‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 14 sur 34 · TOME ni. .ai · texte numérisé non relu

TOME ni. .ai

3^2 mSTOlAI

C'était dans ces contrées, dépourvues »le grandes villes, et par conséquent, de toute émulation, de toute instruction, que l'aristocratie avait conservé sa domination, basée sur l'abrutissement de ses ha« bitans, à qui elle avait (ait épouser son mécontentement. Déjà quelques insurrections avaient édaté dans ce pays, à cause des prêtres et des seigneurs : elles avaient été réprimées.

Mais la levée des trois cent mille hommes^ décret tée en mars, avait fourni aux habitans du Bocage et du Marais le prétexte d'une révolte. Les jeunes gens de Saint*Florent ayant refusé de tirer au sort, la garde voulut les y obliger; ils la mirent en fuite) et s'emparèrent d'un canon.

A cette nouvelle, un voiturier, nommé Gathdi^ neau, quitta sa ferme et se rendit au milieu des in* surgés, dont il prit le commandement. Sa troupe, incessamment grossie par de nouveaux combattans, mit en fuite un second poste de républicains , après en avoir tué une partie. Puis elle se dirigea sur Ghe* mille, qu'elle enleva, malgré deux cents républicains. Là elle fut rejointe par une autre bande de jeunes paysans, qui s'étaient réunis à un garde cliassc nommé Stofflet, et tous ensemble, au uombre de plusieurs mille, se portèrent sur GhoUet, ville la plus considérable du pays, qui était gardée par cinq cents républicains. Ils s'en emparèrent aussi ^ après un combat dans lequel la troupe de ligne avait eu tout le désavantage.

Les insurgés, victorieux , avaient célébré leur vie-

toireeu bruUnt tous Ivs papiers dos adminisirationSy etep pilJaot les caisses publiques ; niais n'ayant aucun pl^a arrêté, étant même fort embarrassés de savoir ce qu'ils allaient devenir au milieu de leurs succès^ ils étaient rentrés dans leurs villages et dans Ie^r$ fermes, dès qu'ils avaient achevé de dissiper IVgent pris k ChoUet. La guerre était pour eux une espèce de qhasse à l'embuscade, qui ne pouvait durer quet quel({ues jours de suite^ après lesquels ils éprouvaient le besoin de retourner chez eux.

Tandis que les insurgés du Bocage s'étaient emparas de GhoUet, une révolte bien plus générale avait éclaié dans le Marais et dans le département de la Vendée, Comme à Saint-Florent, le recrutement avait été la cause de ce soulèvement. Partout C6$ niauvais citoyens préféraient se battre contre leur patrie que d'aller la défendre. Les insurgés de cette contrée, sous les ordres d'un perruquier, aommé Gaston, s'étaient emparés de Challans, puis de Machecoul, où ils brûlèrent aussi tous ?es papiers, et où ils commirent les plus horribles forfaits, froisi cents républicains qu'ils avaient faits prisonniers, furent par eux impitoyablement fusillés; et, ujôi^tant à cet affreux attentat contre le droit des !{ens, un fanatisme religieux plus déplorable encore, ils les obligeaient à se confesser, puis ils les conduisaient, par troupes de vingt et de trente, sur les borda d'un fossé, où ils les assassinaient, afin de ne pas avoir la peine de transporter leurs cadavres I AIh nouvelle de cette insurrection , on avait fait

partir de Nantes quelqaes bataillons, avec ordre d^ se porter à Saint-Philibert ; mais ils durent rétrograder; et les insurgés étaient restés maîtres de Machecoul et du pays environnant.

Enfiu^ dans le département de la Vendée, Tinsur* rection s'était montrée plus menaçante encore. Chatonnay fut pillé par les insurgés^ Le général Verteuil, ayant voulu aller les en chasser, fut battu par eux à Saint-Fulgent, et y perdit tontes se9^ munitions, de même que son artillerie.

L'insurrection s'étendit ainsi dans la Vendée proprement dite, dans l'Anjou, et une partie du Por-^ tou. Néanmoins les insurgés ne tinrent pas long-^ temps la campagne, et après ces premiers succès, ils se débandèrent et retournèrent chez eux, gorg^ de butin. Ils allèrent fêter Pâques et se prosterner au pied du confessionnal •

C'est ainsi que commença cette guerre civile , véritable cancer de la République. Les assassinats dont les insurgés se rendirent coupables dans cette première levée de boucliers leur firent donner le nom de brigands ^ sous lequelils furent longtemps désignés dans toute la République : ils prirent, eux, celui de V^endéens y qui leur valut depuis une grande et triste célébrité.

Mais ce n'était là qu'une première tentative, qu'on essai. Voyant que la guerre leur réussissait, ils songèrent alors à la continuer. A cet effet, ils profitèrent des embarras que causait à la Républi-

DE LA CONVENTION NATlONikLE. 3^5

que la trahison de Dumouriez y pour se réunir de nouveau au mois d'avril, et pour se rendre maîtres tlu pays. Cette fois Tinsurrection fut générale sur toQs les points; les paysans allèrent dans les châteaux et forcèrent les nobles à se mettre à leur tête. Charrette, ancien officier de marine, commanda tout le Marais: habile^ rusé, infatigable, d'un caractère dur et cruel , c'était bien le chef qui convenait aux brigands qui l'avaient choisi. 11 débuta par s'emparer de llle de Noirmou tiers, dont il pouvait faire sa place de guerre , et son point de contact avec les Anglais.

Dans le Bocage, les paysans se donnèrent pour chefs Bonchamps, d'Elbée et Larochejaquelin. Bonchamps , qui avait aussi servi dans la marine, était un officier d'une grande intrépidité et d'un noble caractère. D'Elbée était un dévot, obstiné et rusé. Larocliejaquelin joignait à une grande jeunesse^ une bravoure plus grande encore : il avait soulevé toutes les paroisses des environs de Ghâtillon et s'était joint aux autres chefs , après avoir délivré, à Bressuire, son parent Lescure, qui devint, lui aussi , Tua des commandans des Vendéens. Lescure était calme, prudent, d'une bravoure froide, d'un esprit juste et droit.

Tous ces chefs réunissaient sous leur commandement trente mille paysans : ils donnèrent à leurs bandes le nom pompeux alarmée royale et catholi(jue : elle était indépendante de l'armée aux ordres de Charrette. Bonchamps, d'Elbée, Lescure, Laror

3a6 msTOiaE

cliejaquelin, Catliélinau, Slofflet et qilelqwos autres chefs s'étaieat réunis à Bressuiré^ d'où ils œeiiaçaietit Thouars.

Telle t'tait la situation des choses dans la Vendée vers la fin d'avril.

A toutes ces dispositions hostiles qui meaaçaiœt la Montagne^ à toutes ces iusurrectîons qui mettaient en péril la République^ il faut joindre encore^ l'esprit de royalisme qui se manifestait dans la fireUgeé et dans la Normandie : des bords de la Loire aai bords de la Seine ^ tout le pays en «tait entaché, Reimes avait déjà eu quelques mouv^melis^ ^ui avaient pris pour prétexte ia ohéreté des sub^slances. Roueo et tout le département de la ^îeine^Inféricttre , gardaient un silence impr obateUr.

Heureusement, sur Us frontières du Nord et de r£st, menacées par l'ennemi^ on était n^ieiu: disposé; on n'y pensait qu'à se défendre. Les troupes., reve^ nues d'un pnômiél' mouvement d'efH'oiy montraient un dévouemeiitiaibsolu à la République; t^Ues étaieist portéess à sedonder toutes les mesures énergiques que la Convention ordonnerait; et la Montagne poH-* vait conrpter sur les armées, beaucoup plus tqtie stir les départemens.

Depuis Dunkerque jusqu'à Huningue, et di^puis Huningue jusqu'à JNice, la République n'avait à combattre que l'ennemi extérieur; mais cet ennemb avait récemment obtenu de grands succès sur k. principal théâtre de la guerre : la trahison lui ^ail

presque livré la plus importanie de nos armées, et depuis lors 9 Dampierre^ ne se maintedait qu'avec peine sur la frontière du nord^ et il venait récemment d'essuyer de nouveaux échecs. En6n, l'Espagne se niontrait menaçante aux deux extrémités des ï^y rénées, et nous n'avions sur ces frontières aucune force cocnparativ^ a opposer à cette puissance.

La situation de la République était des plus alarmantes; il y avait danger imminent pour elle; et pourt^int la Convention était loin de désespérer du triomphe de la Révolution. La Montagne bravait tous ces dangers avec une étonnante sécurité; mais elle prenait ei) même temps les mesures les plus éner- * giquçs pour sauver la patrie. Malgré sa lutte avec la Gironde, elle s'occupait à soulever toute la population de la France pour la jeter contre les ennemis^ extérieurs et intérieurs. Entretenant^ par calcul^, l'exaltation révolutionnaire des masses, excitant l'irritation populaire, elle faisait servir les passions et l'enthousiasme au profit de la chose puUique. A usai la Mohtagae n'avait-elle qu'à frapper la terre de son pied tout puissant pour en faire sortir des armées.

