‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 13 sur 34 · g2 BISTOIRl · texte numérisé non relu

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quelques iustaus : il fut acquitté à runanîmité, et aux applaudissemens d'une foule nombreuse accourue pour assister à ce jugement. C'était cette foule amie qui le ramenait en triomphe au sein de la Convention : elle était composée de sans^culottcs, de forts de la halle ^ de femmes^ de jacobins^ entremé-* lés de plusieurs détachemens des sections armés.

La Convention n'admit d'abord à la barre que quelques citoyens de ce cortège. Un sapeur volontaire se présenta comme l'orateur de la députation» — « Citoyen président, dit-il, je demande la parole pour annoncer que nous amenons le brave Marat. Marat a toujours été Y ami du peuple , et le peuple sera toujours pour Marat. On a voulu faire tomber ma tète à Lyon pour avoir pris sa défense^ eh bien! s*il faut que la tête de Marat tombe , la tête du sapeur tombera avant la sienne! Nous vous demandons^ président, la permission de défiler dans l'Assemblée; nous espérons que vous ne refuserez pas cette faveur à ceux qui ont accompagné Vami du peuple! » En disant ces mots, le sapeur agitait sa hache, et les tribunes l'applaudissaient avec fu« reur.

Lasource, qui présidait l'Assemblée, répondit que c'était le sentiment de tout bon citoyen de se réjouir de ce que la loi n'avait pas trouvé de coupables, et que les représentans du peuple s'en réjouissaient aussi. Mais au lieu d'accorder au cortège la permission de défiler, il dit que la Convention allait exa* miner la demande qui lui en était faite.

— « Examiner! sVcrie le côlë gauche avec impaiiencej la Convention doit s'empresser de voir défiler devant elle des citoyens qui lui ramènent un de ses membres sorti pur et intact du tribunal devant lequel on Ta jeté! »

Sans porter un grand intérêt à Marat, les montagnards voyaient avec plaisir un acquittement propre à faire jaillir Thumiliation sur les girondins; ils avaient accueilli avec des applaudissemens ironiques les félicitations que Lasource s'était trouvé dans la nécessité d'adresser à la députation; ils voulaient voir quelle contenance feraient les ennemis de Marat en présence de son triomphe.

La permission ayant été accordée, le cortège se répand dans la salle, au milieu des chants patriotiques, et des cris de : F^ive Marat! Marat paraît lui-même^ escorté par des officiers municipaux en écharpe; il a sur sa tête une couronne de feuilles de chêne : il est accueilli par des bravos et des trépignemens des tribunes portés jusqu'au délire. Ses collègues de la Montagne le féliciteot, plusieurs l'embrassent. Il monte à la tribune, fait signe qu'il veut parler; on l'écoute dans 1^ plus profond silence.

« Législateurs du peuple français, dit^il, les témoignages éclatans de civisme que vous venez de voir dans votre sein , ont rendu au peuple un de ses représentans, dont les droits avaient été violés dans ma personne. Je vous présente en ce moment un citoyen qui avait été inculpé, et qui vient d'être com-

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plètement justifie. Il vous offre un cœur pur : il con* tinuera de défeqdre^ avec toute l'énergie dont il est capable^ les droits de l'homme^ la liberté , les droits du peuple I »

Marat quitte la tribune au milieu des acclamations de son cortège et de la salle. On l'y fait remonter pour recevoir la réponse du président, Lasource échappe à ce désagrément, en faisant observer que l'usage est de ne répondre qu'aux pétitionnaires^ et que Marat n^est point là en cette qualité. Marat se retira, et le cortège défile devant la Convention, en faisant retentir la salle des cris de : /^/Ve Marat! Vive Vami du peuple! Vwela République! Vis^e la Montagne!

En sortant de la Convention y Marat et son cortège se rendirent aux jacobins^ où un nouveau triomphe attendait Vand du peuple. Des femmes avaient préparé les couronnes que la sociétd devait lui offrir : à peine fut*U arrivé, que le président lui eu offrit une, et qu'un jeune enfant, monté sur le bureau, loi eo plaça une seconde sur la tête. Marat les teçut et les déposa aussitôt sur îe bureau, aux applaudisse^ mens de toute la société. Puis il prit la parole^ comm(& à la Convention.

« Citoyens, dit-il, à ses frères et amis; indigné de voir une faction scélérate trahir la République, j'ai voulu la démasquer, et lui mettre la corde au cou: Elle m'a résisté en me frappant d'un décret d'accusation. Je suis sorti victorieux. La faction est huiOiiliée , i^ais eUe n'est pas écrasée.

« Ne VOUS occupez point de décerner des triomphes; défendez- vous d'enthousiasme. Je dépose sur le bureau les deux couronnes que Ton vient de nj'ofFrir, et j'invite mes concitoyens à attendre la fia (le ma carrière, m

Cette insolente modestie fut accueillie par de nombreux applaudissemens^ après lesquels l'Assemblée passa a la discussion des moyens de purger le gouvernement et d'en chasser les traîtres, les aristocrates et les modérés : Il fut convenu qu'on demanderait à toutes les administrations une liste des employés de chacunes d'elles, et que Marat ferait le choix de ceux qu'on devait garder^ et de ceux qu'il fallait renvoyer.

