nous , travaillent à notre attention des mesures nécessaires à n| fense , et s'efforcent de nous faire ciitr' comme les soldats deCadmus, pour livrer nuq vacante au despote qu'ib ont l'audace de 1 nous donner. »

Après ce long exorde, où se trouvaient peints tous les mouveracns de l'âme de l'orateur, Vergniaud combattit une à une toutes les inculpations qui avaient été adressées à son parti par Robespierre, et il le fit avec une (rancbise, une bonne foi, une élégance qui

&I Lt OONTBNTIOH HATIONALB. 345

Captivèrent les suHra^^es d'aue grandu partie de l'Âc* j «emblée (i).

î et Je termine, diUil , cette déplorable discussioo',

^P^tassi douloureuse pour mon âme que fatale pour la ^^^dose publique, à qui elle a ravi un temps prëcienz. ■*™~« peusiils que ta trahison de Dumouriez produirait ^^'^*-ne crise heureuse, en ce qu'elle nous rallierait tous ï'^^ar le sentiment d'un dan°er commun; je pensais u'au lieu de songer à nous perdre les uns les atitret^ us ne nous serions occupés que de sauver la patrie, quelle fatalité prépare-t-on an dehors des pétition* viennent dans notre sein fomenter la baioe et les siouii? Par quelle fatalité des représentans du ;aj.ile uc cessent-ils de faire de cette enceinte le foyer leurs calomnies et de leurs passions? Vous savez si ffà de'voré en silence les amertumes dont on m'abreuve depuis six mois, si j'ai su sacritier à ma patrie les plus justes ressenlimens ; vous sav^z si, sous peine du lâcbeté, sous peine de m'avouer coupable, sons peine de compromettre le peu de bien qu'il m'est encore permis d'espérer de faire, j'ai pu me dispenser de mettre dans tout leur jour les impostures et ta méchanceté de Kobespierre. Puisse celte journée être la dernière que nous perdions en débats scandaleux! » Par sa modération , Vergniaud était parvenu à calmer l'Assemblée, et à détruire, dans l'esprit de beaucoup de membres , les impressions qu'y avaient laîsséts les accusations de Robespierre. Mais Guaijet

(0 Vojei U répo|u« de Vergunud, ■ la 6b de ce toIusk.

^6 HISTO»t

êysLiïi voulu répondre lui aussi , it le fit de manière à soulever de nouveau toutes les passions. Guadet dont la vue seule excitait l'irritation des montagnards^ ne voulut garder aucun ménagement. Après s'être défendu vivement sur tout ce qui lui était personnel , il aborda la conspiration de Dumouriez , et voulut la rattacher à la prétendue insurrection du lo mars, afin de prouver que , s'il y avait eu réellement une conspiration, elle ne pouvait être imputée qu'aui: montagnards, qui s'étaient opposés au décret de bannissement de d'Orléans^ chef occulte de toutes ces coupables intrigues. Guadet chercha à prouver que, depuis quelque temps, les girondins étaient brouillés avec Dumouriex, et que, pendant son dernier voyage, il avait toujours été partout avec Danton. « Dans tous les spectacles de Paris, qui était sans cesse à se%

c&tés? dit Guadet, votre Danton » — ^ « Ah! tii

m'accuse, moi, s'écria Danton; tu ne connais pas ma foroel..,.. »

» Dumouriez n'était que l'instrument d'une infSIme conspiration^ continua Guadet, dont d'Orléans était l'Ame et le chef; car je vous ramènerai sans cesse à ce raisonnement inexpugnable : à qui devait profiter la trahison de Dumouriez ? à d'Orléans. Il est donc évident que c'est lui qui en était le chef; et comment en douter? Je ne parcourrai pas toutes les époques de sa vie; mais je sais bien que celui qui aurait voulu asservir son pays ne se serait pas conduit autrement que d'Orléans père ne l'a fait depuis la révolution. Or, maintenant, il n'est plus permis de demander quels

DE LA CONYJUinON NATIONALE. H^J

étaient ceux qui favorisaient leA projets de d'Orléans^ quels étaient ceux qui vivaient dans rintimite avec iui^ quels étaient ceux qui ont ordonné au corps élec-* toral de Paris de le nommer lui vingt-quatrième^ afin qu'on sut bien que c'était leur volonté, et non celle du corps électoral qui opérait cette nomination, ^uels sont-ils? Je n'ai pas besoin de les indiquer... »

Guadet terminait^ au milieu des murmures de la 3Iontagne et des interpellations de toute espèce^ par féliciter lu Convention du danger auquel elle avait échappé; car c'était elle^ dit-il, qu'on voulait frap<per. a Mais, citoyens, ce danger, croyez-vous qu'on ne vous le prépare pas encore? Détrompez-^vous; écoutez!... »

Ici Guadet lui une adresse des amis de la Uberiéy à leurs frères des départetuens y dans laquelle on provoquait ouvertement une insurrection contre la Convention P^ationale : elle était signée par Marat^ et par le bureau des jacobins, a C'est là^ dans cette Assemblée, y était*il dit^ que de criminels délégués tiennent les fils de la trame qu'ils ont ourdie avec la horde des despotes qui viennent vous égorger! C'est là qu'il faut frapper! Allons, Républicains ^ levonsuous^ et marclions-y... »

— K C'est vrai! c'est bien! » s'écrie Marat, avec son impassibilité ordinaire.

A ces mots, l'Assemblée se soulève^ et on demande le décret d'accusation contre lui. Marat le demande contre ses adversaii*es , contre tous le$ hommes tTEtoi. Danton s'étonne du bruit qu'on fait pour quel*

a4S ^ UÎBtOÎBM

ques excès qui lui semblent tout naturels; il reproche à ses collègues de se montrer trop sensibles à des expressions exagérées^ offensantes, mais qui ne doivent point atteindre des hommes forts et sincèrement animés de l'amour de la liberté. « Ma tête aussi ^ s'écrie-t-il, a été demandée par le parti contraire j je n'en ai pas moins marché à la République. »

Danton conclut à ce que l'on s'occupât d'envoyer la famille d'Orléans devant le tribunal révolutionnaire. On lui répond que les d'Orléans ne peuvent plus être jugés à Paris, mais bien à Marseille, Il veut parler encore; mais de toutes parts on réclame le décret d'accusation cotitre Marat. De longs et tumultueux débats s'élèvent de nouveau : les deux partis s'outragent; ils se rejettent mutuellement tous les prétendus projets de contre-révolution, toutes les prétendues conjurations. Enfin, Lacroix demande que Marat soit mis immédiatement en état d'arrestation. , i< Puisque mes ennemis ont perdu toute pudeur, s'écrie Marat, je demande que l'on me fasse accompagner par deux gendarmes aux jacobins, afin que j'aille leur recommander d'être tranquilles, et de ne pas faire un mouvement à cause de moi. »

Sans s'arrêter à ces ridicules rodomontades, la Gonvenlion décrète qu'elle met Marat en état d'arrestation dès ce moment, et ordonne que l'acte d'accusation lui sera présenté le lendemain, par les soins du comité de législation.

Aussitôt Robespierre court aux jacobins pour exprimer son indignation; il vante la modération de

Marat et l'énergie dé Danton. Il recommande à la société le plus grand calme, afin que leurs ennemis ne puissent pas dire qu'ils ont fait insurger Paris pour délivrer un jacobin. Sa voix est écoutée; tous les membres promettent de se tenir tranquilles; mais ils se proposent d'aller s'emparer des tribunes de la Convention pour la procbaine séance.

Jje lendemain on s'aborda avec les ressentimens delà veille: les tribunes étaient remplies de jacobins, auxquels on avait nouvellement recommandé le plus grand calme. Mais à peine Delaunay eut-il lu l'acte d'accusation, qu'il s'éleva dans l'Assemblée une tempête affreuse. Le côté gaucbe se récria vivement contre cet acte, dans lequel le comité de législation avait inséré une foule de griefs qui avaient déjà obtenu l'ordre du jour.

Quels que fussent lés torts de Marat, on se plaignait de ce qu'en qualifiant de crimes un grand nombre de faits, on en reconnaissait, dans l'acte, la culpabilité, et l'on en déterminait la peine. Ou regardait une pareille manière de procéder comme une condamnation anticipée, et on contestait à la Convention le droit d'usurper les fonctions de juges, sans renoncer à celles d'accusateur. BentaboUe, Thuriot, Albitte, Dubois-Grancé, David, Grasset, Camille Desmoulins et une foule d'autres membres de la Montagne s'opposaient à une pareille manière de procéder, et ils insistaient poiir être aussi décrétés d'accusation.