Déjà le départf^ment de l'Hérault, prenant une honorable initiative, avait arrêté une levée de six mille hommes, et s'était imposé une contribution ex<traordinaire de six milUons^ pour subvenir aux dépenses de cet armement. Il avait joint à cette mesure^ toute de dévouement à la République, une adresse au peuple de Paris, pour l'engager à en &âve autant.

328 HiSTOIftJE

La Convention , en approuvant et encourageant ce généreux enthousiasme , avait autorisé par là toutes les communes de France à faire des actes de souveraineté^ en levant des iiommes et de Targent.

L'élan fut général; tous les départemens s'empressèrent de voter et de lever leur contingent; et beaucoup de ceux qui s'étaient déclarés pour la Gironde, tinrent à honneur de manifester leur zèle, et leur dévouement à la patrie.

La commune de Paris, désespérée de s'être laissée prévenir par le département de l'Hérault, prétendit que c'était au peuple de Paris à sauver la Républi* que , et s*empressa de voter une nouvelle levée d'une ' armée de douze mille hommes, pour marcher contre la Vendée. Ces douze mille hommes devaient être pris dans les compagnies armées des sections, et sur chaque compagnie de cent quatre-vingt six hommes, il devait en partir quatorze.

A cet effet, tous les commis non mariés de tous les bureaux quelconques ( excepté les chefs ou sous* chefs), les clers de notaires et d'avoués, les commis des banquiers et négocians, les garçons marchands, les garçons de bureaux, etc., pouvaient être requis dans les proportions fixées par l'arrêté de la commune. Nul ne pouvait refuser de partir; mais ceux des commis de bureaux qui seraient appelés à faire partie du contingent, devaient conserver le tiers de leurs appointemens. Une certaine dictature était laissée au comité révolutionnaire de chaque section pour désigner ceux dont le départ était sujet à moins

d'ioconvéiiieDs. Les citoyens requis étaient tenus de faire connaître au comité de leur section ce qui leur manquait pour être complètement équipés.

Enfin ^ ils devaient se réunir immédiatement pour nommer leurs officiers , et se placer sous leurs ordres.

Telles étaient les principales dispositions de Parlété pris par la commune au sujet de la levée des douze mille hommes : elles excitèrent bien des réclaluations.

Les trois sections du Faubourg Saint-Antoine se plaignirent, à la Convention, de ce que le peuple seul supportait toutes les charges de la guerre, sans qu'on eût encore rien fait pour lui.

a Aujourd'hui est encore un jour de crise, dirent les pétition nairesj les hommes du i4 juillet et du lo août vont être forcés de se lever en masse. Us Tont fait; et prêts à partir, s'il le faut, ils viennent vous dire quels sont les moyens que vous et eux devez employer pour sauver la République.

(( Depuis long-temps ne vous occupant que d'intérêts particuliers, que de dénonciations les uns contre les autres, vous avez retardé la marche que vous deviez suivre. Rassemblés dans cette enceinte pour opérer le salut public, pour former des lois républicaines, répondez; qu'avez- vous fait? Vous avez envoyé nos meilleurs défenseurs en commission, dégarni la sainte Montagne. Les agitateurs qui siègent parmi vous, sont restés en force et ont opéré ce qui suit : Vous avez beaucoup promis et rien tenu.

« JNos volontaires^ nos défenseurs, ont manqué

33o BISTOIftE

des clK>se6 les plus nccessaires; l^urs femmes ^ leurs en&us manquent de subsistances. Depuis long-temps vous promettez un maximum général sur toutes les denrées de première nécessité. •» Toujours promettre et rien tenir....! ».

Après ce préambule, les sections du faubourg Saint-Antoine demandaient à la Convention une infinité de mesures^ parmi lesquelles étaient : i** le départ de Paris de tous les corps à la solde de la République; 20 le maximum; 3* la résiliation des baiix; 4* une contribution sur les riches pour subvenir aux dépenaes du recrutement extraordinaire.

« Nous sommes bien prévenus d'avance , ajoutaient les pétitionnaires ^ que les modérés^ leshommes d'Etal, vont ciier a l'arbitraire; mais noils leur répondrons que tel moyen propre daûs un temps calme^ est infructueux dans un instant de crise et de révolution. JNos maux sont grands^ il font de grands remèdes. La révolution n'a encore pesé q^e «ur la classe indigente; il est temps que le riche , que l'égoïste soient aussi républicains^ et qu'ils substituent leur bien à leur courage; il faut que la République soit une et indivisible; nous la voulons sans restrictions*...

« Mandataires, voilà nos moyens de sauver la chose publique, et que nous croyons les seuls in&illibles. Si vous ne les adrûettez pas, Hotls vous déclarons, nous qui voulons la sauver, que nous isouiinés eu élat d'insurrection.... »

A ces mots, il se &it une violente explosion dans

le côté droit de l'Assemblée. Mazuyei* j^'ëlève vivement contre les pétitionnaires qui^ dit-^il, veulènk &ire fléchir l'àiitotité de la Convention sous leàrs menaces* Stelon lui, la ineprésenlation nationale^i^ aux prises avec une autorité contre-révoliitHHtnni^ë, et pour sauver la chose publique ^ il demandé qiie le» tsTO^ppléaUs se réunissant à Totirs oti à Bôurgë^^ pour >ètre >én tûesuixs de s^empa^et de l'siiitorîté àaùi le tels ^Q la Convention ferait anéantie.

Boyer-Fonfride prend la menace nassi sérieuse* ment : il voit le comble du délire dfin& la phwsiè coupable, ajoutée à la ()étition% « Si oé n'était pbà )â te cachet de Tineptie, dit-il^ ractedefi pétitionnaire! serait un gi^and attentat. Ils vont marcher , vonis di«^ se!Bl41is ^ contre les Tév^^îtéis. Maiiî les révoltés sont là, ils ^nt à la barr^. Les tévoltéi; dé k Vendée, prè* fanant le saint nom d'insuri*eclion , ont lefV<é oontt^ la Convention l-étêndard de la rebellron; les péti^ tionnàirei^ i<es imitonU Les révoltée de la Vèntléé méconnai^ent k souveraineté du peuple ; les pé^ tionnairefi les imitent^ Les kiévolléis de la Vt^idée redemandent un roi; l'insarfection invoquée par 1^ pétitionnâfÂres vous ramène à la royauté. Les révoltés de là Vendée ont embr&^é la République des Ibuit de k guerre civile; les p^itionnaires la provoquen^^ dar sans doute il naîtrait des vengeurs de nos cendres. Les révoltés de la ^'endée sont ^otttènns -par les ennemis extérieurs; mais n'^st^cè pas Cobon^g qui a dicté l'insolente menace , ayoutée par les pétitionnai i es n l'énergique adresse d«)s habttans dn fân-;

332 BISTOIRB

bourg Saint- Antoine; menace que ceux-ci ignorent^ et qb'ils désavouent. » *

Boyer-Fonfrède concluait qu'il fallait arrêter les pétitionnaires^ afin de remonter à la source de la conspiration contre la représentation nationale.

Cependant, les pétionnaires ne cessaient de désavouer la phrase échappée à l'orateur, et de protester de leurs bonnes intentions. Thuriot prit leur défeose^

« Si ces citoyens eussent méprisé votre autorité^ dit-il, est-ce à vous qu'ils seraient venus présenter le tableau de leurs beisoius? Est-ce sur vous qu'ils au-^ raient fondé leurà espérances? Est-ce auprès de vous qu'ils seraient venus réclamer des secours? Calculez la position de ces hommes qui ont sauvé trois fois la patrie, de ces ho mîmes qui n'ont d'autre patrimoine que la vertu, de ces hommes que. nous porterons dan& nos cœurs jusqu'à notre dernier soupir, et juge2; de ce que vous leur devez. Ceux qui sollicitent contreeux un acte de rigueur veulent perdre Paris , et tous les moyens leur conviennent; mais nous, nous voulons conserver cette cité à titre de reconnaissance nationale; nous voulons la conserver parce que la force qu'elle renferme en imposera toujours aux tyrans. Je demande que la Convention, s'empressant d'accueillir le dévouement des pétitionnaires y improuve la phrase qu'ils ont eux-mêmes désavouée, et passe à l'ordre du jour. »

Cette proposition , accueillie par les applaudisseinens des tribunes et d'une grande partie de l'Assemblée, fut encore appuyée par Danton.

« Ce n'est pas par un sentiment d'indignation^ ditil^ que nous devons prononcer sur une pétition bonne en elle* même ^ je sais qu'on distingue la pétition dn dernier paragraphe; mais on aurait dû considérer que c'était la plénitude dn droit de pétition.....

« Je ne tirerai pas la conséquence de ce que je viens de dire, ajouta-t-il, que vous assuriez l'impunité à quiconque semblerait être un conspirateur dangereux, dont l'arrestation serait nécessaire à l'intérêt public; mais je dis que, quand il est probable que le crime d'un individu ne consiste que dans des phrases mal digérées , vous devez vous respecter vous-mêmes Les habitans du faubourg Saint- Antoine vous ont dit qu^ils vous feraient un rem«> part de leurs corps; après cette déclaration, comment n'avez-vous pas répondu aux pétitionnaires : Citoyens, vous avez été dans l'erreur, revenez-en, ou bien, si vous êtes coupables, la loi est là pour vous punir..... »

D'après ces explications, les pétitionnaires furent admis aux honneurs de la séance, et l'Assemblée passa à l'ordre du jour sur les expressions qui leur étaient échappées.