L'acquittement de Marat ne fut sans doute qu'un événement peu important en lui-même; mais il eut malheureusement d'immenses et déplorables t*ésultats. Uqe issue judiciaire avait été donnée aux querelles des partis qui divisaient la Convention, et ce fait isolé faisait palanche pour d'autres accusations: En envoyant Marat au tribunalrévolutionnaire, les Girondins avaient les premiersfoulé aux pieds l'inviolabilité des élus du peuple. Il n'est que trop vrai que les Girondins fut-ent les instigateurs du décret qui dépouilla les députés de cette inviolabilité; il est vrai encore qu'ils usèrent, les premiers, de la faculté de faire décréter d'acccusatlon les représentant du peuple; or, cette fatale décision fut le précédent déplorable qui amena bientôt le 3i mai, et qui finit par les traîner eux-mêmes à l'échafand.

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Après cet incident , la Convention continua la discussion du projet de Constitution, et elle y employa plusieurs séances. Un grand nombre de discours furent prononcés sur les principes républicains, et sur les bases de cette constitution populaire. Le côté droit, qui qualifiait sans cesse les montagnards de démagogues et d'anarchistes, fut loin de briller dans cette lutte de tribune : au reste il s'empara de cette occasion pour mettre en avant ses principes favoris. Isnard, Salles^ Condorcet, se rendirent les organes de leurs principes.

Isnard demanda ouvertement le démembrement du territoire de la République, et la fédération départementale. Il soutint, dans un long discours, que les diverses parties de la France étaient complètement indépendantes les unes des autres; et fît la déclaration suivante, sans laquelle, disait-il, il n'y avait pas de société, et par conséquent pas de République, pas de droits ni de devoirs.

(( Moi, Maxime Isnard, je déclare au nom de mes commettans directs, que je consens à m'associer à tous les français ici représentés, pour former avec eux une seule et même association , une république indivisible; mais je désirerais pour condition, qu'avant de convenir que la majorité des suffrages forme dé*sormais la volonté commune, et avant de décréter à cette majorité les articles 4'une constitution, il fût passé entre nous un pacte social, consenti et signé d^ parties contractantes, etqui, entre autres stipulations dont on tombera d'accord, contint celles insérées

dans le pacte social que je vais proposer^ et que j'ai cru devoir faire précéder d'une déclaration des droits de l'homme^ qui exprimât dans un seul article tout ee qu'un pareil acte doit contenir.

Projet de pacte social. — « Ce jourd'hui le

les représentans des Français, réunis à Paris en Convention Nationale, avec mission expresse et pouvoir spécial pour organiser la société , après avoir reconnu et déclaré les droits naturels de Thomme^ base éternelle de toute association, ont arrêté entre eax, après discussion , d'un consentement libre, au nom de leurs commettans, et sauf approbation, le présent pacte social.

« Article premier. — Tous les habitans des divers territoires dont l'ensemble est connu sous le nom àe France y tous ceux des divers territoires dont la Convention Nationale a accepté et décrété la réunion, et qui dans ce moment ont des représentans à la dite Convention, formeront à l'avenir une seule et même association, sous les dénominations de peuple français ou nation française. »

Cette idée burlesque de faire dépendre les desti* nées d'un grand peuple d'une sorte d'acte notarié, et de considérer les députés d'une société unique , comme les ambassadeurs de diverses puissances , ne méritait pas l'attention de TAssemblée. Aussi, M arat repoussa-t-il cette absurde utopie , comme ne tendant qu'à dissoudre la République, en amenant les Français à des idées de gouvernement fédératif. Cependant , Buzot l'appuya , lui qui avait toujours

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voulu faire regarder raccusation . de fédéralisme comme une calomnie.

Danton parla dans le même sens que Mar^it. « Isiiard aurait dû sentir^ dit-il , que les ëlémens de la justice humaine, et la source de la liberté des -nations^ sont dans la déclaration des droits; il aurait dû sentir qu'une Constitution est un véritable pacte social, et qu'une constitution acceptée par le peuple

est éternelle comme lui Puisque vous allez de

nouveau écrire la Constitution ^ je pense qu'il faut déclarer de nouveau que le gouvernement de la France est républicain, et discuter ensuite une série d'idées fondamentales. Il faudra que le pouvoir exér cutif soit élu par le peuple; il faudra l'investir d'une grande puissance , et la balancer par une autre t il faudra qu'un tribunal, créé par la nation, soit chargé* d'acquitter ou de condamner tous les fonctionnaires* publics en sortant de place; il faudra surtout se pé-^ nétrer de cette vérité que le peuple est essentiellement bon, et que les fonctionnaires publics ont intérêt d'être mauvais. Je demande donc que la Gonveor tion Nationale, écartant la proposition d'Isnard^ proclame encore , à la face de l'Univers , que la Frapce est une République. »

La motion de Danton fut votée , et la Convention fit, par là^ justice des projets anarchiques de ceax qui tonnaient sans cesse contre les anarchistes.

