TOMB III
thi j)arl(;menl; cel nppel, motivé sur la prétendue oppression où se trouvait la minorité, et sur Fimpuissance où elle était d'y résister, amenèrent l'attentat que l'hisloire nous a transmis sous le nom dç la purgation du parlement; attentat dont Pridey qui de boucher était devenu colonel, fut l'auteur et le chef. Cent cinquante membres furent chassés du parlement; et la noinorité, composée de cinquante ou soixante membres, resta maîtresse du (gouvernement.
u Qu'en arriva-t-il? Ces patriotes par excellence, instrumcns de Cromwel, qui leur fit faire folie sur folio, furent chassés à leur tour; leurs propres crimes servirent de prétexte à l'usurpateur. Il entra up jour au parlement, et, s^adressant à ces ménoies membres^ qui seuls, à les entendre, étaient capables de sauver la patrie, il les en chassa, en disant à l'un, tu es un voleur; à l'autre, tu es un ivrogne; à celuici, tu t'es gorgé des deniers publics; à celui-là, toi, tu es un coureur de filles et de mauvais lieux. — Fujez donc! dit-il à tous; cédez la place à des hommes de bien. —Ils la cédèrent, et Cromwel la prit.
« Je livre ces faits à la ^pditation de tous les amis de la liberté, ajouta Guadet. Et quel est celui qui , ayant suivi la marche des événemens, ne s'aperçoit pas que c'est le dernier acte de Thistoire d'Angleterre qu'on cherche à jouer ici 7
« Et pour éviter un tel danger j que vous proposo-t-ou ? De donner a cent ou à cent cinquante membres le droit de réclamer l'appel nominal sur
DE LA CONVENTION NATIONALE. Sjl
toutes les épreuves où la majorité aura prononcé!... Ne serait-ce pas mettre la minorité en révolte habituelle contre la majorité, et mettre ainsi vous-mêmes dans la main de vos ennemis le moyen de réaliser leurs liberticides complots? Ne serait-ce pas provoquer cette purgation pvidienne y après laquelle on soupire avec tant d'ardeur? »
Guadet terminait en disant qu'il fallait faire cesser la scandaleuse résistance de la minorité; et pour arriver à ce but, ainsi qu'à celui de détruire l'anjarchie qui régnait au sein de la Convention, il proposait de donner au président de l'Assemblée plus d'autorité que le règlement ne lui en accordait , eî de proclamer comme mauvais citoyen et cQnt^e-ré-^ volutionnaire quiconque troublerait les délibéralions, par des huées, des vociférations et des menaces. EnGn, il den^andait que la Convention passât à l'ordre du jour sur la question de l'appel nominal.
La majorité, effrayée par l'exemple que lui avait cité Guadet, et entraînée par la tendance du moment, adopta toutes les propositions de Guadet, au . milieu des murmures de l'extrême gauche, qui criait à l'oppression , et des menaces du peuple des tribunes.
Au même instant du bruit se fait entendre dans un des corridors qui conduisent aux tribunes. C'est uue femme qui veut en arracher un jeune homme. Le président donne aussitôt des ordres impérieux pour que la force armée réprime ce scandale. Les tribunes se croient insultées par le président^ elles
(rElat, ctatlribua ces désordres aux manœuvres des enueniis de la République. Quelques membres attaquèrent même les sociétés populaires.
Alors les tribunes^ déjà aigries, et la Montagne impatientée^ éclatent en murmures. Marat accourt dans les corridors pour calmer la Ibule; il lui explique ce qu'il entend par hommes d'État; cl apercevant un membre du côté droit, il lui dit : Tu en es un toi! Mais sois persuadé que le peuple fera bientôt justice de toi et des autres !
A ces motS| la majorité se soulève d'indignation. Guadet s'élance à la tribune; il rappelle les propos qui se tiennent depuis quelque temps aux jacobins : 11 ou conclut que Ton touche au moment^ à l'heure, où la Convention va cesser d'être: il sii^nale les assassins; ils sont apostés , il les voit, ils vont frapper!....
Des membres de l'extrême gauche applaudissent aux discours rapportés par Guadet,* mais ils nient, ils improavent les conséquences qu'il en tire. «C'est lui et les siens, diseût-ils, qui sont des conspira-^ teurs, des traîtres. »
Marat les poursuit avec violence. « Ce n'est pas moi, dit-il, qui les ai déclarés contre- révolutionnaires; c'est Dumouriez. Au surplus, ils n'ont qu'un moyen de prouver leur civisme, d'être d'accord avec les patriotes : c*est de se mettre aussi la corde au COU) en se joignant à eux pour décréter la mise à prix de la tête desjils d* Orléans et de tous les Cape ts.
Guadet monte de nouveau à la tribune pour une
D£ LA CONVENTION NATIONALE. 3yi
motion d'ordre. Il se plaint de ce que pendant que les hommes vertueux se bornent à gémir sur les malheurs de la patrie^ les conspirateurs s'agitent pour la perdre. « Si vous eussiez pu m'écouter , continua-t-il^ je vous aurais auhoncé qu'il existe un complot pour dissoudre, pour égorger la Convention nationale! Je vous aurais appris qu'avant-hier, dans une assemblée dé prétendus commissaires révo-r lutionnaires, il a été arrêté de mettre en état d'arrestation tous les hommes suspects, c'est-à-dire tous ceux qui n'ont pas de patentes des honorables journées des 2 septembre et lo diars^ et à la suite de ces arrestations on devait vous livrer à cette multitude égarée à qui l'on est parvenu à faire aiHier le sang! Je vous aurais appris qu'en présence du conseil général de la commune de Paris , le commandant delà Ibrce armée de la section des Sans-Culottes, Henriot , a dit : « Songez, citoyens, qu'en partant pour la Vendée, vous laissez ici des Rolandins, des Bris-
sotins, des Girondins, des crapauds du Marais »
— « Oui! c'est vrai! s'écrient les membres du côté gauche et le public, c[ui avaient écoulé Guadet avec une impatience marquée : il faut que les conspirateurs périssent! »
-^ « Je vous aurais dit, continue Guadet, que le tumulte que vous voyez n'a d'autre objet que d'amener ce mouvement » Ici des rires d'incrédulité
et des cris d'impatience se font entendÉ*e à gaueheet» daus les tribunes, et Guadet ne peut plus continuer que dans le bruilj le silence ne se rétablit qtie lors-
3y6 HISTOIAE
qu'il arrive à conclure que le mal est dans Tanarchte^ dans cette sorte d'insurrection des autorités contre la Convention. — « Oui , je le répète, s'écrie Guadet, le mal est dans l'existence des autorités de Paris , autorités avides à la fois d'argent et de domination.
M Citoyens! il en est temps encore; prenez de grandes mesures, et vous pouvez sauver la Répul)lique et votre gloire compromise.
M Je propose à la Convention les trois mesures suivantes :
)» i"" Les autorités de Paris sont cassées. La municipalité sera provisoirement, et dans les vingt-quatre heures^ remplacée par les présidens des sections.
n ao Les suppléans des membres de la Convention se réuniront à Bourges dans le plus court délai ; néanmoins ils ne pourront délibérer qu'après un décret précis qui les y autorise^ ou sur la nouvelle cer* taine de la dissolution de la Convention.
» 3® Ce décret sera envoyé aux départemcns pac des courriers extraordinaires.
Cette motion, souvent interrompue par les murmures et les mouveniens dlmprobation du côté gauclie et du public, avait été méditée dans le club formé par les girondins chez Dufriclie-Valazé et composé de tous les hommes influens de leur parti, qui sMtaient détachés des sociétés populaires, et qui ne cessaient de reprocher à la Montagne son affiliation à ces sociétés. C'était la plus rude attaque qui eût en-
D£ LA CONVE^NTION NATIONALE. ^77
core élé tentée contre Je côté gauche. Le moraentétait iien choisi, car Tabsence d'un grand nombre de montagnards, et les dispositions du centre assuraient k majorité aux girondins , et ils croyaient que leurs propositions allaient être volées,
La Montagne fut d'abord frappée d'une sorte de stupeur par les motions de Guadet. Mais revenue du premier moment d'etonnement, ses membres segrouppent , se consultent , reprennent courage^ et s'écrient que la conspiration est découverte.
En effet la réunion des suppléans à Bourges eut été le signal delà dissolution de la Gonventioji^ et cette dissolution se présentait aux yeux des montagnards et du public comme la contre-révolution elle-même.
Aussi le plus violent mouvement d'improbalion se manifestât-il dans les tribunes^ comme dans le côté gauche. Danton voulut s'élancer à la tribune pour répondre à Guadet; mais ses collègues le retinrent, en répétant que la conspiration était découverte, et qu'il était inutile de répondre à des conspirateurs qui avouaient leurs projets contre l'unité de la Ré* publique.
Néanmoins Barrére prend la parole, au nom du comité de salut public , et avec son langage conciliateur^ il convient qu'il existe réellement un mouvement commencé d'abord à Marseille , et qui depuis s'était étendu à Lyon et à plusieurs autres départemens ; mais que c'est la, peur et les haines qui le présentent comme l'ouvrage des partis de l'Assem-
378 UISTOULB
blée, tandis qu'il est dû à la secile aristocfatie. Il rapporte que Duhom, arrivant de la frontière du Nord, â confirme au comité que les étrangers ne veulent pas courir les risques d^attaquer nos troupes ^ datis la persuasion où ils sont que Tesprit de discdtde qui règne dans le gouvernement de la France > en amènera sa dissolution.
.^ Passant ensuite aux propositions dé Guddet , Barrère dit qu'il a été à même de juger les autorités de Paris, qu'il a reconnu un département faible et pusillanime ; des sectiotis se régissant comme de petites Municipalités; un coûseil général dé la Coooimune , dans lequel se trouve un ancien moine (Chauinette)^ dont il ne connaît pas le civisme, mais qui lui parait suspect, par cela seul qu'il a été moine; eûfin , Une commune exagéradt ou interprétant le9 lois à sa fantaisie: néanmoins il pense que casser en ce moment les autorités do Paris ce serait amenei* l'anarchie ; et il ptopoie que le comité de sfllut public soit l^hargé de faire Un rapport sur cet objet.
Quant à la convocation des suppléans à Bourges , Barrélre regarde cette mesure comme dangereuse, et il appuie la question prQ^lablo.
« Mais il est un autt*e moyen , dit-il , qui me parait plus efficace, et je tertnincrai en le proposant; c'est de créer utie condmissibn de douze membres qui sera chargée d'examiner tous les arrêtés pris depuis un mois par le conseil général de là commune et les sections de Paris, et de connaître de tous les complots tramés contre la liberté dans l'intérieur
de la République; elle entendra les mifaislres de Tintërieur et des afTairëà étrangères , les comite's de sûreté générale et de salut public , sur* les faits venu^ à leur connaissance^ relatifs aux con^pitàlidns qui ont menacé la représentâtioti nationale , et prendra toutes les mesures néceSsaites pour se procurer les preuves de cèis conspirations , et s'assuter des personnes des prévenus^ >i
La violente opposition que les propositions de Guadet avait provoquée, fit juger aux membres du côté droit qu'ils devaient renoncer à leurs vues ; et dès-lors ils accueillirent, comme une faible compensation, la formation delà commission des douze. La motion de Ban ère fut donc adoptée avec unanimité; car la Montagne n'était pas moins jalouse que la Gironde de voir examiner les actes delà Commune de Paris, dans des vues différentes : le côté droit espérait lui découvrir des crimes; la Montagne comptait, au contraire, que les mesures que le conseil général avait dû prendre, recevraient l'assentiment delà majorité^ lorsqu'elles seraient mieux connues.
Malheureusement cette commission des douze fut choisie parmi ce qu'il avait de plus mal disposé dans le côté droit : ses membres furent: Boyer - Fonfrède , Boileau , Lahosdinière , Vigie , Rabaut-Saint-Etienne, Kcrvélégan , Saiut-Marlin- Valogne, Gommaire, Henri Larivière , Bergoing, Gardien, MoUevauU.
Si l'on en excepte Bojer-Fonfrède et Bergoing , dont on ne pouvait soupçonner le franc républi-
380 IIISTOIBE D£ LA CONVEMTIOxN MATIO^ALE.
caDisme, tout le reste delà commission se composait de membres ennemis de la Montagne , ou timorés; il y entrait même des royalistes reconnus , tels que Henri Larivière^ Vigie, Gardien: aussi la nomination de cette commission fut-elle la source de toutes les dissentions qui éclatèrent dans Paris ^ comme des mesures extrêmes auxquelles se portè-^
rcut les sociétés populaires et les sections^ et dont les girondins furent les nobles victimes.
OSiiPITBJi ZT.
Tendance de la commission des douze. — Opposition organisée par la commune. — Exaltation des esprits. — Motion contre les Girondins. — Improbation du maire. — Menace de proscription. — Complot dénoncé par le côté droit. — Mesures proposées par la' commission. — Débats à ce sujet. — Arrestation d'Hébert. — Colère des sections contre la commission. — Marat demande la suppression de la commission des douze. — Adresse des sections contre cette commission. •— Rapport du ministre Garât et du maire Pacbe. — Première suppression de la commission des douze.
A peine la composition de la commission des douze fut-elle connue, que tous les patriotes présagèrent qu'elle allait se transformer en une véritable inquisition contre eux. Ils ne se trompèrent pas.
Dépassant leurs pouvoirs dès l'instant de leur entrée en fonctions, les douze y évidemment dévoués au parti de la Gironde , en épousant les passions et
38 a ' HISTOIRE
les vengeances, tendirent ouvertement à s'emparer cVune sorte de dictature, qu'ils essayèrent de faire tourner contre la commune et contre la Mon-
tagne.
La commune surtout, menacée dans son existence, s'occupa de résister à la commission extraordinaire. L'Assemblée des sections, organisée pour prendre des mesures contre les gens suspects et pour repartir la contribution extraordinaire, commença dèslors à s'occuper d'objets étrangers à sa mission ; et il ne pouvait guère en être autrement dans les circonstances où l'on se trouvait.
Elle s'était précédemment ajoarnée au dimanche 19 mai. Ce jour-là le maire, Paclie, ne s'y trouva pas; un administrateur du département la présida. Les esprits y étaient très irrités; aus^i fut-il impossible de s'y occuper d'autre chose que de la grtfnde question à l'ordre du jour, c'est-à-dire, de là commission des douze. On y parla de l'impossibilité où se trouvait la Convention de sauver la chose publique, et, en conséquence, on y proposa divers moyens, qui se ressentaient tous de l'exaltation des esprits : les uns proposèrent de s'emparer de tous les hommes suspects des administrations, des sections et même de la Convention, pour les mettre hor$ d'état de nuire. Un autre commissaire dit qu'il fallait enlever de l'Assemblée Nationale les vingt-deux députés dénoncés par les sections, et s'en débarrasser. Beaucoup de men^brest s'opposèrent néanmoins à ces moyens extrêmes, et dirent qu'il fallait ^ttçpdre;
que les jacobins se verraient forcés de faire une insurrection. Ceux qui voulaient la proscription des girondins, demandaient qu'elle eût lieu immédiatement : on leur répondait que cela n'était pas possible^ qu'il fallait patienter 5 et la séance se termina par un ajournement de toutes les propositions do cette soirée.
Le lendemain, Pache présida le comité j qui s'intitulait révolutionnaire; les mêmes liommçs qui avaient fait, Ja veille, les propositions de proscription, les renouvellèrent; mais ils trouvèrent, dans le maire, la plus vive improbation : il fit observer que tou3 les députés étant sous la sauve-garde de la ville de Paris, ce serait compromettre la capitale avec les départeniens, et allumer la guerre civile que de leur porter la moidre atteinte; que d'ailleurs la proposition sortait des attributions de l'Assemblée, réunie pour s'occuper de l'emprunt et des suspects. La grande majorité des commissaires des sections présens applaudirent aux paroles de Pache 5 quelquesuns le trouvèrent faible, et ceux-là, jugeant qu'ils ne pourraient rien faire avec son approbation , cesy sèrent de se rendre au comité central, et allèrent décharger leur colère dans le sein des cordeliers.
Là, furent renouvelées toutes les propositions qui avaient échoué à la mairie^ hommes et femmes s^y déchaînèrent contre les traîtres qui perdaient la chose publique, et principalement contre la commission des douze et les vingt-deux : on porta même la fureur jusqu'à dire qti'il ne suffisait pas de se dé-
barrasser des vingU-dçux ; on ajouta qu'il fallait encore expulser de la Convention trois cents membres qui gênaient la marche révolutionnaire. Le jeune Varlet^ si exagéré dans son ardeur révolutionnaire, présenta un projet d'insurrection, pour aller forcer l'Assemblée Nationale à livrer tous les députes qu'il regardait comme coupables du crime de contre-révolution.
Legendre, qui assistait à cette séance, eut beaucoup de peine à faire entendre sa voix pour combattre les motions incendiaires de Varlet ; il fut hué quand il voulut prêcher l'ordre et le calme, parce qu'on voulait ne pas se séparer sans avoir fixé le jour pour aller exiger de la Convention ce qu'on désirait d'elle. Mais la nuit étant avancée, il fallut enfin se retirer sans avoir pris aucune détermination.
Tout se borna donc à des menaces, à des propositions telles qu*on en fait dans les momens d'irritation, et Ton sait qu'il y a encore bien loin de ces projets, enfantés par la mauvaise humeur^ à leur exécution. Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que de pareilles motions avaient été faites, et l'on se rappelle que les sections avaient déjà demandé solennellement l'expulsion des girondins, sans qu'elles eussent retiré autre chose de leur démarche qu'une désapprobation presque unanime.
Cependant la commission des douze ne manqua pas de voir, dans ces menaces et ces propositions avortées, les élémens d'un vaste complot contre la
CionventioD Nationale : elle en fit répandre le bruit dans tout Paris , espérant par là soulever les citoyens contre les conspirateurs. Mais comme c'était le peuple lui-même qui conspirait^ non dans les ténèbres^ mais à la face du ciel , ce fut à peine si quelques sections s'émeurent en faveur de la commission.
La barre de la Convention ne tarda pas à devenir une arène où se croisèrent les dénonciations oppo* sées.
La section delà. J'ra te mité prit l'initiative : elle se présenta, le 28, pour dénoncer le complot formé contre des députés. Un des membres de cette section ^ présent à la séance du comité central^ tenu le 19^ ayant été chassé de cette assemblée , parce qu'il prenait note de tout ce qui s'y disait, s'était empressé de rendre compte à ses concitoyens des propositions qu'il avait entendu faire, et la section s'était décidée à en faire le rapport à la Convention.