Ce qui prouvait cependant que les demandes contenues dans la pétition. du faubourg Saintr-Antoine étaient l'expression des besoins du peuple de Paris, de ce peuple toujours prêt à se dévouer pour la République ^ c'est qu'elles furent presque toutes prises en considération par la commune y spéciale^

334 UISTOIfkB

ment chargée de la levéo e^^traor^idarie des douze qfiillçbomDH's^ et de pourvoir à leur équipement et habiU^meDt.

La commuDQ arrêta ^ et la Gonveptiou appt?ou,ya un emprunt forcé sur les riches de 12 a)iltioD3> de$ttiné à Teotretieu de la ppuveUe levée et au soulagemept des parens des volontaires restés pauvres 49iQs leurs foyers. Ces x 13^ millions durent être pris sur |e superflu des citoyeus : lo QécessairQ fut fixé ^ i>^o tVaaçs pour un chfif de famille^ et 1,000 francs pour les autres membres. Ainsi , le uécçssaire d^uqe i^r mille, composée du père^ de la mère et de quatre enfans, était lixé ^ a^ooQ franca. C'était sur le revenu excédants compté comme superflu , que devait pes^r remprunta dans les proportions suivantes :

Superflu originaîre.

Empnal à fournir.

Superflu restant.

a^ODO fr.

3ofr.

I^970 fir-

^jQSo

3oo

3o,ooo

iO,000

So^ooo

3o,Qpo

5ans doute que Femprunt forcé de i s millions lé^ sait de nombreux intérêts; mais sa répartition sur le superflu^ était le moyen qu'on avait trouvé le moins onéraix. Il qe frappait d'ailleurs que les riches ^ qui^ vivant dams un égoïsme complet ^ et dans une

DB LA GONYBirTION NATIONALE. 335

heureuse oisiveté, laissaient au peuple le soin de verser son sapg pour la patrie. Il allait bien les faire contribuer, au moins de leur bourse, à dédommager le peuple 4^ sacrifices qu'il s'imposait; il fallait bien chercher les comhipaisons les plus propres à attacher à la République la plus grande partie des citoyens, en même temps qu'on fournissait à la patrie les bras nécessaires pour sa défense 1

Mais les mesures pour le recrutement et pour l'emprunt attaqiiaient trop directement les égoïste», pour ne pas éprouver de la résistance. Les riclies se récrièrent, et les commis, les clercs, les garçons de boutique^ essayèrent de se révolter. Ces classes, qui n'avaient jamais rien fait pour le pays, étaient alors {généralement opposées k la révolution^ et le prouvèrent plus tard en opérant la réaction royaliste, sous le nom de muscadins. Elles agitèrent les sections , dans lesquelles elles se rendirent en foule, et y excitèrent des troubles. Les anciens domestiques des émigrés et de l'aristocratie , trèii nombreux à Paris, s^'empressèrent de se joindre aux commis et aux clercs pour provoquer un mouvement royaliste. Us se rassemblèrent tous aux Champs-Elysées, et de là ils se répandirent dans Paris en criant à bas la Montagney à bas les Jacobins I Quelques-uns eurent même l'audace de faire entendre le cri de wue le roil

En même temps , les déclamations du côté droit , dans ses journaux , mirent aux prisffi les classes aisées et les sans-culottes^ et firent naître des rixes

dans les sections : les opérations du recrutement en furent entravées^ et le but que la Montagne espérait atteindre, par Télan qu'avait donné le département de THérault, allait être manqué, quand Thuriot dénonça ces intrigues à la Convention, dans un discours propre à faire connaître Tétat des choses.

« Les habitans de Paris ^ dit-il, seraient déjà en marche, si malheureusement on n'avait, sans le vouloir^ favorisé les malveillans. Il existe des hommes auxquels la révolution ne plaira jamais : les nobW, les prêtres, les domestiques des nobles, et ceux qui calculent sans cesse les moyens de s'enrichir; ces hommes ont dégoûté , empêché les patriotes de s'armer; ils se sont portés dans les sections, et se prétendant amis de l'ordre et des lois, mais ne voulant que le mal , ont dit : pourquoi partirions-nous , puisqu'il y a à Paris une force soldée? C^est pourtant avec ces couleurs que les malveillans, arrivant dans les sections, ont écrasé les bons patriotes, et que dans la section de Bon-Conseil, par exemple, lorsque les citoyens arrêtaient de partir, ils prenaient, eux, des arrêtés contraires. Il y a ici des hommes assez lâches, ajouta Thuriot, pour souffler dans les départemens le feu de la contrerrévolution , et ce sont eux qui^ pendant six mois, ont été chargés de sauver la chose publique, et n'ont rien fait pour y parvenir. La nation n'aurait-elle pas le droit de leur dire: qu'avez-vous fait pour moi? »

Après cette sortie contre la Gironde, Thuriot proposa de faire marcher à l'ennemi tout les dômes- -

DE LA GONVEHTIOlf NATIONALE. 3^7

tiques 9 les garçokis de cafë et tous lés oisifs dangereux ; d'adresser des instructions pâtertlelles aux insurgés, et de dïarger le comité de salut public de faire dès enquêtes sur lesJ Imouvemens de Paris.

Ces mesures furent vivement combattues par Lècointre-Puyraveaux, qui regardait surtout Tarmëment des domestiques comme un moyen funeste. Il ne voyait d'autre remède à la guerre civile de rOucst, que d^envoyer sur les lieux dès'commîssàirès pris dans le sein de la Convention , pour requérir les babitans des villes attaquées > et les lancer en masse sur les bandes insurgées. « Il faut doniier 'à la Fraiice un mouvement électriqtie, dit-il; il faut (jue chaque patriote sorte de ses foyers une piqué i la main et son pain de l'autre^ et que des Commissaires soient cbargés de les rallier, et de leé conduire contre les rebelles. »

Legendre parla dans le ménie serisj il dît qu'il fallait mettre en permanence le comité de salut public; convoquer les sections et y envoyer dés conà-imissaires pour exciter leur^èle. Vèrgniaùd déplot^a la lenteur avec laquelle le recrutement s^opéîrttit à Paris; il parla de la malheureuse guerre qui -avait éclaté dans les sections entre les sahs^cùlottes et les messiewv. « Telle est la nature de cette guerre^ ditil, que l'une de ces classes né veut pas partir et faire partir l'autre, et que l'autre ieste dans la crainte que, pendant son absence, ceux qui tièniientà^ elle lie soient opprimes. Je crois, 'cohclùt-il, qu'il 'sera très-utile que des commissaires rappellent -dans les

TOMB ni. 23

de ifim 1^ qiU^yefl^, )^

enoemis de U liberté, reprit Robieffpi^r^ » o^t sentie 4e toflu 1^ c\iQjmh:ff Upfi peqle ruisoa doit occuper Ift CJqnveptioq, o^est d'empéçber que k» efforts ^u pftrifltisn^e qç tqiirnçpt qu progt ^ la trahilM fçt de IVi^Vteratiet La guerre civile et la guerre çtTRPgSr^ P«t ^^0 jusqu'ici de* gouffres qqi oot dtV

« S'il y a upe aroi§f de contre-?r4vol»lioniioires

dani; 1^ Vende*, il y en fi une ^utjffi à Pinm* U ÊM* ppfltçpir l'une çt P^utrej et qm^à QQtW wvqyoni le» paljiriqtes 4e Paris ds^us la Vçpdé? OWtre les FcldU Ifjs, y faut que pQps.n'^OM çi?n à craindre ici de

« Si l'aristocratie dans ces jou^s derai^rf a qsé \dWf Ijt bçtfj} sî des citoyens que Vinpivisma iqp|idai];(fait au s^li^uçe se pQXff, rép^n4us d^us le^^ s^tiçiiMi, qoe sfffft-oe qu^ud il sera p^urti une grmee de p^trio^çR? l\ fwt que le? equeinia 4e 1^ Ijibwté, squs, qpi^qu? JH^om qu'ils ^e prcgeuteut, rofeius^ UoWq?, fînfuiqiers QU pritres, uç. puissent lui uniw, J^ 4çpifMa4^jfP ÇPnS^^euQe, quç ^usles geps sqî^pciçti. ^pieut gfijrdés «m ôtagçs pt iftis en étftt d'anresiUliçp;. **

Çet^e noUpn eft aiCCueilUç p^ le^ applaudisse* mgn? d'uu^ grau4^ par^ç de rAss^mbl^ et de$ tfibf^ies cjuti^es; mais çUe excite les wuroiures du çôtç dppit- ^ « Je 4isj^ ççpreod J^obeftpÂ^^^re ^ ctn se tv^ui^ji^t yers cç ç^té, que ^ns cettïe pi^ça^fJlAon^es