Mais les girondins, qui étaient parvenus à faire partager leur indignation par la Plaine^ demandaient que le décret d'accusation fut mis aux voix. De l'autre cdté, on réclamait l'ajournement. Les tribunes s'en mêlaient; elles interpellaient vivement les députés qui voulaient procéder avec tant de précipitation. Robespierre s'écria qu'on ne pouvait porter le décret d'accusation sans l'avoir discuté. — w Je demande le décret d'accusation, dit Buzot; la Convention doit enfin réprimer un homme qui a dégradé la morale publique, dont l'âme est toute calomnie, et la vie entière un tissu de crimes. Les départemens béniront le jour où vous aurez délivré l'espèce humaine d'un homme qui la déshonore. »

— « Je déclare que je sais apprécier Marat, répondit Robespierre; il a commis des erreurs, des fautes de style; mais de l'autre côté sont les conspi«rateurs et les traîtres. Ce n'est pas contre lui seul qu'on veut porter le décret d'accusation , c'est contre vous, vrais républicains, c'est contre vous, qui avez déplu par la chaleur de vosâmes.... Je demande qu'à la suite du rapport que l'on veut envoyer aux dépars temens, il soit constaté qu'on a refusé d'entendre un accusé^ qui n'est pas mon ami, dont je n'ai point partagé les erreurs, qu'on travestit ici en crimes, mais que je regarde comme un bon citoyen , zèle défenseur de la cause du peuple, et tout à fait étranger aux crimes qu'on lui impute. »

Malgré la protestation de Robespierre ^ l'Assem*blée, entraînée par les girondins, décréta, par appd

nominal, la mise en accusation de Marat^ et le renvoya devant le tribunal révolutionnaire.

Les girondins se réjouirent de leur triomphe sur Marat; mais cette victoire^ qu'ils regardèrent comme un coup de parti ^ ne fut qu'un coup de maladresse; car il était facile de prévoir que le tribunal révolutionnaire, que les jurés ne trouveraient pas Marat assez coupable pour le condamner, et qu'il résulterait de celte accusation^ le double inconvénient d'avoir accru l'importance de cet extravagant, et d'avoir préparé les précédens dont on se servit bientôt contre les girondin^ evjL-^nâmes»

Situation des partis. — Plaintes de Pétion. — Proposition de Vemier. — Considérations sur les partis. — Motion de Camille Desmoulins. — Adresse des sections contre les Girondins. — Interprétation que lui donne Fonfrède. — Thirion coTiseille aux Girondins de se retirer. — Démarche conciliatrice de Philippeaux. — La Gironde continue à demander les assemblées primaires. — Discours de Yergniaud. — Arrêté de la corn* mune dénoncé. — Progrès des Girondins. — Alarmes de la Montagne. — Pensées intimes de ce parti.

Il n'était plus permis à des hommes de bonne foi de se dissimuler, d'après la scission qui avait éclaté dans l'Assemblée, que tous les liens d'une confiance mutuelle étaient rompus, et qu'il était désormais impossible que les partis pussent travailler en commun au salut de la chose publique. Aussi, vers cette époque fatale, les discussions qui avaient journellement lieu au sein de la Convention, prirent-elles un carac-

mSTOIAS DE LA CONTENTION NATIONALE. 255

tère de gravité tout nouveau : ce notait plus des querelles ordinaires, c'était une guerre acharnée qui allait devenir impitoyable.

Quoique les girondins eussent combattu victorieusement l'injuste accusation portée contre eux par Robespierre; quoiqu'ils eussent eu une sorte de triomphe en faisant décréter Marat d'accusation^ ils don* Baient encore trop de prise sur eux à leurs adversaires pour qu'ils ne fussent pas attaqués de nouveau. Leur système de modération, leur opposition à toutes les mesures vigoureuses réclamées par les circonstances et par le peuple, leurs incessantes récriminations contre la Montagne, étaient autant d'armes qu'ils fournissaient contre eux. Les chefs du côté gauche^ devenus plus soupçonneux à mesure que les trahisons se manifestaient, ne cessaient d'attribuer tous les malheurs publics aux girondins^ et du rôle d'aggresseurs, ils les avaient fait descendre à celui de justices. Déjà la Montagne, voyant les girondins plusoccuppésde leurs querelles que de faire marcher en avant le char de la révolution , leur avait arraché peu à peu le gouvernail de la république, et elle prouvait qu'elle était plus habile à le manier, surtout en temps de Révolution , et dans les momens du

danger.

Les girondins voyaient avec peine tout le terrain qu'ils avaient perdu , et ils n'envisageaient pas sans crainte l'avenir orageux qui s'offrait à leurs regards. Aussi les plus sages d'entre eux commenyaient-ils à se plaindre de la situation où ils se trouvaient.

a54 HiraouiB

Ecoutons un instant Pétion^ exhaler au sein é^ cette même Assemblée dont il avait été nJigaèrc l'i^ dole, rindignalion qu'il ressentait de se voir soupçonné de conspirer contre la République > lui qui se regardait, avec quelque justice^ comme le premier républicain de la France. Provoqué par Robespierre qui l'avait accusé de protéger les traîtres^ et douions reusement affecté de ce reproche , dont il sentait toute l'importance^ Pétion le repoussa avectoiitela force que donne une conscience pure.

«Il est impossible^ dit41, de tolérer plus long** temps toutes x^es infamies^ il est impossible a L'hoB*néte homme de contenir son indignation lorsqu'il ao

voit insulté il est permis à la fin de perdre pm*

iience : on sait avec quel calme, avec quelle modér»* tion j'ai toujours parlé; je ne me suis jamais permit d'insulter personne* Je voulais entretenir dans l'A»^ semblée l'ordre , la tranquillité ; mais je vois la chose publique trahie^ traînée à sa perte ; je vois une foule de bons citoyens aveuglés , méconnaître l'abîme oà L'on cberche a les précipiter. On ne cesse de ealemnier la Convention Nationale. Le système d'avilissement contre elle existait avant qu'elle fût AssemblM^ Qu'eussent fait de plus nos ennemis? oui^ voila Ise ennemis les plus cruels de la République!

(n A quoi s'arréte-tH>^ depuis longtemps? à des horreurs. On dit sans cesse : vous êtes lea compUdea de Puiuourie^ , le^ complices de d'Orléana..... Inft^ mes que vous ôtcsl ^t qui donc périrait le prefiâOT.iî leurs conspirations réussissaient jamais? îe le déebire^

DS LA CONVIHTXOII NATIONALE. iH

Dou, jamais je ne transij^erai avec la tyraanie; et si l'enneim était à nos portes, on verrait alors quels

sont les vrais braves.

« JN'a-t*on pas osé dire dans une certaine société que moi, par exemple^ j'étais complice de d'Orléans 1 eh bien! ne sait-ôn pas ce qui s'est passé? ne sait -f on pas que lorsqu^ii était question d'expulser les Bourbons, je lui ai donné un conseil qui peut* être eût sauvé la patrie ? il n'a pas suivi mon conseil »

Ici Pétion est interrompu par David , qui lui de* mande s'il n'était pas en correspondance avec Éga*" Uté fila. — (1 Oui, oui , cent fois ouil répond Pétion ; ot il eût été à désirer qu'il n'en eût jamais eu avec d'autres; il ne serait pas un traître aujourd'hui, et iï serait loin de la France. Qui? moil conspirer contre la République! conspirer pour d'Orléans! moi qui

voulais le faire sortir de France! Comment vou^

le^*vou8 que les hommes les plus patiens ne sortent pas de leur caractère, et ne soient pas suffoqués d'in* dignation, lorsque dans lesmomens où nous sommes,

ou dit sans cesse, voilà les traîtres! »

. K Que ces explications , disait Pétion , amènent enfin a connaître les vrais amis de la république. Personne ne désire plus que moi qu'elles nous donnent les moyens de sauver la patrie. »

Ainsi parlait Pétion, quelques jours après l'aeca^ s&iion de Robespierre; ainsi se répandait l'amertume dant l'âme d^ quelques girondins était abreuvée. La Wjorité de l'Assemblée leur prodiguait epcore des

marques d'mlérét^ elle accaeillait encore leur jusû* ficatioD et leurs pïaintps a^ec des ténungnages de sympathie; mais cette même partie de f Assemblée^ qui leur aTait presqae loa jours doanëla majorité, tendait tons les joors à se s^iarer d'eux, parce qu'elle voulait sâocérement le salut de la République , lé triomphe de la Ubeité, et qu'elle s'apercevait à chaque instant davantage que les plus exaltés des girondins, ceux qui, en définitive ^ ont poussé leur parti dans rabime, songeaient bien mcMUS à la défense de la patrie et aux besoins du peuple, qu'à faire triompher leurs p&sions et leur amour propre.

