‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 16 sur 34 · DU TROISIEME VOLUME · texte numérisé non relu

DU TROISIEME VOLUME

Dxscovas Ds aoBssvxzaas.

(Voir page a4x.)

Une faction puissante conspire avec les tyrans de l'Europe pour nous donner un roi avec une espèce de constitution aristocratique : elle espère nous amener à cette transaction honteuse par la force des armes étrangères et par les troubles du dedans. Ce système convient au gouvernement Anglais; il convient à Pitt, Fâme de toute cette ligue; il convient à toua les ambitieux ; il plaît à tous les aristocrates bourgeois , qui ont hoireur de Tégalité ; à qui on fait peur pour leurs propriétés ; il plait aux nobles , trop heureux de retrouver dans la représentation aristocratique et dans la cour d'un nouveau roi , les distinctions orgueilleuses qui leur échappaient. La Repu-»

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blique ne convient qu'au peuple , aux hommes de toutes les conditions qui ont une âme pure et élevée , aux philosophes amis de l'himianité , aux sans-culottes j qui se sont, en France, parés avec fierté de ce titre , dont Lafayette et l'ancienne cour voulaient les flétrir, comme les répubhcains de Hollande s'emparèrent de celui de gueux que le duc d'Albe leur avait donné.

Le système aristocratique dont je parle , était celui de Lafayette et de tous ses pareils , connus sous le nom àefeuillans et de modérés; il a été continué par ceux qui ont succédé à sa puissance : quelques personnages ont changé , mais le but est semblable ; les moyens sont les mêmes avec cette différence que les continuateui^s ont augmenté leur ressources et accru le nombre de leurs partisans.

Tous les ambitieux qui ont paru jusqu'ici sur i^ théâtre de la Rjévoluftion, ont eu cela de oommirut; qu'jla ontdé-^ fendu les droits du peuple aussi long-temps qu'ils ont cru en avoir besoin. Tous l'ont regardé comme un stupide troupeau destiné à être conduit par le plus habile ou par le plus fort ; tous ont regardé les assemblées représentatives comme des corps composés d'hommes ou stupides ou crédules , qu'il fallait corrompre ou tromper pour les faire servir à leurs projets criminels ; tous se sont servis des sociétés populaires contre la Cour, et dès le moment où ils eurent fait leur pacte avec elle , ou qu'ils l'eui^ent remplacée , ib ont ti^vaillé à les déU*uii*e ; tous ont successivement combattu pour ou contre les jacobins, selon les cii*constances.

Comme leurs devanciers, les dominateurs aotueU ont caché leur ambition sous le masque de la modératiou et de l'amour de l'ordre : comme l^urs devanciers , ils ont cherché à déoréditer les principes de la hberté.

Pour mieux y réussir , ils ont même cherché à en faire quelquefois de ridicules appUcations : ils ont appelé tous les amis de la patrie , des agitateurs , des anarchistes ; quelquefois même ils en ont suscité de véritables pour réaliser cette calomnie. Ils

se sont montrés habiles dans Tart de couvrir leors forfaits ^ en les imputant au peuple : ils ont de bonne heure épouvanté les citoyens du fantôme d*une loi agraire , ils ont séparé les intérêts des riches de ceux des pauvres ; ils se sont présentés aux premiers comme leurs protectem^s contre les sans^u lottes ; ils ont attiré à leui* parti tous les ennemis de Tégalilé. Maîtres du gouvernement et de ^toutes les places, dominant dans les tribunaux et dans les corps administratifs , dépositaires du trésor public , ils ont employé toute leur puissance à arrêter les pi'ogrès de Tesprit public , à réveiller le royalisme , et à ressusciter Taristocratie ; ils ont opprimé les patriotes énergiques y protégé les modérés hypocrîtes ; ils ont corrompu successivement les défenseurs du peuple , attaché à leur cause ceux qui montraient quelque talent, et persécuté ceux qu'ils ne pouvaient séduire. Comment la République pouvait-elle exister, quand toute la puissance publique s'épuisait pour décourager la vertu et pour récompenser Tincivisme et la perfidie?