DE LA COIIYBNTIOH NATI02IAL£. 33^

efibf U d^s |mU*iotes toumerâieot au profit des suîstocrates; il faut que les bous citoyeiis vrillQQt, gui! lo intrigttns qui affluent ciana 1^ aeot&QUSy et que n^ femmes et nos eufans respirent en aùreté4 II ne ftcil pas noB plus déclarer la guerre aux autorités oOUstîtii^e0.é4.. il fisiut veiller à (de qu'oa fabrique des arraea de toute espèce^ afin 4e eaettfe Pari^ dans uii état respectable de défense; cÀr le but des euaemi» est de détruire cette ville. U faut ^Ue des forges soient établies dans toutes les placés publiques ^ afin de ranimer l'énergie des citoy^ùa^ par la vue de nouveaux moyeila de défense...^. »

Gamillc^^D^smoulins ^ Goùtiboni^ Danton prennent part à la disicussion^ car toute la Montagne cjierchaît les moyens de préserver la République des datigelrs qui l'entouraient > tandis que les Girojadins dédaignaient de contribuer à ces travaux* Gamillei^ aveu cette piquante originalité qUi le caractérisait , dit que |misque les citoyens; dea sections se mon^ traient divisés eti deuxr classas > les messieurs et les sans-^folott^ y il fallait prendre la bourse des uns et ksbras des autres pour en faire un toul propre à ^ défonee de la patrie^

GoothonytraduisaM sérieutement la double prapositîoo de CaHûlle ^ demanda* que les sections fi|samtaotoriaées à idetti^e en éDat d'arrcfistation tous les lltena suspect. « Maïs ce n'est pas ass^s&j^ ajoutart-il^ Âfaâut en tiret parfcLUa bon^me suspeot^ lorsqu^e la pttne est menacée, est uiï< monstre qu'on ne peut trep éfMiiaer. Il faul mettre ed état d'arrestation les

34o aiSTOIRB

gens suspects ^ et tirer d'eux une contribution prd> portionnée à leurs richesses^ elle servira à payeriez braves sans^culottes qui partiront pour aller com*^ battre les révoltes. »

Danton^ toujours prêt à trouver des ressources dans les momens difficiles^ et dont l'audace semblait s'accroître ayec le danger^ proposa divers moyens, tous propres à rendre le courage à la Gonventioa eft h sauver la République.

(( C'est une vérité puisée dans l'histoire et dans le cœur humain , dit-il ^ qu'une grande nation en révo-* lution^ ou même en guerre civile^ n'en est pas moins redoutable à ses ennemis. Ainsi donc, loin de nous effrayer de notre position^ nous n'y devons voir que le développement de Ténergie nationale, que hod» pouvons encore tourner au profit de la liberté. La France entière va s'ébranler. Combinons ces moyen» de puissance avec les moyens de politique s c'est de faire connaître à ceux que des traîtres ont égarés^ que la nation ne veut pas verser leur sang, niais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie.

« Les despotes ne sont pas toujours mal habiled dans leurs moyens. Dans la Belgique, l'empereur traite les peuples avec la plus grande douceur, et semble même flatter ceux qui s'étaient déclarés contre lai avec le plus d'énergie. Pourquoi n'agirions-uouspas de même pour rendre des hommes à la liberté? U faut donc créer une commission ayant le droit dé iaire grâce à ceux des rebelles qui se soumettraient volontairement avant l'action de la force publique*

D£ LA UONYEltTIOU NATIONALE. 34^

« Cette mesure prise, il faudra faire marcher la force de Paris. Deux choses se sont un moment opposées à son recrutement: les intrigues des aristocrates et les inquiétudes dès patriotes eux*mènies. Ceux-ci n'ont pas considéré'que Paris a une arrière garde considérable: elle est composée de cent cinquante mille citoyens que leurs occupations quoti-* diennes ont éloignés jusqu'ici des affaires politiques, mais que vous devez engager à se porter dans, les sections, sauf à les indemniser de la perte de temps qu'ils essuieront. Ce sont ces citoyens qui , dans un grand jour, en se débordant sur nos ennemis, les feront disparaître du sol de la liberté.

u Que le riche paie^ puisqu'il n'est pas digue, le plus souvent, de combattre pour la liberté j qu'il paie largement, et que l'homme du peuple marche dans

la Vendée!

« Il est un décret que vous avez rendu en principe, et dont je demande l'exécution pratique : vous avez ordonné la formation d'une garde soldée dans toutes les villes. Cette institution soulagera les citoyens que n*a point favorisés là fortune. Je demande qu'elle soit promptement organisée, et j'annonce a la Convention Nationale, qu'après avoir opéré le recrutement à Paris, si elle veut revenir à l'unité d'action , si elle veut mettre à contribution les malheurs mêmes de la patrie^ elle verra que les machinations de nos ennemis pour soulever la France, n'auront servi qu'à son triomphe. La force nationale va se déployer; si vous savez diriger son énergie^, la patrie

sera saav4e^ et vous verrot le» itus cotlùés vous proposer une paix Ijonorable. »

Ainsi parla Danton^ et chacune de ses panole», ^ tranquillisant les km^s timorëes^ fit partagera cultes étrangères à la crainte, Paudace de son tcnpérameiit. Les applaudi&semfns qui interrompirent souvent smi discours, lui prouyerent qu'il était compris par b majorité de rAssemblée et par le peuplé des Iribi»^ nés. Aussi , presque toutes les mesures de cîroon»» tance qu'il avait proposées fttreBt^le& décrétées.

Thnriot fit décréter également que dea coiomif^ saires pris dans la Convention se transporteraieiit dans les sections de Paris, afin d^ recueillir l'esprii qui les animait, et reconnaître W moyens qu'elles avaient adoptés pour fournir leur contingent^ et former une masse de fonds destines à la levée de ejatta armée nouvelle.

Le soir^ Robespierre dévelopfNi aux jacohioa \m idées qu'il avait présentées à k Coeveuition 3 il kur proposa d'étendre les daases ài^ snspects aïk-delà des nobles et des prêtres y et d'j comprendre tomi les citoyens accusés d'incivisme: U émit le v^u qu'il* fassent toué détenus jusqu'à la paix ; que l'actiDA du tribunal révolutionnaire fût hâtée , et que la société prit des mesures pour contrebalancer^ par des moyens de publication , le mauyaÂ& effet des jovr^ n>aux dévoués au côté droit el à kb contrerirévolotion. La croise dan;» laquelle la République se ti*ouv«ty était semblable à celle d« septembre I79ft«: et dte

DB LA CONYENTIOll NATIOlfALB. 343

mois de mars I793; il était urgent de faire une nouvelle part aux passions qui s'agitaient; il fallait^ pour la troisième fois, donner des garanties, toujours plus grandes, aux patriote8 qui allaient se dévouer pour le pays. La loi des suspects et le maximum furent les effets de ces terribles circonstanœs.

Bot unîcpie de la Montague. — Loi des suspects. — AssemMée de l*Évèelle rétablie. — Actif et passif de TÉtat. — Nouvelle éminMon d*AMÎgnats. — Établissement du maximum — Tactique des Girondins. — Travaux de la Montagne. — Progrès des Vendéens. — Situation de rintérieur. — Emprunt forcé sur les ricbes. — Députation des Bordelais. — Embarras de la Montagne. — Moyens extrêmes sollicités par les clubs. — Robespierre s'y oppose, -r- Réaction girondine. — Présidence d*Isnard. — Attaques contre la minorité. — Tumulte dans les tribunes. — Propositions de Guadet. — Création de la commisôon des douze.

Dans les circonslances alarmautcs où la Rëpublw que se trouvait 9 la Montagne ne voyait qu^une chose^ battre Teonemi du dehors et comprimer celui du dedans. Le temps des ménagemens était passé ^ celui des mesures énergiques était arrivé. Aussi tous les députés qui voulaient sincèrement le salut de la révolu-

tion avant tout^ s'empressèrent-^ils de voter ces mesures- Toutes les idées de la Montagne étaient dirigées vers un même but, celui de soulever le peuple et de le jeter sur les ennemis de la République; il fallait donc en porter une partie sur les frontières, Pautre dans la Vendée, et armer le reste pour l'opposer aux mauvais citoyens du dedans. Ce n'était pas tout encore, il fallait tirer des riches l'argent nécessaire à tous ces immenses armemens, et enfermer tous les ennemis de la révolution. Les communes pourvurent à l'entretien des nouvelles levées, au moyen des emprunts forcés, et la Convention leur concéda le droit d'arrestation de tous les citoyens convaincus d'incivisme , par la nouvelle loi des suspects.

Pour mettre à exécution ces mesures, rigoureuses mais jugées nécessaires, l'assemblée de l'évêché, dissoute précédemment par la commune, fut rétabli^î sur la proposition de Chaumette , sous le nom de comité central révolutionnaire y et avec des pouvoirs plus étendus. Cette assemblée composée des autorités administratives, des présidens dès sections, des membres des comités révolutionnaires, fut chargée de U miâision de. répartir l'emprunt forcé et de rédiger le$ listes des suspects.

Pendant que l'on s'occupait activement de ces détails^ Cambon faisait décréter l'émission d'un nàilliard deux cent millions d'assignats, garantis sur les biens nationaux et d'émigrés.

34^ aistoHiis

Il résultait du compte général del dettes et dci ressources de la République^ qu'au lo mai 1793^ l'actif dépassait le passif d'environ 4 ^iUiârdd. Y olci le tableau curieux de l'état de^ finândes^ ôa piotÀt kr bilim de la France à cette même époque.