Koos trouvons une nouvelle preuve que bien des membres attachés au parti de la Gironde aperce-» vaient déjà Fabime qui se creusait sous leurs pas, dans le langage que tenait des alors Vemier, ce conventionnel qui, disait-il, n'avait adopté aucun des partis qui divisaient l'Assemblée, qui ne s'était jamais mêlé de leurs querelles, et qui ne communiquait avec personne.

A prés avoir déploré les scissions , et les débats éternels au milieu desquels il voyait la chose publi- * que oubliée, VernierdÀJarait que la patrie ne devait pas être victime de ce schisme déplorable, a Citoyens, disait-il, puisque nous sommes arrivés à un tel degré de discorde et de défiance réciproque qu'il nous est impossible , au poste où nous sommes , de bien servir la patrie; que les deux partis montrent du civisme et de la générosité; que les plus passionnés, de part et d'autre, devenus simples soldi^tsy

DE LA C0irV%91%Ql NATIONALE. %Sj

marcbeiH à rarmëc poar y donnefr l'oxempleile la

sounûsaioo M du courage )i

LaÎBSons encore parler Gensounë sur la même

sujet.

« Dans Pëiat de division et de haine oÀ Von nous

a J0té»> dmit*iJi> ooua ae pouvons avoir de fngcs

qo6 le peii|)li^| c'est son jugement que je rédam^

0^05 leitaitcooistances faclieuses on nous sommes^ en partout' dba priocipes même de l'adresse des Jaoo^ biMi> il est impossible d'ëluder la proposition quo y^fmte. Cette adrease contient un véritable appel an peuple oootre ses representans; elle est signée par ime partie de l'Âssemblëe , et dés lors il est de la dv* goite de la Convention ^ de son respect pour la souveraioelé di» peuple^ d^adbérer à cet appel; et certes, il n'est personne ici qui ne sente que nos discussions sont peut*étrele plus grand des dangers que court la République. Dëjà y dans quelques parties^ on soUi* cita le rappel de quelques députés. On demande^ eooti^ quelques autres^ le décret d'accusation. Voilà donc^ et le fait est trop certain, la République divii* sée^ Je ne m$ s'il est possible de feire c^ss^ .oet itat 4e cbo^ea auitr^s^i^t que par l'es^pressioa du vesu

Tel était le langage des modérés parmi le$ che£i des Cif ondins^ L'un repoussait aveu indignatioa le reproche dti complicité avec Dumouriez y et fiiisait des vcmz bien sincères pour la cessation des scandai kusi; débats qui consumaient tout la temps delà Con- Yentioa; l'autre proposait l'i)Sti*;^cifiniexp(Hir les ^nem-

Tom m. 17

258 llISTOlfl«

bres des deux partis^ les plus acharnés à leurs qDe« relies; et la troisième ne voyait de sàlut pour la France y comme pour la Convention , que dans un appel au peuple, c'est-à-dire dans le renouvellement de TAssemblée.

Mais la Montagne pensait bien différemment^ Trop prévenue contre les anciens amis de Dumou-^ riez et des d'Orléans, elle ne pouvait apprécier les explications franches de Pétion, et continuait h voir, en lui et en ses amis, des coupables ou tout au moins des dupes compromis, qui cherchaient à pallier leur conduite. Elle regardait avec pitié le moyen proposé par Vernier, parce qu'il n'aurait abouti qu'à priver l'Assemblée de ses membres les plus énergiques , dont elle ne pouvait se passer, sous peine de perdre toutes ses forces physiques et intellectuelles. Enfiu , elle rejetait comme inopportun , dangereux et même contre-révolutionnaire, l'appel aux assemblées primaires, qu'invoquait depuis long^temps la Gironde, et que venaient de proposer encore Gensonné etBuzot.

En effet, on ne pouvait douter qu'une pareille mesure n'entraînât la désorganisation complète de l'Assemblée Nationale; et c'était là le plus grand malheur qui put arriver à la République, dans les circonstances difficiles ou elle se trouvait. Les Montai tagaards ne pouvaient comprendre comment des hommes qui déclaraient tous les jours vouloir la République, pouvaient proposer les moyensles plus sûrs ipour . la perdre ; et ^ si Ton se .met i un ' inslant > à

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leur place, et qu'on s'entoure de toutes les trahisons, de tontes les insurrections, de tous les dangers qui naissaient chaque jour sous les pas de ceux qui voulaient sauver la révolution, à tout prix, on concevra leurs soupçons, leurs accusations, et jusqu'à leurs haines.

La Montagne était fatiguée, exaspérée de la lutte quotidienne qu'elle était obligée de soutenir avqc la Gironde; elle voyait, avec autant de chagrin que de colère, la chose publique en souffrir; tout moyen d'accommodement , de réconciliation sincère lui paraissait fermé. Il fallait cependant sauver la patrie ^ fonder la République, en créer les mœurs, en consolider, les institutions. La Montagne se décida à la sauver sans les Girondins.

Ce fut dans ce but, qu'après avoir écouté avec mépris les moyens proposés par Vernier et par Gensouné, Camille Desmoulins demanda qtio les chefs de la Gironde se retirassent de la Convention.. Camille était de bonne foi; il savait que les sections devaiei^t demander l'expulsion de vingt-deux Girondins; il pensait même leur rendre service, en leur indiquant la marche qu'ils devaient adopter pour éviter dé nouveaux déchiremens à la patrie. ;

Mais le soulèvement qu'occasiona sa motion, les réclamations violentes qu'elle suscita, firent con-^ naître dès-lors que jaçiais la Montagne n'obtiendrait ce sacrifice volontairement, et^ qu'elle aurait à livrer les plus rudes combats. Il fallut donc accepter Tapf pui du dehors pour li'assurer la victoire.

9^9 fllItOlBB

Cet appui ne se fit pas attendre. Déjà un projet d'adroMe génél*ale avait ét^ présente aux quâraote^ huit aectÛNis de Paris : on y demandait l'expuisioii de iringt-^deux des prinoipauk Girondins. Geliè adresse > ayant reçu l'adhésion dé trente^cinq seo*tions^ celle de quelques communes des environs de F^rijs eft ielh du ooqseil^énéràl de la coditnutie , fut présebtee^ le iSavril, à la barre de la Convention^ par les commissaires des sections > ayant le maire k leur téte4

Dès que le président ^ Delmés, eut adnoncé cette dépmtatioki , Fonfrède demanda Qu'elle fût adnaiae à l'instant) afin y dît-^il^ de montrer aux dépak*teikieDi qu'ils dvaidntle droit d'iitoitei* Paris ^ et dé rat^peléi^ ceux de leurs mandataires qtii avaient perdu leur CQ^aiiioeii (( Or vous 9entes > ajouta-t-il , que ce isystèoië e^t celui du fédéralisme^ et tend à dissoudre la Coavetitio*^ ff

M^ré^tte obfielrvation^ la députation fut re^ue> et le jeane E<HJi^eliti p ami de Danton , qi^i signalait son ndolesceilce pair i»e graink ài^deur tévdlution^n n«une , lut l'adresse ^ en qualité d'orateur deç^ aeo tions.

« Législateurs^ dit^il^iious veuo») vous âm»anr der veugaanoe des 4>iitrages sa«glans faits depiu6 si loBg-tmpa aux droits iicrés du peuple.,»

« Les Parisiws ne viéniient point faii« tm acte i^-*. dusif de souveraineté 9 coame oa les ta iK^tne tous les jours $ ils viennent étnètfare un vcbq auquel la man jorité de leurs &éres des départeraeiu dnntaera torme

D£ LA CO.NVESTIOSI NATIONALE. a^l

(jki loi} lev^v position swle leur doaae TinitialiVe de

ic Moufl reçonnaissoDs ici soldanellement que la majoriié de la don vedtion est pare , car elle a frinpp^ la tyran : ce n'est donc point la dissolntiqn efFrajrànlë de la Convention , cô n'est point la suspension de là machine politique que nous demandons; loin de nous cette idée vraiqi^eit anarchique.

c( Nous venons armés de la portion d^opinion pu-* blique du département de Paris tout entier ^ ftpy^ quep le cri de vengeanée que va repdter la Fpamce entière ; nous allons lui indiquer les attentats et le$ noms de ses perfides mandataires, f^es oritnes de ces hommes sont connus. »

Enumérant alors toutes les prétendues trahisons des Girondins, les pétitionnaires (iheroh^ient à prouver, parks mêmes acousatipns qu'avait portées Robespierre 9 leur complicité aveo Dumoupiez et les d'Orléans^ et après avoir passé en revue tous les pré» tendus crimes de ceux qu'ils désignaient comme ayant toujours lîonspiré pour le rétablissement de la royauté, ils terminaient leur pétition en ces terméS ;