La faction dominante aujourd'hui était formée longtemps avant la Convention Nationale. A la fin de juillet dernier, ils négociaient avec la Cour pour obtenir le rappel des ministres qu'ils avaient fait nommer au mois de janvier précédent; l'une des conditions du traité était la nomination d'un gouverneur au prince royal : il n'est pas nécessaire de dire que le choix devait tomber sur l'un d'entre eux. A la même époque ils s'opposaient de tout leur pouvoir h la déchéance de Louis , demandée par le peuple et pai* les fédérés : ils firent décréter un message et des représentations au roi. lis n'ont rien négligé pour empêcher la révolution du lo août; dès le lendemain ils travaillèrent efficacement à en arrêter le cours. Le jour même du 10 , ils firent tout ce qui était en eux pour que le ci-devant roi ne fût pas renfermé au temple ; ils tâchèrent de nous rattacher à la royauté , eu faisant décréter par l'Assemblée Législative qu*il serait nommé un gouvernem' au prince royal. A ces faits, consignés dans les actes publics, et dans l'histoire de notre Révolution , vous reconnaissez déjà les Brissot, les Gua-

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det , les Vergniaud , les Gensonné et d'autres agens hypocrites de la même coalition.

En même temps , ils n^oublièrent rien pour déshonorer la Révolution qui venait d'enfanter la République : dès le lendemain du 1 0 août , ils calomniaient le conseil de la commune , qid , dans la nuit précédente , venait de se dévouer pour la liberté , en même temps qu'ils entravaient toutes ses opérations par leurs intrigues et par les décrets qu'ils dictaient à l'Assemblée Législative.

Eux seuls recueillirent les fruits de la victoire du peuple ; ils s'en attribuèrent tout l'honneur : leui' premier soin, après l'acte conservatoire du prince royal et de la royauté , fîit de rappeler au ministère leurs créatures, Servan, Clavièi'e et Roland ; ils s'appliquèrent surtout à s emparer de l'opinion publique : ils avaient eu soin de faire remettre à Roland dés sommes énormes pour la façonner à leur gré. Auteurs ou payeurs des journaux les plus répandus , ils ne cessèrent de tromper la France et l'Europe sur la Révolution qui venait de renverser le trône , ils dénoncèrent chaque jour le peuple de Paris et tous les citoyens généreux qui y avaient le plus puissamment concouru.

Il fallait détruire ce vaste foyer de républicanisme et de lumières publiques. Ils s'accordèrent tous à peindre cette immortelle cité comme le séjour du crime et le théâtre du carnage , et à travestir en assassins ou en brigands les citoyens et les représcntans dont ils redoutaient l'énergie. Ils cherchèrent à armer contre Paris la défiance et la jalousie des autres pai'ties de la République ; et cependant les Prussiens se préparaient à envahir notre temtoire : c'était l'époque du mois de septembre 1792. Les dominateurs étaient membres du comité diplomatique , du comité de défense générale ; ils dirigeaient le ministère ; ils avaient eu d'étroites relations avec la Cour, et ils laissaient ignorer à la France entière, au Corps -Législatif même , les dangers qui nous menaçaient. Les ennemis s'étaient rendus maîtres de Longvy, de Verdun j ils s'avançaient vers

Paris , et les dominateurs avaient gardé le silence ; ils ne s'oo- €upaient que d'aflScher, que d'écrire conti'e Paris. Notre armée était faible , divisée , mal approvisionnée j et si Paris ne s'était pas levé tout à coup ; si , à son exemple , la France ne s'était pas ébranlée, Brunswick pénétrait sans résistance jusqu'au cœur de l'État. Mais ce n'est pas tout : la faction voulait livrer Paris^et la France ; elle voulait fuir avec l'Assemblée Législative , avec le trésor public , avec le conseil exécutif, avec le roi prisonnier et sa famille. Les ministres qu'ils avaient nommés, Roland, Servan, Clavière, Lebrun, parlaient de ce projet aux députés : il fut proposé dans le conseil , et il était adopté si le ministre de la justice (Danton) n'en eût empêché l'exécution en menaçant ses collègues de les dénoncer au peuple , et si Paris ne l'eût fait avorter en se levant pour écraser les ennemis de la France. Ce projet de fuite est connu des membres de l'Assemblée Législative et de plusieurs citoyens ; il a été dénoncé à la Convention Nationale , et Roland luimême a été forcé d'en convenir.

La Convention Nationale était convoquée.

La majorité était pure ; mais un grand nombre de représentans , trompés d'avance par les papiers imposteurs dont la faction disposait, apportèrent à Paris des préventions sinistres qui devaient causer bien des maux ; et d'ailleurs ce fut toujoui's le sort des hommes qui ont des lumières sans probité , ou de la probité sans lumières, d'être les complices ou les jouets de l'intrigue.