Ce rapport portait en substance ce que l'on sait déjà, c'est-à-dire, que dans les assemblées tenues le dimanche et le lundi à la mairie, il avait été agité la question de faire une journée du 10 août, suivie d'un 2 septembre 5 qu'à jour indiqué, vingt-deux membres de la Convention devaient être égorgés : qu'à la vérité, le lundi , le maire présent à la séance, s'était opposé à ces délibérations, et qu'il avait dit que si l'on persistait, il lèverait la séance.
Telle était la dénonciation faite par la section de la fraternité; elle y avait ajouté les déclamations ordinaires en demandant la punition des conspirateurs.
TOMB m. ^
386 HtSTôlUe
« Plus detnesuros limides^ avail-elledit; elles autO'* riseraient Taudace des factieux ; elles vous perdraient vous'^niémcs. Il ne peut plus y avoir de transactions entre le bon et le mauvais génie de la Révolution. »
L'adresse de la section de\a J*ra te mité (ni , comme on le pense , accueillie par les marques les plus vives de l'approbation du côté droit. Et aussitôt Perrin demanda que ceux qui avaient fait ces motions à la mairie fussent arrêtés. Un montagnard proposa qu'on fil venir le maire pour donner des détails sur les faits à sa connaissance. Vi^ée répondit que la commission connaissait tous les faits qui venaient d'être dénoncés) qu'elle tenait le fil de la conspiration; que le maire et le ministre de l'intérieur étaient présens à la séance de la commission , et qu'ils devaient lui envoyer un rapport; qu*ainsi c'était inutile de faire venir le premier à la barre.
Marat prit alors la parole pour dénoncer un com*» plot liberticide qui^ dit*il , devait éclater dans le soin de la Convention. Il prétendit alors que les seuls conspirateurs étaient les hommes d'Etat, et il s'appuya d'un billet circulaire écrit par Dufriche» Valazé , par lequel il invitait ses amis à se rendre chez lui pour y tramer^ assurait Marat , la perte de la liberté. Il ajouta que tout le côté droit s'était ensuite porté en armes k la Convention.
— « Oui , lui répondit Valazé, j'ai donné cet avis parce qu'il devenait nécessaire de défendre notre vie y et certainement nous l'aurions défendue* » -^ Oui, oui, s'écrient tous les membres du côté droit. »
DE LA CONVÈBrtiÔlV NATIONALB. i6y
*- La^otirce ajoute quele^r conjurés étaient venus chez lui , à quatre heures du matin, pour l'arrêter; mais qu'il ne s'y était pas trouvé, parce qu'ayant appris qu'on devait aller demander trente-trois têtes à la Convention , il avait pris ses mesures.
Buzot dit que le coup devait être porté dans là îiuit du dimanche , et rendit compte des incidens qui avaient empêché la conjuration d'éclater.
C*était toujours des séances du ôomité central révolutionnaire qu'il s'agissait: tout le côté droit demandait de grandes mesures; mais on était aSSez d'accord pour que la commission des douze fit préâ- Itiblèment son rapport.
Cependant le parti girondin voyait avec peine que sut quarante-huit secliorts> une seule s'était offerte pour le soutenir; et comme il sentait qu'il né pourrait rien entreprendre sans l'appui d'une partie de la population, il fit de* démarches pour engager les ciloyeus à quelques démonstrations Contre ceUJt qu'il appelait les conjurés; niais il ne put obtenir que l'assentiment de deux autres Sections , celle des Tuileries et celle dé la Butte-des- Moulins, qui passaient pour aristocrates.
Elles Bé présentèrent le lendemain pour s'élever contre les hommes dénoUcés par les citoyens de là fraternité , et pour offrir leurs services et leurs bras à la .Convention.
Au raêbîé instant, le maire écrivait à l'Âssëtnbléé pour Ini expliquer ce qui s'était psissé au comité dentPàl. « Ce n'était pas , disait*-il , uti complot; c'était
388 nisTOum
une simple délibération sur la composition des listes des suspects. A la vérité quelques mauvaises têtes avaient bien interrompu la délibération par des propositions blâmables; mais il avait rappelé à l'ordre ceux qui s'en étaient écartés , et ces motions déraisonnables n'avaient pas eu de suites. »
Gomme on savait que Pache était tout dévoué à la Montagne, et qu'il devait nécessairement soutenir la Commune, le côté droit ne voulut pas que l'Assemblée tint compte des explications du maire , et insista pour qu'elle entendit le rapport de la com* mission des douze.
Vigie monta alors à la tribune pour déclarer que la commission avait découvert une trame horrible contre la République, contre la liberté et contre la représentation nationale; que quelques jours plus tard la République était perdue : et comme chacune de ses assertions était accueillie par les marques d'incrédulité du côté gauche et des tribunes, il dit que tous les membres de la commission étaient prêts à engager leurs têtes, si la Convention n'acquérait pas la preuve de l'existence de-cette conspiration. Cependant, comme ils étaient encore à la recherche de plusieurs fils du complot, et qu'il était urgent de prendre de grandes mesures, les membres de cette commission demandaient comme préliminaire que la Convention consacrât le projet de décret qu'ils proposaient par l'organe de leur rapporteur.
Ce projet mettait sous la sauve-garde des bons citoyens la fortune publique , la représentation na-
Dl LA CONVENTION NATIONALE. 389
tionale et la ville de Paris : le poste de la Convenlion devait être renforcé j tous les citoyens devaient se tenir prêts au premier rappel; les assemblées générales de sections devaient être fermées à dix heures (lu soir^ et dans le cas où les différentes sections auraient des communications à se faiie^ leurs corn-* missaires ne devaient être admis qu*apr es avoir justifié de leurs pouvoirs. Enfin ^ la commission des douze devait être chargée de présenter incessam^ ment les grandes mesures propres à assurer la liberté et la tranquillité publiques.
Marat prit aussitôt la parole pour demander qu'on motivât chacun des articles de ce projet. « On vient devons présenter, dit-il, des mesures contre un complot imaginaire. Je m'oppose à ce qu'on discute un décret motivé sur une fable en l'air. Je sais bien qu'on ne guérit pas de la peur, c'est pourquoi on ne guérira jamais les hommes dfEtat; mais je demande qu'on ne jette pas l'alarme dans le public; car je déclare que je ne connais point de conspiration en France, si ce n'est celle qui se trame dans les conciliabules qui se tiennent chez Dufriche-Va-f lazé. »
Thirion demanda, qu'avant de rien prononcer, la commission présentât son rapport. « 11 ne suffit pas, dit-il, que le rapporteur vienne vous dire ici, comme Boucher d'Argis : Le voilà donc connu ce secret plein d^ horreur! sans qu'il vous en ait rien fait connaître. Je vois, ajouta Thirion , qu'on s'accuse réciproquement de conspiration : les uns disent
qu'il existe une faction des anarchiste»; Marat accuse la faction des hommes d'£tat; et comn^e je vois que la commission des douzç est toute coippo^ée d'hommes d'Etat, je crains qu'ils ne veuillent se venger, et faire le procès à la l'évolution du lo août, comm& on a voulu faire le procès à la première révolution* »>
Boyer-Fonfréde, l'un des membres de la commission des douze ^ appuya vivement lo projet de décretw Il parla long-temps pour prouver que la conspira*tion était rédile; il dit que personne ne résisterait aux preuves que la commission ne tarderait pa$ 4 iournir.
ce pj'avez-vous pas décrété hier et aujourd'hui , ajouta-t-il , que les ;sections qui ont les première» éclairé les bords de l'abîme vers lequel vou3 éties penchés, ont bien mérité de la patrie? Le maire da Paris n'a-t'ii pas dénoncé les individus féroces qui ont voulu nou$ ravir l'honneur avec la vie? Plusieurs membres du comité révolutionnaire présens aux con^ ciliabules affreux, où la perte de la liberté avait élti jurée, n'ont-ils pas fait leurs dépositions? Me sont-f elles pas entre vos mains? fit l'on ne veut pas, qu'a-r larmes de tant de périls , vous veilliez enfin avec les citoyens de Paris à votre sûreté 1 Ah I ceux qui témoignent aujourd'hui celte scandaleuse résistance^ ne craignent-^ils pas d'être bienlôt offerts à la France indignée, tout couverts du sang de leurs collègues! &
Boyer-Fonfrède ayant entraîna une grande coaj^^ rite, on passa immédiatement à la discusaion de Vun ticle premier.
os LA GOMVJBNTKOlf NATIONALE. %t
Danton dit que cet arlicle n'avait rien de luau^ vais en soi^ mais qu'il ne concevait pas cooiniept l'Assemblée était 9issez dominée par le9 circonstances pour décréter la peur- — « EU bien', moi , j'ai peur l s'écrie un niembre du côté droit. »
-^ a Je ne m'oppose pas, reprend Danton, à ce qu'on prenne de« mesures pour rassurer chaque individu qui craint pour sa sûreté; je ne m'oppose pas à ce que vous donniez une garde de crainte au citoyea qui tremble ici: mais la Convçntix)n Wî^tionale peut-elle annoncer à la France qu'elle se laisse dominer par la peur? »
« Je dis que si^ dans la reunion dont on a parlé ^ il s'est trouvé des hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte à la représentation nationale , cette proposition a été vivement repoussée ^ et si c^s hommes sont saisis, et peuvent être livrés à hi justice, ils uc trouveront pas ici des défenseurs.
(f Ne faisons donc rieii par peur , ne faisons rien par oous-memes ; ne nous attaclions qu'aux consid4ratioqs générales et nationales. Prenez garde qu'après avoir créé une commission pour rechercher Jds complots qui se ti auvent à Paris , ou ne vous deo^ande s'il ne conviendrait pas d'en créer aussi une pour rechercher les crimes de ceux qui ont teuté d'égar«r l'esprit diCs départemens^r^^M
K Je ne demande qu'une ehose^ concluait DaqloQ^ c'est que les membres qui proposent ce décret, ge dépouillent de toutes les haines. Il faut sans doute que le« criminels soient çonnuSi et il est de votre
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sagesse d'attendre un rapport préliminaire sur le tout. »
Rien n'était plus raisonnable que les paroles de Danton; mais les girondins, voyant qu'ils avaient le vent favorable^ voulaient aller vite : aussi Vergniaud prit-il à tâche de combattre les propositions toutes modérées de Danton : c'était un adversaire qu'il trouvait digne de son talent; il le prit corps à corps.
« Je ne parlerai pas avec moins de sang-froid que Danton , dit-il, car je suis personnellement intéressé dans la conspiration, et je veux bien convaincre ceux qui ont formé le projet de m'assassiner que je ne les crains pas.
« Prenons garde , a dit Danton, en voulant punir des assassins, de ne pas frapper des patriotes exaltés. J'aime aussi cette précaution. Je sais que dans le combat que nous soutenons contre l'anarchie, les contre-révolutionnaires pourraient tenter quelque mouvement qui leur fût favorable , et ce doit être là un des plus grands objets de votre surveillance. Mais il ne faut pas non plus, sous prétexte qu'on pourrait par trop de rigueur seconder les mouvemens contre-révolutionnaires , encourager, par l'impunité, des hommes qui, pour les exciter, se couvrent du masque du patriotisme Sans doute, dans
l'effervescence actuelle des passions, il est des fautes qui ne sont que les erreurs d'une imagination égarée, et pour lesquelles l'indulgence est justice; mais il est des combinaisons perfides, des crimes qui sup-
os LA GONTBNTIOll HATIOIIALI. 393
posent une telle perversité de cœur, que la justice serait violëe y et la chose publique en danger^ si on ne se hâtait de les réprimer par une inflexible sévérité
« On vous propose d'agir avec modération , parce qu'il est question de votre sûreté personnelle, et moi je réponds : c'est parce qu'il y va de votre sûreté personnelle qu'il faut agir promptement et avec vigueur. Si vous ne dissipez pas, par votre courage, tous les dangers dont de vils conspirateurs vous environnent; si vous n'assurez, je ne dirai pas seulement votre vie, mais votre indépendance, vous trahissez la cause du peuple , celle de la liberté, et vous compromettez l'unité de la République
«Remarquez y ajouta Vergniaud, qu'il ne s'agit aujourd'hui que de simples mesures de précautions, de précautions qui ne préjugent rien contre aucun individu. Que vous t'aut-il pour motiver ces précautions? des faits notoires, des faits certains? ces faits existent. Le rapport de votre commission, que l'on demande préalablement, ne vous donnera que des renseignemens ou des détails sur les complots
a C'est depuis le lo mars qu'on ne cesse de provoquer publiquement au meurtre contre vous. C'est par ces provocations sanguinaires qu'on a échauffé l'esprit de quelques hommes susceptibles d'exaltation, et préparé la nouvelle conjuration. Et parce que cette nouvelle conjuration n'a pas eu le succès qu'on s'en promettait, on vous parle de modération,
Zf^ «jHWOum
on VOU9 presse de ue pas donuer lieu de croire que vous êtes agités de terreurs mal fondées.
«Citoyens^ écouter ce langage^ et bientôt vous serez les jouets de quelques trames plus adroitement combinées. Citoyens , montrez-vous dignes de votre mission. Osez attaquer de Iront vos assassins ^ vous les verrez rentrer dans la poussière. Voulez-vous attendre lâchemeut qu'ils viennent vous plonger U poignard dans le sein? n
Vergniaud terminait son éloquente improvisati^Hi par ces paroles^ qui lui furent cruellement repvo*^ chéea plus tard.
<i On ne saurait trop le répéter à cette tribune ; aucun de nous ne mourra sans vengeance ; nos départemens sont debout^ les conspirateurs le savent, et c'est parce qu'ils le savent , c'est pour &ire naitce une guerre civile qu'ils conspirent. Sans doute la liberté survivrait à de nouveaux orages; mais il pomv rait arriver que, sanglante-, elle fût contrainte de ckercber un refuge dans les dépariemens méridio*' naux. Pourquoi vous rendriez-vous coupables de Tesclavage du Mord?... Frappez les coupables ^ vo«s n'entendrez plus parler de conjuration. JN'en avesvous pas le courage? Abdiquez vos fonctions et. demandez à la France des successeurs plus dignes de sa cbnâance. »
Le discours de Vergniaud pouvait être regardé comme le manifeste de son parti : il appelait à son secours L'énergie; mais tout mouvement d'énergie qui n'est pas appuyé sur la nation perd un peu plas
DB LA CONVIAI VIOdi NATIONALE. d^S
tôt \q parti qui latte contre uo moavemeQt 3apér rieur.
Les Girondins voulaient arriver vite à leur but, aussi Vergniaud deinaada-t-il de mettre aux voix tout le décret proposé au nom de la commission des douze} et le décret fut voté d'emblée par la majorité.
La commission ne perdit pas un instant, A peino eut-elle obtenu le décret^ qu'outre-passant son man* dat, elle fit arrêter Marino et Michel, tous les deux administrateurs de police, et accusés d'avoir fait à rassemblée de la mairie , les propositions qui avaient tant effrayé le côté droit ^ en même temps , elle lança un mandat d'arrêt contre le procureur de la commune^ Hébert, rédacteur d'une feuille qui avait pour titre le Père Duchêne , dans laquelle il affectait le langage populaire le plus bas. Hébert était accusé d'avoir imprimé dans son journal, ce qui avait été dit au coi^ité central de la mairie^ et la commission crut devoir faire arrêter , et ceux qui avaient fait U proposition, et celui qui s'était permis de la répéter.
Dés qu'Hébert eut reçu le mandat d'arrêt, il se rendit à la commune pour instruire le conseil généx* rai de ce qui lui arrivait. Il lui rappela l'arrêté par lequel ce comité avait pris sous sa protection tousses membres; non pas pour lui, dit-il, mais pour ses col^ lègues menacés du même sorL Au reste > il déclara qu'il était prêt d'obéir au mandat i et qu'il allait se QQttatîLuer : ce qu'il 6t, en effet, après avoir reçut les
39^ HlSTOIfil.
témoignages d'intérêt de Ghaumeite et de toute la municipalité.
Aussitôt le conseil de la commune se déclara en permanence, et arrêta que d'heure en heure il enverrait chercher des nouvelles du magistrat enlevé à ses fonctions , et que tous les membres du conseil seraient invités à porter des consolations et des secours aux femmes et enfans de tous ceux qui seraient emprisonnés par ordre de la commission des douze.
Dans la matinée^ le conseil de la commune en permanence, apprit que Varlet et divers présideus de section avaient aussi été arrêtés. Il décida aussitôt d'aller présenter une pétition à la Convention pour demander la mise en jugement immédiate du magistrat arrêté par ordre de la commission extraordinaire. La pétition fut, en effet, rédigée, et envoyée à toutes les sections, où régnait la plus grande agita« tion : on était prêt à en venir aux mains pottr ou contre la commune^ cependant la grande majorité adhéra à la pétition , et une députation de la commune fut la présenter à la barre.
On y demandait que l'adresse de la section de la Fraternité fût envoyée à l'accusateur public, comme ayant calomnié les magistrats du peuple; que le procureur de la commune, Hébert, enlevé à ses fonctions, fût jugé sans le moindre retard, et enfin que la Convention fit justice de la commission des douze, pour avoir outre-passé ses pouvoirs.
Isnard, qui présidait^ répondit à la députatîoD,
DI LA CONVENTION NATIONALE. 3gj
par des paroles qui n'étaient rien moins que conciliantes.
« Magistrats du peuple, leur dit-il^ écoutez les vérités que je vais vous dire : La France a mis dans Paris le dépôt de la représentation nationale; il faut que Paris le respecte; il faul que les autorités constituées de Paris usent de leur pouvoir pour lui assurer le respect. Si jamais la Convention était avilie, si jamais par une de ces insurrections dont les magistrats n'ont point averti la Convention, il arrivait qu'on portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare, au nom de la France tout entière, Paris serait anéanti; bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si cette uille a existé. » • Ce langage ) si propre à irriter les passions, provoqua les murmures du côté gauche; ses membres se disputèrent l'honneur dé repousser les imprudentes fanfaronnades d'Isnard; et tandis que le centre se montrait peiné de l'indécente apostrophe du président, la Montagne criait à celui-ci de descendre du fauteuil, parce qu'il déshonorait la Convention.