K JNe viens pas dire Pétion, que le peuple changet Ce sont les fonctionnaires qui changent. Le peuple est toujours le même : son opinion a toujours suivi la £0|idni4e do ses mand^aires ^ il a poursuivi les tsaitres sur le trône; pourquoi les laisserait^ils impu* nisà la Convention? Le temple de 1^ liberté seraii-U èou^ €omq9ie ces tmleg d'Italie où les sèâérJits trot;* «aient rioipunité eny maitantlepied? La R^uiiliqae

a6ll UUTOIBE

aurait-elle doue pu renoncer au droit de purifier sa représentation ? Non sans doute. La révocabilité est son essence; elle est la sauve-garde du peuple : il n'a point anéanti la tyrannie héréditaire pour laisser aux traîtres le pouvoir de perpétuer impunément les trahisons. Déjà le décret de cette révociabilité, dtoit éternel de tout commettant^ se prononce dans tous les départemens de la République; déjà l'opinion unanime s'élance pour vous déclarer la volonté d'un peuple outragé ; entendez-làl

« Nous demandons que cette adresse^ qui estl'ex* position formelle des sentimens unanimes^ réfléchis et constans du département de Paris, soit communiquée à tous les départemens par des courriers ex-* traord inaires, et qu'il y soit annexé la liste ci-joihte de' la plupart des mandataires coupables du crime de félonie envers le peuple souverain, afin qu'aussitôt que la majorité des départemens aura manifesté son adhésion, ils se retirent de oette^enceinte.

« Ce sont: Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné^ Grangenéuve, Buzot, Salles, Biroteau, Pontécoulant, Pétion, Lanjuinais, Valazé, Hardy, Louvet, {jehardy^Gorsas, Fauchet,Lantliénas, Lasource, Vaiady, Chamboi). »

Cette adresse, accueillie par les applaudissemens des tribunes et du côté gauche de rassemblée, provoqua les plus vives réclamations du côté droit et du centre. Le président avertit les pétitionnaires qu'ils étaient tenus, en vertu d'un décret, de sign^ individuellement leur demande. Tous se hâtèrent de

DE LA C0NT£IITI0X NATIONALE. a63

satisfaire à cette formalité. Cependant Pëniéres fit observer que le maire n'avait pas signé : celui-ci répondit qu'il n'était pas pétitionnaire; que le conseilgénéral de la commune l'avait seulement chargé (l'accobapagner les cotnmissaires des sections. — a Au reste, dit Pache^ pour ne laisser aucun doute sur mes sentimens, je vais signer. » Il signa, eu cfi^t, au railiea des applaudissemens des tribunes.

— « Citoyens, dit alors le président Delmas aux pétitionnaires ; un décret solennel invite tous les Français à dénoncer et à surveiller les fonctionnaires lorsque l'intérêt public le commande. Vous avé& cm devoir faire cette démarche pour l'intérêt de la Ré»* publique : la Convention examinera votre pétition. Elle vous invite aux honneurs de la séance. Citoyen Maire, ajouta Delmas, après que les applaudisse^ mens des tribunes eurent cessé, l'Assemblée désire connaître l'état des subsistances de la ville de Paris, n

Pache déféra immédiatement à cette invitation , et présenta un état de situation, qui lui mérita les témoignages d'une satisfaction générale.

Après qu'il eut fini, Boyer-Fonfrode prit la parole.

« J'ai, dit-il, des demandes et des observations à faire sur ]a pétition qui vient de vous être présentée et sur le compte satisfaisant qui vient de vous êti^e rendu par le maire de Paris sur l'état des subsistances. Quand à ce dernier, j'en demande la prompte impression et l'affiche sur-le-champ :il faut calmer les inquiétudes qu'une disette, quei je savais bien être

164 UISTOIBX

factice ^ el le frait de (Quelques iotrigues des e)uâe-» mis de Ift République y auraient pu causer aux ci^* tojens de cette yille immettse. Veaillez donc y président, mettre cette proposition aux voix, n

Tous les membres se léyent spohtanément> et la motion est aussitôt décrélée b Tunanimite.

« Citoyens y si la modestie reprend Fonfrèdc s n'était pas un devoir plutôt qu'une vertu dans un homme public y je m'offenserais de ce que xriou nom n'a pas été insci^it sur la liste honorable qm vient de vous être présentée..;. » — 1< Et nous ausgit tous î tous I » s'écrient ensemble , en se levant tous les membres du côté droit et de la jpiaineé

*^ t Je rends hommage ^ contkiue Fonfrèdé » «u patriotisme y au zèle éclairé ^ à (a surveillance active qui a dicte la pétition qu'on vous présente s il est heureux pour la république que ces pétitionnai^ res et le maire de Paris veuillent bien nous accorder la faveur de nous soumettre à un scrutin éputatoire..,. Maintenant je me rappelle que la voWnté du peuple ne peut être exprimée que par ses repîéseur tans ou par le peuple entier 5 et moi j'^ cru jus(|u'à ce jour que le peuple français était composé de tingt-cinq millions d'hommes^ et que la souverain, neté n'existait qu'en eux tous.»«. Ce ne peut donc être que le jugement des assemblées primaires que les pétitionnaires ont invoqué^ ils savent que c^es4 là que réside la souveraineté.... Il est piquant , uéanmoins ^ de remarquer que les pétitionnaires réela* me&t l'expulsion de quelques membres^ parce 4|ii;iU

DE LA CONVEimON NATIONALE. a05

ont denâamië leis assemblées prinniires ^ tandis qu^eux mêmes sollicitent la même mesure 1 Je serai plus gméréux qti^euz; je ne réclamerai pas rexpukroii des pétitionnaires^ car [e convertis leur ^iition en motion 9 et je demande que l'Âssemblëe l'adopte, n

Les applaudissemens du côlé droit accueillent œtibe piquante ironie, par lnquelle Fonfirède suppo- ÏNiit que lès ^élîtionnaireB n'avaient voulu demander antre chose que là convocation des assemblées pri« maires, pour les rendre juges de la conduite de leurs mandataires.

Mais prenant aussitôt le t»n sérieux qui convenait au sujet, il s'écria : « Si j'étais dans mon départe-^ ment , et |raisse ma voix y être entendue, je révèrerais trop les représentans du peuple pour croire qu'ils aocotdatoent à une section du peuple le droit exdiusif d'émettre son vosu ; et , sur au moins que mes braves compatriotes n'oiit pas voulu coolimettre la lâcheté de le concéder à d'autres qu'à la Convention Nationale , je les inviterais à se rassembler. Sans douté ceux qui ont tant applaudi au dévouement l»rotque liés pétitionnaires et des citoyens àe Paris , ne sauraient blâmer , par exemple , ceux du départemcDt de la Gironde de tenir la même coAduite.

ce Maintenant, citoyens j ajoutait Fonfirède, si vous ne légalises pas une mesure que les pétition- Bkires patriotes, que j'appuie , vous ont ravi la fit» culte d'improuvèr , que va-t41 arriver? Les Français que les députés proscrits représentent doivent se imnir néeessaiiietlient et s'àssëdïblëf poUr exprimer

266 BisTOins

aussi leur vœu^ Ils vous demanderont aussi des ràp pels^ et, je vous l'annonce avec assurance, les députés qu'on proscrit ici seront révérés là-bas, et ceux que les pétitionnaires ont voulu couvrir d'opprobre, seront bientôt couverts du témoignage de Testime publique. ))

« Fonfréde terminait sa brillante improvisation par ce dilemme : c( Ou les citoyens de Paris ont usé d'un droit légitime et sacré, et alors vous ne pouvez ravir aux citoyens des dépavtemens Texercice du même droit ; ou ils ont voulu attenter à la représentation nationale et usurper les droits du peuple, et dans ce dernier cas , vous devez faire un exemple éclatant de justice et de sévérité. Pour. moi qui rén vère le droit sacré de pétition, qui ne sais pas son-^ der les cœurs pour empoisonner les intentions, j^ap^ plaudis à la demande des citoyens de. Paris^ je la convertis en motion , et j'en propose l'examen et le renvoi à son adressse, c'est-à-dire au peuple. »

Tliirion , qui succéda à la tribune à Boyer-^Fonfrède, tint un langage bien différent. D'après lui, la pétition devait être prise en considération, si les mesures qu'elle .sollicitait étaient boûnes en. ellesmêmes. et utiles à la République; mais il les trouvait mauvaises, en ce qu'elles étaient partielles.