Le décret qui déclare la royauté abolie , proposé à la fin de la première séance par un des députés de Paiis calomniés , fut rendu avec enthousiasme. Si le lendemain on eût agité l'affaire du tyran , il eût été condamné ; et si la Convention , libre de leur dangereuse influence , s'était ensuite occupée du bonheur public , la liberté et la paix seraient maintenant affermies ; mais les intrigans , qui n'avaient pu s'opposer à la proclamation de la République , s'appliquèrent à l'étouffer dès sa naissance. £n possession des comités les plus importans de l'As*

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semblée Législative , qu'ils firent conserver provisoirement, ils composèrent bientôt les nouveaux à leur gré ; ils s empalèrent du bureau , du fauteuil , et même de la tribune. Ils tenaient toujours dans leurs mains le ministère et le sort de la nation. Ils occupèrent sans cesse la Convention Nationale de dénonciations contre la municipalité de Paris , contre le peuple de Paris , contre la majorité des députés de Paris , ils inventèrent, ils répétèrent cette ridicule fable de la dictature , qu'ils imputaient à un citoyen , sans pouvoirs comme sans ambition , pour faire oublier et Taftireuse oligarchie qu'ils exerçaient eux-mêmes , et le sujet de la tyrannie nouvelle qu'ils voulaient ressusciter. Par là , ils cherchaient encore à dégoûter le peuple français de la République l^aissante , à aiTêter les progrès de notre Révolution dans les contrées voisines , cti leur présentant la 'chute du trône comme l'ouvrage d'une afmbitiôn criminelle , et le changement de gouvernement comme un changement de maître.

De là ces éternelles déclamations contré la justice révolutionnaire qui immola les Montmorin, les Delessart, et d'autres conspirateurs , au moment où le peuple et les fédérés s^branlaient pour repousser les Prussiens. Dès ce nïoment , ils ne cessèrent de remplir les âmeâ des députés de défiaBce , de jalousie, de haine et de tendeur, et de faire entendre , dans le sanctuaire de la Uberté , les clameurs des plus viis préjugés , et les rugissemens des plus funeuses passions , dès-lors ils ne cessèrent de souffler le feu de la guerre civile , et dans la Convention même , et dans les départemeiis , soit par leurs joiâern^ux , soit par leurs harangues à la tribune , isoit ps»* lèuSr correspondance.

Us étaient venus à bout de leculer par4à , ^pèùdant quatvc mois, le procès du tyran. Quelles chicane»! quelles entraves ! quelles manœuvres employées dui*ant la discas^on de cette suaire! Qui peut calculer, sans firémir, les moyens employés p^r Roland , les sommes prodiguées par le miniiËtère pour dépraver l'esprit public , pour apitoyer le peuple *Sftr le sort dn

dernier roi? Avec quelle lâche ciiiauté les avocats du tjrau appelaient des corps aniKÎs contre Paris et contre les députés patriotes , dénoncés par eux comme des assassins et comme des traîtres ! Atcc quel mépiis des lois ^ des corps administratifs , dignes de ces députés , les levaient de leur autorité privée , aux dépens du trésor public! Avec quelle pei*fide audace cette «néme iâctioD protégeait de toutes parts la rentrée des émigrés et le rassen]l>lement de tous les assassins et de tous les scélérats de f Europe à Paris 1 Avec quel odieux machiavélisme on employait tous les moyens de troubler la tranquilhté de cette ville , et de commencer la guerre civile , sans même dédaigner de faire ordonner, par un décret , la représentation d'une pièce aristocratique (^l'Ami des lois^^ qui avait déjà fait couler le sang, et que la sagesse des magistrats du peuple avait interdite.

A quoi a tenu le salut de la patrie et la punition du tyran? Au courage invincible des patriotes , à l'énergie calme du peuple , éclairé sur ses véi4 tables intérêts, et surtout à la réunion imprévue des fédérés. S'ils avaient conservé les fa taies préventions que leur avaient inspirées ceux qui les avaient appelés , si le bandeau était resté deux jours de plus sur leurs yeux , c en était fait de la liberté. Le tyran était absous , les patriotes^orgés , le fer même des défenseurs de la patrie égaies se sei*ait combiné avec celui des assassins royaux. Paris était en proie à ■tontes les horreurs , et la Convention Nationale , escortée des satellites qu'ils avaient rassemblés , friyait au milieu de la confusion et de 4a consternation imi ver selles.