Vcrgniaud , dans un discours plus remarquable par l'élégance du style , que par les idées gouvernementales qu'il renfermait, déclarait qu'il croyait

DIK LA CÔNVBMTIOM NATIONALE. ^99

uliJe le vole d'une Gonstitulion forte pour arrêter lanarchie,»

Mais Salies plaisantait sur le principe de la souveraineté du peuple^ principe que les Girondins euxmêmes s'étaient les premiers hâtés de proclamer.

K Si les ^5 millions d'individus répartis sur notre territoire, ajoutait-il, pouvaient se voir et s'entendre en un instant , s'ils étaient assez dégagés de passions et de besoins pour s'occuper sans cesse de la chose publique y ils pourraient se gouverner par eux-fnémes^ il serait inutile pour eux de diviser le territoire , et fe principe pur et entier de la sout^' rainetéy ou du moins V abstraction qvlon nous donne pour ce principe y pourrait être, à leur égard, conservé dans son intégrité : mais les facultés de l'homme sont bornées, et dès le premier pas que nous vou-* Ions £dre, nous nous trouvons forcés de modifier 00s résultats. Il faut donc que notre territoire soit divisé, voilà une première vérité; une seconde vérité, c'est qu'une division politique de territoire est une atteinte portée à ce qu'on appelle principe pur de la souveraineté, en ce qu'elle constitue une nation en diverses sections qui né délibèrent pas en commun. Je dis qu'il importe de connaître cette seconde vérité, afin de ne pas être étonné des atteintes saccessives que nous serons forcés de porter à toutes ces abstractions métaphysiques que des sophistes lunis donnent sans cesse pour V unique règle de no^ ^re conduite, et dont malheureusement ils ne se ser^ ^'cnt que pour disséminer ^anarchie* »

300 ^ HISTOIAE

Salles, dans le reste de son discours^ s'étendaitsut le danger de la puissance municipale^ et faisait un pompeux éloge de ces administrations départementales, qui, dans ces derniers temps de la monarchie^ s'étaient partout opposées à Télan populaire. « Si la France entière, concluait-il, n'est pas encore engloutie par l'anarchie; si nous ne sommes pas nous-mêmes consumés par le feu de la guerre civile, c'est à nos départemèns seuls que nous en sommes redevables. Conservons religieusement ces salutaires institutions qui, lorsque nos passions nous dévorent, empêchent du moins qu'elles ne dévorent la patrie. »

Ainsi, il était évident que les Girondins cher^ chaient dans la discussion même de la Constitution , une arme pour combattre la Montagne.

Qu'on compare aux folles conceptions d'Isnard et de ses amis le langage de Robespierre et de Saint-* Just, où brillent le patriotisme et l'amour de la vérité, et l'on se-convaincra que les Montagnards vou^ laient asseoir la Constitution sur les bases inébraBlables de la justice et de la liberté. Saint- Jiist lui aussi aborda la question de la division du territoire; mais quelle différence d'argumentation!

« La division d'une monarchie , dit-il , . est dans son territoire; le domaine j est la propriété du chef; les fractions du domaine, soumises à des gouverneurs , sont les points d'appui de son autorité : elles isolent le peuple de lui-même; chaque province a son esprit particulier, ses coutumes, ses lois, et n'est liée aux autres provinces que par la puissance du

BB LA COIITIIITION NATIONALE. 3oi

maitre. Dans la République, au contraire, la division est dans les tribus, et les mesures du territoire

ne sont autre chose que la division du peuple Si

la division est attachée au territoire, le peuple est divisé, la force du gouvernement se concentre et le souverain épars se rapproche difficilement : si la division est attachée au peuple, ou par tribus ou par communes, cette division n'ayant pour objet que l'exercice des suffrages et la volonté générale, le souverain se forme alors, il se comprime, et la République véritable existe...

(( On s'est généralement accordé à maintenir les mesures du territoire français en quatre-vingt-cinq départemens. Cette division, sous la monarchie^ était dans le territoire : la Constitution républicaine doit s'attachera la population; en sorte que ce ne soit point le sol qui forme un département, mais que ce département s'entende de la portion du peuple qui l'habite. Si cette partie du peuple essayait de se dis^ soudre du reste de la nation, et d'en séparer son territoire, le souverain interviendrait alors pour maintenir l'intégrité du domaine; et la République, par la Constitution, serait vraiment indivisible. Mais si chaque département s'entend d'une portion du territoire, la souveraineté en est demeurée à la portion du peuple qui l'habite, et le droit de cité du peuple en corps n'étant point consacré, la République peut être démembrée par le moindre choc

Tout autre lien entre les memîhres d'une même société est oppressif; si ce n'est point le souverain

3oa UISTÛIAE

qui maintient le domaine, une illusion terrible e^t laissée au gouvernement^ car si la glsiranlie de l*ind4«^ visibilité du domaine lui est confiée, le gouVern€^ment est le souverain lui-même, le peuple n'est rien, la République est un songe.