Le beau rôle, dans cette scène scandaleuse, fut pour les pétitionnaires, que le côté droit avait voulu humilier : ils restèrent calmes, au milieu de ces assauts de fureur; et quand le tumulte fut appaisé, ils répondirent au président, par l'organe de leur orateur, ces mots, qui furent accueillis par les acclamations de la Montagne et des tribunes. « Les magistrats du peuple qui viennent vous dénoncer l'arbitraire, ont juré de défendre la sûreté des per-
ioanrs H des propriétés; iUsont dignes de Tesliùlê du peuple français. »
Ltt commune ne pouvait plus douter que c'^était d elle principalement que la commission des douze avait déclaré la guerre ; aussi ne s*en tint-^elle pas à cette infructueuse démarche; et, pendant que k commission continuait à lancer des mandats d^arrèt contre des présidens de section et des patriotes connus par leur eialtation, elle prenait, de son côté, 1rs mesures les plus énergiques pour résister aux attaques dont elle était l'objet.
De cette lutte violente naissaient des orages dans toutes les sections , qui allaient presque toujours se décharger sur la Convention. La Commission des douze avait fait doubler les postes qui entouraient TAssemblée, et elle les avait tous confiés aux sections connues pour être opposées aux jacobins. Quand on lui demandait le motif de ces mesura extraordinaires, elle se bornait à répondre, par Torgane de Vigée ou d'Henri Larivière, connus comme royalistes, qu'elle était à la piste d'un grand complot; et quand la Montagne la pressait de dévoiler ce complot, elle s'y réfusait, eu promettant un prochain rapport, qu'elle ajournait sans ce«se«
Dans la journée du 27 mai , le tumulte fut porté à son comble. Beaucoup de sections s'étaient déclarées contre la commission des douze ; d'autres voulaient la soutenir. Des rixes éclatèrent partout ; ici on tonirnit contre la Gironde , là contre les jacobins» Des
i)E LA CONVEXTIOR NATIONALE. 899
groupes se formaient sur tous les points^ et des troupes de femmes ^ parcourant la ville aVec un drapeau^ voulaient sô porter a l'Abba;ye pour délivrer Hébert , ainsi que les autres détenus.
Vers le soir^ la grande majorité des sections avait arrête d'aller présenter une pétition à la Convention^ dans laquelle on lui demanderait Télargissement d'Hébert. La commission des douze ^ voyant l'orage prêt à fondre, avait requis les trois sections de la £utte-de6*Moulins, de Lepelletier et du Mail ^ qui s'étaient empressées d'accourir autour de la Convention, avec leurs canons et les mèches allumées ; mais la foule se pressait tellement autour de leurs rangs, qu'il leur eut été impossible d'agir y si cela fut devenu nécessaire. Cette foule avait respecté la Con- Tention , et s'était bornée à attendre dans les envi-^ rons le résultat de la séance.
Cette séance avait été ouverte par Marat, qui s'était présenté à la tribune pour demander la sup^ pression de la commission des douze. Suivant son usage , Ma rat avait commencé une longue série d'accusations contre le côté droit et les hommes d'Etat, qui, disait-il, n'avaient fait nommer une commission extraordinaire que poiir opprimer les patriotes. « Vous parler sans cesse de la loi , continua-t-il, en s'adressant à ce côté, et vous ne l'invoquez que pour la violer en faveur de ceux qui sont de votre parti. Si les patriotes se portent à une insurrection, ce sera votre ouvrage.
<c Je demande que cette commission des douze soit
400 HISTOIAB.
supprimée comme ennemie de la liberté^ etcomme tendante provoquer l'insurrection du peuple, qui n'est que trop prochaine, par la négligence avec laquelle vous avez laissé porter les denrées à un prix excessif... S'il est vrai que la perfidie ne soit pas dans vos âmes, joignez-vous à moi pour demander la suppression de cette commission liberticide. »
On juge avec quels murmures le côté droit accueillit la proposition de Marat ; mais il en fut dédommagé par les applaudissemens de l'autre partie de l'Assemblée et des tribunes.
Au reste, Marat ne faisait que devancer de quelques instans le vœu des sections, qui, s'étant enfin entendues en grande majorité, se préparaient à aller demander solennellement la dissolution de la commission^ et l'élargissement des patriotes arrêtés par ses ordres.
En attendant la démarche des sections , l'une d'elles, celle de la Cité, se présenta à la barre pour demander la liberté de son président, Dobsent, arrêté^ dans la nuit, avec son secrétaire.
Le langage de la section était impératif, menaçant; elle s'y plaignait de l'arbitraire exercé par la commission, qui, disait-elle, surpassait les lettres de cachet. « Le temps de la plainte est passé, ajoutaient les pétitionnaires; nous venons vous avertir de sauver la République, ou la nécessité de nous sauver nous-mêmes nous forcera à le faire.... Il en est temps encore, punissez une commission infidèle, qui viole les droits de l'homme et du citoyen. Nous deman-
. DK LA CONVENTION NATIONALK. ^Oi
dons^ au nom de la section de la Cité, la traduction au tribunal rëvolutioonaire des membres de la commission des douze. Songez qu'il sagit de venger la liberté presque au tombeau. Le peuple vous accorde la priorité....- »
Irrité par le Ion de cette pétition, le président, Isnard , répondit aux députés de la section : « Citoyens, la Convention pardonne à l'égarement de
votre jeunesse Sachez que la liberté ne consiste
pas dans des mots ou dans des signes^ le peuple fran* çais a juré de ne souffrir aucune tyrannie. La Convention, organe de sa volonté, ne se laissera influencer par aucune violence j elle prêchera toujours l'obéissance aux lois, sûreté des personnes et des propriétés, guerre aux aristocrates et aux anarchistes. »
Aussitôt cent voix s'élevèrent pour transformer en motion la pétition qui venait d'être présentée : on fit remarquer qu'Isnard avait, dans d'autres circonstances, fait voter l'élargissement d'un individu légalement arrêté j on trouva étrange qu'il insultât des citoyens dans l'exercice d'un droit reconnu. Mais lui^ poursuivant son système de partialité, s'obstina à refuser la parole à Robespierre, qui la demandait instamment, et dit aux pétitionnaires, d'un ton hauiain : « La Convention examinera votre demande dans un autre moment. »
Alors l'agitation fut poitée au comble; les motions les plus contradictoires se croisèrent en tout sens; les interpellations les plus vives furent échan- TOMi ui. a5
4oa HISTOIRE.
gées. — « Tant cVimpudence commencé h nous lasser, s'écria Danton ; nous vous résisterons ! » *^ Et le côté gauche persista à réclamer la mise en liberté des patriotes incarcérés par l'ordre d'une commission à laquelle la Convention n'avait pas cru concéder ce droit redoutable.
Ces débats orageux furent interrompus par l'arrivée du ministre de l'intérieur, Garât, et du maire de Paris, Pache, lesquels, croyant que la Convention était assiégée s'étaient portés sur les lieux. Aussitôt , le côté droit les interpella de rendre compte de la situation de la ville et des environs de la salle.
Garât prit le premier la parole. Sa relation peint trop bien les événemens de cette triste époque , pour ne pas là faire connaître ici en entier, quoiqnef le mi-* nistre ait répété bien des faits que nous avons déjà cités.
« Je n'ai pas été appelé par la Convetition , dit Garât; mais comme fonctionnaire public et ministre de l'intérieur, je viens vous rendre compte des événemens qui ont lieu dans cet instant : j'en ai suivi tous les progrès; j'ai été l'un des premiers instruit de ce qui était réel , et de ce qui était exagéré. Je parlerai au sein de la Convention , dans les grands dangers qui menacent la République, corhtné si j'étais au pied de l'Eternel.
« Tout ce qui arrive a pour première cause le bruit qui s'est répandu qu'un grand complot avait été formé dans un conciliabule présidé pai* le maire de Paris, et dont le but était de faire arrétet* vingt-deux
DE LA GONYIiNTION NATIONALE. 4^3
membres de la Convention. 'Le lendemain du jour de cette Assemblée, je reconnus que les faits avaient ^té étrangement dénaturés......
H La première séance de cette Assemblée fut présidée par le maire; aucune motion inconsidérée ou criminelle n'y fut faite. C'est dans la seconde, où le maire ne se trouva pas, qu'on présenta des propositions atroces; mais loin d'êlre adoptées, elles furent repoussées avec une forte improbation de tous les membres de l'Assemblée,
« J'ai su avec certitude que le maire, instruit de ces motions, en fut alarmé, et qu'il prit toutes les mesures nécessaires pour présider la séance suivante. Il la présida en effet; on y répéta les mêmes propositions. Un membre de cette Assemblée vînt me trouver, et sans que je le misse nullement sur la voie, il me parla de ce qui s'y était passé. — Je ne connaissais pas Paclie, me dii-il; je le croyais un homme froid; mais hier^ lorsqu'on proposa de faire arrêter quelques membres de la Convention, il fit sentir avec tant de force combien étaient criminelles de semblables propositions, il témoigna tant d'indignation, que tous les membres du comité les regardèrent avec la même horreur
« La commission des douze m'ayant fait appeler, je m'y suis rendu; je lui ai exposé d'abord verbalement, ensuite par écrit comme elle l'a exigé, ce que je viens de vous dire, je ne sais si elle a acquis depuis de nouveaux renseignemens ; mais le lendemain on annonça un grand complot Je vous demande
ifo4 HISTOIRE
si des propositions repoussées avec indignation , peuvent être dites un grand complot!
« Je crois devoir passer à un autre fait y qui, quoique particulier, semble mettre en mouvement toute
cette grande cité. Je veux parler d'Hébert Il m'a
été attesté que, dans les Assemblées de la commune^ il n'a jamais fait que les propositions que peut faire un bon citoyen.
« Quand aux feuilles du père Duchéne y qui font son crime, je ne les connais pas, mais j'ai horreur de tous les écrits qui ne prêchent pas la morale et la raison dans le langage qui leur convient. J^ crois pouvoir dire qu'il est étonnant qu'après cinq ans de révolution, où Ton a vu tant d'écrits, en tant de sens divers, et sur lesquels on a passé si légèrement, on se soit avisé aujourd'hui d'avoir tant de délicatesse La partie de l'Assemblée Constituante qui a fait la révolution, souffrait tons les journaux, sans les approuver, mais pour que la liberté de la presse restât intacte.
« J'arrive à l'état actuel des choses. Les mou vemens qui nous agitent ont commencé hierj j'en ai été instruit par le maire et par d'autres citoyens. J'ai communiqué tout ce qui était à ma connaissance au comité de salut public, et à la commission des douze, où je suis resté la nuit dernière jusqu'à trois heures du malin.
« Aujourd'hui, à six heures du soir, on m'est venu dire qu'un nombreux rassemblement environnait la Convention Nationale, et qu'elle n'était point libre. J'ai voulu voir les choses de mes propres yeux. Je
DE LA CONV£x>iTiON NATION ALJ£. 4o5
suis veau, et j'ai vu que la force armée était bien plus considérable que Faltroupement »
Ici le ministre est interrompu par un membre de la droite, qui lui dit qu'il a été insulté^ eu entrant dans la salle. — « Soit, reprend le ministre; mais il ne faut pas confondre une insulte faite par un mauvais citoyen, avec des insultes faites par un attroupement.
« Je propose que la Convention, précédée des autorités constituées, se porte aux lieux des rassemblemens , et qu'elle ouvre les flots du peuple : s'il y a du danger , je serai le premier à le braver!» — Non il n'y en a pas , s'écrie tout le côté gauche! — ce Je parle, dit le ministre, du danger que peut laire courir un aristocrate, un assassin , mais non d'uu danger qu'il y aurait à craindre de la multitude. ( Vifs applaudissemens des citoyens des tribunes.) Croyez-vous que ces sans-culottes qui applaudisrsent aux assurances que je donne de leurs sentimens, y applaudiraient s^ils avaient dans le cœur des intentions criminelles ?.... »
Le ministre , dont les paroles avaient été souvent interrompues par les marques de la satisfaction du côté gauche et du public, terminait son rapport par cette observation: « J'ai interrogé les sentimens secrets de chacun des membres de la commission des douze en particulier; eh bienl je me suis convaincu qu'ils ont l'imagination exaspérée : tous ont un grand courage, tous sont déterminés à périr pour sauver la République^ mais tous m'ont paru, j'ose le dire,
4o6 HISTOIRS
daD6 des erreurs iocomprëheasibles. Je les crois des gens vertueux y des hommes de bien ; mais la vertu a ses erreurs , et ils en ont de grandes.
Après que la Convention eût décrëtë que le rapport du ministre serait imprimé et envoyé aux départemens^ le maire, Paclie, prit aussi la parole.
« Je n'entretiendrai pas la Convention, dil-il, d'un complot qu'elle reconnait déjà chimérique. Il est certain qu'après l'attroupement i\es contre^révolutionnaires qui voulaient s'opposer au recrutement^ Paris est calme; il est certain que les mouvemens qui agitent maintenant cette ville n'ont commencé que lorsque la commission des douze a ordonné des arrestations. Aujourd'hui^ ayant appris qu*il y avait des rassemblemens autour de la Convention y je m'y suis transporté , j'ai vu qu'il n'y avait rien à craindre, qu'il y avait une force armée considérable.
«Je dois dire ^ ajoutait le maire ^ que ce matin j'ai reçu du commandant général, l'ordre que lui avait donné la commission des douze de faire tenir prêts trois cents hommes des sections de 93, du Mail et de la Butte-des-Moulins..... n
A ces mots, Thuriot demande que la commission des douze soit cassée à l'instant^ et que les membres qui la composent soient mis en état d'arrestation^ pour avoir dépassé leurs pouvoirs.
En ce moment arrivaient un grand nombre de dépntations des sections; le maire pria la Convention de les admettre. Tout le côté gauche appuya leur
addSpis^ioD. Alais le$ membres de la 4^'oî^^ cri^iant au président (Je Jeyer la s^aoce^ pa^ce qja'il ët^t dix heures ,du ^oir.
C'était \k un ^ien mince prétexte pQiur uaç Assamblée habituée à donner une partie de ses nuit$ aux querelles des partis. Mais le côté droit n^i^i^tait que parce qM'U s'ape|:ceyait qijie la séaace pliait tourner en sa défaveur. Déjà accablé par les rapports dju ministr,e de l'intérieur et du maire j ne pouvant di^sirnukir que la catîimisi^ion des douze f^'^ût outrepassé ses pouvoirs; redoutanjt surtovit la$ adresses qui allajient être présentées à la Go^yention , ie côté droit voulait absolument lever la séance, et Bojer- Fonfrède, qui occupait le fauteujifl, s'empressa de céder au vceu de ses amis ^ et le quitta.
Mais la Montagne jiadig^ée, lit décréter^ pajr la majorité, que la séance (sera^it continuée; et Héra^lt de Séchelles remplaça au fauteuil le président qui venait de le quitter.
Aussitôt les députés de tr|enl,e-deu^ aeption^, auxquels ne tardèrent pas de se joindre ceux des seize autres^ furent admis. Tous demandèrent^ au nom des citoyens des sections, la suppression de la commission des douze y l'élargissement des patriotes détenus, et tous jurèrent de mourir plutôt que la moindre atteinte fut portée aux droits de l'homme.
Deux heures furent consacrées à entendre les pétitions des sections et les réponses du président. Il dit aux unes : « La force de la raison et la force du peuple sont la même chose La résistance à l'op-
4o8 mSTOIAX DE LA CONTENTION NATIONALE.
pression De peut pas plus être détruite, que la haine des tyrans ne peut être éteinte dans le cœur des républicains. » — Aux autres : « Toute la France a dit : la liberté ou la mort! Lorsque les droits de riiomme sont violés^ il faut dire ? la réparation ou la mort! »
Quand tous les pétitionnaires eurent été entendus^ Léonard Bourdon, Lacroix, Thuriot, convertirent leurs demandes en motion formelle, et le président, ne voyant aucune opposition , mit aux voix l'élargissement des citoyens arrêtés par ordre de la commismission des douze y et la suppression de cette même commission; ces deux motions furent adoptées par une forte majorité.
Les pétitionnaires et les citoyens des tribunes témoignèrent leur reconnaissance, par des applaudissemens réitérés, ils remercièrent la Convention de ce qu'elle avait encore une fois sauvé la liberté et la révolution, et se retirèrent aux cris de P^ive la Con- {mention! Fii^e la République!
Le c6té droit demande le rapport du décret qui supprime la commission des douze. — Opposition à ce sujet. -^ Le rapport est décrété. — Indignation de Danton. — Comité central révolutionnaire. — Organisation de la résistance à l'oppressîon. — Nouveaux revers des armées. — Projet d'une insurrection morale contre les Girondins. — Crise. ~* Préliminaires de rinsurreclion. — - Journée du 3x mai. — Robespierre demande le décret d'accusation contre les Girondins. — Suppression définitive de la commission des douze.
La suppression de la commission des douze et l'élargissement des palriotes incarcérés par ses ordres , avaient causé la plus grande joie parmi la population de Paris , et on lui dut un moment de calme^ mais cette joie et ce calme furent de courte durée.
Dès le lendemain matin, le côté droit se présenta en masse à la séance de la Convention , pour y demander le rapport du décret de la veille. Lan juinais^ le
4lO UISTOlllE
plus opiniâtre des membres de ce côté^ soutint qu'il n'y avait pas eu de délibération , parce qu'il ne pouvait pas y avoir un décret d'impunilé pour ceux qui avaient voulu renouveler les scènes du 2 septembre sur les membres mêmes de la Convention. Il souleva contre lui la Montagne furieuse. En vain , Osselin, secrétaire, fit-il observer que le décret avait été signé de tout le bureau^ composé en général des membres du parti de Lanjuinais; celui-ci n'en con- . tinua pas moins à soutenir que le décret n'avait pas été rendu il ajouta que la Convention se serait déshonorée si eU8 «waiit ^ «^%iir ^qu'une pareille délibération souillât ses registres. La Montagne impatientée cherchait à couvrir sa voix : et Legendre «'eoria que^ si JLtanjujoais ne cessait 4^ parler^ il aU lait le jeter en bas ide la trii>une.
Cette violente menace souleva tout le côté drqit. JBfarbaroux deipanda qu'elle fut insérée ,au procèsverbal^ ce qui «eut heu. Mais la Montagne ne cessa de reprocher à Lan juinais qu'il voulait amener la guerre civile j qu'il était un aristocrate, un scélérat! ...
Le tumulte s'étant calmé un instant, Levasseur posa jl^^que^lûon. ,« On a dit que le 4^ç]^6t n'a pu ^e rendu paivce qu^e les pétitionqaires ont délity^é^ ye réponds 9 4it-il > que cela .eS|t (slu^; car av^MUt qu'on allât aux voix^les pétitionnaires ^e sont retirés clans les corridor^^ .et il n'y a eu que les i^embres de l'Assemblée qui ont pris p^t à jia délibération.