1® Arriéré des contributions. 5oô millions.

2^ Créances liquidées, sommes à recouvrer dur les sels et les tabacs, sommes avancées suir les grailis^et dUBérttnf pfètè âtik communes i arriéfé des fermes , des do* maines et régie. 5oo

3^ Ce qui restait dû sur les biens nationaux

Tendus. a^coo

4® Bois et forêts. lyaoo

&* Biens de la Kste civile. âod

6"^ Bénéfices snr le* domaines etigâgéi^ #dé

7^ Droits féodaux, dont les titresr primitifs existent. 5a

8° Salines et salins. 5a

9° Bois nationaux non vendus, toutes

dettes déiklquées. 3,oàù

nmÊ*t

hA4»Mrflta^^X«BV

Total de l'actif, 7^700 millions.

Le passif n'était encore <|ne é'ébviiroûi ^fMUë milliards^ od pca^ait de^e éaimw de imUihsêê i^^iOQ,ooo/mo tt. d'assignafts^^ sans d<tfpasser 1» gtagtt qui devait les garantir : cette énussîoû* ^tait d^aiHbMH commandée par la nécessité des circonstances , devant laquelle tonte codsîderationc devait flédôrw Au resle^ on ne fiiisait par là qne teetlire ta àoKài^tàmt les trésors qa'ofFrAient k la Fraiièe^lës hiat^aàlk^ naux.

JD£ LA CONVBNTIOll NATIONALE. 347

Certes^ la coufiscation est an moyen barbare^ et îi eut été à désirer qu'Ole dàt son âbolitkm à la Gon* veQjtton^ qui détraisiit tant d'abus anciens et tant (f ini^ gôilës saûctiminëe» par le temps; mais la GddfVèâtiofl Tavait trouvée établie par W anciennes lois cle la mô^ narcliîe, qai en avait elle aussi fait un révoltant ébni en maintes eirconstatloes ; les lois contre les étcA^tèé avaienl pris naissance dans les précédentes assena hlées; dles avai^t eu la sanction royale j té» aggrttvatiotis qu'elles reçurent sous ta Gonveàtiôn al^siielil été nécessitées par les dispositions hostiles de VéaA^ gration. Ainsi donc on ne peut faire un esime à lu GopyoUion d'avoir suivi d'anciens erreniens et d'aK voir appliqué la confiscation à un délit qui csH avart toujoors été passible^i à l'attaque à main armée du soi àe la patrie.

Saas doute que l'arbitraire laissé aux administra^ lions pour Fînscnption sur la liste des émigréis^ a pu amener quelques injustices r plus d^in honmie^ nie» nâ«é par les mouvemens populaires, a pu être fotcé d'^abandonner sa patrie, sans être coupable, comme ceux qui l'avaient quittée dans de mauvaises intentions; et ces erreurs doivent être déplorées. Msii tes ligueurs exercées contreles véritables étnîgrés, étaient une fuste application du droit de légitime défense^- 11 était assi?^ Uadurel qu'ils supportassent setdsleé frais d'une guerre qu'ea]t seuls àvaieM allumée et fail diriger contre leur patrie.

Quoiqu'il en soit, la vente des biens nationant, et l^émissioii des assignats sauvèrent là France, en

348 HISTOIAË

plaçant eutre les mains de la République les sommes énormes dont elle avait besoin pour soutenir la guerre contre toute l'Europe ; et ces mesures, rigoureuses sans doute , n'en furent pas moins très-politiques. La première 9 était un moyen de diviser au peuple les dépouilles des ennemis de la révolution, et de l'attacher invariablement à la cause de la liberté : la seconde, suppléait à la disparition du numéraire^ et comme alors les assignats jouissaient encore de quelque confiance.^ ils le remplaçait dans toutes les transactions commerciales et sociales. Ce n'est pas à la gestion de la Montagne qu'on doit attribuer la baisse ruineuse qu'ils éprouvèrent ensuite, par l'abus que l'on fit de ces émissions : celles ordonnées jusqu'au 9 thermidor, n'ont jamais dépassé l'actif de l'Etat^ toujours le gage était en présence de la créa-^ tion des sommes nouvelles de ce papier monnaie.

Au reste, sans cette ressource , la République eût nécessairement succombé : c'est à elle que la liberté doit d'avoir triomphé alors, et c'eu estasse?^ pour absoudre U Convention.

Cependant il ne suffisait pas d'avoir décrété des fonds pour subvenir aux armemens extraordinaires. et pour secourir les parens pauvres des volontaires qui allaient défendre la République ^ il fallait encore^ que la classe laborieuse put atteindre au prix excès-* sif du pain et des autres denrées de première néces^ site. Depuis longtemps le peuple réclamait la taxe de tous ces objets, et la Gopyentioa avait toujours

BE LA CONVËNTIOH NATIOITÀLE . 3^9

l^ésisté à ces demandes : il en avait été de même des jacobins et de la commune, la taxé arait été repouS-» sée partout, et les chefs de la Montagne l'avaient eiiji aussi considérée comme attentatoire à la liberté dû commerce.

Mais les circonstances étaient devenues telles qu'il fallait momentanément oublier le commerce et ses immenses bienfaits , pour ne penser qu'à empêcher la classe la plus dévouée de mourir de faim. Or, là disette el le prix excessif des denrées laissaient cette classe intéressante dans les plus affreuses privations. Et pourtant elle était appelée à faire les plus grands sacrifices à la patrie, par l'envoi aux armées dé tout ce qu'elle avait de bras disponibles. Il fallait/pour-» voir aux besoins de leurs familles, qui restaient exposées aux plus grandes isoufFrances. Cette fois la dé-* mande du maximum avait été prise en considé-^ tion.

Certes, en thèse générale, la liberté absolue doit être accordée au commerce : le droit de propriété n'est pas moins sacré aux yeux de la société j mais ôes règles conservatrices peuvent être susceptibles dé quelques exceptions, quand le salut de l'Etat, qui est la première de toutes les règles, l'exige. On n'a jamais eu l'idée de blâmer un gouvernement d'avoir opéré des dépossessions pour cause d'utilité publique^ on ne pourrait le blâmer, dans le cas d'une invasion soudaine, d'exiger des particuliers la vente à un prix fixé par lui-même des armés de guerre dont les parliculiers peuvent être détenteurs.

35t BISV04AP

A. plus forte raisoo il pouvait être permio» loi?sq4o la disette et le haut pm de« deorées exposait la iis^s^ pauvre à souffrir les tortures de la faim , de grever la classe riche d'uue espèce d'impôt, au profit de celle qui souffrait.

Voilà ce qu'était le maximum^ Gomme loi ordiuaire, portée dans des temps calmée^ le in4i4CMlM9 eût été une institution funeste, en oe qu'il aurait tué toute idée de spéculation et de coaunerce^ saurai de la prospérité des Etats ; mais comme mo^ren révfH lutionnaire, il remplissait son but, et ce huA était utile; il satisfaisait uu besoin urgent, le plus saci^ d^ ceux que le gouvernement était obligé de renUpUr, en ce qu'il garantissait des horreurs de Ufamiueles eufimsj les femmes, les pères des défenseurs. deJa patrie ,t et donnait à œux-^ci le conrage de mascher sou£f les drapeaux de la République*

Je répéterai i<à que pour bien juger les mesuras extraordinaires que la Goftventic»D dirt souvent prendre^ durant sa longue, laborieuse et difficile administration, il est nécessaire de se reporter à chacui^ des époques qui donnèrent naissance à ces mesures^ et s'entourer des circoi^tances impérieuses ^ui la dQmiuaient*

)1 Vagissait bieo de la prospérité commereialey «i mîlijeu d'uue guerre dont les annales du monde la^tfS* fraieut aucun exemple 1 Un devoir plus pressant était ipiposé à la Ginventton.. Il fallait comnoMnoer par repoi^sser l'étranger, par â^ouffer la guene ci* vile qui rongeait le cœur de la patrie; il BàHaàt la

DB LA GONVENVIQjl JfATlONALE. 35i

roQdre indépendante du joug de$ ?oÎ3 «t de celui des priyilég^, ay^ut de lui donner le repos el de renri**chir : à I4 pai^ «^uleiuent un pouvait espérer de fe*conder les ressources et les richesses que présentait la France^ et de s'occuper de ]a prospérité commer^ cialç^ m^i^ avant d'i^mver à cette paîs^ il fallait.aongev k se ^ttr^ et $1 vaincra les ennemis de la Répu*b%Ue^ quel^ quUll fus3^nt»

Çettç gr^nd^ piission fut comprise de ia Montai gne^ à laquelle s'associa tout ce qu'il y avait d'amis 4ncè|içs de U JiévQJlutiou iur tous les bancs, de l'Assonibléej ce fut au moy^n da «etle association en ùtvçur du bien public ^ que furent votées tontes les Ipi^ ei^tragrdinairef^ at rigoureuses de cette époque : Iqs fflqyens, de rwrutement extraordinaire^ l'emprunt; forcée h maximum y eta, etc., passèrent maU gré la Gironde^ qui manifestait son opinion par de yaguea déclamations sur la violation de la propriété, sur U loi agriûre^ et par l'accusation d'armer.les pan* vr^ contre tes riches.