« Je regarde donc la division des départemèns comme une division de quatre-vingt-cinq tribus dans la population , et non comme une division du territoire en quatre-vingt-cinq patties. La Constitution doit être dépositaire de ces principes. »

Ecoutons maintenant Robespierre, car son dis^cours est digne d'attention* sous pltis d'un rappoK; voyons avec quelle énergie toute républicaine il va développer les principes les plus vrais conkme les plus démocratiques; comment il va expliquer le mécanisme d'un gouvernement fort et libre à là fois: son discours est également bon à consulter pôiir ce qu'il contient en faveur de Tordre et de l'obéîàsânce aux lois , que pour ce qu'il réclame en fa^ur de la liberté et de l'égalité.

« Donner au gouvernement la force nécessaire^our que les citoyens respectent toujours lès droits de leurs concitoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais la violer lui-même, voilà, à mon avis, dit Robespierre, le double problème que le législateur doit chercher à résoudre.

a Le premier me parait très facile; qtiant au second , on serait tenté de le regarder cotnme insoluble si l'on ne consultait que les évéûemeas paàsiéà et présens ^ sans remonter à leurs causes : parcourez

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l'histoire^ et vous verrez partout les inagistnits opprimer les citoyens^ et le gonvernement dëvorer la souveraioeté. Les tyrans parlent de séditions quand le peuple ose se plaindre de la tyrannie ^ ce qui arrive lorsque Pexcès de l'oppression lui rend son éoergië et son indépendance. Plût à Dieu qu'il pût la conserver toujours l Mais le règne du peuple n'est que d'un jour^ le règne des tyrans embrasse la durée des siècles. »

Ici Robespierre , à Taide de plusieurs citations historiques, s'attachait à prouver quc^ dans tous les temps, le peuple avait vu tourner contre lui la puissance qu'il avait confiée à ses magistrats ; que partout l'autorité légale , remise entre les mains dé quelques bomme^ avait été la source du despotisme.

« C'est à cet empiétement si grave, et qui paraît presque inévitable , continua-t-il, qu'il faut r^nédier. Quels moyens faut-il prendre pour cela? Donner au peuple des protecteurs , tribun», épbores^ etc.? Le peuple n'en a pas besoin. Il faut l'ap«« peler à se protéger lui-même. Il n'y a qu'un seul tribun du peuple que je puisse avouer > c^est Iti peuple lui-même; c'est i\ chaque section de la République que je renvoie la puissance tribunitienne , et il sera facile de l'organiser d'une manière également éloignée des tempêtes de la démocratie absolue^ et de laper 6de tranquillité du desipotisme représentatif. »

Robespierre ne regardait pas cotntile un moyen

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de salut la balance des pouvoirs dont on |a £dt tant de bruit quand la mode semblait exiger cette espèce d'hommage à nos voisins. Cette prétendue balance était selon lui , une complète déception ; a car , disait-il^ s'il y a lutte entre trois pouvoirs égaux > il y a anarchie ; s'il y a parfaite union , c'est qu'ils se sont arrangés pour croître tous à l'ombre de la Constitution et aux dépens du peuple ; et on sent aisément qu'ils aiment beaucoup mieux s'accorder, que d'appeler le souverain pour juger sa propre cause. Témoin l'Angleterre^ où l'or et le pouvoir du monarque font constamment pencher la ba* lance du même côté^ où le parti de l'opposition même ne parait solliciter de temps en tempà la ré^ forme de la représentation nationale y que pour l'éloigner de concert avec la majorité , qu'elle semble combattre j espèce de gouvernement monstrueux, où les vertus publiques ne sont qu'une scandaleuse parade , où le fantôme de la liberté anéantit la liberté n\éme , où la loi consacre le despotisme , où les droits du peuple sont l'objet d'un trafic, avoxié , où la corruption est dégagée du frein même de la pudeur (i). £hl que nous importent les combinaisons qui balancent l'autorité des tyrans? C'est la

(i) Gomme on le voit par ce passage, Robespierre ii*a pas si mal jugé ce qu^on appelle le système représentatif. On dirait qu'il a écrit oe ^iacours quarante ans plus tard, ayant sous les yeux de biens déplorables modèles. Au reste, Robespierre n*est pas le seul qui ait stygmatlsé la prétendue balance des trois pouvoirs. Paul-Louis Courrier nous a laissé, des pages fort piquantes sur la marmite représentative.

DE LA. CONTENTION NATIONALE. 3o5

tyrannie qu'il faut extirper : ce n'est pas dans les querelles de leurs maîtres que les peuples veulent chercher l'avantage de respirer quelques instans ; c'est dans leur propre force qu'il faut placer la garantie de leurs droits. »

Après quelques autres dëveloppemens de ces considérations remarquables, Robespierre descendait aux moyens d'application , et commençait à tracer des règles pour renfermer les diverses magistratures dans de justes limites.

« I* La durée des pouvoirs confiés aux magistrats doit être très courte, disait-il encore, en applicant surtout ce principe à ceux dont l'autorité est plus étendue.

(( 2« Il faut que nul ne puisse exercer en même temps plusieurs magistratures.

« 3* Que le pouvoir soit divisé. Il vaut mieux multiplier les fonctionnaires publics, que de con-^ lier à. quelques-uns un pouvoir trop redoutable.

« 4* Que la législation et l'exécution soient séparées soigneusement.