Mais , 6 force toute puissante de la vérité et de la vertu ! Ces généreux citoyens ont abjuré leurs erreurs; ils ont reconnu, avec une sainte indignation , les tirâmes perfides de ceux qui •les avaient trompés ; ils les ont voués au mépris public ; ils ont serré dans leurs bras les Parisiens calomniés ; réunis tous aux jacobins, ils ont juré avec le peuple une haine étemelle aux tyrans et «un «dévouement sans bornes à la liberté : ils ontci*menfté cette sainte alliance sur la place du Carrousel par des

fêles civiques, où assistèrent tous les magistrats de cette gi*ande cité , avec un peuple généreux que l'enthousiasine du patriotisme élevait au--dessus de lui-même. Quel spectacle! comme il console des crimes de la perfidie et des crimes de l'ambition î Ce grand événement fît pencher la balance dans la Convention Nationale en faveui' des défenseurs de la liberté ; il déconcerta les inti^igans et enchaîna les factieux. Lepelletier seul fiit la victime de son coiu-age à défendre la cause de la liberté, quoique plusieurs patriotes aient été poursuivis par des assassins : heureux martyr de la hberté , tu ne verras pas les maux que nos ennemis communs ont préparés à la patrie.

Au reste , quelques efforts qu'ils aient fait pour sauver Louis XYI , je ne crois p9s que ce soit lui qu'ils voulussent placer sur le trône ; mais il fallait lui conserver la vie , pour sauver l'honneur de la royauté qu'on voulait rétablir, pour remphr un des articles du traité fait &vec Londres , et la promesse donnée à Pitt , comme on le prouve par les discours de ce ministre au parlement d'Angleterre. Il fallait surtout allumer la guerre civile par l'appel au peuple , afin que les ennemis, qui devaient bientôt nous attaquer, nous ti^ouvassent occupés à nous batti^e pour la querelle du roi détrôné.

La punition éclatante de ce tyran, la seule victoire que les républicains aient remportée à la Convention Nationale , n'a fait que reculer le moment oii la conspiration devait éclater ; les députés pati^otes , désunis , isolés , sans politique et sans plan , se sont rendormis dans une fausse sécurité , et les ennemis de la patrie ont continué de veiller pour la perdre.

Déjà ils recueillent les fruits des semences de guerre civile qu^ils ont jetées depuis si long-temps , et la ligue des traîtres de l'intérieur avec les tyrans du dehors se déclare.

On se rappellera ici que ce sont les chefs de cette faction qui, en 1791, prêtèrent à la Cour le secours de leur fausse popularité , pour engager la nation dans cette guerre provoquée ..par la perfidie , déclarée par l'intiûgue et conduite par la trahison. Je leur disais alors aux jacobins où ils venaient prêcher

leur funeste croisade, où Dumouriez lui-même, coiffé d*un bonnet rouge , venait étaler tout le charlatanisme dont il est doué : avant de déclarer la guerre aux étrangers , détruisez les ennemis du dedans , punissez les attentats d'une Cour parjure qui cherche elle-même à anner l'Europe contre vous ; changez les états-majors qu'elle a composés de ses complices et de ses satellites ; destituez les généraux perfides qu'elle a nommés , et surtout Lafayette, déjà souillé tant de fois du sang du peuple ; forcez le gouvernement à armer les défenseui's de la patrie , qui demandent en vain des armes depuis deux ans ; fortifiez et approvisionnez nos places frontières, qui sont dans un dénuement absolu î faites triompher la liberté au dedans , et nul ennemi n'osera vous attaquer : c'est par les progrès de la philosophie et par le spectacle du bonheur de la France , que vous étendrez l'empire de notre Révolution et non par la force des armes et par les calamités de la guerre ; en vous portant agresseurs , vous irritez les peuples étrangers contre vous , vous favorisez les vues des despotes et celles de la Cour, qui a besoin de faire déclarer la guerre par les représentans de la nation , pour échapper à la défiance et à la colère du peuple.

Les chefs de la faction répondaient par des lieux communs , pour allumer l'enthousiasme des ignorans; ils nous montraient l'Europe entière volant au-devant de la constitution française , les armées des despotes se débandant partout pour accourir eous ses drapeaux , et l'étendart tricolore flottant sur les palais des électeurs , des rois , des papes et des empereurs. Ils excusaient la Cour, ils louaient les ministres et surtout Narbonne , ils prétendaient que quiconque chercherait à inspii^r la défiance contre les ministres , contre Lafayetle et contre les généraux , était un désorganisa teur, un factieux qui compromettait la sûreté de l'État.