» Je déclare^ moi, continua-t-il que 1^ cpoi- QVusfiion dqs dou;^ avait iié formé? ^ ^n pour 4é*
DE LA COiWJÇNïION NATIONALE* 4^^
couvrir les complots , mais pour en mettre un à exécution. Quand l'impôt d'un milliard a été décrété f les aristocrates se sont agités en tout sens pour indisposer le peuple contre cette mesure: ib se sont portés dans les sections; ils sont parvenus à dominer dans plusieurs , et ils se sont dit : la commission des douze nou3 servira admirablement.... Delà les pétitions qui ont été lues à votre barre ^ et adroitement renvoyées à cette commission. Ils ont dit : les aristocrates ont été massacrés dans les prisons^ il faut à notre itour &ire massacrer les patriotes. Voilà le motif de3 arrestations contre lesquelles on est venu réclamer. Tel a été le complot j mais il a été déjoué comme les autres... n
Osselin dit que si la Conveation rapportait son
décret elle se rendrait coupable des mouvemeus qu'entraînerait son indécision.
Guadet^ ayant obtenu un moment de silence, prit la parole pour appuy-er le rapport du décret; non pas, dit-il, qu'il n'eût été rendu, mais parce qu'il l'avait été dans des circonstances qui devaient entraîner son annullation.Guadet mettait au nombre de ces circonstances le blocus de la salle par le peuple; la dispersion delà garde de l'Assemblée; les menaces proférées par les tribunes j l'empêcbement ou se trouvaient les députés pour enti er et pour sortir delà salle; et il concluait de tout cela que la Convention n'avait pas été libre, et qu'elle avait voté sous une funeste influence.
Ce fut envAin que Jean Bon-Saiut-Audré mani-
4ia HISTOIAB
festa son indi(;natioQ de ce qu'on prétendait que le décret ne pouvait être valable ; et qu'il en appela aux déclarations qui avaient été faites parle ministre de Tintërieur et par le maire ; en vain affirma-t-il qu'il y avait eu volonté libre , sentiment de conviction; que ceux qui avaient été assez lâches pour voter par peur [auraient dû réclamer. L'appel nominal fut admis ; et après plus de deux heures consacrées à cette opération^ le rapport du décret fut adopté à une majorité de cinquante et une voix: ce qui prouva qu'il y avait ^ dans le centre^ un assez grand nombre de membres dont le vote était toujours dépendant de l'influence du moment.
Aussitôt Col lot-d'Her bois demanda que la statue de la liberté fût voilée. Danton ne put plus contenir son indignation; elle éclata avec l'énergie qui lui était propre.
« Citoyens, dit- il, vous venez d'entendre la proclamation du décret! La conunission des douze reste en activité! — « Nous n'en voulons pas! s'écrie la Montagne. — « Votre décret d'hier au soir avait satisfaite l'indignation publique, continue Danton^ vous aviez fait un grand acte de justice : j'aime à croire qu'il sera reproduit avant la fin de cette séance. Mais si la commission conserve le pouvoir tyrannique qu'elle a exercé, et qu'elle voulait, je le sais, étendre sur des membres de cette Assemblée; si le fil de la conspiration n'est pas rompu; si les magistrats du peuple ne sont pas rendus à leurs fonctions, et entourés du respect qui leur est dû î si les bons
citoyens ont encore à craindre des arrestations arbitraires , alors , après avoir prouvé que nous passons nos ennemis en prudence , en sagesse^ nous les passerons en audace et en vigueur révolutionnaire! .... n — « Oui, oui, s'écrie toute la gauche^ tous ! tous! » Et les applaudissemens d'qne partie de la salle et des tribunes accueillent cette redoutable déclaralion.
Mais le côté droit voulait lui aussi faire acte de vigueur, et il demanda que le rapporteur de la commission des douze fût immédiatement entendu. Rabaut-Saint-Etienne , poussé par ses amis, monta à la tribune pour lire le rapport que la commission avait préparé; mais il en fut empêché par les plus violentes interruptions. •— « Voulez-vous, ou ne voulez-vous pas un rapport, ne cessait de dire le timide Rabautl » — «Oui, oui! » — ('Non, non! » lui criait-on de toutes parts. Enfin, par une espèce d'accommodement, il fut décrété que le rapport serait imprimé.
Alors Rabaut'Saint-Etienne donna sa démission de membre de la commission, et Boyer-Fonfrède, l'un des autres membres, demanda que l'on mit aux voix l'élargissement provisoire des détenus par ordre de la commission; ce qui fut aussi décrété à l'unanimité, et au bruit des applaudissemens.
La séance paraissait terminée par cette transaction^ qui ne décidait cependant qu'une partie des demandes du peuple, et qui, par conséquent, ne terminait rien, lorsqu'une députation de la section des
4l4 HISTOIRE
Gardes-Françaises se présenta pour ranimer le feu
des débats.
Uoratear attaqua^ îtvec nne violence encore sans exemple^ la minorité de \a Convention, c'est-à-dii'e la Montagne. C'e'lait une adresse évidemment contre-révolutionnaire; car Ton disait aux législateurs, qn'ifo laissaient tfvp long-tempe entre les mains du peuple les instrumens révolutionnaires : aussi le c6lé gauche interrompit-il avec fureur l'insolent orateur. Danton se mit en colère, quand il entendit proposer l'impression de la pétition, et combattit cette de^ mande de manière à effrayer tous ceux qui oseraient imiter les pétitionnaires.
« Personne ne respecte plos que moi, dit^il, le droit de pétition. J'ai applaudi à l'opinion principale contenue dans l'adresse que vous veneîi d'entendre : nous sentons tons la nécessite d'une Constitution. Mais ordonnereai-vous l'impression d'une adresse où l'on vous dit qu'il faut arracher au peuple les instrumens de la réifolution? Le peuple
français est digne de se servir de ces instrumens de révolution; il est tout prêt à les tourner contre ses ennemis I Avec ces instrumens, il fera rentrer, quand il le voudra, dans le néant, les hommes assez stnpides pour Croire qu'il y a de la distinction entre le peuple et les citoyens. U serait ridicule de livrer à l'impression une pétition par laquelle quelques hon^ nétes gens de section viennent Censurer ici la minoritél Songez que si l'on se vante d'avoir ici contre nous la majorité, vous avez dans la République/et
DE LA CONYENTIOIY NATIONALE. J^iS
Parrô en offre retemplé, urie majorité irhtïletise (i). Il est temps que le peuple ne se borne pltis à la jçueri'é défensive, et qu'il attaque de front tôùô les
fautëiirs diï Modé<*iiiitisrtie Paris sersi toujours la
terfeût d^s ennemis dé la liberté, et ses sections, àkns les gi^ands jours, lorsqiïe le peuple s'y réunira en iikaf^së, feront toujoùt^ dispsti'aîlre ces ra}séral)les Feuiilans, ceû lâches modérés dont le triomphe est d'ua môttientl (2) »
Cette déclaration de gUeri'e, vivement applaudie par le côté gauche et par les tribunes, intimida telletiient ceux qui avaient voulu faire ordonner l'impression dé la pétition, qu'ils n'osèrent plus insister} la Convention décréta, au contraire, que l'adresse ne serait point imprimée.
Jetons maintenant un coup-d'œil autour de la Convention, car c'est hors de son enceinte que vont
(i) Casimir Perler, au temps où il était du parti populaire, tint le mèfloe langage à la chambre où M. de Villèle avait aussi la majorité. C'est un grand avantage pour les improvisateurs qii'une bonne mémoire.
(a) Si Ton se place dans des circonstances ordinaires, lorsqu'un gou- Ternement bien établi n'a pins qu'à laisser agir d'ëlle-toème la machine politique pour que tous ses rouages fonetionuônt, on ne concevra pas que la modération puisse être blâmée ; car alors c'estelle seule qui doit diriger les gouvememens. Mais si l'on veut s'idenliâer avec la position dans laquelle se trouvaient les révolutionnaires, les fondateurs de la Képiiblique, position des plus terribles, unique dans les fastes des natioris , on sentira que l'énergie la piqs forte , la plus tenace , pouvait seule sauver la chose {kibli • que, et que la modération l'aurait perdue. Alors on comprendra la haine que les hommes énergiques devaient porter aux hommes modérés , et les combats qu'ils ne cessaient de leur livrer.
4i6 HISTOIBS
se préparer les dernières scènes du drame des girondins.
Hébert^ mis sur-le-champ en liberté^ avait été reçu en triomphe dans la commune, où on lui avait offert des couronnes. Chaumette fit un long discours sur la conspiration que le côté droit tramait contre la liberté. Mais autant le décret qui rendait à la liberté le procureur de la commune occasionna de joie à ses amis, autant le rapport de celui qui supprimait la commission des douze leur donna de colère.
Cet imprudent rapport souleva toutes les passions^ et Torage, calmé un moment^ gronda plus terrible encore. Les commissaires des sections^ qui avaient cessé de se réunir à la mairie depuis que le maire avait repoussé leurs propositions, coururent s'assembler à l'évêché, où ils convoquèrent aussitôt les commissaires de la commune^ du département^ et des divers clubs^ ainsi que les électeurs du lo août. Cette réunion se grossit tellement qu'on y compta^ dès le premier soir^ près de cinq cents personnes : les têtes les plus ardentes de patriotisme^ les âmes les plus énergiques de la capitale s'y trouvaient; les femmes même y avaient leurs députations^ et l'on ne s'en étonnera plus si l'on réfléchit au rôle qu'elles ont joué dans toutes les grandes journées de la révolution. Il ne pouvait donc sortir que de la lave brûlante de ce volcan : il ne tarda pas à faire irruption.
Cependant la première séance du comité de l'évéché fut bornée à la nomination d'une commission de six membres, chargée de présenter, le lendemain,
DE LÀ CONTENTION NATIONALE. ^iy
les mesures de salut public que les patriotes provoquaient : celte commission prit la qualification de club central.
En même temps que ce club s'organisait, les sections s'attachaient aussi à échapper à la loi obtenue par la commission des douze y qui les obligeait à fermer leur réunion à dix heures. Ce soir là elles restèrent assemblées bien avant dans la nuit, après s'être constituées en sociétés patriotiques. Dans plusieurs de ces sections, on prépara de nouvelles adresses contre la commission des douze '^ dans d'autres, on se proposait d'aller demander solennellement l'explication des paroles d'Isnard contre Paris : dans presque toutes on voulait mettre en arrestation les suspects.
Ainsi, de toutes parts, on organisait la résistance à l'oppression de la commission des douze, dans le cas où elle aurait continué à vouloir exercer l'autorité despotique qu'elle s'était arrogée.
Quoique cette commission eut été maintenue, on croyait néanmoins qu'elle cesserait d'agir; on la regardait d'ailleurs comme disloquée par la démission de Rabaut Saint-Etienne et de quelques autres de ses membres. Mais il n'en fut pas ainsi.
Dés le si8, les membres restans s'étaient reconstitués j et après avoir transporté le siège de leurs opérations à l'hôtel de Breteuil, ils s'y étaient de nouveau installés, et avaient requis la force armée pour ;,'ardcr leurs papiers.
Tom III. 27
4l8 HUTOUUE
Le 29, on apprit à P«ris que Farmëe du Nord avait été repoussoc^ que les Vendéens s'ctaieat emparés de Fontenay, après avoir défait les troupes républicaines, et enfin, qu'un autre désastre avait eu lieu à l'armée des Pyrénées-Orientales; le camp' avait été pris par les Espagnols^ et on avait crié saui^e qui peut. Ces nouvelles, en répandant la consternation dans le parti républicain, hâtèrent la catastrophe.
L'Assemblée de l'évêché, aussi nombreuse que le premier soir, tint une séance préparatoire, dans laquelle furent faites diverses propositions. On j convint que l'insurrection serait toute morale : op commença par jurer respect aux propriétés : on déclara ensuite que l'insurrection contre la majorité corrompue de la Convention était un devoir. Hassenfratz dit que le moment de frapper un dernier coup était arrivé; qu'on n'avait rien à craindre des d^artemens; que ceux éloignés suivraient l'impulsion de Paris, et que ceux environnans étaient dévoués; qu'au premier coup de canon d'alarme il viendrait aux secours des patriotes une armée formidable de Versailles et des pays circonvoisins.
Dufourny, autre membre de la commission des six, fit observer que sdlis un commandant général de la garde parisienne, il était impossible d'avoir un résultat. On avait, en conséquence, en-voyé à la commune poor demander que Santerre, parti pour la Vendée, fat remplacé. Mais le maire avait rëpondu que le mode dénomination du oommapdant général
étant fixé par la loi, il ne pouvait pas la transgresser; ce qui mit le comité central à même de ranger celte nomination au nombre des mesures extraordinaires de salut public. Après quelques autres dispositions^ on s'ajourna au lendemain matin ^ pour commencer une séance permanente et consommer l'insurrection.
Que faisaient en même temps les chefs de la Montagne? Ils discouraient^ aux Jacobins , sur ia nécessité d'épuiser les moyens légaux. Pendant que le peuple criait que le moment était arrivé de sauver la République^ Legendre disputait le droit de recourir aux moyens extrêmea^ et se faisait traiter d'e»« dormeur. Robespierre se reconnaissait incapable de prescrire les moyens de salut : il disait que cela n'é^ tait pas donné à un «eul homme, et encore nctoins à lui épuisé par quatre ans do lutte , et consommé par une fièvrf^ lente: il recommandait au peuple son union avec la commune; ce qui était interprété comme un consentement tadte aux meaures qui aer raient prises à l'évéché, Danton y malgré toutes sea récentes menaces contre les modérés» semblait aussi reculer au moment de l'aetion : toute sa eolére n^al-lait pail an *deU de l'abolition de la commission des dou^e.
Ainsi, l'on peut affirmer que la Montagne ne fut point l'instigatrice du mouvement du3i mai; que ce mouvement fut provoqué par les actes arbitraires de la oommission des dou^, excité par les dangers de la chose publique, organisé par l'assemblée popu-**
4aO HISTOIRE
lairc rcuniiî à l'évêchi?, et exécuté par le peuple seul , dîins le but de sauver la patrie et la liberté, qu'il croyait gravement compromises.
Comme au mois d'août 1792, les roues de la machine politi([ue étaient enrayées : comme au mois d'août 179ÎX, \^ crise était parvenue h un tel point, quelle ne pouvait plus se terminer sans convulsion. L'insurrection était inévitable; et la Montagne, sans l'avoir directement provoquée, sans oser même la désirer, en profita.
Le 3o , le club central se forma en permanence , sous le iiive cTunion républicaine^ et y arrêta Pinsurrection pour sauver la chose publique^ menacée par les factions aristocratiques et oppressives de la li^ berté.
A cet effet, il fut décidé que la commune se constituerait en état d'insurrection ; qu'elle s'entourerait de toute la force armée; qu'on bloquerait la Convention , et qu'on irait lui faire connaître le vœu du peuple, les armes à la main. Le maire fit quelques représentations sur l'illégalité et la violence de ce moyen , mais il finit par se soumettre aux volontés des insurgés. Enfin on arrêta que les sections iraient, pour la dernière fois , demander à la Convention la suppression de la commission des douze, et la mise en arrestation de tous ses membres; et que si elles ne l'obtenaient pas, l'insurrection aurait lieu immédiatement; que le tocsin sonnerait, le canon d'alarme serait tiré, que la générale serait battue, et les barrières fermées.
DB LA CONVXNTIOll NATIONALE. 4^^
Entre-temps^ le comité de salut public , ainsi que la commission des douze ^ avaient élé informés du mouvement que préparait le club central : les autorités avaient été mandées pour fournir les renseignemens qui étaient à leur connaissance^ et le maire avait fait connaître le plan arrêté par les commissaires. Tout était avoué. Aussi la majorité des membres du côté droit ne s'était-elle point rendue a la séance de la Convention.
Dès l'ouverture de cette séance, Bourdon (de rOise) dénonça un nouvel acte arbitraire de la commissiou des douze ^ que le peuple, dit-il, croyait anéantie : il demanda l'arrestation de ses membres. Fonfrède dit que, quoique Rabaut et plusieurs au-* très membres de cette commission eussent donné leur démission, comme l'Assemblée n'avait rien statué, la commission avait pu se croire eu droit d'a^gir. Au reste, Fonfrède reconnaissait la néces.sité qu'on prit un parti à ce sujet, et le provoqua.
Mais Lanjuinais s'opposa plus vivement que ja-r mais à ce que cette funeste commission futsupppi-* mée. Il parla longuement des conspirations qui se tramaient, et rapporta une foule de faits qui prouvaient ce que tout Paris savait, c'est-à-dire, que l'insurrection s'organisait.
« Toutes les déclarations , dit-il , ont été faites au comité des douze j en présence d'une foule de témoins; le conseil exécutif est instruit de toutes ces manœuvres et il se tait! Le comité de salut public en a sans doute connaissance et a pris aussi des me-
4SS UfTVIilB
sures pour les déjouer. Vous seutex que ce n'est pas ici le nioinent de délibérer sur ranéantissemeot de votre commission des douze y qu'on ne voudrait détruire que pour faire disparaître les fils de la conspiration qu'elle lient daus ses mains. »
Lanjuinais concluait en demandant que la commission fut mandée sur le champ pour rendre compte des renseignemens qu'elle avait reçus dans la journée sur la conspiration^ et que Yarlet et autres fussent gardés à vue.
Lanjuinais avait ainsi trouvé le moyen d'aviver les passions^ et de violens débats allaient s'engager de nouveau^ quand la députation dea sections arriva à la barre ^ pour présenter à la Convention la péti*tion qui devait précéder l'insurrection.
« Mandataires du peuple^ disaient les sections, une commission injuste^ arbitraire^ opprime les patriotes et les plonge dans les fers
« Le sang des patriotes versé^ le i4 juillet, devant la Bastille^ le sang des républicains expirant le lo août sous les ruines du trône, les os blanchis de nos frères morts dans les combats pour la liberté, la voix de la France entière, tout nous crie ; Résistance à l'oppression I
« Les sections de Paris, profondément indignées de la violation des droits de l'homme, mais respec* tueuses devant Tindivisibilité de la République, demandent :
« 1® La cassation de tous les décrets rendus sur la proposition de la commission des douze, notam-
DE LA COMVIiNTION NATIONALE. 4^*'^
meut de celui qui lixe la clôture des séauces à dix heures du soir.