« 6* Que les diverses branches d'exécution soient elles-mêmes distinguées le plus qu'il est possible, selon la nature des affaires , et confiées à des mains différentes

« Au reste, vous ne pourrez jamais empêcher que les dépositaires du pouvoir exécutif ne soient des magistrats fort puissans; ôtez-leur donc toute autre autorité et toute influence étrangère à leurs fonctions : ne permettez pas qu'ils assistent et qu'ils vo-

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icnt dans les assemblées du peuple peikdant k durée de leurs fonctions; appliquez la même règle aux fonctionnaires publics en général* Elloignez de Leurs

mains le trésor public Laissez dans les déparie-

mens la portion de deniers qu'il ne sera pas nécessaire de verser dans la caisse générale, el que les dépenses soient autant que possible acquittées sur les lieux. »

Abordant ensuite les moyens d'exécution et d'application , il s'appuyait d'abord de cette maxime : « La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible k la société, elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile. M

« Fuyez, disait Robespierre , fuyez la maxime ao- GÎenne des gouvernemens ^ de vouloir trop gouverner; laissez aux individus ^ laisses aux £imilles le adroit de faire ce qui ne nuit pas à autrui; laissez aux communes le pouvoir de régler leurs propres affaires en tout ce qui ne tient pas à l'administration gé-* nérale de la République ; rendez à la liberté individuelle tout ce qui n'appartient pas essentiellement à l'autorité publique, et vous aurez laisse d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire.**..»

« Au reste^ quelque utiles que soient toutes ces règles, elles seront insuffisantes si vous n'adoptez pas la seconde espèce de moyens que j'ai indiqués^ c'està-dire^ si vous ne soumettez pas tous les fonctionnaires à une responsabilité sérieuse, en les plaçant dans la dépendance réelle du souverain.. .»••

« II y a deux sortes de responsabilité, la respon*

BK LA CONYlNTIOlf NATIONALE. Soj

sabilite morale^ et la responsabilité physique »

Robespierre examinait avec détail les mesures ptopres^^à rendre efficaces ces deux sortes de responsabilité ; la première^ en étendant autant que possible le donuûifô de la publicité; la seconde^ en rendant les fonctionnaires justiciables des tribunaux. Il voulait en même temps que la plus grande latitude fut laissée à la liberté des assemblées publiques. « Faites en sorte ^ disait-il^ que le peuple puisse assister aux assemblées publiques ; car lui seul est Tappui de la liberté et de la justice 5 les aristocrates^ les intrigans en sont le fléau. »

Il voulait aussi donner au peuple une espèce de juridiction : « A l'expiration de leurs fonctions ^ les membres de la législature et de l'agence executive pourront être déférés au jugement de leurs commettans« Le peuple prononcera simplement sur cette question : tel citoyen a-t-il répondu ou non à la confiance du peuple? Un jugement qui dédarera qu'ils ont perdu la confiance , emportera l'incapacité de remplir aucune fonction publique. Le peuple ne décernera pas de peines plus fortes ^ et si les mandataires sont coupables de quelques crimes particuliers et formels 9 il pourra les renvoyer au tribunal ordinaire. »

Il terminait son discours en repoussant d'avance toates les accusations de démagogie qu'on était habita^ à adresser $ son parti.

« On me demandera peut-être, concluait-il, comment avec des précautions si sévères contre les ma*

3od HISTOIRE.

gistrats, je puis assurer Vobéissance aux lois du gotn vernement. Je réponds que je l'assure davantage; précisément par ces précautions là même je rends aux lois et au gouvernement toute la force que j'ôte aux vices des hommes qui gouvernent et qui font les lois.

« Le respect qu'inspire le magistrat dépend beaucoup plus du respect qu'il porte lui-même aux lois, que du pouvoir qu'il usurpe ; et la puissance des lois est bien moins dans la force militaire qui les entoure , que dans leur concordance avec les principes de la justice^ avec la volonté générale. Quand la loi a pour principes l'intérêt public , elle a le peuple lui-même pour appui, el sa force est la force de tous les ci* toyens, dont elle est l'ouvrage et la propriété,

« La volonté générale et la force publique ont une origine commune; la force publique est au corps politique ce qu'est au corps humain le bras qui exécute spontanément ce que la volonté commande, et repousse tous les objets qui peuvent menacer le cœur et la tête.

« Quand la force publique ne fait que seconder la volonté générale, l'Etat est libre et paisible; lorsqu'elle la contrarie, l'Etat est asservi ou agité.

«La force publique est en contradiction avec la volonté générale dans deux cas : ou lorsque la loi n'est pas la volonté générale, ou lorsque le magistrat l'emploie pour violer la loi même» Telle est l'horrible anarchie que les tyrans ont établie de tout temps sous le nom de tranquillité, d'ordre public,

de législation et de gouvernement. Tout leur art est (l'isoler et de comprimer chaque citoyen par la for-* ce y pour les asservir tous à leurs odieux caprices , qu'ils décorent du nom de lois. Législateurs, faites des lois justes; magistrats^ faites-les religieusement exécuter. Que ce soit là toute votre politique, et vous donnerez au monde un spectacle inconnu , ce* lui d'un grand peuple libre et vertueux. »

Le discours de Robespierre, dont nous n'avons donné que quelques citations imparfaites, prouve que cet homme, que plus tard on a voulu faire passer pour un fanatique sans talens, pour un démagogue sans vues et sans principes^ était non-seulement à la hauteur de son siècle, mais qu'il l'avait devancé de beaucoup. Les principes qu'il proclamait auraient fait honneur à J. S. Rousseau que Robespierre surpassait dans ses idées sur l'indépendance individuelle. Que Ton médite bien les deux discours de Saint-Just et ceux de Robespierre, et l'on y trouvera toute l'histoire de la Révolution française jusqu'au 9 thermidor. L'un parla de liberté, l'autre y ajouta la force; l'un s'était occupé de théorie, l'autre arriva à l'application.