« S'il n'y avait pas dans cette Assemblée deux partis, dit-il, yous.n'auriez pas vu ce coté (désignant la droite) se lever tout entier pour adhérer à un objet qui ne concernait que quelques individus. Ge sont les mêmes qui ont voté contre la mort du tyran ;. ce

Dfi LA CONVENTION NATIONALE. 267

sont les mêmes qui ont voulu l'appel au peuple, et qui le veulent encore.... Je dis donc, président, que le grand procès que l'on veut susciter dans cette circonstance, où nous avons plus de cinq cent mille citoyens sur la frontière qui ne peuvent se trouver dans les Assemblées primaires, est déjà jugé par les adresses de félicitation , parties de tous les points de la République, pour ratifier la conduite.de la ma* jorité dé la Convention, qui a eu le courage de voter la mort du tyran.

a II y a une question bien simple à poser : Le peuple français approuve-t*il, ratifie-t-il la conduite des quatre cents membres de la Convention {[ui ont eu l'énergie de fonder la République sur les débris du trône du tyran? Conservera- t-*il au nombre de ses mandataires pour lui faire une Constitution, ces hommes qui ont trahi l'égaUté, ces homr mes qui ont tremblé devant l'idole du tyran détrôné, ces hommes qui ont entravé les délibérations les plus salutaires pour 1^ chose publique, ces hommes qui, tout récemment encore, se $ont refusés à une motion sage^ qui tendait à proscrire la tête <)'un individu, qui , après la fondation de la République, se fait appeler le régent du royaume de France? Je dis que ces honmies sont royalistes.

« La question ainsi posée : Le peuple français reconnaîtra''t''il ceux qiU ont i^oté la mort du ^rany ou ceux qui sy sont refusés? Je dis, concluait Thirion, que cette question est déjà décidée par le fdit; je dis que, d'aprèç lés adresses qui sont; venues

%6% HI8V0IBK

de tous les dépaftemens ^ ces hommes ^ fii^ils ft^aiétil ea quelque pudeur^ se seraient déjà rètit^s dû sein d^ùDc Convention qu'ils d^lionorent. u

Cette opinion violente^ mais conséqnenté^ l^ài^ juste ïnéme , fut beaucoup applaudie pàf les tribu lies et par le ç6ié gauche. Cependant k Montagne ëtait encore divisée sur le point de l'expulsion des girondins. Une pat^iie de ses membre») à U télé desquels se trouvaient Rob^pierre et Saint-Just^ croyaient nécessaire de terminer par la pfonipte Impulsion des gii^ondins lit lutte déplorable qu'ils renôuvellaiént sans cesse ; mais les autres Montagliârds espéraient, a>¥ec Danton lui-inéme , qu'ils n'auraient 'pas besoin de recourir à ce moyen extrême î il répugnait encore à Danton^ à Philippeâuxy k Laéroix d'engager le combat à outrance avec uUè portion de l'Assemblée. Les applaudisseméns dont le e6tégaudbe avait couvert la pétition contre les girbi^dins^ prouvaient combien tous ses tnembrës pw^tiageaient les sentimens des pétitionnaires, et tsé^endant la Montagne fit preuve, dans cette (^constance, de la plus grande modération , puisque , malgré Sfès (Convictions, elle téiUoigna l'intention bien proiioncée de sacrifier ses resiseUtimens à la emisè dé la patrie et de la liberté.

Aussi, le lendemain, quand Lasouree eût leFiàiné ion long plaidoyer contre la pétition des seeti'cM^s, et qu'il ^ùt posé ses condusionis, téndaikteis à éé que tes Assemblées primaires fussent consultéets sur la qUesti<Mi : 7)bI député m^t'^l perdu uotre eùff/ianô^, ^m

DE LA CONTlBrVION NATIONALE, %6g

OU noh? et à œ que les membres de la Gonventiott qui auraient contre eux Ib vœu de la majorité tde oea Assemblées fussent cixclus de drolt^ Philippeaux oom«^ battit cette proposition avec beaucoup» de sagesse.

Soit que cette démarche lui eut été suggérés pai^ Danton 5 qui^ trop a::fc^dessus des animosités person^ selles pour ne pas protéger encore ses ennemis, ne Tonlait cependant plus prendre la parole en leur faveur^ aptes la violente sortie à laquelle ils l'avaient poussé noalgté lui; soit qu'elle partit de l'âme d^ PbiUppeaux, incessamment occupée des intérêts àé^ la R^ublique, toujours est^l vrai que id plus beau r^èy dans ces déplorables débats «^ fui pour cet ami de Danton.

« lidrsquie l'ennemi est à nos portes , dit-il; quand la pati*ie consternée ilous appelle à son secours, et qu'au Ueu delà sauver nous la déduirons, il dei^ être permis d'élever la voue pour conjurer l'ora^.

« Otoyenà> c'est aveé terreur que j'approche de cette tribune; veailloG^ m'écouter avecindulgence(i). Je n'ai «ucuh motif pour é|,re écouté avec Êiveur^ mais ce que j'«î à vous dire 4oit fixer votre atten*^ tio».

c Nou^ ti^^&ELS tous vbulu sauti^er la République; chacun a crû travailler pour 1^ bonheur du peuple \ je Irais vous indiquer les moyens d'arrlvet à os but. Le premier^ c'est de repousser oes aceusations indî« lecte^ qUi <npus divisant; ayons le courage d'aban^

(i) Pliilippêatix u^avalt encore pris aucune paît aux luttes de tribune,

tJO UISTOIRB

donner ces hommes que leur orgueil a portés k vouloir être chefs de parti. Il est temps d'ouvrir les yeux, et de briser le talisman fatal qui nous rend dupes, les uns les autres, d'une idolâtrie pernicieuse. Je n'ai vu , moi, et je ne suis pas le seul, qu'un combat d'amour-propre et d'ambition entre ces dix ou douze athlètes qui se donnent si souvent en spedLade^ pour savoir, en dernière analyse, qui d'entre eux seront les- modérateurs suprêmes de la Républi-; que. Si dés l'origine nous eussions pu leur imposer silence, ils eussent peut-être fait tourner au profit de la chose publique les passions fougeuses qui les dévorent, et qui, par notre complaisance à les partager, ont pris un autre caractère.

« Lorsqu'au comité de défense générale j'entendis mettre en thèse que ^ si Brissoty Gensonné et {fuel-^i ques autres pouvaient se réconcilier avec Rohes^ pierre y la patrie serait sauvée ^ je m'écriai avec in-dignation : 11 n'existe donc déjà plus de République! car, si le schisme qui divise ce petit nombre d'individus peut la' détruire, ces hommes-là seront nos maîtres, s'ils peuvent parvenir à s'entendrel....

« Je ne sais si ceux qui nous rassasient à chaque minute de déclamations atrabilaires sont de bonne foi; mais^ à coup sur, s'ils étaient républicains , ils eussent fait à la patrie le sacrifice de ces déplorables dissentions qui la tuent. Je ne sais si l'adresse qui. vous a été présentée hier a été dictée par la ligue des tyrans; mais il est bien vrai que le jour où elle serait sanctionnée^ serait un jour de deuil et de tri$<»

DE LA CONYiSNTIOX VkTlOSÂLE. 27 1

tessel On a parlé dans cette Assemblée d'ostracisme : ûous n'avons pas encore cette loi des peuples libres ; mais les individus dont je parle, s'ils étalent généreux^ se la seraient imposée à eux-mêmes^ puisqu'ils n'ont cessé d'être un sujet de tourmens et de calamités pour la chose publique.

((Citoyens^ lorsque nous voulons imprimer l'amour de la liberté^ ce ne peut être en violant nos sermens^ en abandonnant le gouvernail du vaisseau de l'Etat , lorsqu'il est battu pat la tempête. Comment voulez-vous que la patrie se sauve ^' quand TOUS la poignardez de vos propres mains? Au nom sacré de la patrie > mettez 6n à ces déclamations^ qui ne sont propres qu'à attirer le mépris sur la Goûvention. Faisons une bonne Constitution, qui assure le bonheur du peuple; préparons l'opinion publique par des discussions paisibles; faisons de sages lois; ocicupons-nous de Tinstruction publique; épurons les mœurs; éclairons la classe indigente de la société; c'est par ce moyen que nous sauverons la liberté^ que nous vaincrons nos ennemis.

« Voici le projet de décret que je propose :

« La Convention Nationale déclare qu'elle veut sauver la République; qu'en conséquence^ elle regardera comme mauvais citoyens ceux qui voudraient sa dissolution en tout ou en partie: elle déclare qu'elle improuve l'adresse qui lui a été présen-' téehieï*. »

Certes, ce langage tout modéré^ totit conciliateur^ delà part d'un Moritagnardy d'un ami de Danton,

devait faire impression sur le côte droitj ipi au-» rait dû accepter la proposition de Pbilippçaux^ aic« cueillie d'ailleurs, comme un gage de réconciliation par les ^pplaudissemens d'une grande majorité* Mais il n*en fut pas ainsi : les Girondins les plus im-* prudens voulaient arriver à la réunion des assienir blées primaires ; ils voulaient en outre faire déclai:er que 1^ membres accusés avaient bi^n m^^rité 4$. la patrie.