« â^ Le décret d'accusatiou contre tous ses mem-* bres, et leur tradition au^t jurés révolutionnaires dés quatre- vingt'-sii départemens^ etc »
Malgré le désir de la majorité d'en fiuir avec cette éternelle commission des douté j où ne put^ ce soir-*^ là^ rien statuer sur les demandes des sections^ parôu que l'Assemblée ne se trouva pas en nombre pour rendre des décrets; mais il fut facile de prévoir que la journée du lendemain serait décisive. L'épée était tirée et le fourreau jeté au loin ; il ne restait plus qu'à combattre. Dans la même nuit du 3o au 3 1 mai^ le comité central^ ou plutôt V union républicaine y se rendit de l'évéché à la commune^ pour y proclamer l'insurrection* Munis de pleins pouvoirs réro-» lutionuaires ^ les commissaires des sections et des dubs déclarèrent au conseil général^ par l'organe de Dobsent) l'un des présidens de section arrêtés par la commission des douze y que le peuple de Paris, blessé daus ses droits^ annulait toutes ses autorités. Mais immédiatement après cet acte de pouvoir^ Dobsent et les commissaires réintégrèrent dafis leurs fonctions la municipalité et le conseil général^ comme n'ayant^ ni l'une ni l'autre de ces autorités^ jamais manqué à leurs devoirs envers le peuple.
Cette cérémonie s'était passée au milieu des applaudissemens de tous les spectateurs^ et aux cris de J^iife la République! C'était là un simulacre d'installation de nouveaux pouvoirs révolutionnaires^
4^4 HISTOIAE
plus étendus que ceux attribues aux aucieanes autorités; c'était une fiction de légalité dont on se servit aussitôt pour conférer à Henriot, commandant de la section des Sans-Culottes^ le commandement général provisoire de toute la force armée de Paris. En même temps on arrêta qu'il serait donné une indemnité de quarante sous par jour à tous les citoyens peu aisés qui se dérangeraient de leurs occupations pour faire le service.
Ainsi l'insurrection procédait le plus légalement et le plus méthodiquement possible. Elle avait commencé par puiser ses pouvoirs dans le peuple^ et par les conférer ensuite aux diverses autorités. Rien n'était plus juste et plus politique que la mesure qui accordait une rétribution aux hommes du peuple obligés de prendre les armes. Comment exiger un service de la classe pauvre, sans la dédommager? C'était d'ailleurs le même système qui faisait rétribuer les députés et tous les fonctionnaires^ pour la perte de leur temps ^ qu'ils consacraient à la chose publique.
Pendant que l'insurrection se légalisait à la commune, les citoyens de la capitale^ éveillés au son du tocsin^ accouraient à leurs sections respectives : bientôt plus de quatre-vingt mille hommes se trouvèrent sous les armes; et toute cette masse s'était placée simultanément sous les ordres de l'autorité audacieuse qui s'était emparée du commandement,* tant est grande la force de l'opinion !
Cependant, au milieu de ce mouvement général
en faveur de Pinsurrection, trois sections, celles dé la Butte- des-Moulins, du Mail et des Champs-Elysées^ semblaient disposées à agir en sens contraire : elle s'étaient réunies en armes ^ dans l'attitude de gens qui se croyaient menacés. On disait que ces sections s'étaient révoltées contre la République , et qu'elles allaient arborer la cocarde blanche: on ne tarda pas à se convaincre qu'elles n'étaient qu'effrayées du mouvement. Néanmoins Henriot voulait faire tirer le canon d'alarme afin de rendre le mouvement plus général encore; mais il éprouva de la résistance de la part de l'offîcier qui commandait le poste du Pont-Neuf; et ce ne fut qu'après avoir emporté de vive force cette résistance, qu'il put joindre le bruit du canon à celui du tocsin et de la générale.
Dès cinq heures du matin ^ plusieurs députés, éveillés par le tocsin y s'étaient rendus dans la salle de leurs délibérations : bientôt après arrivèrent les Girondins; la plupart n'avaient pas couché chez eux : ils trouvèrent Danton s'entretenant avec le ministre de l'intérieur, Garât. Celui-ci demandait l'explication de toiit ce mouvement, et interrogeait Danton du rei^ard plus encore que delà parole. — «Gène sera rien, lui répondit-il; il faut leur laisser briser quelques presses et les renvoyer avec cela. »
Quoiqu'on ait accusé Danton d'avoir provoqué et organisé l'insurrection, et qu'on ait voulu lui en attribuer tout l'honneur , il parait qu'il n'en savait ni n'en pouvait deviner davantage en ce moment-là.
Néanmoins^ les Girondins effrajës croyaient lire sur son visage et sur c^lui des autres Montagnards prë^ sens^ de sinistres pronostics^ «^ « Vois, disait Lou- Yct k Goadet^ quel horrible espoir brille sur ces visages! ^^ Sans doute ^ répondait Guadet, c^est aujourd'hui que Clodius exile Cicéroril n
Ëntretemps^ une centaine de membreil s'éûient réunis ^us la présidence de Defermoa : ils s'inter^ rogeaient et se communiquaient les faits qui étaient à leur connaissance* Bnfin le nombre dos députés s'étant accru ^ le président ^ Mallarmé, occupa le fau« teuil, et la séance fut ouverte.
Le premier soin de l'Assemblée fut de JEtiander les ministres et le maire pour rendre compte de ce qui se passait dans Paris.
Garât, présenta l'ouverture de la séance, répéta ce qu'on savait delà réunion de l'Evéché, et de l'impulsion qu'elle paraissait avoir donné au mouvement qui se manifestait j il en attribuait la cause à la réintégration de la commission des douze, qu'on accusait d'avoir voulu opprimer les patriotes et d'à-* voir calomnié Paris* « Au reste, ajouta le ministre, tous les citoyens sont maintenant i^ous los armes, d&ns leurs sections respectives, et sous les ordres de leurs chefs ordinaires ; les patrouilles sont très nombreuses et se font en bon ordre. »
A peine le ministre avait-il fini son rapport, que l'administration du département de Paris se présenta à la barre. Son orateur, l'Huillier, annonça que le nK)nvement extraordinaire qui se manifestait
DB LA COUTÊM^îOn NATIONALE. 4^7
dans Pâtis devait être considéré comme une insat-* rection toutâ morale ; que le peuple demandait té*^ paration des calomnies dont il était Fobjet depuis long-temps: il ajouta que des mesures avaient été prises par le département^ pour quVu milieu même de cette insurrection , Tordre fût maintenu , les pei*sonnes et les propriétés respectées.
Le maire, Pache, rendit compte des dispositions qu'il avait prises^ ainsi que de ce qui s'était passé le matin à la commune : il annonça qu'il avait donn^ des ordres pour empêcher qu'on ne tirât le canon d'alarme^
Au même instant le président reçut une lettre du président de la section du Pont-Neuf, par laquelle ce dernier annonçait que le commandant-'général provisoire, Henriot, avait donné l'ordre de faire tirer le canon d'alarme; maïs qu'on s'y était opposé, en vertu du décret qui prononce la peine de mort.
Aussitôt une vive discussion s'engage sur cet ordre : Valazé demande qu'Henriot soit mandé à la barre^ C'est en vain que Mathieu et Cambon invitent leurs collègues au calme, à l'union, et qu'ils réclament le silence des tribunes) la discussion s'anime à chaque instant davantage, et les murmures des tribunes couvrent souvent la voix des orateurs de la droite.
Valaîie, ayant pu reprendre la parole, demande que la commission des douze soit appelée pour rendre compte de ce qui se passe et des renseiguemens qu'elle doit avoir recueillis. Thuriot, non-seulement
4a 8 HUTOIBX
s'oppose ace que cette commission soit entendue, mais il réclame vigoureusement son anéantissement.
— « Non , non ! s'écrie la Plaine; après le rapportl »
— a II faut^ reprend Thuriot^ que cette commission, qui est le fléau de la France^ soit cassée à l'instante que les scellés soient apposés sur ses papiers y et que le comité de salut public fasse un rapport sur le tout. »
Vergniaud insiste pour qu'elle soit entendue préalablement; mais comme il juge que le moment n'est pas favorable pour présenter son rapport, qui, ditil, heurterait nécessairement les passions, il propose l'ajournement de cette lecture au lendemain. Vergniaud ajoute qu'il importe à la Convention de savoir qui a donné Tordre de sonner le tocsin , de tirer le canon d'alarme — « La résistance à l'oppression ! lui crie la gauche. » — Mais l'orateur n'eu continue pas moins à demander qu'Henriot soit mandé à Ja barre.
«S'il y a un combat, ajoute Vergniaud, il sera, quel qu'en soit le succès, la perte de la République! Je propose que tous les membres jurent qu'ils veulent sauver la chose publique, et qu'ils mourront tous à leur poste, plutôt que de trahir les droits du peuple. »
L'Assemblée entière se lève, par un mouvement spontané ; et sanctionne ainsi cette seconde proposition de Vergniaud. Mais celle de mander à la barre le commandant-général excite de vifs débats.
M Faites donc justice avant tout de cette funeste
commission des douze , s'écrie Danton. » — Mais voyant qu'on insistait pour qu'elle fût entendue, il s'élance à la tribune , et s'attache à motiver la priorité en faveur de la tnotion de Thuriot.
« Il ne me sera pas difficile de faire voir que cette motion est d'un ordre supérieur à celle de mander le commandant à la barre, dit-il; il faut avant tout que Paris ait justice de la commission !.... Vous avez créé une commission impolitique; elle a mérité l'indignation populaire Elle a jeté dans les fers des
magistrats du peuple, par cela seul qu'ils avaient combattu dans des feuilles cet esprit de modéra^ tion que la France veut tuer pour sauver la Repu* bliquel
« En ordonnant de relâcher ces fonctionnaires publics ^ vous avez été convaincus que la commission avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que j'en demande, non pas la cassation, mais la suppression. Vous l'avez créée non pour elle, mais pour vous. Si elle est coupable, vous en ferez un exemple terrible, qui effrayera tous ceux qui ne res. pectent pas le peuple, même dans son exagération révolutionnaire ! Le canon a tonné; mais si Paris n'a voulu donner qu'un grand signal pour vous apporter ses représentations; si Paris, par une convocation trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir tous les citoyens de vous demander justice, Paris a encoire bien mérité de la patrie! je dis donc que si vous êtes législateurs politiques , loin de blâmer cette explosion, vous la tournerez au profit de la
43o UISTOIAB
cliose publique j d'abord en réformaait vos erreurs | en cawiDt votre commission r
(( Je demande froidement^ concluait Danton, la suppression pure et simple de la oommiâsion, aouff U rapport politique seul ^ sans rieu préjuger ni pour ni contre. Ensuite vous entendrez le commandantA-gé** néral ; vous prendrea connaissance de ce qui eat re^ latif à ce grand mouvement^ et vous finirez par vous conduire en bommes qui ne s'effrayent pas des dan-< gers! » — K Nous savons bien que ce n'est qù^un sah niulacrel lui crie Salles. Les citoyens courent aanssa*» voir pourquoi. » — <c Vous seiitez que sHl est Irisai que ce ne soit qu'un simulacre ^uand il s'agit de la ii* berté de quelques magistrats, reprend Danton^ le peuple fera, pour sa liberté^ une insurrection toute entière »
Les paroles de Danton avaient été accueillies àvee enthousiasme par les citoyens des tribunes, et ap-i plaudies à plusieurs reprises par le c6té g'auche, Ra*' baut avait voulu, après lui^ essayer de présenter quelques considérations ; mais on l'avait interrompu à chaque mot, en le traitant de prêtre, de réviseur, Heureusement cette orageuse altercation fut suspen** due par l'arrivée d'une députation de la section de l'Observatoire, qui annonça que le peuple avait mië lee propriétés sous la sauve«- garde des sans-cu«*' lottes.
Cette députatioti avait k peine achevé de lire son adresse^ que les débats recommencèrent avec une nouvelle violence. Guadet souleva contre lui la Mon*
DB LÀ CONTBi^TIOV IIATIONALE. 43 i
iagqe at le public, en déclamant contre le6 moyens priis par les sections, et contre rinsurrectioq dq peuple.
tf Ge^t violer les droits de la République, dit->il , quf d'établir une autorité qui est au dessus de la loi; or ceio^là ne sontnls pas au dessus do la loi qui ont fait sonner le tocsin, qui ont fait fermer les barriez res> qui ont f^^it tirer la canon d'alarme ^ malgré la loi qui prononce la peine de mort contre les auteurs d'un pareil attentat ? Je suis bien loin d'imputer auE section^ de Paris cette infraction criminelle a la loi t
ce $ont quelques scélérats » ^— (c Vous calomnies
Pari^! lui crie la gauche. ^-^ Vous voulez le pervirelu ajoutent les tribunes^ et il se fait une rumeur af«
frw«e,
Guadet reprend enfin : c< Je sais par qui a été for* mée cette chaîne de conspirations dont nous sommas eavironpéiS! depui# si% mois; je sais de quels moyens on p'est ^rvi pour porter les citoyens de Paris à des inouvcm^ns désordounés. Un décret porte que les a^&eaiblées de action seront finies à dix heures i les bons citoyens se sont retirés à cette lieure , et les in«<i trigapç sQut restés. Q'çst par pes intrigans , ces agitateurs que les pouvoirs de ces commisAaires ont été donnés; lea manc^uvr^s n'appartiennent qu'à une
peignée d'agitateurs, de factieux » — Ici sa mai*
9ite9te de nouveau un viplent mouvement d'impro-r batiou : op dit ^ Guadet qu'il est un impudent gs^ k>mniateuri e| Ton entend plusieurs voix lui crier s à b^fi Je la tribunal à bas! Le président est obligé
439 HI8T0IRB
de menacer les citoyens de les faire sortir , s'ils n'ont pas pour la représentation nationale le respect qui lui est du.
Guadet, qui était resté courageusement à son poste ^ d'où il semblait braver Torage , put enfin terminer son improvisation. Il ajouta qu'il n'était d'ailleurs aucunement nécessaire de faire une insurrection; il se plaignit de ce qu'on laissait élever une autorité rivale autour de la Convention : il dit surtout^ que l'Assemblée JNationale n'était pas libre , qu'elle ne pouvait délibérer sur aucun objet; et conclut en demandant qu'elle s'occupât ayant tout d'assurer sa liberté 9 et, qu'en conséquence, elle ajournât toute discussion. Enfin , il proposa de charger la commission des douze de rechercher ceux qui avaient sonné le tocsin, arrêté la circulation, et fait tirer le canon d'alarme.
On devine aisément comment ces propositions furent accueillies par le côté gauche. Gouthon prit la parole pour répondre à Guadet; mais en même temps une députation de la municipalité se présenta à la barre.
Les demandes qu'elle fit, ainsi que Tarrèté du conseil de la commune, qui avait été déjà communiqué par la précédente députation, furent convertis eu motion , et décrétés après quelques légers débats. Ainsi , la mesure adoptée par la commune de payer les ouvriers dont le service serait requis , fut légalisée; et les membres de toutes les autorités de Paris furent installés, dans un local à proximité de la Con-
DC LA CONVEKTfON NATIONALE. 4^3
vention^ pour y recevoir les ordres de l'Assemblée, et rendre compte au comité de salut public de ce qui se passait.
La discussion fut aussitôt reprise^ avec les ressentimens qu'elle avait déjà fait naître. Gouihon répondit à Guadety et défendit la commune de Paris des attaques dont elle était Tobjet. « Sans doute, dît-il, il y a un mouvement dans Paris; mais je soutiens que dans ce mouvement extraordinaire Paris est louable d'avoir commis des magistrats pour le diriger, pour sauver la liberté. Où est la preuve de l'insurrection dont a parlé Guadet? C'est insulter Paris que de le dire en insurrection. S'il y a eu un mouvement, c'est votre commission des douze qui l'a préparé; c'est cette faction criminelle qui, pour exécuter un grand complot^ veut un grand mouvement. »>
Goutbon fait ensuite un rapprochement piquant, entre le comité central des juges de paix établi par la Cour^ et la commission des douze : la gauche et les tribunes applaudissent. L'orateur s'écrie : «Je ne suis ni de Marat ni de Brissot; je suis à ma conscience : que tous ceux qui veulent sauver la République se rallient; que tous ceux qui ne sont que du parti delà liberté se réunissent, et la patrie est sauvée! »
n concluait à ce que toutes les propositions qui avaient été faites fussent renvoyées au comité de salut public, et que la Convention passât à l'ordre du jour, c'est-à-dire à la suppression de la commission des douze.
Toute la gauche demandait & aller aux voix ; les
VOMI nr. aS
434 HisTons
tribunes applaudissaient^ et la Convention allak probablement en finir avec celle étemelle commis» sion j quand Yergniaud réclama la parole. pour une motion d'ordre.
Yergniaud venait de sortir de la salle ^ et il avait été étonné de l'ordre qui régnait dans ce grand mouvement ; son àme s'était exaltée par ce beau spectacle : il était rentré sous ces impressions^ et se présentait pour les manifester à l'Assemblée.
u On vient de vous dire que tous les bons ci* toyens doivent se rallier^ dit-il j certes, quand j'ai proposé aux membres de la Convention de jorer qu'ils mourraient tous à leur poste, mon intenti^>n était certainement d'inviter tous les membresr à se réunir pour sauver la République. Je suis loin d'accuser la majorité ni la minorité des habitans de Paris; ce jour servira à faire voir combien Paris aime la liberté. Il suffit de parcourir les rue*, de voir l'ordre qui y règne , les nombreuses patrouilles qui y circulent; il suffit de voir ce beau spectacle pour décréter que Paris à bien mérité de la patrie!.... w
A cette proposition inattendue, toute l'Assemblée se lève et demande que la motion de Yergniaud soit mise aux voix. Les citoyens des tribunes sont dans l'étonuement ; ils semblent se demander si c'est iHen Yergniaud qui parle.
(( Oui, reprend cet orateur, je demande que vous décrétiez que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie , en maintenant la tranquillité dans ce jour de crise, et que vous les iuvities à continuer
d'exercer la même surveillance, jusqu'à ce que tous les complots soient déjoués. I)
Aussitôt Vergniaud rédige sa proposition; l'Assemblée entière se lève pour voter cette déclaration^ et.'le président la proclame ^ au milieu des applaudissemens de presque toute l'Assemblée et des spectateurs.
: Chaumette^ qui venait dMtre instruit de cette dér cision, dit au conseil général: M Vous apprendrez sans doute avec autant de joie que de surprise^ que Vergniaud. a proposé de décréter que nous avons bien mérité de la patrie; mais de quelque part que vienne cette déclaration, elle est conforme à la justice et à la vérité. ».
Il était très vrai que Paris offrait, en ce momentlà,, le spectacle qui avait frappé Vergniaud, et il suffira de raconter un trait 'de cette journée, pour démontrer Taccord unanime qui existait en dehors de la Convention.