Qu'on compare ces discours si pleins d'idées démocratiques, si riches en principes républicains, aux vues mesquines, étroites des girondins, et l'on verra lequel des deux partis voulait plus sincèrement le bien du peuple français et de l'humanité Certes ce n'était ni un Salles, ni un Isnard, ni même des hommes l'ecomuiandables d'aillôurs par de grandi

3lO HISTOUE

taleas , tels que Buzot, Ver^Diaud^ Gondorcet, qu'un paorrait opposer auK oiateuns de la Montagne, lorsqu'il s'agissait de patriotisme sincère , et surtout de patriotisme pratique. £t qu'on ne dise pas que la Montagne ne voulait pas de la Constitution; elle a assez prouve qu'elle s'y serait soumise avec respect.

Mais quand de nouveaux dangers assaillirent ia République, elle pensa avec raison, qu'elle devait commencer par balayer les gothiques débris de la mcwarcfaie^ avant de donner au peuple la Constitution républicaine tant promise. Elle crut qu'il fallait purger la France de l'esprit aristocratique qui s'op*posait encore à l'établissement de la démocratie, et surtout, qu'il fallait préserver le sol sacré des attaques de l'ennemi extérieur f car la Montagne sentait le besoin de donner pour base à la Constitution l'ordre et la paix.

Aussi la Constitutiou ne s'acheva-t-élle pas alors. A peine avait-on décrété l'unité et l'indivisibilité de la République, et la division du sol en quatre-vingtcinq départemens, que nos guerres intestines prirent un tel degré d'intensité, le danger parut si imminent, qu'on se vit dans la nécessité de mettre de côté l'acte constitutionnel, pour recourir aux mesures plus urgentes que l'état des choses réclamait impé«* rieusement.

Ce fut alors que Condorcet demanda que si la Convention n'avait pas temiinq I4 ConstÂtulùon au

DB LA CONVENTION NATIONALB. 3ll

premier novembre , elle fut coiisidëi^ée comme ayant ûonDe sa de'mission, et remplacée par une autre Gonveiitîoju Nationale.

Certes les intentions de ce philoso{>he^ de cet esprit éclairé ne pouvaient être soupçonnées; il était loin de désirer le succès des contre-révolulionnaires et des ennemis de la République; mais enembras* sant le parti des girondins par la douceur de son caractère, il en avait, sans s'en douter, ^ousé les passions, el adopté les opinions.

Que de vérité, que de franchise, que d'amour de la République dans son discours ? Et pourtant il pro» posait les mesures les plus funestes qu'on put ima* giner dans les circonstances où la France et lu Convention se trouvaient.

» Citoyens, disait-il , vous ne pouvez vous dissimuler les dangers où nos troubles intérieurs et nos divisions intestines exposent la République. Une ligue puissante nous assiège de toutes parts, inais que pourra-t-elle, si les Français qui tous veulent la liber*

té, savent enfin se réunir pour la défendre Ce sont

les Français qui ont préservé l'Europe de la féroce tyrannie des Huns; et la tyrannie fanatique de Mahomet s'e^t arrêtée devant eux : qu'une uième volonté les rallie, et pour la troisième fois ils sauyeront la liberté de l'Europe, que les barbares osent espéver encore d'en bannir pour jamais. Mais quel remède opposer à ces troubles que chaque instant voit s'ac^ croître, à ces divisions qui s^subleiit chaque jour^'en-* venimer davantage? Ce remède^ la nation entiière

3i3 nisTOiae

vous l'a indiqué : c'est l'établissement d'une Constitution républicaine

(( C'est alors que tous les Français, connaissant enfin sous quelles lois douces, égales et justes ils pourront exercer leur liberté, jouir de leurs biens, se livrer à leurs travaux et développer leur industrie, il ne sera plus au pouvoir du fanatisme religieux ou de ^hypocrisie politique de tromper l'ignorance ou d'égarer le patriotisme.

M Vous devez vous hâter d'apprendre à la France^ à ses ennemis, qu^ ce devoir sera rempli, que rien n'aura la force de vous en détourner, que vous-mêmes vous ne voulez pas avoir le funeste pouvoir de tromr per l'attente de la nation.