Jje^ Girondins troilvaient un certain avantage à l^^sa^r rpdieuj^ d^ cea mesures à la Montagne; ils ppiiVMQPt ainsi faire pas$Qir ses membres les plus dié<- YQués pour Içs oppresseur* du pays , et rejeter sur pn ^9uk ieis inconvéniens et les maux attachés k ces moyens acerbes, il était évident que les Girondins voulaient se laissa le plus beau rôle, et se placer à la tête de la partie de la société qui se sentait lésée par ccis. masures, el dans laquelle se trouvaient les

352 HiSTOtâk

Les Montagnards^ au* contraire j bifèn persuadai que la classe aisde laisserait reculer la révoitilion ^ croyaient mieux servir la liberté en s-appuyant îsur Ih masse du peuple , où étaient les bras nerveux et le3 ilévoûmens énergiques.

En effet, c^est de cette classe que iiortirent le^ nombreux bataillons, qui rejetèrent Fennemi aux frontières; c'est elle qui sauva la République; tandis que les passions personnelles des Girondins l'eussent précipitée dans l'abime.

La Montagne cherchait à orgtiniser la défente commune^ à préserver la révolution et la liberté d^ dangers qui les entouraient : peut-être que pour aiv jriver à ce but, elle n'a pas pris tous les meiiledrfi moyens; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle Ta atteint. Les Girondins l'ont-ils secondée? non : ils ése sont refusés à prendl:e part à ces travaux, et se sont bornés à discourir et à récriminer. Des théories sût la Constitution , des mesures pour organiser les futurs contingens, des tracasseries de tribune, furent la seule part qu'ils prirent à Ibl tâche immense qui leur était imposée par les cirbonstandes. La Montai gne s'en empara : elle mit la République en actioil> Ses occupations furent la guerre contre l'étranger et contre la Vendée , le maniement des finances , et l'administration de toutes les ressources du pays pouv les appliquer aux besoins de la République.

Au demeurant, les Girondins reconnaissaient, par leur inertie même, qu'ils n'étaient point aptes à conduire le torrent révolutionnaire; ils sentaient que

DE LA CONyBNTlOH NATIONALE. 353

le$ rênes de l'Eut échappaient à leurs trop prudentes mains : leur influence croulait de jour en jour dans la ConYention^ et le gouvernement^ délaissé par eux^ se dérobait pièce à pièce à leur impuissance.

Mais comme ils ne pouvaient se résoudre à plier sous l'ascendant de la Montagne^ qui se peignait à leurs yeux, sous les couleurs les plus défavorables^ ils tournèrent alors tous leurs efforts contre les mesures auxquelles ils se glorifiaient do n'avoir pris aucune part, parce qu'ils n'avaient pu empêcher qu'elles fussent votées^ ils accusércni de démagogie celles qui étaient relatives à la défense de la patrie, et d'attentatoires à la prospérité celles qui concernaient les finances ou qui avaient quelques rapports avec le commerce. C'était ainsi que leui^ orgueil et leur j,alousie entretenaient des divisions dans l'Etat; et pOiirtant ces divisions n'étaient ni dans leur cœur^ ni mènae dans leurs intenlions.

Cependant^ les nouvelles alarmantes se succédaient* Les Vendéens avaient fait les plus grands progrés : ils avaient formé deux coloimes qui mar-> chai^t^ l'une sur le déparlement d'Indre*et-Loire, l'autre sur les rives de la Sivre. La route de la Rochelle et de Rochefort était au moment d'être interceptée. Parthenay, voisin de la Rochelle, se trouvait ^még/é par quinze mille insurgési On craignait méuie pour ces deux ports maritimes. Les députes des défmirteineDs voisins de la Vendée arrivaient

Tou m. a3

journellemeut à la Convention pour demander des secours contre l'invasion^ et aucune des ressources dont le gouvernement pouvait disposer n'étaient encore en marche, ni même organisées. Les renseignemens qui arrivaient de la Bretagne et de la Normandie y présentaient aussi ces contrées comme prêtes à

s'insurger.

A Bordeaux, la grande majorité des citoyens avait pris le parti de la députation girondine, et une section où s'étaient retirés les jacobins avait été désarmée.

Les sections de Marseille étaient aussi en pleine révolte contre la municipalité^ elles avaient formé un comité central, et institué un tribunal populaire pour rechercher les auteurs des meurtres qui avaient eu heu dans des rixes entre les partis. Les Marseillais n'avaient pas môme respecté les représentans du peuple, qui furent forcés de se retirer: ils cherchèrent même à former une confédération avec les autres villes du département des Bouches-du-Rhône.

Lyon était aussi en révolte ouverte contre les mesures prises par la Montagne. La municipalité, unie avec les jacobins de cette ville, avait voulu j a l'instar de Paris, lever six mille hommes et six millions; mais les sections s'y étaient opposées.

£n6n, on venait d'apprendre que le général Dampierre avait été tué à Tarméc du Nord.

Aussitôt les propositions qui avaient déjà été faites à la Convention se renouvellent avec plus d'instance. Taillefer demande que le canon d'alarme soit

tiré; que les spectacles soient fermés j que Ton arme promptement trente mille hommes dans Paris, et qu'on les envoie à marches forcées dans la Vendée, et que les biens des émigrés soient partagés entre les soldats qui se dévouent à la défense de la patrie.

Bentabolle annonce que Santerre Ta assuré que le contingent des sections de Paris était presque complet, et il propose de requérir toutes les six mille voitures de luxe qui existent dans la ville pour faire arriver le plus promptement possible à leur destination ces utiles volontaires. Ce Montagnard fait en outre la motion d'établir une taxe de guerre sur les riches, non seulement pour les frais occasionnés par le départ des volontaires, mais encore pour le paie-^ ment de la garde soldée : il demande qu'on consacre à cette dépense un dixième des grandes fortunes.

Gollot-d'Herbois dit qu'il fallait sévir contre les hommes suspects^ parce que ce sont ceux-là qui marchent plus directement et plus sûrement à la perte de la République : il demande que ces ennemis cachés soient tous mis hors d'état de nuire; qu'ils soient gardés en otages^ et qu'un tiers de leur fortune soit consacré aux dépenses de la guerre. Il appuie la proposition de Taillefer de faire tirer le cauon d'alarme. Il dénonce le ministre des finances, Clavicre, comme n'ayant pas la confiance de la na^* tion, sollicite le renouvellement des membres du conseil exécutif, et termine par déclarer qu'il faut que la Convention indemnise les habitans des départemens révoltés dont les propriétés ont été ravagées.

356 HIIVOIRB

Levasseur ajoute à toutes ces mesures proposées^ celle de continuer y pour un raois^ le comitë de salut public, tel qu'il était.

La Convention s'occupa aussitôt des diverses propositions qui lui avaient été faites. La discussion ne fut pas longue; la Montagne ne rencontra point d'obstacles de la part àes girondins. L'envoi des commissaires auprès des sections et dans les départemena voisins de la Vendée fut décrété; Custine fol nommé au commandement de Tarmée du Nord ; Hon* chard à celle du Rhin ; les armées furent distribuées autour des frontières ; le comité de salut public fut continué pour un mois. Enfin, il fut décrété un emprunt forcé d'un milliard, qui devait être rempli par les riches, et hypothéqué sur les biens nationaux^ que les emprunteurs avaient la facilité de prendre en paiement, et C'est un moyen ^ avait dit Cambon, en présentant ce projet, d'obliger les riches à prendro part à la Révolution, en les réduisant à acquérir une partie des biens nationaux, s'ib veulent se payer de leur créance sur le gage même, m C'en était un aussi d'augmenter la confiance attachée aux assignats en circulation.

Toutes ces dispositions furent déo^étée^ sans la participation des chefs de la Gironde; seulement Barbaroux , Salles et quelques autres membres s'ep^ posèrent à oe que le comité de salut public fut con^ tinué ; mais ils n'eurent pour eux qu\ine soixantaine de voix.

Le même jour, la commune arrêta qu'une seconde

DS LA GONYIlTTIOIf NATIONALE. 357

armée de sans-culottes serait organisée sur-*le-chanip dans Paris^ pour contenir l'aristocratie^ tandis que la première marcherait sur la Vendée : elle décida aussi que tous les suspects seraient gardés dans des maisons d'arrêt.

Entre -temps les girondins n'étaient pas restés tout*à-fait oisifs : ils avaient fait arriver de Bordeaux une députation ^ qui se présenta à la barre de la Convention^ le i4 mai, comme l'organe de cent vingt mille citoyens et de tous les corps administratifis de cette cité, pour exprimer les alarmes des Bordelais sur le sort de leurs députés, à l'occasion de la demande d'expulsion.

« Législateurs 9 disaient les pétitionnaires, quel horrible cri vient de retentir jusqu'aux extrémités de la France! Trois cents représentans du peuple voués aux proscriptions! vingt-deux à la hache liberticide des centumvirs!

t( Législateurs 9 lorsque nous choisîmes des dépu-» tés, nous les mîmes sous la sauve^garde des lois, de la vertu, et de tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre : nous crûmes les envoyer parmi les hommes ; ils sont environnés de tigres altérés de sang ! Ces courageux citoyens sont en ce moment sous le poignard des assassins,,. Si ce crime atroce se consomme, frémissez, législateurs! frémissez de l'excès de notre indignation et de notre désespoir! Sî lé sang nous a ravi nos frères, nos représentai, l'horreur du crime dirigera notre vengeance , et les oannibales qui au-^

358 uisTOUuc

ront violé toutes les lois de la justice et de rhumanité ne périront que sous nos coups.