On se rappelle que la section de la Butte-des- Moulins était l'une des trois qui avaient montré du dévoûmént aux Girondins. Cette section s'était retranchée dans le Palais-Royal, dont elle avait ferme' les grilles, et paraissait prête à se défendre^ si elle était attaquée. En même temps , la^ section du faubourg Saint-Antoine, à qui l'on était allé dire qu'il y avait un mouvement contre*révolutionnaire dans Paris, était accourue vers l'intérieur avec ses canons. Arrivée près du Palais-Royal, elle apprit les bruits qui couraient que la section de la Butte-des-Mou-
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lins avail pris la cocarde blanche. Les citoyens du faubourg Saint-Antoine^ furieux de cette nouvelle, se préparaient à attaquer les seclionnaires de la Butte-des-Moulins. Cependant^ avant d'en venir aux mains^ quelques ofificiers s'étaient offerts pour aller s'assurer des faits. Ils se présentent aux grilles du Palais-Royal; on les reçoit; on s'explique : les citoyens de la fiutte-des-Moulins ^ indignés de la^ calomnie dont ils avaient été l'objet, montrent à ceux du faubourg Saint-Antoine que les couleurs natiotiales flottent partout; on s'embrasse; les oflSciers retournent à leurs bataillons, et bientôt les deux sections réunies concourent au maintien de cet ordre admirable qu'avait remarqué Vergniaud.-
La soumission était donc devenue générale comme l'insurrection; les sections, sous les armes, et faisant de nombreuses patrouilles, laissaient aux autorités municipales le soin de débattre leur différend avec la commission des douze et les Girondins. Aussi la nouvelle Commune redoublait-elle ses efforts pour gagner son procès.
Elle avait déjà envoyé deux députations à la G)n- Vention; vers le soir, une nouvelle députation se présenta pour exprimer à l'Assemblée Nationale ses dernières intentions.
L'administration se plaignait des calomnies dont elle était abreuvée; elle protestait de sa fidélité à la Convention et de sa soumission aux lois , et demandait vengeance du sacrilège poUtique proféré par fsnardy dans le temple sacré des lois.
SIX LÀ COMTENTION MATIONALI. 4^7
« Législateurs^ disait le procureur -syndic du déparlement^ l'Huiliier^ au nom des autorités de Paris; le projet de détruire Paris serait-il bien formé? Voudrait-on à la fin ëngloutii* tant de richesses amassées par la plus laborieuse industrie^ et détruire les arts et les sciences, pour conduire plutôt nos coacitoyens à l'anarchie et à l'esclavage? non! Vous respecterez^ vous défendrez vous-même ce dépôt sacré des connaissances humaioes; vous vous souviendrez que Paris a bien mérité de la patrie ^ vous, vous souviendrez qu'il fut le berceau, et qu'il est encore Fécole de la Uberté ; qu'il peut toujoursfournir cent mille combattans pour défendre la patrie, et qu'il en a la volonté! Vous vous souviendrez, ^u'il a fait les grands sacrifices à la Révolution f qu'il n'en regrette aucun; qu'il fera sans murmurer tous ceux qu'exigeront les circonstances , et enfin ^ qu'il est uni par l'amour le plus sincère et le plus, fraternel avec les autres départemens.
« Vous nous vengerez donc d'Isnard et de tous les hommes impies, contre lesquels l'opinion publique s'élève d'une manière si éclatante.....
(c 11 est des hommes non moins cruels, ajoutait l'orateur, contre lesquels nous vous demandons le décret d'accusation.
» On distingue particuhèrement parmi les ennemis de la patrie, les membres du comité des douze ^ et les Brissot^ les Guadet, les Vergniaud, les Gensonné^ les Barbarouz^ les Roland^ les Lebrun, les Glavière, et tous les fauteurs du royahsme^ proscrit.
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par ropinion publique, et dont un grand nombre vous ont été dénoncés par la commune.
« Législateurs, donnez un grand exemple^ rendez^vous aux vœux d^ane nation généreuse, iqui vous honore de son estime I vous ramènerez le calme, vous éteindrez le feu de la guerre civile, et pat l'union sainte de tous les citoyens, nous triompherons bientôt de cette horde de tyrans qui nous assiègent »
Cette adresse^ interrompue à chaque phrase par les applaudissemens de la gauche et des tribunes publiques^ avait été écoutée en silence par la droite,* seulement quelques-uns de ses membres avaient donné de temps à autre quelques mariques d'indignation. Grégoire, qui présidait provisoirement, en l'absence de Mallarmé, fatigué, répondit très emphatiquement à la députation, et l'invita aux honneurs de la séance. Les nombreux administrateurs , suivis d'un peuple immense, entrèrent aussitôt dans la salle , qui se trouva trop petite pour les recevoir. Alors le côté gauche ouvrit ses rangs, pour faire place aux pétitionnaires^ et ceux-ci prirent place à côté des représentans , et au milieu des applaudissemens des tribunes.
Cependant Barrère avait présenté^ au nom du comité de salut public, quelques mesures que ce comité avait jugées nécessaires , conime propres à satisfaire l'opinion publique : elles consistaient dans la suppression des douze ^ et le séquestre de ses papiers, et dans la réquisition permanente de la force publique à la disposition de la Convention.
DE LA C0M\£M'10M MATIOMALE. 4^9
Dès que les pétitionnaires furent admis i^ Osselin demanda l'impression de Tadressequ'ils avaient pré^ senlee, et l'adoption en masse du projet rëdigé.par le oomité de salut public. Les membres de la gauche et tous les citoyens applaudirent à cette proposition. De toutes parts on cria : « aux Toix le projet de décret I «Les girondins .seulsi s'j opposèrent 2 ils protestèrent contre toute déUbération , dans l'état où se trouyait rAssemblée* Philippt^aux pensa qu'afin de ne . p9^ laisser matière à la calomnie^ le président ferait bien d'inviter les pétitionnaires à se retirer.
Cette motion ayant excité des murmures^ et le côté droit continuant à dire que la Convention n'était pas libi^i Levasseur invita le^ membres du côté gauche à passer sur les bapçs de la droite^ afin que }es pétiUonnaire^ restassent distingués des députas ^ et qpe 1^ délibération ne fut pas interrompue.
Lia. Montagne s^ant passé à droite^ et les bancs de la gauche n'étant plus occupés que par les pétitionnaires^ le président, Mallarmé, mit aux voix l'impression de l'adresse du département, qui fut votéq à une grandç majorité.
Vojfi^nt que la délibération sur le projet de Barrère allait être enlevée de même, les girondins firent entendre de nouvelles réclamations^ ils crièrent que l'asile des représentans du peuple était violé. Vergniaud dit que la Convention ne pouvait délibérer dans l'état où elle était^; et demanda qu'elle fut se joindre à la force armée qui était sur la place^ pour se mettre sous sa protection. En mén^e temps il sor<:
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lit lui-même de la salle , et quelques-uns de ses collègues le suivirent.
Cliabbt réclama aussitôt l'appel nominal, aGu, ilit-ilj de counaitre les abseus. Il s'ensuivit une longue agitation.
Quand elle fut calmée^ Robespierre prit la parole, et commença par recommander à l'Assemblée de ne pas perdre ce jour en vaines clameurs et en mesures insignifiantes. « Que les fidèles représentans du peuple, dit-il^ se réunissent pour assurer son bonheur! »
En ce moment-là , Vergniaud et ceux de ses collègues qui l'avaient suivi, rentrent dans la salle, dans l'attitude de l'accablement ; les tribunes ajoutent encore à leur humiliation par des ^pplaudissemens ironiques. Ainsi une démarche qui aurait pu être grande, si elle eut été générale, resta ridicule. Vergniaud voulut prendre la parole; mais Robespierre se refusa à lui céder la tribune, qu'il occupait, et continua lui-même à parler.
)) Vplre comité de salut public, reprit-il, vous a fait plusieurs propositions. Il en est une que j'adopte; c'est celle de la suppression de la commission des douze. Mais cette mesure a-t-elle assez d'importance pour contenter les amis inquiets de la patrie ? Pfon! Déjà cette commission a été supprimée, et le cours de ses trahisons n'a pas été interrompu, car le lendemain on a osé faire rapporter ce décret salutaire, et l'oppression a pesé sur la tête des patriotes. Supprimez donc cette commission, mais prenez des
DE LA COlKYEHTIOIf NAXIOMALB. 44 ^
mesures vigoureuses contre ceux qui la composent ; el à cet égard , les pétitionnaires qui viennent d'être entendus^ vous ont indiqué la marche que vous devez suivre. >»
Robespierre combat ensuite^ comme impolitique^ la seconde mesure, celle de mettre la force armée à la disposition de la Convention. « Il est des hommes iciy continua-t-il ^ qui voudraient punir cette insurrection. Ce serait donc une absurdité de remettre entre leurs mains la force armée. Mais les mesures proposées par le comité sont-*elles les seules que vous deviez adopter? Les pétitionnaires ne vous en ont-ils pas proposé d'autres capables de sauver la chose publique? Les propositions que j'ai combattues peuvent-elles empêcher Tarmée d'être trahie? JNonj il faut purger l'armée j il faut.... » — « Concluez -donc! » lui crie Vergniaud impatienté.
)) Oui, je vais conclure, reprend Robespierre, et contre vous; contre vous, qui, après la révolution du lo août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux qui l'ont faite ! Contre vous ^ qui n'avez cessé de provoquer la destruction de Paris l Contre vous, qui avez voulu sauver le tyran l Contre vous qui avez conspiré avec Dumouriez! Contre vous, qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait la tête I Contre vous , dont les vengeances criminelles ont provoqué les mêmes cris d'indignation , dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes! Eh bien! ma conclusion , c'est le décret d'accusation contre
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tous les compliœs de Dumouriex^ et contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. »
Cette violente sortie de Robespierre fut couverte d'applaudisseraens lon^-temps répétés;. Cependant la Convention en revint au projet du comité de salut public ) et les dispositions de ce décret dirent votées^ par appel nominal , à une immense majorité ; ce qui indiquait que ^ dans ce moment décisif, le Marais abandonnait la Gironde. ^
Aussitôt que ces mesures eurent été consacrées ^ Lacroil dit que puisque cette séance était destinée à réformer des abus y il demandait qu'on ouvrit Aé* sormais au public les tribunes ou l'on ne pouvait entrer qu'avec des billets : ce qui fut adopté surle-*champ.
Tous ces décrets furent reçus aux acclamations des citoyens, dont le nombre s'était accru considé^ rablement , et l'on entendit répéter au dehors les cris de joie qui partaient de la salle.
Il était dix heures du soit*, Bazire termina la séance par la proposition suivante : « Trente à quarante mille hommes^ dit-il, environnent en ce moment la Convention nationale; ils viennent de se réunir et de s'embtasser. Je demande que la Convention lève la séance , et qu'elle aille fraterniser avec eux, et qu'improvisant une fête civique, elle réalise d'avance la fédération de tous les cœurs ! »
En effet, la Convention tout entière quitta la salle; tous les membres, le président à leur tête, furent assister à une promenade aux flambeaux,
os LA CONTENTION NATIONALE. 44^
à une fête improvisée par la Commune qui avait fait illuminer la ville entière : dans cette promenade y les sections montagnardes marchaient confondues avec celles du Mail , de la Butte-des-Moulins et des Champs-Elysées. Les députés, qui allaient devenir les victimes de ce triomphe, assistaient eux aussi à cette fête. La Convention n'était pas encore veuve de ses plus beaux talens; elle ne s'était pas encore mutilée de ses propres mains !
Conlinuation de l'aghation. — Philippique de Chabot contre les Girondins. — Proclamation au peuple français. — Séance du comité de salut public. — Proposition conciliatrice de Garât. — Refus de Robespierre. — Projets du comité insurrectionnel. — Nouvelle sommation à la Convention. — Crainte des Girondins. — Nouvelle députation de la commune. — Journée du a juin 1793. — Décret d'arrestation contre les vingt-deux et contre la commission des douze, — Expulsion des Girondins,
La jouroëe du 3i mai, quoique fêtée comme une victoire remportée sur les girondins ^ n'avait cependant pas complètement satisfait ceux qui avaient provoqué l'insurrection des sections. Us avaient bien obtenu l'abolition de la commission des douze^ et l'examen de sa conduite; mais la Convention leur avait refusé la mise en arrestation des membres de
DB LA GONVBNTIOir HATIONALB* 44^.
celte commission et des vingt-deux députés précédemment dénoncés par la commune. Aussi, dés que le premier moment de joie causé par la suppression de cette funeste commission fut passé, les chefs de la réunion de l'évéché s'aperçurent qu'ils s'étaient réjouis de trop peu de chose, et qu'on ne leur avait accordé que la moindre de leurs demandes.
Leur mauvaise humeur s'ezala h la mairie, d'où sortit, dans la matinée du i*' juin , une proclamation hostile aux girondins. Le. comité central resta réuni , et les sections continuèrent d'être très agi-, lées : on disait partout qu'il ne valait pas la peine de faire un si beau mouvement pour un si mince résultat; et, comme la force armée était restée entre les mains des chefs de l'insurrection, ils résolurent d'en profiter, pour achever ce qui, selon eux, n'était qu'ébauché, et ils se mirent aussitôt à l'œuvre«
En ce moment la séance de la Convention s'ouvrait par la lecture du projet d'adresse au peuple français, présenté par fiarrère, au nom du comité de salut public. Le côté droit était tellement accablé , que cette adresse , toute contre lui, put à peine le tirer de sa léthargie. Vergniaud demanda faiblement qu'elle fût modifiée, et Lasource, qu'on se bornât simplement à énoncer les faits. (( Il suffit de déclarer, dit-il, que des conspirateurs w
— « Des conspirateurs! s'écrie Chabot; je vais faire connaître à Lasource quels sont les conspirateurs; cela pourra servir de supplément à son adresse. » Et il commence contre les girondins et
les complices de DumouYies, une longue philippi-r que, qu'il termine en demAndani que l'adresse soit mise aux voix. Le président se rend à la demande de Chabot^ et l'adresse est adoptée. On y remarquait les phrases suivantes :
« Français, un grand mouvement s'est fait dans Paris ) les ennemis de la Republique vont se hâter de vous le peindre comme un grand malheur : ils vont vous dire que le tocsin et le canon d'alarme ont pendant une nuit et un jour tenu cette ville immense dans l'épouvante j que des milliers d'hommes armés^ sortis confusément de toutes les sections , se sont précipités autour de la Convention JNationale^ et lui ont dicté leur volonté pour loi de la République.... Français, vos représentans sont persuadés que le bonheur des empires ne peut être fondé que $ur la vérité, et ils vont vous la dire tout entière.
« Des mesures plus rigoureuses que celles qui conviennent à la liberté dans une République nais* santé, avaient excité du mécontentement; on a cru les droits de Thomme violés, et les sections d'une ville qui s'est insurgée deux fois avec tant de glorre^ se sont levées encore : mais avantméme de se lever, elles ont mis toutes les personnes et toutes les propriétés sous la sauve-garde de tous les bons républicains. Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti, du moins aucun trouble, aucune terreur n'ont été répandus; le bruit d^ ateliers n'a point été interrompu, et le cours des affaires a été le mémo^; toutes les sections, couvertes de leurs armes, ont marché,
DE LA GONYBirnOll NATIOIfALB. 4^J
mais pour se déployer, daus le plus grand ordre et avec respect, autour des autorités constituées et des représentans du peuple. La liberté des opinions s'est encore montrée , même daus la chaleur des débats de la Convention.
« ËQ demandant le redressement de leurs griefs , avec quelque exagération inséparable du zèle civique y mais avec <^tte fierté qui caractérise l'homme libre, les pétitionnaires ont juré de mourir pour le naintien. de la loi, pour Tunité et l'indivisibilité de la Uépublique, et pour la sûreté de la représentation nationale.. ...
'/: « Telle a été cette journée. Elle a inspiré un instant des inquiétudes; mais tous ses résultats ont été heureux. Elle a présenté l'étonnant spectacle d'une insurrection dans laquelle la vie et lea propriétés ont été aussi sûrement protégées que dans le meilleur ordre social : tous les événemens profitent donc à la liberté.... »
C'était ainsi que Barrère avait jugé les événemens du 3 1 mai ; et les faibleë membres de la Plaine se prêtèrent volontiers k cette fiction, qui leur laissait croire qu'ils avaient été libres. L'adresse fut donc votée à une très forte majorité ; et la Convention s'ajourna à neuf heures du soir.
Cependant le comité de salut public , investi de l'autorité la plus étendue, et ayant légalement la disposition de la force armée , était entré lui aussi en séance dès le matin : il n'avait cessé, toute la journée, d'être eu communication avec les autorités.
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établies à proximité^ a6n de connaître les projets du comité insurrectionnel. Il lui fut aisé de se convaincre que la commune voulait exiger Tarrestatiou ou la démission des députés qui lui paraissaient être dans des dispositions contre-révolutionnaires. Les membres de ce comité, Delmas^ Treilhard, Bréard^ Cambon, Barrère, étaient profondément affligés de ces dispositions^ et s'efforçaient de trouver le moyen de satisfaire la commqne et les sections, sans arri*^ ver aux mesures extrêmes dont il s'agissait. Danton et ses amis partageaient les alarmes du comité. Dan-* ton, qui avait demandé ^ avec toute sou énergie, l'a* bolissement de la commission des douze, parce qu'il voulait que rien ne put gêner l'élan populaire et la marche de la Révolution, aurait bien désiré l'éioignement des girondins , mais l'idée d'une mutilation de la représentation nationale l'affectait. Aussi se plaignait-on à la commune et aux jacobins de ce q VL\[JléchissaiL
Garât, qui se trouvait avec ses collègues au comité de salut public, crut avoir trouvé le moyen qu'on cherchait, de concilier l'exigeance du peuple avec le respect pour la représentation nationale. Il avait pensé que, dans la situation où se trouvaient les chefs des deux partis qui divisaient la Convention, il serait grand et généreux de leur part de se dévouer mutuellement au salut de la chose publique, en se jetant dans le gouffre : Garât espérait amener ainsi la concorde et la confiance dans la Gonven'tion.