En dépit de toutes leurs intrigues , les jacobins résistèrent constamment à la proposition qu'ils leur firent de prononcer leur opinion en faveur de la guerre ; mais tel était le prix qu'ils attachaient à consacrer les prpjels de la Cour par la saoc-

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tion des sociélés populaires , quç le comité de correspoadaoce de cette société , composé de leui*s émissaires y osa envoyer à son insu une letti*e-circuiaire à toutes Les sociétés affiliées, pour leur annoncer que le vœu des jacobins était pour la guerre ; ils portèrent même Timpudence jusqu'à dire que ceux qui avaient combattu ou embrassé Topinion contraire Tavaient solennellement abjui*ée. Ce fut par ces manœuvres quie Ton détermina les patriotes, même de l'Assemblée Législative, à voter comme le côté droit et comme la Cour.

Le prix de ces intrigues fut l'élévation de la faction au mi* nistère , dans la personne de Clavière , Roland^ Servan et Dumouriez. Nos prédictions ne tardèrent pas à s'accomplir. La première campagne fut marquée par des trahisons et par des revers qui ne furent , pour la Cour et pour Lafayette , que de nouveaux prétextes pour demander des lois de sang contre les plus zélés défenseui^s de la patrie , et un pouvoir absolu qui leui* fut accordé sur la motion des chefs de la faction , et particulièrement des Guadet, des Gensonné. Dès ce temps-là, tous ceux qui osaient soupçonner les généraux et la Cour fuient dénoncés comme des agitateurs et des factieux : on se rappellera avec quel zèle les mêmes hommes défendaient , divinisaient le ministi*e Narbonne , avec quelle insolence ils outi*ageaint l'armée et les patriotes !

Bientôt tous nos généraux nous trahirent à l'envi. Une invasion dans la Belgique ne produisit d'autre effet que de livrer ensuite nos alliés à la vengeance de leurs tyrans , et d'irriter les étrangers contre nous, pai^ l'infâme attentat du traîti^e JaiTi> qui n'a pas même été puni. Nos places fortes étaient dégarnies , notre ai*mée divisée par les intrigues des états-majors et presque nulle , tous les chefs s'efforçaient à l'envi de la royaliscr ; la ligne des tyrans étrangers se fortifiait ; l'époque du mois d'août ou de septembre était destinée pour leur invasion, combinée avec la conspiration de la Cour des Tuileries contre Paris et contie la liberté ; c'en était fait de l'une et de l'auUe , sans la victoire remportée par le peuple et les fédérée , le lo

août 1793 ; et lorsqu'au moment du commeiicement du mois de septembre suivant^ Bruûswick , encouragé sans doute par la faction 9 osa envahir le territoire français, vous avez vu qu ils ne songeaient qu'à abandonner et qu'à perdre Paris.

Mais, en dépit de tous les factieux hypocrites qui s'opposaient à cette insurrection nécessaire, Paris se sauva luimême : Dumouriez était à la tête de Tarmée. Auparavant , Brissot avait écrit de lui qu'après Bonne-Carrère , Dumouriez était le plus vil des hommes. Dumouriez avait répondu par écrit que Brissot était le plus grand des fripons , sans aucune réserve; il avait affiché que la cause du courroux, que la faction affectait contre lui, était le refus qu'il avait fait de partager avec elle les six millions quelle lui avait fait accorder pour des dépenses secrètes y dans le temps de son ministère et de leur amitié. Ils annoncèrent des dénonciations réciproques qui n'eul'ent point lieu. C'est encore un problême à quel point cette brouillerie était sérieuse ; mais , ce qui est certain , c'est qu'au moment oii il prit le commandement de l'armée de Châlons, il était très bien avec la faction , et même avec Brissot , qui le pria d'employer Miranda dans une commission importante, s'il faut en croire ce que Brissot a dit lui-même au comité de défense générale. J'ignore ce qu'aui*ait fait Dumouriez, si Paris et les auti'es départemens ne s'étaient levés en septembre pour écraser les ennemis intérieurs et extérieurs ; mais ce qui est certain , c'est que ce mouvement général de la nation n'était pas favorable au roi de Prusse pour pénétrer dans le cœur de la France; Dumouriez l'éconduisit avec beaucoup de politesse , pendant une longue retraite , assez paisible en dépit de nos soldats , dont on enchaînait constamment l'impétuosité , et qui mordaient leur sabre en frémissant de voir que leur proie leur échappait. L'armée prussienne , ravagée par la maladie et par la disette, a été sauvée : elle a été ravitaillée, traitée avec une générosité qui contraste avec les cruautés dont nos bravea défenseurs ont été les victimes. Dumouriez a parlementé , a traité avec le roi de Prusse , dans le moment où la France et

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