« Convention Nationale^ Parisiens^ si fiers jadis et si grands^ sauvez les députés du peuple! sauveznous de notre désespoir! sauvez-nous^ sauvez-vous delà guerre civile! Oui, nous organisons sur-lechamp la moitié de notre garde nationale^ nous nous élançons sur Paris, si un décret vengeur ne nous arrête, et nous jurons de sauver nos représentans, ou de périr sur leur tombeau I »

Les pétitionnaires de Bordeaux terminaient cette emphatique adresse, par protester de leur dévouement à la République, et par demander une Constitution.

Boyer Fonfrède, qui présidait, leur répondit dans les mêmes termes de leur adresse. Toutefois il les rassura et les chargea d'aller rassurer leurs compatriotes. « Si de nouvelles conspirations,. leur dit-il, menaçaiet la représentation nationale, si de nouveaux tyrans voulaient aujourd'hui s'élever sur les débris de la République, vous vous saisiriez à votre tour de Viniliative de F insurrection ^ et la France indignée suivrait votre exemple. »

Aussitôt Charlier, RabautSt-Etiennc et plusieurs autres membres du côté droit, demandent l'impression de l'adresse des citoyens de Bordeaux, et l'envoi dans les départemens.

Legendre (de Paris) s'y oppose avec sa rudesse et sa franchise habituelles. « De jour en jour nous acquérons la preuve, dit-il^ qu'il existe un système

bien combiné pour brouiller les départeraens avec Paris. Je soutiens, moi, que cette pétition avait été remise entre les mains de commissaires, qui, arrivés a Paris, n'ont plus voulu la présenter; je soutiens que la ville de Bordeaux a envoyé d'autres commissaires qui ont reçu ordre de ne point communiquer avec les premiers j je soutiens que le peuple des sections de Bordeaux ne s'est point assemblé^ et que dans les comités de section on a fait signer les commis des bureaux^ je soutiens encore avec un respect aussi fort pour les pétitionnaires que l'est mon mépris pour ceux qui les égarent, que ceux qui seplaignent qu'on veut les égorger n'ont pas une égra-tignure à montrer à leurs commettans : quant aux patriotes, ils peuvent dire qu'ils sont tombés sous le

poignard des assassins Si tout Targent employé.

pour de pareilles pétitions, ajouta Legendre, était, employé au bien général, le pain serait à six liards la livre; car je soutiens qu'une partie des deniers de la République passe entre les mains des courtisans du pouvoir exécutif, qui font mouvoir toutes ces intrigues. Mais je le déclare , le seul génie de la liberté triompbera de tous leurs efforts, et les marquera du sceau de l'ignominie! »

La violente sortie de Legendre mit Guadet eu fureur. 11 monta à la tribune et parla long-temps sur la pétition des Bordelais, sur leur dévouement à la République; il détailla les efforts qu'ils avaient faits et qu'ils faisaient encore pour la défense extérieure et intérieure. Passant ensuite à la conspiration dont

36q HisTOias

la Conveotion ëtait iiienacëe^ il cita les paroles affreuses qu'il avait entendu prononcer la veille encore aux Jacobins ; et malgré le démenti qui lui fut donné par Bourdon (de l'Oise)^ il persista i dé* montrer qu'il y avait danger pour une partie de la représentation nationale.

« Oui de vous n'a pas lu , s'écria Guadet^ le pla* card par lequel on invite à massacrer une partie de la Convention ? Et ne croyei pas que ce soit là l'on» vragede quelques têtes exaltées! Non^ c'est la suite d'un plan vaste qu'on veut exécuter , et dont voua serez les victimes^ si vous ne prenez des mesures vigoureuses pour envoyer à Téchafaud ses prindpaux auteurs , cette poignée d'assassins!

« Mais^ nous dit-on, ajouta Guadet , vous qui parlez sans cesse d'assassinats^ montrez au moins une seule blessure? Citoyens , c'est ainsi que Catilina ré« pondit à Cicéron ^ il lui disait en plein sénat : a vpus dites que de grands dangers menacent votre vie et celle des sénateurs , et vous respirez tous! )i eh bien! dans la nuit même Cicéron et les sénateurs devaient être victimes des fureurs de celui qui leur tenait un pareil langage! y>

Guadet concluait à ce que la Convention décrétât l'impression de l'adresse et son envoi aux déparlemens, afin qu'elle servit de centre-poison aux libelles dont on les inondait.

Billaud-Varennes appuya l'affiche de la pétition de Bordeaux^ mais par un autre motif; afin^ dit-il^ do faire connaîtiHî aux habitans de cette ville les in-

DE LA CONTEUTIOlf NATIONALE. 36i

trigues qui se tramaient chez eux, à leur insçu. Il demanda en outre que les comités fussent tenus de présenter, sous huit jours, un rapport sur la situation de la Convention à Paris , et sur les moyens de déjouer les complots qui se faisaient tous les jours contre elle.

Toutes ces propositions insignifiantes furent votées par la Gonvenlion, qui ne savait réellement plus lequel des deux partis croire dans leurs accusations réciproques, et qui croyait les satisfaire en se prêtant à leurs idés.

Le trouble était partout. Les sections ne cessaient d'être agitées; et si, dans la plupart, les commissaires de la Convention étaient parvenus à organiser le recrutement sur les bases arrêtées par la commune, d'autres sections, au nombre de quatre ou cinq, n'avaient pas voulu s'y conformer : en même temps elles se refusaient à envoyer des commissaires à TAssemblée centrale de l'Evàché; elles ne voulaient pas non plus souscrire à l'emprunt progressif, disant qu'elles pourvoirnient à l'entretien de leurs volontaires; eufin , elles s'opposaient à ce qu'il fut fait de nouvelles listes de suspects, sous prétexte que leur comité révolutionnaire suffisait pour faire la police dans leur ressort.

Toutes ces mauvaises dispositions, jointes aux faclieuses nouvelles qui ne cessaient d'arriver tant de la Vendée que des départemens méridionaux, faisaient crier les patriotes à la trahison. On disait par-

36a HISTOIRE

tout que les aristocrates du dedans s*entendaient avec ceux du dehors pour opérer la contre-révolution ; que les conspirateurs de Marseille, de Lyon , de Bordeaux étaient d'accord avec les insurgés de la Vendée et les royalistes de la Bretagne: on assurait que le côté droit de rassemblée dirigeait cette vaste conjuration, et que les troubles excités dans les sections l'avaient été par ses intrigues. ^

Dans cet état d'irritation où étaient les patriotes^ les propositions les plus extrêmes sortaient de la tête de ceux qui se croyaient trahis : on disait aux jacobins et a la commune qu'il fallait sauver la République à quelque prix que ce fut, et le moyen que l'on indiquait consistait à exterminer tous les scélérats. « La Convention, disait-on, est en partie composée de traîtres dont il faut faire justice; il faut que tous les partisans de Dumouriez et tous les conspirateurs périssent! Il faut tirer le canon d'alarme, fermer les barrières... » Ces propositions y étaient accueillies avec avidité; de toutes parts on s'écriait qu'il fallait en finir avec les vingt-deux j que les volontaires ne devaient partir pour la Vendée qu'après avoir puni tous les conspirateurs.

La fureur des cordeliers surpassait encore celle des jacobins: dans leur société, on disait ouvertement qu'il fallait profiter du premier tumulte à la Convention pour enlever les complices de Dumouriez et les faire disparaître. Ces mêmes propos étaient tenus dans toutes les sections dévouées à la Montagne.

Gepeudant ces moyens extrêmes étaient désavoués par les chefs du côté gauche ^ qui eussent bien désiré d'être débarrassés de leurs principaux adversaires^ mais qui ne voulaient pas que ce fût par la violence , et encore moins qu'on attentât à leur vie.

Robespierre prêchait, aux jacobins, la sagesse et la modération. . Il leur deiuandait si, pour recourir à ces moyens extrêmes, ils avaient épuisé tous les moyens légaux qu'il avait proposés luimême. « Avez-vous organisé votre armée révolutionnaire , leur disait-il ? Avez-vous fait ce qu'il fallait pour payer les sans- culottes appelés aux armées ou siégeant dans les sections? Avez-vous arrêté les suspects? Avez-vous couvert vos places publiques de forges et d'ateliers ? Vous n'avez-donc employé aucune des mesures sages et naturelles qui ne compromettaient pas les patriotes^ et vous souffrez que des hommes qui n'entendent rien à la chose publique^ vous proposent des mesures qui sont la cause de toutes les calommies répandues contre vous! Ce n'est qu'après avoir épuisé tous les moyens légaux qu'il faut recourir aux moyens violens ; et encore ne faut-il pas les proposer dans une société qui doit être sage et politique. Je sais, ajoutait Robespierre, qu'on m'accuse de modérantisme , mais je suis assez connu pour ne pas craindre de telles inspirations. » De leur côté, les membres de la Gironde et leurs amis se réjouissaient des embarras que la Montagne éprouvait dans l'exécution des mesures qu'elle avait fait voter : ils voyaient avec plaisir les dispositions des

364 MIMTOUK

dëpartemeiis méridionaux^ auxquelles ils avaient assez contribué par leurs correspondances et par leurs discours; ils soutenaient de toutes leurs forces les sections qui semblaient séparées de la Montagne^ et cherchaient à 6*attacl>er tous les jours davantage la classe aisée et la classe marcliande^ avec lesquelles ils espéraient encore renverser les Jacobins, la municipalité, et la Montagne elle-même. Les membres du côté droit s'excitaient au courage, dans le club Valazé, et cherchaient les moyens de reprendre leur suprématie dans l'Assemblée et dans le gouvernement.