» Il faut que les ennemis de la liberté française , les artisans de toutes les conspirations , les intrigans avides de pouvoir, les contre*révolutionnaires déguisés en patriotes, les agensdes rois étrangers, tes partisans secrets du fédéralisn^e ou de la royauté, les hommes qui ont besoin de prolonger le désordre, ne puissent plus se flatter ni de vous égarer, ni de vous perdre ; il faut même qu'au delà de vous , ils aperçoivent encore un nouvel obstacle au succès de leurs complots; ilfi^utque les puissances ennemies perdent l'espoir de voir arriver ce moment , qu'elles attendent et qu'elles préparent , ce moment d'anarchie où la France, fatiguée de n'avoir pas de Constitution, n'ayant plus l'espoir de la recevoir de vous, et privée d'un centre de réunion, serait livrée, dans chacune de ses parties, à tout ce que l'erreur, la dé-

DB LA CONVENTION NATIONALE. 3l3

fiance^ les passions^ les trahisons^ pourraient employer de moyens pour la diviser et la déchirer.

i< J'ai cherché une mesure qui put remplir cet objet important : celle que je vais vous développer est simple j elle ne peut exposer ni la République à aucune secousse, ni la liberté à aucun danger. Vous avez promis de sauver la patrie , et je ne vous conseillerai point de remettre en d'autres mains le dépôt que vous avez accepté.

« Je ne vous parlerai point d'inviter le peuple à prononcer sur nos divisions personnelles, car ce serait l'exposer à les partager : je ne vous proposerai aucune de ces résolutions qui annoncent que vous désespérez ou de la chose publique, ou de vous mêmes.. •••

« Citoyens, je viens vous proposer de^ fixer un terme suffisamment éloigné, auquel les assemblées primaires seront convoquées, pour accepter ou re-p jeter la Constitution, si nous en avons terminé le projet, ou pour nous remplacer par de nouvelles élections, si ce grand ouvrage n'a pu être achevé, i*

Développant ensuite les motifs qui le portaient à provoquer cette mesure, comme une garantie des bonnes intentions de l'Assemblée, Condorcet terminait en demandant qu'il fût décrété que les assemblées primaires se réuniraient de droit, le i^ novembre, soit pour accepter ou rejeter la Constitution, si elle était terminée, soit pour nommer une nouvelle Convention, dans le cas où celle existant n'aurait pas présenté le pacte social à l'acceptation du peuple.

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La mesure que réclamait Gondorcet fit jeter les hautA cris à la Montague : elle voulait sauver la patrie ; elle voulait fonder la République^ et la constituer sur des bases inébranlables; elle se serait donc regardée oomme dëshonorëe eu cédant cette grande et noble mission à une autre Assemblée.

Celte idée souleva Taoïe du monta goand Tiiuriot^ qui la combattit aussitôt.

« Lorsque le corps législatif^ dii*-il, a provoqué la formation d'une Convention^ il a eu pour objet d'établir une nouvelle Constitution.

« La France à applaudi à cette mesure : vos mandats premiers ont donc été de vous occuper de la Constitution. Mais si vous vous retirez ^ans avoir rempli ce vœu^ vous vous déclarez indignes du caractère dont vous avez été revêtus,; vous déi^larez à la nation française que vous n'avez pas eu assett de coiutrage pour lui donner une Couirtitution : or^ quelieat celui d'entre vous qui serait assez tâche pour rentrer dans ses foyers après cette déclaration I

u La Convention s'est tracée une marche; pelui"là est coupable qui s'en écarte, et jette ainsi une pomme de discorde dans son. sein I Au reste ;^ cette proposition seconde les inteotions bien connues des puissances coalisées contre la France; elles veuWt que la Convention quitte Paris, ou qu'elle se sépare sans avoir fait une Constitution....^». Je ne connais pas de plus sûr moyen de faire la contre-révolu tioa; car c'est dire en propres termes : nous n'avons pas le courage de faire le bien; nous sommes dans l'impôt-

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sibilité de Popérer; venez, arrivez, vous, car nous trahissons la patrie!....

« Je demande, conclut Thuriot, que la Convention, fidèle à ses principes et à ses sermens, ne permette pas à ses membres de diriger son attention sur des objets semblables, qui peuvent porter l'alarme dans la République.

« Au surplus, si l'on insiste, je demande que, par appel nominal, chaque membre soit tenu de venir déclarer a la tribune s'il se sent le courage de faire une ConstitutioDt de deufittCfir 4 son poste, et de sauver la RépùMîque. »

Les girondins n'osèrent pas insister, et la Convention, par égard pour le caractère de l'auteur de la proposition , se borna à l'ajourner : oe qui était nne mafiière polie de la rejeter.

Mais la trêve, qui avait permis à l'Assemblée de donner qudqaes jours à U chose publique, était rompue entire les deux jpartis; les girondins n'avaient pas craint de recommencer Tattaque; la Montagne avait relevé le gant, et cette fois elle pensa sérieusement à prendre l'offensive, et à vaincre ses adversaisaires,) devenus de véritables (Bnnemis.

Coup d*oeil sur Paris et les départemens. — État hostile des départeme» de rouest. — > Insurrections dans la Tendée. — Crimes des insurgés. Esprit de la Bretagne et de la Nonnandie. -•- Esprit des armées républicaines. -* Situation alarmante de la République. — Mesures énergiques prises par la Montagne. — Déyouement du département de THérault. — Élan général. — Pétition du faubourg Saint- Antoine. — Arrêté de U commune de Paris, -n Résistance des riches et mouvement des aristocrate^. — Dénqnciation de Thuriot. — Motion de Robespier^ contre les suspeets. «^ Harangue de Danton.