Us intriguèrent à cet f fif^t. Le frèrç de Gjrangçr. neuve se présenta^ le 1 8^ à la barre dje la Çonv^MpOt escorté d'une députaUpn de citoyens d^ la Gi|*ond#y qui déclarèrent que y si le moindre mouvement l^os.r tile se manifestait contre le^ députés inculpés^ ^. quelque attentat était commis sur la représentatipA nationale^ ils oe se reposeraient sur persom^e du firpiq, de la vengeance.

Le lendemain, la discussion continua ^^ncpre ssmT le même sujet. Gensonné en appela au jugement des assemblées primaires, et dénonça la commune 4^ Paris comme ayant organisé un ^mité de correspon** dance avec les quaranto^quatre mille comn^un^ de la République. Fauche t prononça un long discours pour se disci^lper cl^s griefs qu'on lui imputait^» Guadet, plus hautain, <ii^ ^J^^ 1^^ membr^f^ poi^rsui^ vis par la commune d^v^ept s'abstenir diB tput^ ju«n tification, parce qu'elle était indigpe. de^^ V^]^v.é§^vn tans du peuple. U demanda que la Convention iç^iillil un arrêté de la çommupe pap l^uel fl][e se ^4^' rait en âat de Réyplution , ooiiim^au lo ap^t ^799l*

DK LA COflYBNTIOFI NATIONALK. 27^

EdSd) Vergniaud prit la parole. Il commença par demander, et l'Assemblée décréta , que le conseil général de la commune fût tenu de présenter ses registres y afin que l'on s'assurât s'il avait réellement commis l'acte de rébellion que Guadet venait de dénoncer. Abordant ensuite la discussion provoquée par l'adresse des sections, il dévoila les moyens qui avaient été employés pour en obtenir les signatures. « On sait, dit-il , avec quelle facilité ^ par la séduclipn, par la terreur, et par une foule d'autres moyens très connus des hommes avides de domination, on peut se procurer des adresses d'adhésion ou d'improbation. Quand elle sont provoquées, elles sont rarement le vœu de l'opinion , elles ne sont que celui deTintrigue

« Nous sommes, les représentans du peuple; continua-t-il, c'est du peuple souverain que nous tenons nos mandats; c'est le peuple souverain qui , dans les assemblées primaires, nous a investis de l'exercice de la souveraineté : lui seul peut nous en dépouiller; aucune masse d'opinions ne pourrait suppléer à l'expression formelle de sa volonté, ni nous arracher d'un poste auquel cette volonté nous

a placés Il faudrait donc envoyer la pétition de

Paris aux assemblées primaires. Or, je combats, en peu de mois, cette proposition, qui n'a été faite par Fonfrède que pour prouver combien était perfide et dangereuse la pétition, et qui n'a été appuyée par Gensonné que pour prouver que les membres dénoncés portent dans leur conscience le suntiment intime

Tom III. 18

qu'ils n'ont rien à redouter d'un jugement national

« Le jour de la con vocation des assemblées pri« maires sei^it peut-être celui d'une explosion dont oa ne saurait calculer tes suites .... La mesutre que vous aurez cru propre à épurer la Convention , pourra devenir une mesure de dissolution totale, et son résultat serait au moins et infailliblement une grande diminution daus la confiance du peuple en vous. Or quep0uvez-vous sans cette contiauee? que dis-^j^e? vous y renoiice& vous mêmes dès l'instant qvie vous vous soumettez au scrutin épuraioire que quelcfues intrigans ont osé vous proposer : par là vous accréditez les calomnies qu'ils ont répandues contre vous; par là vous donnez de la consistance aux soupçons dont ils vous ont environnés; vous donnez lieu de doiuter si, en efiet , comme on vous l'a dit insoleniluent^ le principe delà coutre-révolution n'est pas parmi vous > si la majorité de l'Assemblée n*est pas corrompue! Ce n'est point par un appel au peuple, WÀ^ par le développement d'une grande éit^rgiequa vous devez repousser de pareilles in}ures.

a Citoyens, la convocation des assemblées pri-« maires est une mesure désastreuse; elle peut perdre la Convention, la République et la liberté ;* çt> s'il iavit ou décréter cette convocation, ou nous livrw aux, vengeances de nos enn^nis, si vous étea réduits à cettQ alternative ; citoyens ^ u'héi^itez pa^ entre quelques hommes et la chose publique! Jetez-uo«$ daipis le goMfilre, et sauvez la< pat4:ie« »

Jasqaes->là, la modération de Vergniaud, ses sentimenst généreux ^ lui avaient valit des applaudisse-* meus presque unanimes. On lui savait gré des efforts qa'il faisait pour ne pas envenimer davantage cette discussion 9 déjà trop déplorable^ mais en finissant son discours^ il chercha de rattacher cette pétition aux Rianœuvres contre-révolutionnaires, à la prétendue conjuration du lo mars; il essaya de prouver qu'elle était l'œuvre des agens de Pitt et de Cobourg; que ce n'était pas seulement l'expulsion des meaibr^s dénoncés que les pétitionnaires voulaient, mais bien la di^isolution de la Convention elle-même. VQrgfuiaud e^tcita ainsi les murmures du côté gauche et des tribunes, et ce ne fut plus qu'avec peine qu'il pai;vint à faire adopter une partie de la proposition laite par Philippeaux, c'est-à-dire l'improbation de la pétition par la Conventiou , (» qui fut décrété.

A peine la Convention avait-elle statué sur l'adresse des siections, qu'il fallut qu'elle s'occupât de l'arrêté de la commune dénoncé par Gensonné et Guadet.

Sur la proposition d^ Vergniaud, l'Assemblée avait décidé que le conti^eil général lui soumettrait le registre de ses délibérations. La commiune s'était eiQpressée d'obéir au décret; et des officiers municipauit avaient apporté à la barre ce registre. Il portait que, danfiila séance du iS, le conseil<>>général ^ sur le réquisitoire du procureur de la commune, Chdumette , a^vait renouvelé le serment du i o août, de défendre ju^u'à la mort les droits sacrés du peuple , et

qa*en conséquence il avait arrêté : i» qu'il se déclarait en état de RésH)lution tant que les subsistances ne seraient pas assurées, a* qu'il se déclarait frappé lorsqu'un de ses membres, un président ou un secrétaire des sociétés patriotiques ou des sections , ou enfin un simple citoyen serait frappé pour ses opinions; 3* que le comité de correspondance avec les quarante-quatre mille municipalités serait au plutôt mis en activité, et composé de neuf membres au lieu de cinq, nombre porté par un précédent arrêté; 4* que douze mille exemplaires de la pétition du i5, qui dénonçait vingt-deux membres de la Convention, seraient imprimés^ et remis le lendemain à la disposition du comité de correspondance.

A peine cette lecture fut-elle achevée, que Robespierre jeune prit la parole.

« En entendant la i^rande dénonciation faite contre la commune de Paris, par un homme qui avait dénoncé les jacobins, j'avais été effrayé, dit-il, parce que je croyais que cette commune s'était déclarée en éiaLidecontre^réi^olution.Je vois au contraire qu'elle s'est déclarée en étal de Révolution. En cela, elle n'a fait qu'imiter la nation entière. Le peuple français tout entier est en révolution, parce qu'il est en guerre pour soutenir la liberté; le peuple français est en révolution contre les tyrans, parce qu'il est en révolution contre tous les traîtres de l'intérieur!

« Le peuple de Paris aurait eu de grands reproches à faire à sa commune si elle n'avait pris les arrêtés dénoncés, parce qu*elle n'aurait pas été à la

liauteur des circonstances. Pourquoi le de5parteinent de la Vendée et d'autres circonvoisins sont-ils ravagés par les contre-révolutionnaires? c'est parce que Jes corps administratifs ont été faibles^ c'est parce qu'ils n'ont pas éclairé l'esprit public.

ce On a fait un crime à la commune^ ajouta Robespierre jeune, d'avoir établi un comité de correspondance! mais la nécessité d'une telle mesure n'est-elle pas démontrée par les calomnies qu'on vomit contre elle à cette tribune? ne lui doit-il pas être permis de désabuser les départemens? on a dit que par ce comité elle tendait à renverser la Convention et à se mettre à sa place... C'est une calomnie à ajouter à tant d'autres. On devrait reconnaître que cette commune, qui a tant contribué à renverser la tyrannie, à déjouer tous les complots 9 qui, dans les momens d'orage, a maintenu la paix dans cette grande cité, a toujours montré le plus grand respect pour la Convention Nationale » Robespierre jeune, dont les

paroles avaient e'té accueillies maintes fois par les applaudissemens du côté gauche et des tribunes, termina la défense de la commune en demandant qu'il fût décrété qu'elle avait bien mérité delà patrie.