DE LA COMVËNTlOlt NATIONALE. 449
« Souvenes-vous^ disait-il aux membres du comité, et particulièrement à Danton ; souvenez-vous des querelles de Tliémistocle et d'Aristide; de Tobstination de Tun à refuser ce qui était propose par l'autre, et des dangers qu'ils firent courir à leur patrie. Souvenez-vous de la {générosité d'Aristide, qui^ profondément pénétré des maux qu'ils causaient tous deux à leur pays, eut la magnanimité de s'écrier t t( O Athéniens I vous ne pourrez être tranquilles et heureui, que lorsque vous nous aurez jetés, Thémistocle et moi, dans le Barathre. » Eh bien ! ajouta Garât ^ que les chefs des deux côtés de l'Assemblée se répètent les paroles d'Aristide , et qu'ils s'exilent volontairement, en nombre égal de chaque côté de l'Assemblée. Dès ce jour les discordes se calmeront; il restera dans l'Assemblée assez de talens pour sauver la chose publique, et la patrie bénira, dans leui* généreux ostracisme, ces hommes qui se seront annulés pour la pacifier. »
Ainsi parlait le philosophe que la nature aidait ci'éé doux , sans passions; Danton , les larmes aux. yeux, se leva aussitôt. « Vous avez raison, dit-il à Garât; je vais à la Convention proposer cette idée, et je m'ofirirai à me rendre, le premier, à Bordeaux.»
Delmas, Barrère, Tardent Cambon, Bréard accueillent avec empressement le projet de Garât, et accourent le communiquer aux chefs des deux partis.
Le premier qu'ils rencontrent c'est Robespierre : ils s'adressent à lui, et l'engagent à se prêter au moyen qu'ils vont proposer. Mais soit qu'une pa-
TOii£ m. ag
reille a])négation ne pût lui conveuir, soit en effet qu'il la jugeât funeste à la République, Robespierre leur répond froidement qu'autant vaudrait demander la dissolution de la Convention ; que l'exil indiqué n*est qu'un piège tendu à la Montagne pour la priver de ses plus courageux défenseurs; que d'ailleurs l'ostracisme proposé ne rétablirait point la concorde dans l'Assemblée Nationale, attendu qu'aussitôt que les chefs actuels seraient éloignés, d'autres chefs surgiraient aussitôt des deux côtés pour éterniser la lutte.
Ces paroles de Robespierre firent assez comprendre aux membres du comité do salut public qu'ils ne pourraient plus obtenir le consentement des chefs Montagnards, et qu'il ne restait plus d'autre moyen que celui d'engager les Girondins à se retirer volontairement. Barrère se chargea de leur proposer le sacrifice de leurs fonctions, et rédigea, à cet effet, un projet qu'il devait soumettre le lendemain au comité, pour aller ensuite le présenter à la Convention.
Mais pendant que le comité de salut public s'arrêtait à cette idée, les commissaires insurrectionnels prenaient toutes les dispositions pour tenir l'insurrectioji permanente , et convenaient de faire une nouvelle journée , le lendemain , 2 juin. C'était un dimanche, jour favorable aux agitations populaires.
Il fut décidé par le comité des six, chargé des moyens d'exécution, et dans lequel figuraient les Dufourny, les Varlet, les Dobsent, lesGusman, tous
DE LA CONVENTION NATIONAtE. 4^^
révolutionnaires exaltes^ que Ton ferait revenir des environs de Paris, où ils avaient été retenus, quelques-uns des bataillons de volontaires partis pour la Vendée; qu'on les placerait autour de la Convention 3 qu'on leur donnerait pour auxiliaires toutes les légions les plus dévouées ; qu'on bloquerait ainsi la salle, et qu'on n'en laisserait sortir aucun député, avant que la mise en accusation des vingt-deuXf ainsi que celle des membres de la commission des douze n'eût été prononcée. Au reste, le comité central recomr manda le plus grand ordre, et le respect pour les citoyens et pour les propriétés, qu'il mit de nouveau sous la sauve-garde du peuple de Paris.
C'était encore une insurrection morale que les commissaires organisaient : ils voulaient bien forcer la Convention à prononcer elle-même l'expulsion ou l'arrestation des chefs du côté droit; mais ils n'auraient pas osé porter la main sur eux. U était sans doute difficile de prévoir ce qui pourrait arriver dans un moment d'irritation; mais toujours est-il vrai qu'il n'entrait point dans les projets des directeurs du mouvement de faire égorger les proscrits, ainsi que quelques hommes de sang avaient pu le proposer, et ainsi qu'on l'a reproché à la Montagne. Toutefois, avant d'en venir à ces démonstrations menaçantes , on vbulut essayer de faire une nouvelle sommation. En conséquence, une dernière pétition fut rédigée^ et l'on décida qu'elle serait présentée à la Convention, dans sa séance du soir. EUe était courte, énergique, impérieuse. On fit battre la gé-
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iiérale^ sonner le tocsin et mettre les sections sous les armes pour l'appuyer.
Les girondins^ réunis à dîner ^ pour se consulter sur ce qu'ils avaient à faire afin de résister au torrent qui menaçait de les entraîner ^ se hâtèrent de quitter la table, et de chercher un asile. Il devenait évident pour eux que l'insurrection ne pouvait plus avoir pour objet que leurs personnes. Les uns étaient d'avis d'aller mourir sur leurs chaises curules, et de défendre jusqu'au bout le caractère dont ils étaient revêtus : Pétion, Buzot, Gensonné penchaient pour cette magnanime résolution : Barbaroux voulait aller braver ses ennemis au sein de la Convention. Louvet opinait vivement pour quitter Paris, où ils n'avaient plus aucun moyen de se maintenir, puisque la Plaine les abandonnait , et aller dans les départemens, où se déclarait l'insurrection contre la Montagne, fomenter cette insurrection, et retourner en force venger la représentation nationale et les lois.
Ils n'eurent le temps d'arrêter aucune résolution ; et ils coururent se soustraire aux dangers personnels dont ils se croyaient menacés dans la nuit.
A neuf heures, la Convention rentra en séance, sous la présidence de Grégoire. La plupart des membres du côté droit n'étant pas présens, ils furent accusés d'être allé exciter le peuple contre l'Assemblée; mais Lan juinais toujours prêt à braver courageusement tous les périls, défendit ses amis, non sans exciter les murmures du côté gauche» Il &t plus encore, il dénonça le complot qui s'était tramé à la
mairie y et que d'ailleurs tout le monde connaissait.
Une députation de la commune mit fin à ces débats. C'était celle qui venait présenter l'adresse ar-v rétée par le comité central.
« Législateurs , dit l'orateur^ les quarante-huit sec* tiens, les autorités, tout le département sont venus hier demander le décret d'accusation contre des trai-« très dont plusieurs siègent parmi vous. C'est ce décret que nous demandons! le peuple est levé, il est debout; il l'attend I»
La réponse de l'Assemblée ne se fit pas attendre longtemps : elle décréta que, sous trois jours, le co-« mité de salut public lui présenterait un rapport sur la pétition qui venait de lui être présentée; en même temps elle somma toutes les autorités et tous les ci-n toyens de communiquer au comité les pièces et renseignemens qui pourraient appuyer leur dcnoncia* lion.
Ainsi la Convention cherchait à reculer l'événe-^ ment, à éloigner la catastrophe; mais comme ce n'é« taient pas des délais qui pouvaient contenter lesj)étitionnaires, et qu'ils avaient déclaré vouloir en finir avec ceux qu'ils regardaient comme des contre-ré* volutionnaires, les députés de la commune et des sections se retirèrent en donnant des marques nonéquivoques de leur mécontentement.
Toute la nuit le tocsin se fit entendre ; la générale battit bien avant le jour, le canon d'alarme acheva de réveiller les habitans de Paris, et toute la population fut en armes dès la pointe du jou^. L'in-^
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surrection se montrait plus menaçante que jamais. Henriot porta toutes les forces parisiennes autour de la Convention. Les bataillons de la Vendée étaient rentrés en ville, fort irrités contre les Girondins : Henriot les avait placés sur le Carrousel , et il avait fait entourer le palais national des Tuileries par ses nombreux canonniers : cent soixante-trois boucbes à feu y des caissons, des grils pour rougir les boulets, des mèches allumées, tel était l'appareil militaire déployé pour effrayer les imaginations : ajoutons à ces forces plus de quatre- vingt mille hommes des sections, disposés aux environs de la Convention ; puis une foule immense de peuple^ de femmes, d'enfans, et Ton se fera une idée du spectacle grand et terrible qu'offrait Paris en ce jour.
Jusqu'à ce moment, les chefs montagnards s'étaient, pour ainsi dire, misa la fenêtre pour voir passer l'insurrection^ ce jour4à ils avaient senti la nécessité de profiter de la victoire de la commune sur leurs propres ennemis. Aussi , quoiqu'ils eussent l'intention bien prononcée de délendre leurs collègues contre toute violence, ils étaient en même temps résolus de ne pas laisser passer la séance sans obtenir l'expulsion des chefs du côté droit, dont ils regardaient la présence au sein de la Convention comme incompatible avec le salut public. La conviction qu'ils avaient des intentions contre-révolutionnaires des hommes de l'appel au peuple^ les preuves qui leur apparaissaient si évidentes, de la constante
résistance du côté droit à la marche active que les patriotes voulaient imprimer à la Révolution ; les soupçons^ que leurimagination effrayée transformait en certitude, sur la connivence de la Gironde avec Dumouriez; et, récemment encore, la vive opposi-lion qile les mesures de salut public indiquées par la Montagne avaient éprouvé, tout confirmait celte Montagne dans Tidée que , si elle laissait aux Girondins le temps de réunir les forces départementales, ils s'en serviraient pour renverser le parti révolutionnaire, et que la Révolution elle-même serait compromise entre leurs mains.
11 n'y avait donc plus à balancer; il fallait rendre la victoire définitive : il fallait seconder les efforts de la commune, appuyer ses demandes, et contribuer à les faire décréter. C'est dans ces fatales dispositions que les Montagnards, après s'être long-temps opposés à la proscription des Girondins^ étaient arrivés à la séance du 2 juin.
Dès l'ouverture de cette triste séance, Lanjuinais, dont le courage semblait grandir avec le péril, demanda à parler sur le mouvement et sur la générale qui battait dans tout Paris; mais a peine eut-il prononcé quelques mots, qu'il s'éleva de violens murmures dans le côté gauche. — « ^ bas! à bas I lui crie-t-on; vous voulez mettre la division dans l'Assemblée; vous voulez allumer la guerre civile! « — Mais lui, intrépide à la tribune, s'écrie: «Tant qu'il sera permis de taire entendre ici sa voix, je ne laisserai pas avilir dans ma personne le caractère de re-
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prëseiilanl du peuple. )* Et, continuant à dominer les murmures^ il dénonce la nouvelle insurrection; il dit que la Convention n'est plus libre, qu'elle est inQuencée au dedans et au dehors'; qu'une autorité' rivale s'est élev^ pour lui imposer ses volontés; que des crimes que la loi punit de mort sont commis impunément.
« Comment voulez-vous assurer la liberté de la représentation nationale, ajoute-t-il, lorsqu'un député vient de me dire à cette barre: Jusçu^à l'ex^ tinction des scélérats qui te ressemblent , nous remuerons et agirons ainsi! »
— (( Entendez les pétitionnaires , ^'écrie la Montagne. — Maintenez, la parole à Laujuinais, reprend le côté droit. — Il en abuse pour calomnier Paris! ajoutent d'autres voix de la gauche. — Tu as donc juré de perdre la République par tes déclamations et tes éternelles calomnies ! lui dit Turreau. )»
Lànjuinais, toujours cramponné à la tribune^ attendait que les violentes interruptions du côté gauche et des spectateurs fussent calmées, pour re-r prendre ses accusations contre la commune et contre le comité central , dont il dénonçait toutes les ma-, noeuvres, toutes les illégalités.
w Ecoutez-moi-donc, criait-il aux interrupteurs... Quand cette autorité rivale et usurpatrice vous faisait eotourer d'armes et de canons^ on venait vous reproduire cette pétition traînée dans la boue des
rues de Paris » — A bas! Lanjuinais insulte le
peuple dana son droit de pétition! — a On nous ac-r.
DE LA CONVENTIO?! NATIONALE*. 4^y
cuse de calomnier le peuple de Paris, reprenait-il; le peuple de Paris est bon , mais il est opprimé par des tyrans qui veulent du sanjj et de la domination! »
A ces mots, Drouet , Robespierre jeune, Julien ( de Toulouse ), Legendre et plusieurs autres se portent à la tribune; ils veulent en arracher Lanjuinais qui s'y cramponne ( i). Les cris des citoyens des tribunes ajoutent encore au tumulte. Le président rappelle à Tordre ceux qui se sont portés k cette violence. « La liberté périra, leur dit-il, si vous continuez à vous conduire comme vous faites. La scène qui vient de se passer est des plus affligeantes 1... »
Enfin Lanjuinais peut conclure : il le fait en demandant que toutes les autorités révolutionnaires soient cassées, ainsi que tout ce qu'elles ont fait depuis trois jours; il demande en outre que ceux qui voudraient s'arroger une nouvelle autorité contraire à la loi, soient mis hors la loi.
De toutes parts on réclame la parole pour la députa tion des autorités réi^olutionnaires et constituées du département y qui attendaient pour présenter les der-
(i) Les ennemis de la Convention se sont pIû à citer comme une preuve de la violence brutale que, selon eux, la Montagne exerçait sur cette assemblée , cette menace de Legendre ; ils ont même affirmé que Lanjuinais avait été jeté à bas de la tribune par ce député; mais ils se sont bien gardés de dire que Tabbé Maury, dans l'assemblée constituante , avait fait plus que menacer un membre du côté gauche , Larochefoucault , qu'il r avait pris par les épaules et l'avait fait pirouetter jusqu'à terre. C'est que l'abbé MauT}' était un aristocrate , un homme comme il faut , et que Legendre n'était qu'un patriote, un boucher grossier.
nièrcs mesures de salul publie. Quelques membres de la droite s'opposent à cette admission; mais elle est décrétée à une grande majorité.
« Délégués du peuple, dit l'orateur, les citoyens de Paris n'ont point quitté les armes depuis quatre jours ;^ depuis quatœ jours ils réclament auprès de leurs mandataires leurs droits indignement violés, et depuis quatre jours ces mandataires se rient de leur calme et de leur inactive passibilité! Le flambeau de la liberté a pâli ; les colonnes de l'égalité sont ébranlées; le crime est triomphant, la vertu opprimée : les contre-révolutionnaires lèvent leur tête insolente! Qu'ils tremblent! la foudre gronde , elle va les pulvériser !
(( Beprésentans , les crimes des factieux de la Convention vous sont assez connus. Nous venons , pour la dernière fois y vous les dénoncer. Décrétez à l'instant qu'ils sont indigues de la confiance publique; mettez-les en état d'arrestation provisoire : nous en répondons tous, sur nos têtes, à leurs départemens.
«Citoyens, le peuple est las de voir ajourner son bonheur! il le laisse encore un instant dans vos mains; sauvez-le, ou nous vous déclarons qu'il va se sauver lui>méme. »
Cette pétition, si impérieuse, avait pourtant été applaudie^ à chaque phrase, par les tribunes, et même par une grande partie des membres de l'Assemblée. Le président, Mallarmé, était assez embarassé pour la réponse qu'il avait à adresser aux pétition-* naires ; il le fît cependant avec courage.
DE LA CONYENTIOIf NATIONALE. 4^9
(( Les autorités constituées, les bons citoyens mettront sans doute au premier rang de leurs devoirs, dit-il , le respect pour la représentation nationale. S'il y a des traîtres parmi nous, il faut qu'ils soient découverts, jugés et qu'ils tombent sous le glaive de la loi ; mais avant de les punir , il faut prouver leurs crimes La Convention examinera votre demande^ elle pèsera la mesure que sa sagesse lui commandera y et fera exécuter avec courage celle qui paraîtra nécessaire. »
Â.ussitôt il s'éleva dans l'Assemblée de violens débats. Tallien et Billaud-Varennes demandèrent que le rapport de cette pétition fût fait sans désemparer. Un grand nombre de voix proposèrent l'ordre du jour. — «L'ordre du jour est de sauver la patrie! s'écria Legeudre. »
Néanmoins , la Convention passa à l'ordre du jour, motivé sur le décret qui donnait trois jours au comité de salât public pour faire son rapport.
Cette décision excita la mauvaise humeur des pétitionnaires^ ils sortirent en proférant des menaces. Un mouvement impétueux se manifesta à l'instant même parmi les spectateurs : les hommes quittaient les tribunes, en criant aux armes I On entendait un grand bruit au dehors.
Les députés du Marais, qui jusqu'alors avaient gardé le silence, le rompirent, dans ce moment de danger, pour représenter à l'Assemblée que la détermination qu'elle avait prise était imprudente, et qu'il fallait mettre une fin à la crise qui affligeait la patrie.
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a iSauvez le peuple de lui-même^ s'écriait RichonJ sauvez vos collègues 1 décrétez leur arrestation provisoire! — Non! non! répondait le côté droit.— Mous partagerons tous le sort de nos collègues, disait j avec émotion, le philantrope Lareveillère. » Mais Richon, que les dangereuses conséquences de l'ajournement effrayaient, ne cessait de s'écrier • « Sauvez le peuple des malheurs dont il est menacé! sauvez la République de sa ruine ! l'orage gronde! il menace! prononcez un décret d'arrestation provisoire au nom du salut public , contre les membres de cette Assemblée que les magistrats accusent! ainsi le veulent les circonstances. »
Tel était le tempérament que le centre proposait, par la bouche de Richon. C'était une faiblesse, légalement parlant; car les membres inculpés ne pouvaient être mis en état d'arrestation , s'ils n'étaient pas coupables, et devaient être décrétés d'accusation , s'ils l'étaient. Gependaut , cette mesure pouvait satisfaire le peuple , et ramener la tranquillité.
Elle fut combattue par Levasseur (de la Sarthe), qui crut avoir trouvé le moyen de tout concilier, en demandant qu'on fit aux girondins l'application de la loi des suspects. « Il existe une loi, dit-il, portant que tous les citoyens suspects seront mis en état d'arrestation; il existe un droit que vous avez proclamé, c'est que la loi est égale pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. £h bien! si des membres de la Convention sont reconnus suspects, la loi doit porter sur eux comme sur les plus simples citoyens...»
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Levasseur cherchait ensuite à prouver que les membres dénonces étaient au moins suspects.
En ce moment là^ Cambon, qui était allé informer le comité de salut public de Tétat dans lequel l'Assemblée se trouvait, retournait pour annoncer que^ vu l'état de choses, ce comité avait délibéré les mesures qu'il croyait propres aux circonstances^ et que dans une demi-heure il présenterait son projet.
Cette annonce ramena un instant le calme dans la Convention: les tribunes se remplirent de nouveau de spectateurs, avides de connaître les moyens que l'on allffit prendre.