L'irritation de la Montagne provenait des obstacles qu'elle éprouvait dans la Convention, et de ceux plus grands encore que les Girondins lui suscitaient dans les départemens. Ce n'est pas que toute la France ne voulut la République; mais c'est que partout on n'avait pas embrassé la Révolution aussi chaleureusement qu'à Paris. Cela se conçoit aisément^ pour peu qu'on réfléchisse aux dangers que Paris avait

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courus, aux élëmens que cette ville renfermait, et aux sociétés populaires qui ne cessaient d'y réchauffer le patriotisme. La capitale^ rendez-vous ordi-nairc de tous les hommes indépendans par caractère, de tous les talens supérieurs , de toutes les ambitions oisives, avait vu s'agiter dans son sein^ depuis le commencement de la révolution, cette élite de la France, et l'on s'y était tellement familiarisé avec les grandes questions, avec les discussions orageuses, que l'état d'exaltation y était devenu habituel.

Paris était dévoué a la Montagne j mais les départemens, plus éloignés des dangers, étaient plus ou moins alarmés de l'exagération révolutionnaire. Travaillés d'ailleurs par les Girondins , et mécontens de l'ambition de la capitale, ils avaient assez généralement adopté les impulsions de leurs députés, et penchaient pour la Plaine ou pour le côté droit. C'était ainsi que pensait du moins la masse inactive, toujours modérée par système comme par tempérament.

Mais il y avait aussi dans chaque localité des esprits ardens, des révolutionnaires emportés, des hommes dévoués aux Montagnards , et ces hommes étaient principalement ceux qui s'étaient emparés des municipalités. Les jacobins avaient en outre , dans toutes les communes tant soit peu considérables, des clubs affiliés avec lesquels la société mère correspondait, et qu'elle entretenait au point d'exaltation révolutionnaire j ugée salutaire. Ainsi tout le parti jacobin, correspondant d'un bout de la France à l'autre bout, maître des municipalité?, gouvernait

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le club central; en le purgeant de quelques niein-* bres impurs.

£n ce moment là, c'est-à-dire vers la fin d*avril^ Itis jacobins semblaient avoir le dessus à Lyon; cependant ils ne se dissimulaient pas qu'ils restaient dans une fâcheuse position. Us avaient bien toute la municipalité; mais les sections, en armes étaient prêtes à lutter de nouveau contre elle. Le danger exaspérait les républicains; ils demandaient à grands cris l'établissement d'un tribunal révolutionnaire, pour frapper les traîtres et les aristocrates, et ils faisaient promener sur toutes les places l'affreux instrument de mort, qu'ils exposaient ainsi pour effrayer les contre-révolutionnaires.

Dans cet état de choses, il était impossible que les partis ne s'envenimassent pas tous les jours davan-^ tage; et les agens secrets du royalisme s'apprêtaient a profiter du mécontentement des sections, prêt à éclater , pour donner à leur indignation une direction contre-révolutionnaire.

L'état de la ville de Marseille, n'était pas moins alarmant. JNon qu'il y eut à craindre pour les Marseillais des menées royalistes, comme à Lyon , mais les sections y étaient aussi en opposition avec la municipalité. Celle-ci était toute dévouée à la Montagne, et les sections l'étaient généralement à la Gironde : elles se montraient irritées des outrages faits a leur député chéri, Barbaroux; et quand Moïse Bayle, l'un, des représentans du département des Bouclies-du-Rhône siégeant à la Montagne , avait

'été à Marseille pour y activer le recrutement, il y avait trouvé beaucoup de dévouement à la République, mais pas pour son parti.

Presque tous les départemens méridionaux paraissaient dans les mêmes dispositions. A Bordeaux il y avait encore plus d'unanimité en faveur des girondins. La municipalité, les sections, le club principal étaient tous dévoués à la République, mais résolus de défendre la députation à laquelle ce département était fier d'avoir donné son mandat. Bordeaux ne voulait ni entraves au commerce, ni tribunal révolutionnaire j il envoyait même des adresses contre la commune; mais pour qu'on ne pût pas douter de son républicanisme, il levait en même temps et envoyait contre l'insurrection vendéenne, quatre bataillons de volontaires.

Les départemens de TOuest, ainsi que les bords de la. Loire, offraient des dispositions autrement hostiles : <;e n'était pas seulement contre la Montagne que protestaient les grossiers et fanatiques habitans de la Vendée et de la Bretagne, mais même contre la Révolution tout entière. Habitués à la dépendance des châteaux et des églises, les stupides paysans du Bocage, du Loroux, du Marais, de la Vendée, avaient repoussé, par ignorance, les bienfaits de la Révolution. Les seigneurs et les prêtres les iavaieut entretenus dans leurs préjugés, et avaient eu soin d'exciter la haine de ces hommes aussi simples que braves contre le gouvernement qui avait détruit la féodalité et la supréiïiatie ecclésiastique.

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