A cette proposition hardie, la droite se soulève; elle est soutenue par la Plaine. La Montagne, sentant qu'il est inutile d'insister, se borne à deman* der les honneurs de la séance pour les officiers muni« cipaux. Lanjuinais et Dufriche-Valazé repoussent cette motion. Mallarmé dit qu'il est dangereux d'attirer le mépris sur des magistrats du peuple. Plusieurs

^yS HISTOIRE

membres se rendent a cette observation^ et paraissent disposés à accorder les honneurs qu'obtiennent chaque jour de simples pétitionnaires. Mais l'extrême droite persiste dans son refus. On s'échauffe^ on s'agite, on ne s'entend plus au milieu des déclamations générales. Il est déjà onze heures du soir ; la plupart des membres, lassés de ces longues séances^ se retirent^ et il ne reste plus qu'environ cent cinquante montagnards^ qui, demeurés ainsi maîtres du champ de bataille^ admettent les officiers-municipaux aux honneurs de la séance.

La commune venait de recevoir à la fois deux échecs sensibles; sa pétition pour l'exclusion des vingt-deux avait été déclarée calomnieuse^ et son arrêté révolutionnaire avait reçu une improbation manifeste. Le maire n^avait pu obtenir non plus la fixation du maximum du prix du blé dans toute la République, qu'il avait demandée à la tête d^une députation de la commune. Il était évident qu'il s'était opéré une réaction en faveur du oôté droit.

En effet, le centre, après avoir concouru à l'or^ gauisation du tribunal révolutionnaire , et à celle du comité de salut public, s'était alarmé de l'audace de la commune, et était retourné aux Girondins, qui, appuyés par cette masse de votans, emportaient de nouveau toutes les décisions. Ce parti venait de faire élire pour président de la Convention un de ses membres les plus ardens^ Lasource, qui naguère avait accusé Danton. La Montagne, les jacobins, la commune s'effrayaient de cette disposition d^s mem-

DE LA CO.NVENf^ON NATIONALE. 279

bres de l'Assemblée, qu'ils appelaient contre-i^Volutiotmâires y et c'était poiur s'opposer a cette maréhe , regardée comme funeste ià la chose publique, que le conseil-géneFal de la commune prenait les mesures les plus révolutionnaires , et en appelait à toutes les iirauicipalités de la France.

Gonisëquent avec le système que j'ai adopté de tnettre en scène le plus souvent possible les partis , et de laisser parler les personnages comme ils parlèrent au sein delà Convention, ye ne saurais mieux terminer ce chapitre qu'en empruntant à un des Montagnarde qui ont survécu aux vicissitudes éprouvées par les conventionnels , Levasseur (de la Sarthe),le passage suivant extrait de ses mémoires (i): il va nous apprendre qu'elle était l'opinion de la Montagne sur les Girondins ; il va nous dévoiler les pensées intimes de son parti, au milieu des impres*^ sions de l'époque où fut demandée pour la première fois Texpulsion des Girondins.

«c Si j'oublie un instant les événemens qui se sont n passés depuis la lecture de cette adresse (c'est Le-*- « vasseur lui'^néme qui parle); si je me place dans la « même situation qu'alors; si je parviens à rassem** « bler autour de moi , et les causes légitimes de défi fiance, et le souvenir des luttes de chaque jour; et le « dépit mêlé d'indignation que me disaient éprouver M les fautes nombreuses, et les nombreuses calomnieti « de diaque jour; si je retrouve jusqu'aux préjugés

(1) Mémoires de René Levasseur (de lu Sarll^e), ex:Ç0uvcntiniuiel. Tome I , iSatj.

a8o HISTOIRE

« mêmes dont il m'ëtait impossible de me dépouiller (c entièrement; aujourd'hui^ comme alors, je vois i( dans la pétition des sections des faits vrais, et les « inductions qu'on avait droit d'en tirer.

« Oui y les Girondins entravaient la marche du ((gouvernement révolutionnaire; oui, ils compro- « mettaient la cause de la France, en refusant d'u- K nir leurs forces aux nôtres contre l'aristocratie et (( l'Europe armée; oui , ils étaient restés les amis de « Dumouriez jusqu'au moment où ce chef s'était dé- « claré en révolte ouverte; oui, ils avaient sans cesse (( provoqué la guerre civile, en appelant les ven- (( geances des départemens contre le peuple de Paris. (( Aujourd'hui, comme alors, je ne puis révoquer ces « faits en doute. Il résulte des discours mêmes de « nos adversaires, et, pour en constater la vérité, il (( suflSt d'ouvrir le Moniteur.

« Mais, alors la plupart d'entre nous, et moi le « premier, nous voyions dans cette imprudente conu duite des preuves flagrantes d'une trahison avé- « rée. Comme les sections de Paris, nous voyions (( dans la communauté de vœux avec Dumouriez une u communauté d'action et une entière complicité : » comme la commune de Paris, nous voyions dans les « entraves mises à tous nos mouvemens une preuve « certaine de conspiration contre la République, « que les fermens de guerre civile, sans cesse répan- « dus, venaient corroborer de la manière la plus (( complète.

(( Aujourd'hui, sans doute, je suis loin de juger

« de même; un assez graud nombre de nos adversaires ont souffert pour la liberté; plusieurs d'en- «eux ont déployé un trop beau caractère, princiu paiement ce Louvet, qui se montrait notre ennemi (( le plus acharné, pour que je doive voir seulement « des fautes, là où alors je voyais des crimes. Nous « étions injustes sans le savoir, et peut-être en était- « il de même de beaucoup de membres du côté droit. « Dès que nos adversaires s'étaient arrêtés dans « la carrière que nous voulions parcourir jusqu'au « bout, ils faisaient, à leur insçu, cause commune « avec les aristocrates, et, recevant seulement l'im- « pression des résistances que nous éprouvions, « nous pouvions difficilement distinguer entre les « opposans. Tout ce qui s'accrochait au char de la « Révolution pour le tirer en arrière, était égal à « nos yeux : c'était l'aristocratie seule qui devait pro- « fiter de leur triomphe. Au reste, cette injustice « était si naturelle, que les Girondins étaient tomw bés dans une erreur semblable à l'égard des con- « stitutîonnels. Roland et Louvet avaient confondu « Lafayette et Bailly avec Bouille et Maury; il n'é- « tait pas étonnant, lorsque les premiers s'arrêtèrent « à leur tour, que nous fussions portés à confondre « Vergniaud etPétion avec Ramond et Dumas j c'est « le cours naturel des choses : nous ne voyions que le « but et l'entrave qui nous empêchait de l'atteindre: « à quelque titre que nos adversaires eussent con- « couru à l'élever, ils ne devaient pas nous être moins « suspects; ils ne nous étaient pas moins odieux. »

ait nisTOllif.

D'après ces aveux ^ précieux pour l'hiâtoire, ii nous sera désormais facile d'expliquer la haine des Montagoards contre les Girondins. On sait combien la liberté est ombrageuse et méfiante: il ne faut donc plus être étonné des soupçons que la conduite appa*« rente des Girondins faisait naître, tant clieî leurs adversaires de l'Assemblée , que chez tous les ardens républicains. De là résultaient toutes ces attaques violentes^ toutes ces dénonciations, si propres à inùter les Girondins et à entretenir la discorde dans la Convention, toutes ces mesures ultra-révolutionnaires que croyaient devoir prendre certaines au-* torités^ toujours prêtes à se croire trahies.

Projet de constitution. — Discours de Robespierre sur la théorie de la propriété. — Discours de Saint-Justsur !«( priodpes du gouinemeneiit démocratique. — Acquittement de Marat par le tribunal révolutionnaire. — Son triomphe à la Convention et aux Jacobins. — Pacte social proposé par Isnard. — Réfutation de Danton. — Discours de Salles et de Saint-Just sur la division territoriale. — Discours de Robespienre sur le mécanisme d'un gouvernement fort et libre. — Proposition de Condorcet. — Thuiiot la combat.

Une sorte de trêve venait d'êtnc signée , par le décret rendu sur la proposition de Pfailippeaux : la Convention en profita pour s'occuper de la déclaralion des droits.