Cependant quatre-vingt mille hommes armés entouraient la Convention, et les sections se montraient dans la plus grande impatience d'en finir. Les membres de la droite étaient dans l'anxiété; ceux de la Montagne même , qui désiraient éloigner leurs collègues des affaires publiques , dont ils entravaient la marche , ne voyaient pas sans douleur les efforts de l'insurrection populaire contre le seul corps constitué qui pût sauver la patrie. Dans ce moment critique nul ne demandait la parole ; une sorte de stupeur régnait dans l'Assemblée.
Enfin Barrère, rapporteur habituel du comité de salut public , parut à la tribune.
» Je viens obéir, dit- il, au décret par lequel vous avez hier, ordonné à votre comité de salut public de. vous faire un rapport sur vingt-deux membres de cette Assemblée. Je commence par vous faire
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observer que le court délai que vous avez laissé à votre comité ne lui a pas permis de s'eatourer de tous les renseignemens uécessaires pour donner à ce rapport la clarté dont il était susceptible, et il lui a été impossible d'entendre aucun témoin; mais votre décret était précis; il a obéi.
» Pour être impartial dans cette affaire, le comité a dû se placer au milieu des passions et des intérêts; il a dû examiner la position morale et politique de la Convention. Il n'a pas cru devoir adopter la mesure de l'arrestation 5 il a pensé qu'il devait s'adresser au patriotisme, à la générosité et à l'amour de leur patrie des membres accusés, et leur demander la suspension de leurs pouvoirs, en leur représentant que c'est la seule mesure qui puisse faire cesser les divisions qui affligent la République, et y ramener la paix.
« Ce serait s'aveugler que de voir dans la mesure que je propose une mesure pénale, quand le comité s'est refusé à l'arrestation , précisément parce que cette mesure était pénale, et quand il a pris tous les moj^ens pour placer les membres dont il s'agit sous la sauve-garde du peuple et de la force armée de Paris. J'ai donc été chargé concluait Barrère, de vous proposer un projet de décret portant invitation aux membres dénoncés de se susprendre volontairement
de leurs fonctions pour un temps déterminé. »
Le moyen présenté par le comité de salut public était cerlaincment ce qu'on pouvait indiquer de plus raisonnable, dans les circonstances où l'on se trou-
vait. La plupart de ceux des députes accusés qui étaient à la séance le comprirent^ et s'empressèrent d'offrir le sacrifice que le salut de la chose publique demandait d'eux.
Isnard^le plus fougueux d'entre les girondins > fut le premier à se soumettre. « Quand dans la mémo balance, dit-il, on met un bommt et la patrie , je penche toujours pour la patrie y que j'adore et que j'adorerai toujours.... Le comité de salut public vous présente la suspension des membres dénoncés comme la seule mesure qui puisse éviter les grands maux dont nous sommes menacés : eh bien! je me suspends, moi, et je ne veux d'autre sauve-garde que celle du peuple, pour qui je me suis constamu)ent sacrifié ! Et qu'on ne dise pas que ce que je fais est une action lâche; je crois avoir fait preuve de courage jusqu'ici, et je pense que ce dernier acte est digne du caractère de représentant du peuple. »
— « Citoyens, ajouta aussitôt Lanthenas; j'ai les mêmes sentimens à vous exprimer qu'Isnard; le même dévouement est dans mon cœur Nos passions, nos divisions ont creusé sous nos pas un abîme profond} les vingt- deux membres dénoncés doivent s'y précipiter, si leur sort, quelqu'il soit, peut le combler, et sauver la République! Je me déclare volontairement suspendu de mes fonctions. Si je sentais ma détermination infiueucée par le mouvement qui nous entoure, reprend Lanthenas, si je doutais de l'effet salutaire de mon sacrifice et de mon dévouement, ne doutez pas que je n'atten-
disse plutôt mille morts au poste honorable où la confiance de mes concitoyens m'a placé! »
Faucbel déclare de même que les sacrifices ne lui coûteront jamais rien pour sauver la patrie,; il consent à la suspension de ses pouvoirs, et dévoue sa vie à la République.
Dussaulx offre aussi sa démission.
Toutes ces généreuses déterminations, tous ces nobles sacrifices , sont accueillis par les applaudissemens des spectateurs , qui se félicitent de ne pas être obligés d'expulser de force les membres qui entravaient la marche de la Convention.
Mais Lanjuinais, prenant le plus imprudent entêtement pour du courage , croit devoir se jeter au travers du projet du comité.
« N'attendez de moi j s'écrie-t-il , ni suspension , ni démission.... »
A ces mots, il se manifeste une improbation presque générale ; Lanjuinais est interrompu par les rumeurs des tribunes et de l'Assemblée , qui voient avec peine Tobstination et l'aveuglement de ce girondin. L'orateur arrête ses regards sur ceux qui l'ont interrompu , et leur dit : « Sachez qu'une victime ornée de fleurs , et qu'on traîne à l'autel , n*est pas insultée par le prêtre qui l'immole!.... »
Puis reprenant sa protestation , il ajoute : « Oti parle du sacrifice de mes pouvoirs! Quel abus de mots! Les sacrifices doivent être libres, et vous ne Tètes pas! La Convention est assiégée^ des canons sont braqués contre ce palais; on ne peut sortir; les
fusils sont chargés: je vous déclare donc que je ne puis émettre aucune opinion en ce moment^ et je me tais. »
Barbaroux^ dont le bouillant courage n'avait pu s'astreindre à rester caché, et qui s'était échappé du milieu de ses amis^ pour aller braver ses ennemis de sa présence et de sa parole; Barbaroux^ dont l'âme toute républicaine^ toute ardente du patriotisme le plus pur, ne pouvait concevoir qu'il pût être soupçonné de manœuvres contre-révolutionnairesj Barbaroux, dont la tête s'exaltait trop facilement peutêtre, renchérit encore sur l'énergique déclaration de Lanjuinais.
« Si mon sang était nécessaire à l'affermissement de la liberté, dit-il^ je demanderais qu'il fut versé 5 si le sacrifice de mon honneur était nécessaire à la même cause, je dirais: énlevez-moi mon honneur; la postérité me jugera 1 Enfin, si la Convention croit la suspension de mes pouvoirs nécessaires, j'obéirai à son décret. Mais comment de moi-même déposer des pouvoirs dont j'ai été investi par le peuple ! Comment puis-je croire que je suis suspect, quand je reçois de mon département, et de trente autres, et de plus de cent sociétés patriotiques , des témoignages de confiance , des témoignages consolateurs de l'amertume dont je suis abreuvé chaque jour ici! Non, n'attendez de moi aucune démission ! J'ai jure de mourir à mon poste; je tiendrai mon serment! )^
Dés lors la scène changea : le peuple reprit sa mauvaise humeur; et les chefs de la Montagne jugé-
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rent qu'il n'y avait pas d'autre moyea d'apaiser l'orage prêt à éclater, et de mettre fin à celte longnc crise, qu'en enlevant le décret d'accusation.
Marat parla contre la mesure proposée par le comité ; il dit qu'elle donnait à des accusés de conspiration les honneurs du dévouement. t( Il faut être pur, s'écria- t-il, pour ofirir des sacrifices à la patrie! C'est à moi, vrai martyr de la liberté^ à me dévouer! J'offre donc ma suspension , du moment où vous aurez ordonné la détention des contre-révolutionnaires, en ajoutant à la liste Ferment et Valazé, qui n'y sont pas, et rayant Ducos , Lanthenas et Dussaulx, qui n'y doivent pas être. »
Billaud-Varennes parla dans le même sens* « Pour être juste, dit-il, il ne faut pas excéder ses pouvoirs; or la Convention n'a pas le droit de provoquer la suspension d'aucun de ses membres. S'ils sont coupables, il faut les renvoyer devant les tribunaux; s'ils sont innocens , il faut se taire sur des n^esures toujours dangereuses à provoquer. Je demande donc la question préalable sur le projet de décret proposé par Barrère, et le décret d'accusation, par appel nominal motivé, contre les trente membres dont il s'agit. »
En ce moment, un grand mouvement se fait entendre aux portes de la salle : Lacroix se précipite à la tribune : il raconte qu'il a voulu sortir et que des hommes armés lui ont refusé le passage. Il se plaint de ces attentats contre la liberté des représeutans du peuple. « Nous avons juré de vivre libres ou
de mourir, s'^crie-t-il ; il faut savoir mourir, mais il faut mourir libres! »
D'autres députés font les mêmes déclaratious que Lacroix ; on leur avait fermé le passage. Deux soldats avaient tenté d'arrêter Duperret. Ou dénoiice 1$. consigne donnée de ne laisser sortir de la salle aucun député. En effet, la plupart des membres du côté droit avaient vainement essayé de s'éioigoer, et tous avaient été forcés de rentrer. Gorsas seul était parvenu à SMéchapper^ et était allé engager les Gir^mdins, rentrés chez Meilhan, à h€ pas se rendre à l'As» semblée, et à se cacher où ils pourrraient.
La Montagne témoigna autant de colère que le côté droit des attentats commis contre la liberté des représentans. Grégoire dit que les auteurs de cette consigne, ainsi que ceux qui l'avaient exécutée, devaient être punis rigoureusement. 11 demanda que la Convention appelât à la barre le commandant de la force armée, pour savoir de lui qui avait donné l'ordre dont on se plaignait , et proposa de faire punir le coupable du supplice des tyrans.
La Convention décréta aussitôt que le chef de la force armée se présenterait à la barre, et que les deux soldats qui avaient voulu arrêter Duperret, seraient arrêtés eux-mêmes.
Barrère parla contre Toppression et l'avilissement de la Convention avec plus d'énergie qu'il n'en avait encore montré. « Ce n'est point à des esclaves, dit-il, à faire des lois : la France désavouerait celles qui seraient émanéies d'une assemblée asserviel Gomment
VOS lois seraieDt-elles respectées y si vous ne les fai^
siez qu'entourés de baïonnettes? Représentans
du peuple, ordonnez votre liberté! Suspendez votre séance! Faites baisser devant vous les baïonnettes qui vous entourent ! Il faut que la tête de laudacieux qui oserait attenter à la liberté des représentans du peuple tombe, afin d'apprendre, par cet exemple terrible à ceux qui voudraient l'imiter, qu'il faut que tout fléchisse devant la volonté nationale !••.«. »
Cependant la séance se prolongeait, et aucune mesure n'était prise, et aucune motion n'était faite pour tirer la Convention de l'embarras dans lequel elle était plongée depuis le matin. Hors cinq à six hommes d'action, parmi lesquels ne se trouvait au-, cun ami de Danton, la Montagne partageait la consternation du côté droit. Le président^ Mallarmé, avait de lassitude , quitté le fauteuil, et Hérault de Séchelles présidait silencieusement sur une Assemblée muette.
Ce calme fallacieux fut enfin rompu par l'arrivée à la barre de plusieurs chefs de légion, qui déclarèrent qu'aucun d'eux n'avait donné la consigne qui faisait Tobjet des débats : le coupable resta inconnu.
Toutefois Lacroix demanda qu'il fût ordonné à la force armée de s'éloigner du lieu des séances : « quoi» qu'elle ne soit ici que pour protéger, dit-il, elle ne doit pas entrer dans cette enceinte. »
La Convention ayant décrété cette proposition, la force armée obéit aussitôt, et elle s'éloigna.
Alors fiarrére renouvela la motion qull avait déj^à
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faite. « Prouvons que nous sommes libres, dit-il; que la Convention se rende en corps au milieu du peuple et delà force armée qui Tentourent, pour s'assurer que ses membres n'ont rien à craindre d'eux, et témoigner ainsi sa confiance dans la loyauté àes Parisiens! »
A l'instant même la Convention tout entière se leva^ au milieu des applaudissemens unanimes, et se mit en marche, le président à sa tête. Elle parcourut dans le plus grand ordre le jardin du palais national et la place du Carrousel, garnis d'un peuple immense et d'une force armée imposante qui formait la haie. Partout le peuple et les citoyens armés recurent la Convention avec des démonstrations de bienveillance et de respect; partout on criait viue la République! vive la Com^ention! Mais de toutes parts aussi on lui criait : Sauvez le peuple! à bas les vingt-deux ! Quelques membres eurent même à entendre des propos inconsidérés tenus contre eux; mais cela se conçoit dans un moment d'irritation, et au milieu de toute espèce de gens. On raconte aussi que le président , Hérault de Séchelles, étant arrivé devant les canonniers avec lesquels se trouvait Henriot, celui-ci avait répondu à l'ordre d'ouvrir le passage : « Vous ne sortirez pas que vous n'ayez livré les vingt-deux. »
Quoiqu'il en soit, la Convention se promena lentement tout autour et dans les environs du lieu de ses séances, sans avoir rencontré aucun obstacle réel; elle put se croire en liberté, du moins en apparence.
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Rentrée dans la salle, nul ne songeait plus à cobtester le décret d'arrestation : l'aspect formidable de cette dmltitude, les vœux qu'elle faisait entendre , aTaient décidé le Marais, néanmoins Gouthon prit la parole.
« Tous les membres de la conventidny dit-'il^ doivent être maintenant rassurés sur leur liberté. Vous avez marché vers le peuple; partout vous l'avez trouvé bon , généreux y el incapable d'attenter à la sâreté de ses mandataires^ ndais indigné contre les conspirateurs qui veulent l'asservir. M ainleuaùt donc que vous reconnaisses que vous êtes libites dans vos délibérations, je demande, non pai quanta préfient un décret d'accusation contre les vingt-deux membres dénoncés, mais que la Gonveotion décrète qu'ils seront mis eri état d'arrestation chez eux, ainsi que les membres du comité des douze ^ et les ministres Clavière et Lebmn. »
Cette motion, applaudie par une grandie partie de l'Assemblée et par les tribunes, allait être mise aux voix, quand Legendre fit observer qu'il serait injuste de comprendre dans ce décret ceux qdi s'étaient opposés aux mandats d'arrêt lancés par là commission des douse; en conséquence, il demanda qu'on exceptât Bojer-Foofrède et Saint^Martin.
Marat renouvela sa proposition d'excepter aussi Dussaulx, Ducos et Lanihenas,. et d'y joindre Yalazé.
Gouthoti dit que la suspension offei*te volontairement pat Isnard et Funchet ikiéhterait des égards,
et opina pour qu'au lieu d'être mis en état d'arrestation, ils fussent seulement consignes dans Paris.
Tous ces amendemens ayant été adoptes, le décret contre les girondins fut rendu, par appel nominal, dans les termes âuivans :
« La Convention Nationale décrète que les députés, ses membres y dont les noms suivent, seront mis eh état d'arrestation chez eux , et qu'ils y seront sous la sauve-garde du peuple français et de la Convention Nationale, ainsi que de la loyauté des citoyens de Paris :
« Gensonnéy Guadet, Brissot, Gorsas, Pétion, Vergniaud, Salles, Barbaroux, Chambort, Buzot, Birotteau, Lidon, Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lehardy, Lesage ( d'Eure-et'Loir ), Louvet (du Loiret), Dufriche-Valazé.
(( Les membres de la commission des douze y à l'exception de ceux d'entre eux qui ont été dans cette eommission d'uin avis contraire aux mandats d'arrêt lancés par elle; les noms des premiers sont :
« Kervelegan, Gardien, Rabaut-Saint-Etienne , Boileau , Bertrand , Lahosdinière, Vigée, MoUeranlt, Henri- Larivi ère, Gomnlaire, Bergoing.
» Les deux itiembres exceptés sont : Boyer-Fonfrède, Saint-Martin- Valogne.
(( Sont également décrétés d'arrestation : Clavière, ministre des contributions publiques; et Lebrun, ministre des affaires étrangères^ »
Aussitôt que ce décret fut prononcé, un grand nombre de députés coururent au bureau et y signe-
rent diverses déclarations, afin qu'il constatât qu'ils n'avaient pris aucune part à la délibération.
A peine la décision avait-elle été rendue, que le public des tribunes s'était répandu autour de la Convenliou, et de là dans Paris pour y faire connaître le résultat de la séance. Le peuple entier en manifesta la plus grande joie; et la commune se hâta d'aller remercier la Convention d'une mesure qui, disait-elle, assurerait le salut de la République. « Nous venons, ajoutait la commune dans son adresse, vous offrir de nous constituer en otages en nombre égal à celui des députés dont vous venez d'ordonner l'arrestation , pour répondre à leurs départemens de leur sûreté. »
Mais J^arbaroux s'empressa de déclarer que, comme il n'avait pas eu besoin de baïonnettes pour manifester ses courageuses opinions, il n'avait pas non plus besoin d'otages pour garantir sa vie. « Mes otages, dit-il noblement^ sont la pureté de ma conscience et la loyauté du peuple de Paris. »
— « Et moi je demande des otages, dit Lanjuinais, non pour moi^ depuis long-temps j'ai fait le sacrifice de ma vie ; mais pour empêcher la guerre civile d'éclater, et pour maintenir l'unité de la République. »
La Convention ordonna l'impression de l'adresse de la commune. Ce fut le dernier acte de la longue et triste séance du 2 juin : ses membres se séparèrent, à dix heures du soir, l'âme navrée de ces douloureux débats; et les montagnards, qu'on n'a pas craint
de peindre comme des hommes féroces, avides de sang, ne furent pas ceux qui virent avec moins de tristesse y les déplorables résultats de la lutte dans laquelle ils avaient été forcément lancés. Ce n'étaient pas eux qui avaient engagé une guerre qui ne pouvait se terminer que par l'anéantissement de l'un des deux partis; ce n'étaient pas eux qui l'avaient journellement alimentée. Placés malgré eux sur la brèche^ les députés qui siégeaient à la Montagne^ s'étaient enfin trouvés dans la nécessité d'attaquer , de terrasser leurs ennemis; et pour arriver à ce fatal résultat, ils n'eurent besoin que de laisser faire le peuple.
Plaignons les girondins, car ils étaient presque tous républicains; plaignons-les, mais ne condamnons pas ceux qu'ils avaient placés dans le cas d'une légitime défense; plaignons-les, mais avouons que leurs malheurs furent le résultat d'une fatalité qu'eux seuls avaient rendue inévitable.
La crise qui précipita les girondins dans les fers, termine une des principales époques du règne de la Convention. J'en ai tracé le tableau aussi complètement qu'il m'a été possible, parce qu'il va servir d'introduction à la plus terrible comme à la plus grande des périodes de ce règne, aussi célèbre par ses belles conceptions et ses gigantesques combats, que par son inflexible sévérité et par ses excès.