Ayant calculé que le moment qui suivrait le départ des volontaires, presque tous sortis des classes attachées à la Montagne, serait propre à leurs vues, ils en profitèrent pour essayer une réaction, non pas en faveur du royalisme, comme on les en accusa > mais en faveur de leur propre système» Ils s'appuyèrent alors sur la classe moyenne , atteinte par l'emprunt forcé et le recrutement, et disposée à faire cause commune avec ceux qui leur promettaient le rétablissement de l'ordre et de la paix, si nécessaires aux transactions commerciales, et travaillèrent activement à renverser la Montagne.

Tout concourait k les favoriser, et le départ de l'armée parisienne, que Santerre avait accompagnée, et le départ des commissaires de la Convention, presque tous pris parmi les membres qui siégeaient à la Montagne, et le mécontentement de la classe moyenne : les sections , dégarnies des plus chauds

DE LA GONVBIITIOBi RATIONALE. S65

révolutionnaires^ se trouvèrent tout à coup au pouvoir des partisans de la Gironde : les déclamations contre l'anarchie^ contre les sociétés populaires^ et contre le côté gauche de l'Assemblée Nationale » y obtinrent de la faveur» et un mouvement rétrograde commença à s'opérer dans les sections.

Dans la Convention y les Girondins venaient de bave pommer pour président Jsnard^ le plus fougueux de leurs amis. Isnard^ qui devait au ciel de la Provence une tête exaltée et un tempérament de feu^ avait voté naguère la mort du roi^ et déjà il passait pour royaliste, pour avoir défendu récemment les royalistes qui avaient agité les sections et crié w\^e le roi. Les Girondins crurent avoir remporté un avantage en le faisant asseoir au fauteuil; et peut-être durent-ils à sa fougue malheureuse une partie des orages qui ne tardèrent pas à fondre sur Içors têtes.

Quoiqu'il en soit, dès qu'Isnard comi^ença à présiderai les débats de l'Assemblée acquirent un degré 4e violence jusqu'alors inconnu. Le premier jour, la séance offrit une scène de tun^ulte a laquelle on n'é-^ tait pas encore arrivé.

Une déput^tion de la section de ïunité s'étant préseptée à la barre pour demander l'élargisse* ment d'un juge de paix, que la commune avait fait arrêter comme suspect, les Girondins s'élevèrent vivement, en haine de l'autorité qui avait ordonné cette arrestation, contre les invasions de domicile, et fif en* prononcer, par la majiorité , la Bpd^e en liberté du détenu.

A cette décision ^ le côté gauche éclate en murmures : il réclame l'appel nominal^ afin, dit-il^ qu'on puisse distinguer les amis du peuple^ et ceux qui protègent les conspirateurs. La droite repousse cette proposition; elle est appuyée par la Plaine , habituée à voter pour les mesures douces; et cette majorité passe à Tordre du jour sur l'appel nominal.

Mais la gauche, forte du règlement, qui autorisait cet appel lorsque cent cinquante membres le demanderaient, insista énergiquement pour qu'il eût se lieu. Isnard s'entéla à le refuser, en criant jusqu'à satiété qu'il saurait mourir à son poste, plutôt que de se laisser imposer la loi par la minorité. Les partis en seraient venus aux mains, si en ce moment, des détachemens de troupes qui partaient pour la Vendée, ne se fussent présentés pK>ur défiler dans la salle.

Cette heureuse diversion calma un peu l'irritation de l'Assemblée ; on put commencer à parler. Les Girondins représentèrent alors à ceux qui voulaient l'appel nominal qu'ils étaient en minorité. — « Qu'importe, leur répondirent les montagnards; c'est la minorité qui a fait le lo août; c'est la minorité qui sauvera la patrie. »

Couthon demanda la parole pour une motion d'ordre : Maure le prit dans ses bras et le porta à la tribune.

«Si la bonne foi pouvait encore habiter parmi nous, dit-il^ nous serions d'accord. De quoi s'agitil, au fond? Un homme prévenu d'avoir tenu des propos in<àviques, d'avoir provoqué le rétablisse-

DE LA CONVENTIOfl NATIONALE. 36;

ment de ia tyrannie , a été arrêté par ordre de l'autorité constituée » — Non, lui crie le côté droit,

il l'a été par l'ordre d'un comité révolutionnaire. » — « Soit, répond Couthon : puisque vous. avez institué les comités révolutionnaires, il faut bien qu'ils remplissent leur mission. Quelques individus se présentent à votre barre pour réclamer ce citoyen ; qu'avez-vous fait? Sans entendre la municipalité qui a du être instruite à l'instant de son arrestation^ sans oser même prononcer sur le fond, puisque vous avez renvoyé au comité de législation , vous rendez provisoirement la liberté à cet individu. Vous devez donc la rendre aussi à tous les contre-révolutionnaires arrêtés dans les départemens?

« Une minorité imposante, continue Couthon, et j'ajoute respectable, puisqu'elle est de cent-cinquante membres au moins qui ont signé ; cette minorité qui craint , peut-être avec beaucoup de raison j de devenir dans l'opinion complice d'un homme qui veut perdre la liberté, demande l'appel nominal, et elle a le droit de l'obtenir Sans doute

que le décret rendu par la majorité doit être religieusement respecté; mais il est du devoir de l'Assemblée de respecter également le vœu de tous ses membres, et de ne pas les empêcher de le faire connaître à leurs commettans.

« Je suppose qu'une majorité perverse propose et fasse décréter des mesures désastreuses; osez-vous dire que le règlement ne permet pas à la minorité , restée fidèle aux principes et à ses sermens , de de-

368 HI8T0IEB

mander l'appel nominal , et de résisler de cette manière à l'oppression? »

Goutlion avait raison; aussi la proposition qu'il fit^ tendante à ce que^ sur la demande de cent membres^ l'appel nominal fut accordé dan^ toutes les questions constitutionnelles et de législature, futelle accueillie par les applaudissemenft d'une partie de l'Assemblée.

Vergniaud se crut obli<>[é de prendre la parole pour calmer l'irritation de l'Assemblée : il commença par démontrer que l'Assemblée avait bien fût de rendre provisoirement à la liberté l'bomme arrêté en vertu d'ordres émanés de quelques individus se disant comité révolutionnaire, parce que cet homme avait été arrêté pendant la nuit, sans autre droit que celui de la force; et sur ce que la Montagne lui fit observer que ce n'était pas là la question, il y entra longuement. Mais il fut forcé de convenir que la mi« norité avait le droit de demander l'appel nominal j et appuya même Goutbon dans la motion qu'il avait présentée : seulement il opina pour que cette proposition fut renvoyée au comité de législation, afin qu*il fit un rapport sur le nombre des membre» nécessaires pour demander Tappel nomiinal , et sur lea cas où il pourrait avoir lieu.

La modération, la justice de Vergmaud avaient satisfait le côté gauche, qui, ne doutant pas que le comité n'adoptât Tamendement au régleroeot proposé par Goutbon, se promettait d'user de ce droit pour résister à la majorité, contre laquelle il avait

de nouveau à lutter, en TabseDce d'un grand nombre de montagnards.

En effet, le lendemain le comité présenta un projet tendant à ce que l'appel nominal eût lieu, sur les questions constitutionnelles, quand il serait réclamé par cent membres qui signeraient leur demande, et par cent cinquante sur les autres ques-^ tions.

Mais ce projet déplut beaucoup au côté droit, en ce qu'il semblait justifier les plaintes d'oppression que la Montagne avait fait entendre la veille. Aussi Guadet l'attaqua-t'-il avec autant de violence que de talent, par une citation historique qu'il appli-^ qua aux circonstances dans lesquelles la Convention se trouvait, et qui devînt une triste prophétie.

rt Citoyens, dit-il , lorsqu'en Angleterre on voulut dissoudre le long parlement, on prit les mêmes moyens. Quand la majorité, animée de l'amour de la liberté, eut vainement lutté contre le projet anarchique et sanguinaire d'une minorité factieuse, et qu'elle voulut faire un dernier effort pour ramener le règne des principes et de l'ordre, la minorité cria à l'oppression. Savez-y||^ ce qui en arriva? C'est qu'en effet la minorité trouva le moyen de mettre la majorité sous l'oppression.

ce Elle appela à son secours des patriotes par excellence : c'est ainsi que se qualifiait une multitude égarée y à laquelle on promettait le pillage et le partage des terres.

« Ces cris, incessamment répétés dans les séances

Page 1