Le 24 avrils Lanjuinais présenta^ au nom de la commission des aix^ une analyse des diffërens projets adi'esâés au comité de G^nstitution^ au sujet de la division territoriale de la République. U demandait la priorité pour celui du comité.

Robespierre prit la parole. « Je vous proposerai , d'abord, dit-il, quelques articles nécessaires pour compléter votre théorie sur la propriété.... Que ce mot n'alarme personne : âmes de boue, qui n'estimez que l'or, je ne veux point toucher à vos trésors, quelque impure qu'en soit la source; vous devez savoir que cette loi agraire dont vous avez tant parlé, n'est qu'un fantôme créé par les fripons, pour épouvanter les imbéciles.

(( Il ne fallait pas une Révolution sans doute pour apprendre à l'univers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes,* mais nous n'en sommes pas moins convaincus que l'égalité des biens est une chimère : pour moi, je la crois moins nécessaire au bonheur privé qu'à la félicité publique. Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable, que de proscrire l'opulence : la chaumière de Fabricius n'a rien à envier au palais de Grassus. J'aimerais mieux , pour mon compte, être un des fils d'Aristide, élevé dans le Prytanéeaux dépens de la République, que l'hériritier présomptif des Xerxès ^ né dans la fange des Cours, pour occuper un trône décoré de Tavilissenient des peuples , et brillant de la misère publique.

» Posons donc de bonne foi les principes du droit de propriété; il le faut d'autant plus, qu'il n'en est point que les préjugés et les vices des hommes aient cherché à envelopper de nuages plus épais.

« Demandez à ce marchand de chair humaine ce

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que c'est que la propriété... Il vous dira, en montrant cette longue bière qu'il appelle un navire, où il a encaissé et serré des hommes qui paraissent vivaus : voilà mes propriétés j je les ai achetées tant par tête.

« Interrogez ce gentilhomme qui a des terres et des vassaux^ ou qui croit l'univers bouleversé depuis qu'il n'en a plus.... Il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblables.

« Interrogez les augustes membres de la dynastie

Capétienne Ils vous diront que la plus sacrée

de toutes les propriétés est sans contredit le droit héréditaire, dont ils ont joui de toute antiquité, d'opprimer^ d'avilir et de pressurer légalement et monarchiquement les vingt-cinq millions d'hommes qui habitent le territoire de la France , sous leur bon plaisir.

« Aux yeux de tous ces gens- là , la propriété ne porte sur aucun principe de morale. Pourquoi notre déclaration des droits semble -t -elle présenter ia même erreur, en définissant la liberté, le premier des biens de l'homme, le plus sacré des droits qu'il tient de la nature? Nous avons dit avec raison qu'elle a pour borne le droit d'autrui: pourquoi n'avez-vous pas appliqué ce principe à la propriété, qui est une institution sociale , comme si les lois éternelles de la nature étaient moins inviolables que les conventions des hommes I Vous avez multiplié les articles pour assurer la plus grande liberté à l'exercice de la propriété, et vous n'avez pas dit un seul mot pour

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en déterminer la nature et ta légitimité^ de manière que votre déclaration parait faite ^ non pour les hommes > mais pour les ridies, pour les accaparcus*s, pour les agioteurs^ et pour les tyrans.

« Je vous propose de réformer ces vices en consa* crant les vérités suivantes :

ce i" La proprie'té est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi.

« a* Le droit do propriété est borné, comme tous les autres, par Tobligation de respecter les droits d'aulrui.

« 3* II ne peut préjudicier ni ^ la sûreté , ni à la liberté, ni à Texistence, ni à la propriété de nos semblables.

« 4"* Toute possession , tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral. »

« Vous parlez aussi de l'impôt, ajouta Rohea* bespierre; vous avez étaJblile principe incontestable qu'il ne peut émaner que de U volonté du peuple ou de ses représentans; mais vous oubliez une cÛs-* position que l'intérêt de rbumauité réclame ; vou3 oubliez de consacrer la base de l'impôt progressif: oi:, eu matière d^ contributions publiques^ ost<ril un principe plus évidemment puisé dmas la nature de3 choses et dans l'éternelle )ustice,i que celui qui xnt* pose aux citoyens l'obligation de contiribuer aux dé* penses publiqu«3 progressivement selon l'étendue de leur fortune , c'est-à-dire ^ selon les avantages

qu'ils retirent de la société? Je vous propose de le consigoer dans un article conçu en ces termes :

« hos citoyens dont les revenus n'excèdent point ce qui ^t nécessaire à leur subsistance, doivent être dispensés de contribuer aux dépenses publiques; les autres doivent les supporter progressivement selon l'étendue de leur fortune. »

Robespierre ajouta encore quelques dispositions relatives aux devoirs de fraternité qui devaient unir tous les hommes de toutes les nations, et sur leurs droits à une mutuelle assistance, puis il céda la parole à Saint-Just.

Ecoutons un instant ce républicain austère, ee démocrate pur , ce jeune penseur à TâiEie ardente et froide à la fois, que la nature semblait avoir créé pour méditer de grandes vérités , et pour traduire sfis méditations en mai^imes de gouvernement.

tt Tous les tyrans avaient les yeux sur nous, dit*^ il, lorsque nous jugeâmes un de leurs pareils : aujourd'hui que p^r un destin plus doux, vous médi-* t^ la liberté du mondç, les p<^uples, qui sont les véritables grands de la terre, vont vous contemplear à leur tourte y^vus avez craiQt le jugement des hommes quand TOUS fîtes périr un roi. Cette cause ^'intéressait que YQtf e orguoil : celle que vous allezi agiter est plus touehaote ; elle intéresse votre gloire, lia Gonstitutioa sei^a votre réponse et votre manifeste sur la terre,«,o » TQut peuple est propre à, la vertu et propre k vaincre : o» ne Ty force pas, on l'y çpnduit avec sa-

gesse. Le Français est facile à gouverner; il lai |aat une Constitution douce, sans qu'elle perde rien à sa rectitude ; ce peuple est vif, et propre à la démocratie^ mais il ne doit pas être trop lassé par l'embarras des affaires publiques : il doit être régi sans faiblesse; il doit l'être aussi sans contrainte.

« Eu général l'ordre ne résulte pas des mouvevemens qu'inspire la force ; rien n'est réglé que ce qui se meut par soi-même et obéit à sa propre harmonie : la force ne doit donc écarter que ce qui est étranger à cette harmonie. Ce principe est applicable surtout à la Constitution naturelle des empires : les lois ne repoussent que le mal, Tinnocence et la vertu sont indépendantes sur la terre.

(( J'ai pensé que l'ordre social était dans la nature même des choses, et n'empruntait de l'esprit humain que le soin d'en mettre à leur place les élémens divers; qu'un peuple pouvait être gouverné sans être assujéti, sans être licencieux, et sans être opprimé; que l'homme naissait pour la paix et pour la liberté, et n'était malheureux et corrompu que par les lois insidieuses de la domination.

<( Alors j'imaginai que si l'on donnait à l'homme des lois selon la nature et son cœur, il cesserait d'être malheureux et corrompu.

' « Tous les arts ont produit leurs merveilles;l'art de gouverner n'a produit que des monstres : c'est que nous avons cherché soigneusement nos plaisirs dans la nature, et nos principes dans notre orgueil.

« Ainsi les peuples ont perdu leur liberté : ils la

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la recouvreront lorsque les législateurs n'établiront que des rapports de justice entre les hommes^ en sorte que, le mal étant comme étranger à Jeur intérêt, rintérét immuable et déterminé de chacun soit la justice.

a Cet ordre est plus facile qu'on ne pense à éta<^ blir : l'ordre social précède l'ordre politique ; Poriginc de celui-ci fut la résistance à la conquête; les hommes d'une même société sont en paix naturelle'* ment; la guerre n'est qu'entre les peuples, ou plutôt qu'entre ceux qui les dominent.

« L'état social est le rapport des hommes entre eux 'y l'état politique est le rapport de peuple à peuple.

(( Si Ton fait quelque attention à ce principe, et qu'on veuille en faire l'application, on trouve que la principale force du gouvernement a des rapports extérieurs^ et qu'au dedans, la justice naturelle entre les hommes étant considérée comme le principe de leur société > le gouvernement est plutôt un ressort d'harmonie que d'autorité»

« Il est donc nécessaire de séparer dans le gou-* vernement l'énergie dont il a besoin pour résister, de la force des moyens plus siniples dont il a besoin pour gouverner.

(( L'origine de l'asservissement des peuples est la force complexe des gouvernemens : ils usèrent contre les peuples de la même puissance dont ils s'étaient servis contre leurs ennemis.

« L'altération de l'âme humaine a fait naître d'auti^esid^s; on supposa Phomme farouche et meurtrier

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